<?xml
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title> G&#233;riatrie, soins palliatifs - Michel Cavey </title>
	<link>http://michel.cavey-lemoine.net/</link>
	<description>Pratiquer la m&#233;decine g&#233;riatrique, c'est se confronter tous les jours avec des humains qui vivent leurs derniers temps. On ne peut pas faire ce m&#233;tier sans se questionner, non seulement sur la mort mais plus largement sur le sens m&#234;me de l'existence. Que valent ces r&#233;flexions ? Je ne sais pas. En voici quelques-unes, juste pour les partager.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title> G&#233;riatrie, soins palliatifs - Michel Cavey </title>
		<url>http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L132xH167/siteon0-38e4a.jpg?1487748580</url>
		<link>http://michel.cavey-lemoine.net/</link>
		<height>167</height>
		<width>132</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Pour solde de tout compte : Clap de fin sur l'euthanasie ? </title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article156</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article156</guid>
		<dc:date>2023-05-09T16:31:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La convention citoyenne sur la fin de vie a rendu ses conclusions. Je ne m'y suis pas int&#233;ress&#233; : il y a longtemps que la messe est dite, et que les militants de la mort pour tous ont course gagn&#233;e. J'ai eu l'occasion d'&#233;crire sur ce site que les deux lois L&#233;onetti y auront puissamment contribu&#233;, mais ce n'est plus le sujet. Bref, puisque plus rien ne sert &#224; rien, j'avais d&#233;cid&#233; de me taire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourquoi d&#232;s lors revenir sur cette d&#233;cision ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Pas pour lutter, j'ai renonc&#233;. Mais peut-&#234;tre, pour d'autres (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Euthanasie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La convention citoyenne sur la fin de vie a rendu ses conclusions. Je ne m'y suis pas int&#233;ress&#233; : il y a longtemps que la messe est dite, et que les militants de la mort pour tous ont course gagn&#233;e. J'ai eu l'occasion d'&#233;crire sur ce site que les deux lois L&#233;onetti y auront puissamment contribu&#233;, mais ce n'est plus le sujet. Bref, puisque plus rien ne sert &#224; rien, j'avais d&#233;cid&#233; de me taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi d&#232;s lors revenir sur cette d&#233;cision ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas pour lutter, j'ai renonc&#233;. Mais peut-&#234;tre, pour d'autres luttes, qui sait, pour ne pas laisser passer sans r&#233;agir le monceau d'approximations, d'&#226;neries, de mensonges, dont ce d&#233;bat aura regorg&#233;. Et pour essayer de faire sentir en quoi le combat &#233;tait in&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; parl&#233; de l'opinion des Fran&#231;ais : 93% d'entre eux seraient favorables &#224; une aide active &#224; mourir s'ils &#233;taient en proie &#224; des souffrances insupportables. Et j'ai dit que les militants qui brandissent ce sondage ne se rendent m&#234;me pas compte de l'anomalie : il n'y a certainement pas en France 7% de masochistes pour souhaiter mourir dans des souffrances insupportables. Mais ce sondage montre que l'escroquerie continue : car il y a clairement deux probl&#233;matiques : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Celle des malades (en fin de vie ou non, peu m'importe, mais je reviendrai sur ce point), qui ne sont pas soulag&#233;s de leurs souffrances.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Celle des citoyens (malades ou non, en fin de vie ou non, peu m'importe aussi), qui ne souhaitent pas vivre les jours qui leur restent. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'accorde sans peine que le fait de vivre une vie dont on ne veut pas peut entra&#238;ner une souffrance insupportable, dont nul ne peut juger &#224; la place de l'int&#233;ress&#233; ; c'est en tout cas ce que nous disent les z&#233;lateurs de la loi. Il n'emp&#234;che que chacun peut voir l'abus de langage dont on se sert ici ; il est vrai que notre &#233;poque n'en est plus &#224; un abus de langage pr&#232;s. Notons seulement que cet abus est n&#233;cessaire si on veut maintenir le mythe des 93%. Mais peu importe, apr&#232;s tout. Ce que je veux relever c'est qu'on justifie la loi par la souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA SOUFFRANCE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors parlons de la souffrance. Sommes-nous s&#251;rs que cette question est claire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a la douleur, et il y a la souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde sait qu'il n'y a pas de diff&#233;rence entre les deux : la douleur et la souffrance sont m&#234;me chose. Voil&#224; qui est clair. Les choses se compliquent cependant quand on se demande pourquoi tout le monde est d'accord sur ce point&#8230; alors que c'est faux. Expliquons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sch&#233;matisant &#224; l'extr&#234;me, je dirais que quand l'organisme subit une agression il envoie un message d'alerte ; c'est ce qu'on appelle la nociception ; ou la douleur. En ce sens la seule d&#233;finition correcte de la douleur a &#233;t&#233; donn&#233;e par Arnold Schwarzenegger qui, dans &lt;i&gt;Terminator 2&lt;/i&gt;, indique : &lt;i&gt;Pour moi la douleur est une information comme une autre&lt;/i&gt;. Le probl&#232;me est que quand je ressens une douleur il me vient imm&#233;diatement deux questions :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Qu'est-ce que c'est ? &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Cela va-t-il durer ? Ou se reproduire ? &lt;br class='autobr' /&gt;
De la r&#233;ponse &#224; ces deux questions d&#233;pend l'apparition et l'intensit&#233; de la souffrance que je vais &#233;prouver. C'est la raison pour laquelle, par exemple, le soignant explique au malade ce qu'il va lui faire : si le patient sait &#224; quoi il doit s'attendre, il n'en aura pas moins mal, mais il souffrira moins. Ajoutons une cons&#233;quence de ce qui pr&#233;c&#232;de : la souffrance suppose la conscience, et plus pr&#233;cis&#233;ment peut-&#234;tre la m&#233;moire. Il y aurait &#224; se demander ce qu'il en est de la souffrance chez le d&#233;ment (sans oublier toutefois que le d&#233;ment ne perd pas conscience, et que la perte de m&#233;moire est un probl&#232;me compliqu&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas de sens &#224; dire que la douleur et la souffrance sont la m&#234;me chose. D'ailleurs chacun sait qu'il y a des souffrances sans douleur : se noyer n'est pas douloureux, et d'ailleurs c'est bien de souffrance sans douleur dont on se sert pour justifier la g&#233;n&#233;ralisation de l'aide active &#224; mourir. Inversement il y a des douleurs sans souffrance : il n'est nul besoin d'&#234;tre masochiste pour savoir qu'il a des plaisirs qui entretiennent d'&#233;tranges relations avec la douleur ; mais plus simplement le boxeur, qui sait pourquoi il prend des coups, supporte la douleur bien mieux que celui qui se fait tabasser ; ou encore vous savez bien que votre chien, qui court se r&#233;fugier en hurlant derri&#232;re le canap&#233; parce que vous lui avez donn&#233; une tape sur le museau, c'est le m&#234;me qui rentrait juste d'une bagarre &#233;pique avec les cl&#233;bards du quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est vrai c'est que dans la r&#233;alit&#233; douleur et souffrance sont tellement m&#234;l&#233;es qu'il est un peu vain de vouloir les traiter s&#233;par&#233;ment. Il n'en reste pas moins qu'il y a deux notions, deux &#233;l&#233;ments, deux ph&#233;nom&#232;nes. Et que la d&#233;finition de l'association internationale pour l'&#233;tude de la douleur (IASP) : &lt;i&gt;La douleur est une exp&#233;rience sensorielle et &#233;motionnelle d&#233;sagr&#233;able associ&#233;e &#224; une l&#233;sion tissulaire r&#233;elle ou potentielle ou d&#233;crite dans ces termes est une catastrophe&lt;/i&gt; parce que d&#233;lib&#233;r&#233;ment elle m&#233;lange les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi est-ce important ? parce que les cons&#233;quences th&#233;rapeutiques sont majeures. Ce contre quoi nous avons &#224; lutter, ce n'est pas la douleur, c'est la souffrance : si la douleur ne faisait pas souffrir elle ne m&#233;riterait pas qu'on s'en occupe. Bien entendu quand on souffre d'une douleur le meilleur moyen de gu&#233;rir la souffrance est de traiter la douleur ; pour autant l'ennemi est la souffrance, non la douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne le voit nulle part mieux que dans la pratique de l'anesth&#233;sie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun sait que le premier agent utilis&#233; en anesth&#233;sie a &#233;t&#233; le chloroforme. C'est un produit qui n'a aucune action contre la douleur, mais qui fait perdre conscience : pas de conscience, pas de souffrance. Plus tard, et m&#234;me encore maintenant, on a employ&#233; les barbituriques, avec le m&#234;me effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des ann&#233;es on s'est aper&#231;u que, tout de m&#234;me, il valait mieux traiter la douleur du malade endormi : par exemple quand on prenait la tension art&#233;rielle du patient endormi on voyait bien que son organisme r&#233;agissait d'une mani&#232;re f&#226;cheuse. On a donc pris l'habitude, d&#232;s qu'une chirurgie est un peu douloureuse, d'ajouter un peu de morphine, ce qui calme l'organisme et &#233;vite d'avoir &#224; utiliser des doses de barbituriques qui, trop &#233;lev&#233;es, pourraient poser probl&#232;me. Il n'emp&#234;che que c'est sur l'hypnotique, non sur l'antalgique, que repose la prise en charge de la souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une situation particuli&#232;re est encore plus &#233;clairante : dans certaines chirurgies de tr&#232;s courte dur&#233;e, en ORL par exemple, on recourt &#224; des drogues comme le flunitraz&#233;pam (nous y reviendrons). Le patient dort, mais assez peu ; par contre il perd la possibilit&#233; de m&#233;moriser ce qui se passe. Le chirurgien fait son geste, et on voit bien que le malade le ressent : il s'&#233;veille, s'agite, il faut le tenir. Mais quand le geste est termin&#233; il ouvre les yeux et demande si on va bient&#244;t commencer : pas de m&#233;moire, pas de souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi se perdre dans de telles consid&#233;rations ? pour deux raisons au moins :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est que ce pr&#233;alable est obligatoire si on veut comprendre, par exemple, ce qu'est la s&#233;dation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est qu'il faut comprendre qu'on ne peut pas discuter de l'euthanasie en faisant mine de ne pas prendre conscience de la complexit&#233; de ce dont nous parlons. Prendre en charge la souffrance, du moins le faire honn&#234;tement, sinc&#232;rement, c'est garder &#224; l'esprit ce que je viens d'expliquer. Et tout de suite saute aux yeux une difficult&#233; insurmontable : allez donc expliquer &#231;a &#224; une heure de grande &#233;coute. C'est la raison principale pour laquelle le combat est trop in&#233;gal pour pouvoir &#234;tre men&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA S&#201;DATION : &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il de la s&#233;dation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une famille de mol&#233;cules qu'on appelle benzodiaz&#233;pines ; la plus connue d'entre elles est le Valium&#174;. Ces mol&#233;cules partagent peu ou prou plusieurs propri&#233;t&#233;s :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ils sont anti-&#233;pileptiques ; ceci nous int&#233;resse assez peu.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ils sont d&#233;contracturants musculaires ; c'est un effet nettement plus utile, car on sait bien que le malade douloureux se crispe.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ils sont tranquillisants : l'utilit&#233; est &#233;vidente.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ils sont s&#233;datifs, entra&#238;nant une somnolence, voire un sommeil complet.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ils sont amn&#233;siants : le sujet perd plus ou moins la possibilit&#233; de m&#233;moriser ce qu'il vit.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ajoutons un sixi&#232;me effet, qui est un inconv&#233;nient : ils sont d&#233;presseurs respiratoires. Disons rapidement que la respiration n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne automatique, comme le sont les battements cardiaques : il existe un centre de la respiration, qui analyse la teneur du sang en oxyg&#232;ne, et qui d&#233;clenche un mouvement respiratoire quand cette teneur baisse trop. Certaines substances, comme la morphine (mais aussi, donc, les benzodiaz&#233;pines), diminuent la sensibilit&#233; du centre respiratoire, qui cesse d'envoyer ses instructions en temps utile : au sens propre le toxicomane en overdose ne sait pas qu'il est en train de s'asphyxier : il &lt;i&gt;oublie de respirer.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette famille de m&#233;dicaments, il en est un dont les caract&#233;ristiques sont tr&#232;s particuli&#232;res : c'est le midazolam, ou Hypnovel&#174; ; il pr&#233;sente toutes les propri&#233;t&#233;s qu'on vient de d&#233;crire, mais il est surtout s&#233;datif et amn&#233;siant. Toutefois il se distingue surtout des autres par son extraordinaire bri&#232;vet&#233; d'action : on l'injecte, le malade s'endort presque imm&#233;diatement ; on cesse de l'administrer, le malade se r&#233;veille dans la minute qui suit. C'est &#224; cause cette propri&#233;t&#233; unique qu'il est utilis&#233;, puisqu'il permet d'endormir et de r&#233;veiller le sujet &#224; volont&#233;. Il y a tr&#232;s peu de variations d'un patient &#224; l'autre, et nous savons doser et &#233;valuer la profondeur du sommeil induit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est-il dangereux ? La r&#233;ponse est non, &#224; telle enseigne que c'est un produit couramment utilis&#233; en r&#233;animation. On pr&#233;f&#232;re souvent endormir les malades de r&#233;animation, non seulement parce que souvent le s&#233;jour en r&#233;animation est tout sauf agr&#233;able, notamment en raison des soins agressifs qu'on y dispense, mais aussi parce que dans de nombreuses circonstances il est bon de mettre en quelque sorte le cerveau au repos. Ces malades restent sous s&#233;dation plusieurs jours, voire plusieurs semaines, alors qu'il s'agit de patients dont on esp&#232;re bien qu'on va les r&#233;veiller quand ils iront mieux ; c'est ce qui est fait quand on entend dire que telle victime a &#233;t&#233; plac&#233;e &#171; en coma artificiel &#187;, expression qui ne d&#233;crit nullement une situation d'une extr&#234;me gravit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit quand on nous raconte que la s&#233;dation n'est rien d'autre qu'une euthanasie d&#233;guis&#233;e, on ment. Ou on n'y conna&#238;t rien. Il existe d'ailleurs des &#233;tudes, d&#233;j&#224; anciennes, qui montrent qu'en toute fin de vie les malades meurent moins vite quand ils sont s&#233;dat&#233;s que quand ils ne le sont pas, tout simplement parce que la souffrance est d&#233;l&#233;t&#232;re pour l'organisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut toutefois faire attention : l'Hypnovel&#174; est un m&#233;dicament tr&#232;s fiable, &#224; condition d'&#234;tre mani&#233; par un m&#233;decin qui le conna&#238;t. Rien n'est plus simple en effet que de provoquer un arr&#234;t respiratoire en injectant d'un seul coup une dose massive. Pratiquer une s&#233;dation demande de la comp&#233;tence, mais aussi de la droiture. C'est ce qu'il y a d'impardonnable dans la loi Claeys-L&#233;onetti, qui dispose sans autre forme de proc&#232;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A la demande du patient, la s&#233;dation profonde et continue peut &#234;tre mise en &#339;uvre &#224; son domicile, dans un &#233;tablissement de sant&#233; ou un &#233;tablissement mentionn&#233; au 6&#176; du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est impardonnable, c'est d'annoncer cela sans la moindre pr&#233;caution. On peut &#233;videmment pratiquer des s&#233;dations &#224; domicile, je l'ai moi-m&#234;me fait. Mais que fait-on quand on &#233;crit cela sans rappeler que toute s&#233;dation demande un m&#233;decin form&#233; et entra&#238;n&#233;, une surveillance de tous les instants et un minimum de mat&#233;riel pour parer aux &#233;ventuels incidents ? Ce que la loi Claeys-L&#233;onetti met en sc&#232;ne, c'est que pour ces patients il n'y a qu'&#224; envoyer la sauce, et tant pis, ou plut&#244;t tant mieux, si &#231;a casse. C'est pourquoi j'ai &#233;crit en son temps qu'elle ouvrait &#224; deux battants la porte &#224; une l&#233;galisation de l'euthanasie, qui aurait au moins le m&#233;rite de l'honn&#234;tet&#233;. Nous y sommes. Il ne fallait pas s'en &#233;tonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;dation se pratique depuis trente ans. Nous la connaissons fort bien, nous n'avons pas besoin qu'on nous dise comment faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a aucun sens &#224; &#233;crire dans la loi qu'elle doit &#234;tre &#171; profonde et continue &#187; : la s&#233;dation doit avoir la profondeur et la dur&#233;e n&#233;cessaires, et cela s'&#233;value au lit du malade, cela fait l'objet d'un contrat moral avec lui ; dans ce cadre on peut parfaitement convenir avec le patient d'une s&#233;dation profonde et continue ; encore cela veut-il dire que cette profondeur sera simplement celle n&#233;cessaire &#224; son sommeil. Si on veut standardiser un geste pr&#233;sent&#233; comme d&#233;finitif, alors c'est qu'on parle d'autre chose, c'est qu'on d&#233;clenche une euthanasie &lt;i&gt;soft&lt;/i&gt; qui n'ose m&#234;me pas dire son nom. Si c'est pour faire cela, alors, qu'on les tue, au moins ce sera clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas davantage de sens &#224; pr&#233;ciser qu'elle doit &#234;tre &lt;i&gt;associ&#233;e &#224; une analg&#233;sie pr&#233;vue au pr&#233;sent article : on prescrit une analg&#233;sie quand elle est n&#233;cessaire&lt;/i&gt; : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Souvent ce sont des sujets qui ont mal. Souvent, mais pas toujours. C'est l&#224; un des grands motifs de surprise, voire de conflit avec l'entourage : &#171; Comment, Docteur, vous ne lui donnez pas de morphine alors qu'il a un cancer ? &#187; Allez donc expliquer &#224; un proche que dans pr&#232;s de la moiti&#233; des cas les cancers &#233;voluent &lt;i&gt;sans aucune douleur&lt;/i&gt;. C'est qu'il faut que ce drame qu'est la mort m&#233;rite son nom de drame, et que tout s'y d&#233;roule dans le feu et le sang, le bruit et la fureur. Il est aga&#231;ant d'entendre r&#233;p&#233;ter qu' &#171; on meurt mal en France &#187;, comme si on mourait mieux ailleurs, comme si on n'avait pas lourdement d&#233;velopp&#233; les soins palliatifs, et comme si la r&#233;alit&#233; n'&#233;tait pas que dans, disons 90% des cas le mourant n'a tout simplement besoin de rien, la mort fait plut&#244;t bien son travail quand on la laisse le faire sans s'en m&#234;ler plus que de raison. Ceci dit sans m&#233;conna&#238;tre les immenses progr&#232;s qui restent &#224; faire, et le scandale par lequel il existe encore une quinzaine de d&#233;partements qui n'ont pas de structure de soins palliatifs.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Pour autant, quand le malade a mal, il est sous morphine, et il n'y a aucune raison de supprimer ce traitement quand on l'endort. Cela exigerait au minimum d'approfondir la s&#233;dation, et on s'approcherait alors dangereusement des doses toxiques.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Enfin beaucoup de m&#233;decins jugent sage d'instaurer syst&#233;matiquement un verrou de morphine chez ce malade s&#233;dat&#233; dont il serait tout de m&#234;me difficile de d&#233;tecter une douleur. Mais ce n'est qu'un pis-aller, et d'autres solutions sont au moins aussi efficaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LIMITES DE LA S&#201;DATION :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; savoir si la s&#233;dation permet de r&#233;pondre &#224; toutes les situations de souffrance. Et ce que nous entendons t&#233;moigne d'un consensus assez fort : il y a des situations qui &#233;chappent &#224; cette technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit moins souvent d&#233;crire ces situations. Peut-&#234;tre parce qu'on ne pr&#233;cise pas ce qu'on entend par l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous consid&#233;rons les situations relevant de ce que nous appelons la &lt;i&gt;s&#233;dation terminale&lt;/i&gt;, celle du sujet condamn&#233; &#224; tr&#232;s court terme, force est de constater qu'on n'en observe pas. De fait, il suffit de r&#233;fl&#233;chir : la s&#233;dation est une technique d'anesth&#233;sie g&#233;n&#233;rale. On conna&#238;t peu de gens qui doutent de l'efficacit&#233; de l'anesth&#233;sie g&#233;n&#233;rale. Dans la pratique le m&#233;dicament utilis&#233; est le midazolam, &lt;i&gt;et nous n'en utilisons pas d'autre&lt;/i&gt;. S'il en est ainsi c'est tout simplement parce qu'il n'est pas utile d'en employer un autre. Rien ne s'opposerait &#224; ce qu'on emploie si n&#233;cessaire des produits plus puissants, m&#234;me s'il faut bien reconna&#238;tre que leur maniement serait sans doute plus d&#233;licat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a d&#233;crit des situations o&#249; la s&#233;dation a &#233;t&#233; prise en d&#233;faut. L'un des exemples les plus parlants est sans doute l'affaire qui voici quelques ann&#233;es a fait grand bruit de ce patient, jeune, qui avait &#233;t&#233; mis sous s&#233;dation terminale et avait agonis&#233; six jours durant, encha&#238;nant les crises d'&#233;pilepsie et finissant par mourir de faim et de soif. &lt;br class='autobr' /&gt;
1&#176;) : Je suis parfaitement conscient du risque que je prends &#224; parler d'une situation que je n'ai pas vue. Je suis encore plus conscient d'entrer ici dans la discussion la plus compliqu&#233;e qui soit.&lt;br class='autobr' /&gt;
2&#176;) : Par contre je ne vais pas tenir compte de ce qui a &#233;t&#233; dit par les experts qui ont &#233;tudi&#233; le dossier, et qui ont conclu que la s&#233;dation avait &#233;t&#233; mal faite. Je ne vais pas en tenir compte parce que ce n'est pas, au fond, le plus important.&lt;br class='autobr' /&gt;
3&#176;) : La question pos&#233;e par ce cas est uniquement, ou devrait &#234;tre uniquement, celle de la souffrance du malade s&#233;dat&#233;. Cela conduit &#224; analyser trois points : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il a encha&#238;n&#233; les crises d'&#233;pilepsie. Le propre des crises d'&#233;pilepsie est que la victime ne s'en rend pas compte ; il suffit d'&#233;couter les sujets &#233;pileptiques pour comprendre que c'est m&#234;me cette perte de conscience qui r&#233;trospectivement leur est la plus grande source de souffrance.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il est mort de faim et de soif. Outre que c'est faux, chacun comprend ais&#233;ment qu'un malade convenablement s&#233;dat&#233; n'&#233;prouve ni faim ni soif. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'&#233;volution a dur&#233; six jours. L&#224; encore, pour le malade inconscient, cela n'a &#233;videmment aucune importance ; tout au plus cela montre que la s&#233;dation (c'est bien ce que, dans ce cas particulier, on a d&#233;plor&#233;) ne h&#226;te pas le d&#233;c&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
4&#176;) : Mais la question la plus terrible est &#233;videmment ailleurs : ce qui est d&#233;crit comme une catastrophe, ce n'est pas ce que le malade a &lt;i&gt;v&#233;cu&lt;/i&gt; mais ce que son entourage a &lt;i&gt;vu&lt;/i&gt;. Le probl&#232;me n'&#233;tait pas dans la souffrance du malade mais dans celle de son entourage. Et le spectacle &#233;tait &#233;pouvantable. Surtout il donnait &#224; croire que le patient souffrait alors que ce n'&#233;tait vraisemblablement pas le cas. Ici se trouve la difficult&#233; essentielle : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Apr&#232;s une longue pratique on finit par apprendre &#224; &#233;valuer la souffrance d'un malade. Mais on perdrait son temps &#224; demander &#224; des proches de faire le tri entre leur propre souffrance et celle de l'&#234;tre cher. Qui se hasarderait &#224; expliquer que le malade souffre moins qu'ils ne le pensent se verrait r&#233;torquer qu'il n'a pas de c&#339;ur. On ne s'en sort qu'&#224; force de discussion, de n&#233;gociation. Quand on s'en sort.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Cette souffrance de l'entourage doit imp&#233;rativement &#234;tre prise en charge. Une solution aurait &#233;t&#233; ici, peut-&#234;tre, d'approfondir la s&#233;dation ; j'aurais pu prendre une telle d&#233;cision. Mais il faut bien voir qu'on se heurte l&#224; &#224; une difficult&#233; terrible : car il n'est pas possible, pour r&#233;pondre &#224; la demande de Pierre, de donner &#224; Jean un traitement dont il n'a pas besoin mais dont Pierre a besoin que Jean le prenne ; la liste est longue, par exemple, des abus commis dans ce registre sur les personnes &#226;g&#233;es ; et les professionnels des soins palliatifs savent combien il importe de toujours se demander au d&#233;sir de qui r&#233;pond le geste qu'ils entreprennent : d&#233;sir du patient ? d&#233;sir des proches ? propre d&#233;sir du soignant ? &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il faut donc, dans la s&#233;dation, ne consid&#233;rer que ce qui est b&#233;n&#233;fique au malade. Le probl&#232;me est que si on maintient ferme ce principe, alors on consent &#224; laisser son entourage face &#224; un spectacle &#233;prouvant, voire insupportable. Cette situation est un mod&#232;le de difficult&#233; &#233;thique : on ne peut transgresser la r&#232;gle, mais si on ne la transgresse pas les cons&#233;quences seront catastrophiques ; on reconna&#238;t un probl&#232;me &#233;thique &#224; ce qu'il n'a pas de solution. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; En pratique, donc, il faut probablement se r&#233;soudre &#224; transgresser la r&#232;gle et &#224; s&#233;dater le malade plus que n&#233;cessaire ; &#224; la double condition de savoir qu'on le fait, et de le faire en gardant le pied sur le frein.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les cas non couverts par la loi &lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que faire des situations dans lesquelles s&#233;dation n'est pas permise par la loi ? Car de telles situations existent bel et bien, tout le monde le sait et le dit, y compris les d&#233;fenseurs du statu quo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lisons la loi : ce qui nous int&#233;resse ici est son article 3 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Art. L. 1110-5-2.-A la demande du patient d'&#233;viter toute souffrance et de ne pas subir d'obstination d&#233;raisonnable, une s&#233;dation profonde et continue provoquant une alt&#233;ration de la conscience maintenue jusqu'au d&#233;c&#232;s, associ&#233;e &#224; une analg&#233;sie et &#224; l'arr&#234;t de l'ensemble des traitements de maintien en vie, est mise en &#339;uvre dans les cas suivants :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soins palliatifs cette strat&#233;gie n'a rien d'une nouveaut&#233;. La question serait plut&#244;t de savoir si elle est toujours mise en &#339;uvre &#224; bon escient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1&#176; Lorsque le patient atteint d'une affection grave et incurable et dont le pronostic vital est engag&#233; &#224; court terme pr&#233;sente une souffrance r&#233;fractaire aux traitements ; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci ne pose aucun probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2&#176; Lorsque la d&#233;cision du patient atteint d'une affection grave et incurable d'arr&#234;ter un traitement engage son pronostic vital &#224; court terme et est susceptible d'entra&#238;ner une souffrance insupportable. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet article est suffisamment vague, ou suffisamment hypocrite (mais je crois qu'il y a de saines hypocrisies) pour permettre &#224; peu pr&#232;s tout ce qu'on veut. Depuis la loi du 4 mars 2002 le malade est toujours libre de refuser les soins ; l'expression &lt;i&gt;&#224; court terme&lt;/i&gt; se pr&#234;te &#224; toutes les interpr&#233;tations, et il n'y a gu&#232;re de jurisprudence pour pr&#233;ciser ce qu'on doit entendre par l&#224; ; ce serait pourtant son r&#244;le, m&#234;me si on lui souhaite bon courage. D&#232;s lors le patient qui veut, par exemple, tout &#224; la fois &#233;courter l'&#233;volution de son cancer et ne pas y assister rentre parfaitement dans le cadre de cet alin&#233;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'en est-il des patients qui sont atteints d'une maladie grave et incurable pour laquelle il n'y a pas de traitement du tout, ou si peu, par exemple d'une scl&#233;rose en plaques, mais dont la vie est &#224; elle seule une souffrance ? Ou ce ces sujets qui ne sont pas malades du tout, mais dont le handicap est insupportable ? Qu'en est-il de ces vieilles personnes qui ne veulent pas vivre leur fin de vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons en exemple le cas, historique, de Vincent Humbert. Laissons de c&#244;t&#233; les nombreuses ombres de cette histoire, et acceptons-le tel qu'il a &#233;t&#233; d&#233;crit. Il s'agissait d'un patient qui n'&#233;tait menac&#233; de rien, mais qui, et &#224; juste titre, jugeait insupportable la vie qu'il menait. Il y avait deux mani&#232;res au moins de r&#233;pondre &#224; sa demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re &#233;tait de remarquer que si de tels sujets n'avaient pas besoin d'une prise en charge ils ne souffriraient sans doute pas, ou pas autant, de leur &#233;tat. Ils sont libres de mettre un terme &#224; cette prise en charge. Nul doute alors que s'ils le font ils vont se retrouver &#233;ligibles &#224; l'une ou l'autre des dispositions pr&#233;vues par la loi. En d'autres termes je peux parfaitement soutenir que si je cesse d'alimenter Vincent Humbert je cr&#233;e de ce seul fait une situation grave et incurable qui engage son pronostic vital &#224; court terme, il suffit de faire fonds sur l'impr&#233;cision des termes. Hypocrisie ? Sans doute. Mais on m'a bien demand&#233; tout &#224; l'heure d'approfondir la s&#233;dation d'un malade qui ne demandait rien et dont il fallait (&#224; juste titre, encore une fois) soulager la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est de remarquer que la s&#233;dation ne concerne pas que la fin de vie, et qu'on s&#233;date couramment des malades de r&#233;animation qui ne sont pas atteints d'une maladie incurable et dont le pronostic vital n'est pas engag&#233; irr&#233;versiblement &#224; court terme. Je suis donc libre, d&#232;s lors qu'il y consent, d'endormir Vincent Humbert, et je suis tenu de ne plus le soigner si c'est sa d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc certainement des cas qui &#233;chappent &#224; la loi ; mais :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Je veux bien qu'on me les montre.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Quand il y en aurait, il s'agirait d'exceptions. Lorsqu'on se figure que la loi est l&#224; pour traiter des exceptions, on montre simplement qu'on ne comprend rien &#224; ce qu'est une loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne perds &#233;videmment pas de vue que cette proposition n'aurait pas r&#233;pondu &#224; la demande telle qu'elle avait &#233;t&#233; formul&#233;e (nous dit-on) par Vincent Humbert. Elle a toutefois le double m&#233;rite de r&#233;soudre le probl&#232;me de la souffrance et de pouvoir &#234;tre mise en &#339;uvre sans difficult&#233; &#233;thique, encore moins de difficult&#233; l&#233;gale ; ce n'est d&#233;j&#224; pas si mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE SUICIDE ASSIST&#201; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste cependant &#224; parler de ces personnes qui, envers et contre tout, veulent disposer de leur mort, et mourir comme elles l'entendent. Apr&#232;s tout, je peux le comprendre : que dirai-je moi-m&#234;me le moment venu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je ne suis pas s&#251;r d'avoir envie de r&#233;p&#233;ter ce que j'ai d&#233;j&#224; &#233;crit, et dont je ne changerais pas une virgule. J'esp&#232;re seulement avoir rendu clair qu'il faut une solide dose de mauvaise foi pour assimiler ces situations &#224; celles de souffrances insupportables ; et que, s'agissant des sujets en proie &#224; des souffrances insupportables, il faudrait une solide dose d'inhumanit&#233; pour pr&#233;tendre leur imposer ce parcours du combattant de la demande r&#233;it&#233;r&#233;e, de la d&#233;cision coll&#233;giale, etc. ; quand les souffrances sont insupportables on s&#233;date, et quand on a s&#233;dat&#233; il n'y a plus de souffrances insupportables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun peut mettre un terme &#224; sa vie quand il le veut : une mort pour convenance personnelle, en somme : le suicide n'est pas une infraction p&#233;nale ; la question pos&#233;e est de savoir si la soci&#233;t&#233; est tenue de s'organiser en ce sens. Je persiste &#224; dire qu'elle ferait bien de s'en abstenir, on en trouvera la d&#233;monstration &#224; &lt;a href=&#034;http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article104&#034;&gt;http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article104&lt;/a&gt;. Mais l&#224; o&#249; la mauvaise foi le dispute au d&#233;lire c'est dans l'argument ultime : il faut bien se procurer le m&#233;dicament qui lib&#232;re, et le pentobarbital n'est pas disponible hors d'une proc&#233;dure de d&#233;livrance particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'arrive pas &#224; comprendre si, avan&#231;ant ce pr&#233;texte, on se borne &#224; se moquer du monde ou s'il s'agit d'une fantasmatisation du mourir, superposable &#224; ces songeries que nous avons tous faites et au cours desquelles nous assistons &#224; notre propre enterrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se moque certainement du monde &#224; propos du pentobarbital. Comme s'il n'y avait pas de barbiturique disponible en France. Comme s'il n'y avait que les barbituriques pour se suicider en confort et s&#233;curit&#233;. Comme s'il n'&#233;tait pas simplissime, y compris pour une personne &#233;trang&#232;re au monde du soin, de trouver l'information n&#233;cessaire, que n'importe qui peut trouver sur le net en quelques secondes, &#224; condition de faire montre de la m&#234;me ing&#233;niosit&#233; que celle qu'il d&#233;ploie quand il est question de changer la bagnole. Mais je suis en train de me r&#233;p&#233;ter ; et surtout j'oublie que les militants de la mort pour tous ne plaident que pour ceux qui n'ont pas acc&#232;s &#224; Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre on d&#233;lire largement autour du mourir ; c'est que le suicide assist&#233; doit &#224; la fois rester un geste simple mais, tout de m&#234;me, requ&#233;rir (il est int&#233;ressant d'en m&#233;diter les raisons) l'aide d'un tiers. Juste pour &#233;clairer ce point, j'allais presque dire, pour le &lt;i&gt;fun&lt;/i&gt;, d&#233;crivons la proc&#233;dure d'euthanasie telle qu'elle avait (je ne sais pas si c'est toujours le cas) cours aux Pays-Bas il y a encore peu de temps. On fait se succ&#233;der deux injections :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Une de barbiturique pour endormir le patient.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Une de curare pour paralyser sa respiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reste pantois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On injecte du barbiturique. C'est n&#233;cessaire si on veut assurer le confort du patient, qui doit ne se rendre compte de rien. Ce qui est moins compr&#233;hensible c'est que, comme on l'a vu, le barbiturique seul est parfaitement capable de tuer son homme, c'est une simple question de dose et de vitesse d'injection (le midazolam serait encore plus ad&#233;quat, et c'est ce que pour ma part j'utiliserais, mais chacun ses marottes). Pourquoi une proc&#233;dure aussi compliqu&#233;e ? C'est qu'il s'agit d'une mise en sc&#232;ne : on donnera la mort &lt;i&gt;sous&lt;/i&gt; anesth&#233;sie g&#233;n&#233;rale, ce qui est gage de confort ; donner la mort &lt;i&gt;&#224; cause&lt;/i&gt; d'une anesth&#233;sie g&#233;n&#233;rale, ce serait tout de m&#234;me plus dramatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On injecte du curare. Pourquoi diable ? est-ce pour obtenir une paralysie respiratoire ? C'est une bonne id&#233;e, mais alors cette paralysie suffit &#224; entra&#238;ner le d&#233;c&#232;s,et le barbiturique y aurait suffi. En fait le curare a une autre fonction : celle de paralyser l'ensemble du syst&#232;me musculaire, ce qui garantit que le patient ne bougera pas. Avec le barbiturique, le malade ne voit rien, avec le curare c'est l'entourage qui ne voit rien. Une mort propre sur elle. Tout de m&#234;me j'entrevois une difficult&#233; : que se passe-t-il quand on curarise un patient qui n'a pas re&#231;u assez de barbiturique pour &#234;tre endormi ? Il se passe qu'il va assister &#224; la suite du spectacle sans avoir aucun moyen de manifester ce qu'il &#233;prouve&#8230; On voit par l&#224; que le probl&#232;me est de r&#233;ussir la mise en sc&#232;ne pour l'entourage, et que dans tout cela on n'a que faire du malade. La seule solution serait de garantir le confort de ce malade avec une dose massive de barbiturique, et si on la donne on n'a pas besoin du reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proc&#233;dure que je viens de d&#233;crire est donc celle qui &#233;tait appliqu&#233;e voici quelques ann&#233;es aux Pays-Bas. C'est aussi celle qui est utilis&#233;e aux &#201;tats-Unis pour les ex&#233;cutions capitales (avec le seul ajout, sans doute pour gagner du temps, de chlorure de potassium), proc&#233;dure dont tout le monde s'accorde &#224; nous multiplier les descriptions apocalyptiques pour mieux en stigmatiser l'inhumanit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'anosognosie du d&#233;ment</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article155</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article155</guid>
		<dc:date>2021-05-04T18:42:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Il est classique de dire que le d&#233;ment ne sait pas qu'il est d&#233;ment. On en fait m&#234;me souvent un crit&#232;re de diagnostic.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il se pourrait que les choses soient moins tranch&#233;es que cela.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique12" rel="directory"&gt;Maladie d'Alzheimer et maladies apparent&#233;es&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est habituel de dire que le d&#233;ment ne sait pas qu'il pr&#233;sente un trouble intellectuel. C'est ce qu'on appelle l'anosognosie, et ce trouble est rep&#233;r&#233; de mani&#232;re si fr&#233;quente qu'on en fait volontiers un crit&#232;re de diagnostic. Sur ce point la communaut&#233; g&#233;riatrique est unanime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le lecteur s'est un tant soit peu promen&#233; sur ce site, il a probablement d&#233;j&#224; l'intuition, lisant ces quelques lignes, que quelque chose cloche. Et c'est le cas : car la communaut&#233; g&#233;riatrique a beau &#234;tre unanime, cette unanimit&#233; compte au moins une exception : moi. Cette id&#233;e que le d&#233;ment ne saurait pas qu'il est malade ne correspond pas &#224; ce que j'ai observ&#233; dans ma pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment puis-je expliquer cela ? J'ai pass&#233; l'&#226;ge de me figurer que j'ai raison contre tout le monde. D'un autre c&#244;t&#233; il s'est trouv&#233; des irresponsables pour pr&#233;tendre que je connaissais mon m&#233;tier. Essayons donc d'y voir clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QU'EST-CE QU'UNE AGNOSIE ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons bien que notre cerveau n'est pas qu'une machine &#224; produire de la pens&#233;e. Si d'ailleurs il se r&#233;duisait &#224; cela nous serions bien en peine : s'il me fallait, chaque fois que je dois poser une vis, me demander dans quel sens je dois faire aller le tournevis, observer le filetage et faire mon choix, je serais un bricoleur bien peu efficace. Heureusement, mon cerveau le sait &#224; ma place, et lance le mouvement dans le bon sens sans m&#234;me me demander mon avis. On ne prend gu&#232;re de risque en affirmant que la majorit&#233; des actes que nous posons dans une journ&#233;e ne doivent pas grand-chose &#224; la pens&#233;e construite, et que nous les r&#233;alisons de mani&#232;re plus ou moins automatique. C'est d'ailleurs ce qui explique que la d&#233;mence passe longtemps inaper&#231;ue : pour assumer le quotidien la pens&#233;e n'est pas aussi utile qu'on pourrait le croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cerveau dispose donc d'un certain nombre de fonctions qui permettent notamment de traiter l'information de mani&#232;re automatique avant, si n&#233;cessaire, d'en pr&#233;senter le r&#233;sultat &#224; la pens&#233;e. Je dis : si n&#233;cessaire, parce que tout automobiliste sait bien qu'il s'est arr&#234;t&#233; au feu rouge, alors m&#234;me qu'il n'en a pas r&#233;ellement pris conscience. Parmi ces outils il y a ceux qu'on nomme les gnosies. Le plus simple pour comprendre de quoi il s'agit est de penser aux gnosies qui permettent de traiter les informations sensorielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple il existe une fonction qui me permet de trouver mes cl&#233;s dans ma poche : il faut, pour que ce soit possible, que mon cerveau soit capable de calculer la forme des objets, leur taille, leur mati&#232;re, etc., de synth&#233;tiser ces informations et de comparer le r&#233;sultat &#224; une liste d'objets pouvant de mani&#232;re vraisemblable se trouver dans ma poche &#224; cet instant. Le cerveau le fait, et &#224; une vitesse record.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une fonction du m&#234;me ordre qui me permet de reconna&#238;tre les visages sans avoir &#224; analyser longuement leur forme, la longueur du nez, l'&#233;cartement des yeux, etc. Cette fonction est si efficace que je peux m&#234;me reconna&#238;tre quelqu'un alors qu'il me tourne le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive que ces gnosies tombent en panne. C'est le cas chez le d&#233;ment : parmi les raisons (car il y en a plusieurs) qui font qu'il cesse de faire sa toilette, il y a le fait qu'il ne reconna&#238;t plus un morceau de savon ; et les soignants savent bien qu'il suffit parfois de lui dire : &#171; Voici le savon &#187; pour qu'il le prenne et l'utilise. Ou encore, le d&#233;ment perd souvent la capacit&#233; de reconna&#238;tre les visages, dont nous venons de parler. Cette perte, qu'on nomme prosopagnosie, est n&#233;cessaire, par exemple, pour qu'il puisse confondre sa fille avec sa propre m&#232;re. Et on remarque souvent que les gnosies ne se perdent pas toutes en m&#234;me temps : tel d&#233;ment ne reconna&#238;t plus sa femme quand elle vient le voir mais l'identifie sans h&#233;sitation quand elle lui t&#233;l&#233;phone ; c'est qu'il pr&#233;sente une agnosie visuelle mais pas, ou pas encore d'agnosie auditive. Ces ph&#233;nom&#232;nes d&#233;routants sont source de souffrance pour l'entourage, qui peine &#224; comprendre ce qui se passe, d'o&#249; l'importance qu'il y a &#224; les lui expliquer. Une des grandes &#233;tranget&#233;s de la d&#233;mence pour l'entourage est cette &#233;volution par plaques, qui fait que certaines fonctions tr&#232;s alt&#233;r&#233;es cohabitent avec d'autres, largement intactes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ANOSOGNOSIE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anosognosie est un trouble par lequel le sujet se montre incapable de reconna&#238;tre qu'il est malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement ce trouble a &#233;t&#233; d&#233;crit en 1914 par Joseph Babinski, l'un des plus grands neurologues de l'histoire de la m&#233;decine, qui l'avait observ&#233; chez des malades atteints d'h&#233;mipl&#233;gie. On ne va pas ici refaire toute l'histoire de la neurologie, mais Babinski avait observ&#233; que certains h&#233;mipl&#233;giques tr&#232;s &#233;trangement, ignorent leur trouble, pourtant massif. Ils ne se plaignent pas de leur paralysie, ils n'en parlent pas, et quand on l'&#233;voque ils ne comprennent pas de quoi il s'agit. Bien entendu il serait assez facile de leur en faire la d&#233;monstration, et on arrive souvent &#224; leur faire admettre qu'un des c&#244;t&#233;s de leur corps ne fonctionne plus, mais cette prise de conscience ne dure pas. Les cons&#233;quences sont multiples (&#224; commencer par le fait que le malade se met volontiers en danger), et les choses ont souvent tendance &#224; s'arranger avec le temps. Du point de vue conceptuel, parler d'anosognosie implique qu'il existe une &#034;gnosie de la maladie&#034;, autrement dit une fonction c&#233;r&#233;brale qui permettrait de percevoir qu'on est malade. C'est un peu ce que disent certains neurobiologistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne, tr&#232;s &#233;trange, tr&#232;s intriguant, a donn&#233; lieu &#224; plusieurs hypoth&#232;ses, qui vont du trouble psychog&#232;ne au trouble neurobiologique, l&#224; aussi passons. Il est bien plus important de resituer l'anosognosie dans le champ des divers comportements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anosognosie n'est pas l'ignorance. Il va de soi que si j'ai un cancer et que le diagnostic n'a pas &#233;t&#233; fait, la moindre des choses est que je ne sache pas que j'ai un cancer. Pour parler d'anosognosie, il faut que le patient pr&#233;sente un certain nombre de sympt&#244;mes dont il devrait pourtant se rendre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas davantage le d&#233;ni. Il faut r&#233;server le terme de d&#233;ni aux situations o&#249; le sujet se comporte &#224; la fois comme s'il savait et comme s'il ne savait pas. C'est un terme fr&#233;quemment utilis&#233; en soins palliatifs, pour d&#233;crire par exemple la situation du patient &#224; qui on a annonc&#233; une mauvaise nouvelle, et qui d&#233;clenche une s&#233;rie de m&#233;canismes psychologiques protecteurs qui font qu'il se comporte tant&#244;t comme s'il n'avait pas entendu, tant&#244;t comme s'il ne concevait pas les cons&#233;quences de ce qu'on lui a dit, ou encore oscille entre la pleine conscience et l'ignorance ; un exemple de d&#233;ni est cette dame qui me disait : &#171; Je ne verrai pas la chute des feuilles &#187; (elle avait raison) et dans la minute qui suit : &#171; Il faut que j'aille chez le dentiste, sinon dans deux ans mon bridge ne tiendra plus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas non plus le mensonge, ou la dissimulation. Et les choses peuvent &#234;tre tr&#232;s subtiles. Consid&#233;rons par exemple le cas de l'alcoolique. On voit assez rapidement qu'il est conscient de la situation, mais qu'il la minimise, ou la cache, pour de multiples raisons. Cependant on tend &#224; dire qu'il y a une anosognosie chez l'alcoolique, et effectivement la part des choses est tr&#232;s difficile &#224; faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bien entendu, il est tr&#232;s difficile de faire la part des choses, et d'ailleurs il est tr&#232;s vraisemblable que les choses ne sont pas du tout aussi tranch&#233;es que cela. Plusieurs m&#233;canismes peuvent coexister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a encore une autre difficult&#233;, qui est li&#233;e &#224; la d&#233;finition elle-m&#234;me. Ce que nous observons chez le sujet anosognosique, c'est qu'il ne &lt;i&gt;dit&lt;/i&gt; pas qu'il est malade ; c'est notamment sans doute le cas de nombreux malades psychiatriques. Reste &#224; savoir s'ils ne le disent pas parce qu'ils ne veulent pas le dire, ou s'ils ne le disent pas parce qu'ils ne le savent pas. Je fais cette remarque parce que nous sommes influenc&#233;s par la psychiatrie am&#233;ricaine, et que cette derni&#232;re a tendance &#224; s'en tenir &#224; ce qui est observable : il y a en somme les malades qui disent qu'ils sont malades et ceux qui ne le disent pas. Mais on sait bien que c'est l&#224; tout le probl&#232;me th&#233;orique de la psychologie : comment puis-je d&#233;velopper un savoir sur l'autre, alors m&#234;me que je n'ai pas, et pour cause, acc&#232;s &#224; ce qu'il ressent, mais seulement &#224; ce qu'il dit ? La prudence am&#233;ricaine est donc respectable ; il n'en est pas moins f&#226;cheux de renoncer &#224; faire la diff&#233;rence entre celui qui m&#233;conna&#238;t et celui qui dissimule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ANOSOGNOSIE DU D&#201;MENT :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est certaine : le d&#233;ment dit rarement qu'il a un trouble cognitif. Soyons cependant prudents : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; C'est rare mais non exceptionnel.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Quand on l'interroge dans une atmosph&#232;re de confiance, il est souvent assez facile de parvenir &#224; lui faire convenir de troubles dont on peut m&#234;me retracer l'historique. Il faut certes le faire avec prudence, car ce n'est pas tr&#232;s utile, et cela peut &#234;tre d&#233;stabilisant. On constate aussi que quand le patient admet son trouble il ne manque pas de le banaliser. Mais il y a une diff&#233;rence majeure entre cette sous-estimation et l'anosognosie, qui est le fait d'ignorer le trouble.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Bien entendu, plus le trouble cognitif progresse plus il est difficile au malade d'en prendre conscience. Et bien entendu il vient un moment o&#249; il ne sait plus qu'il est malade ; du moins pour autant qu'on puisse en juger, car bien malin, ou plut&#244;t bien pr&#233;somptueux est celui qui se targue de savoir ce qui se passe dans l'esprit d'un d&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce silence signifie-t-il qu'il ignore son trouble ? Cela peut se produire, mais dans le cas g&#233;n&#233;ral de la d&#233;mence de type Alzheimer, je ne le crois pas une seconde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entendons-nous : il n'est pas question pour moi de dire que le d&#233;ment sait qu'il est d&#233;ment. Mais dans le cas g&#233;n&#233;ral le d&#233;ment sait que quelque chose ne va pas, je crois m&#234;me qu'il ne l'oublie jamais m&#234;me si bien vite il est incapable de percevoir combien ses fonctions cognitives sont alt&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut toucher du doigt cette connaissance de deux mani&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est lors de l'annonce du diagnostic. On sait probablement que de plus en plus on plaide pour que, au moins quand on voit le malade &#224; un stade pr&#233;coce (car quand la d&#233;mence est &#233;volu&#233;e il me semble que cela a beaucoup moins d'int&#233;r&#234;t), il soit inform&#233; de ce qui se passe. Cette strat&#233;gie suscite toujours de fortes r&#233;ticences chez l'entourage, mais c'est une erreur, car elle a fait ses preuves. Quand on annonce, par exemple, un diagnostic de maladie d'Alzheimer (je passe sur les d&#233;bats s&#233;mantiques), on constate non seulement que le malade, contrairement aux craintes, ne s'effondre pas, mais qu'il est r&#233;guli&#232;rement soulag&#233;. Il faut en effet une singuli&#232;re dose de na&#239;vet&#233; pour se figurer que son trouble lui avait &#233;chapp&#233;, et le plus souvent il a pass&#233; de longs mois, quand ce ne sont pas des ann&#233;es, &#224; subir les remarques de son entourage, qui lui a parl&#233; de d&#233;pression, de laisser-aller, d'inattentions r&#233;p&#233;t&#233;es, etc. Le simple fait de mettre enfin un nom, m&#234;me si ce nom porte une charge &#233;motive inqui&#233;tante, sur une situation &lt;i&gt;dont il savait bien qu' &#171; elle n'&#233;tait pas normale &#187;&lt;/i&gt; le remet, au contraire, dans une sorte de normalit&#233;, avec en plus cet avantage de lui confirmer qu'il ne perd pas la t&#234;te au point, pr&#233;cis&#233;ment, de ne pas savoir qu'il la perd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est encore plus &#233;clatante. D&#232;s que la d&#233;mence est un peu install&#233;e, le meilleur moyen de la d&#233;pister (je ne dis pas : d'en faire le diagnostic, ce qui tout de m&#234;me suppose d'autres outils) est de prendre un peu de recul et d'observer les efforts, souvent path&#233;tiques, souvent d&#233;sesp&#233;r&#233;s, que le malade fait pour cacher son trouble. J'en ai parl&#233; ailleurs (voir &lt;a href=&#034;http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article10&#034;&gt;La d&#233;mence ou l'art du camouflage&lt;/a&gt;), je n'y reviens pas, sinon peut-&#234;tre pour rappeler que la principale raison pour laquelle la vieille personne refuse les aides est qu'elle redoute, plus ou moins confus&#233;ment, certes, ce qui va se passer si quelqu'un met un peu trop le nez dans ses affaires. Le refus des aides doit &#234;tre consid&#233;r&#233;, jusqu'&#224; preuve du contraire, comme un signe d'alerte majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne signifie nullement que le d&#233;ment est r&#233;aliste sur son trouble. Il ne sait pas forc&#233;ment quelle en est la nature, il ne manque pas de le sous-&#233;valuer, et m&#234;me il vient sans doute un moment o&#249; il ne sait plus ce qui ne va pas, mais tr&#232;s longtemps il sait que &#231;a ne va pas ; on a m&#234;me l'impression qu'il ne sait plus qu'une chose : il ne faut pas que &#231;a se voie ; m&#234;me quand il ne sait plus dire ce qui au juste ne doit pas se voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi je persiste &#224; penser que l'anosognosie du d&#233;ment est un concept tr&#232;s dangereux, dans la mesure o&#249; il emp&#234;che de penser ce qui se passe ; du coup on perd toute chance de comprendre certains troubles du comportement, notamment les col&#232;res, certes, mais pas seulement ; et on passe &#224; c&#244;t&#233; de ce qui est probablement une source majeure de souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-&#234;tre y a-t-il un malentendu, qui provient de ce que le concept d'anosognosie n'est pas clair pour tout le monde&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un Village Alzheimer</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article153</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article153</guid>
		<dc:date>2020-08-07T10:45:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ces derniers jours &#224; la t&#233;l&#233;vision on a pu voir un reportage sur un village Alzheimer. Il s'agit de l'aboutissement d'un projet visant &#224; cr&#233;er une maison de retraite sp&#233;cialement con&#231;ue pour accueillir des d&#233;ments. &lt;br class='autobr' /&gt;
En soi le projet n'est pas radicalement nouveau : cela fait bien des ann&#233;es qu'on travaille, avec des projets et des r&#233;sultats plus ou moins convaincants, sur la mani&#232;re dont l'architecture pourrait aider &#224; la prise en charge de ces malades. Et des exp&#233;rimentations en ce sens ont &#233;t&#233; men&#233;es &#224; (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Organisation g&#233;riatrique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ces derniers jours &#224; la t&#233;l&#233;vision on a pu voir un reportage sur un village Alzheimer. Il s'agit de l'aboutissement d'un projet visant &#224; cr&#233;er une maison de retraite sp&#233;cialement con&#231;ue pour accueillir des d&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soi le projet n'est pas radicalement nouveau : cela fait bien des ann&#233;es qu'on travaille, avec des projets et des r&#233;sultats plus ou moins convaincants, sur la mani&#232;re dont l'architecture pourrait aider &#224; la prise en charge de ces malades. Et des exp&#233;rimentations en ce sens ont &#233;t&#233; men&#233;es &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais certainement pas ici analyser une proposition dont je ne sais rien d'autre que ce qu'on pouvait trouver dans ce reportage. Encore moins la critiquer, d'autant que les choses se passent &#224; Dax ; pour avoir eu l'occasion (m&#234;me si cela fait maintenant bien longtemps) de fr&#244;ler l'&#233;quipe g&#233;riatrique de Dax, j'en connais la grande valeur. Non. Ce qui m'int&#233;resse ici c'est l'id&#233;e que le t&#233;l&#233;spectateur a pu se faire de l'op&#233;ration, c'est l'imaginaire de la d&#233;mence. Je vais donc parler beaucoup moins du projet que de son soubassement, et plus encore peut-&#234;tre du reportage. C'est important, car quand nous consid&#233;rons la d&#233;mence l'une des principales difficult&#233;s auxquelles nous nous heurtons est bien la fantasmatique ; ou la fantasmagorie : mettons un journaliste devant le projet, et demandons-nous ce qui l'a frapp&#233;, lui qui ne conna&#238;t de la d&#233;mence que ce que le grand public en conna&#238;t. Pour le projet lui-m&#234;me on pourra se reporter &#224; &lt;a href=&#034;https://villagealzheimer.landes.fr/&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;https://villagealzheimer.landes.fr/&lt;/a&gt;. Je ne ferai sur lui que des remarques th&#233;oriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet me semble au croisement de deux d&#233;marches d&#233;j&#224; anciennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; on constate que la mani&#232;re dont les maisons de retraite classiques ont &#233;t&#233; con&#231;ues n'est pas adapt&#233;e aux besoins de d&#233;ments. L'exemple classique est la d&#233;ambulation : on sait que dans la d&#233;mence de type Alzheimer il y a une forme dans laquelle le malade &#233;prouve le besoin irr&#233;pressible de marcher. Il est toujours catastrophique d'essayer de l'en emp&#234;cher : s'il doit marcher il faut qu'il marche. Encore faut-il que les lieux s'y pr&#234;tent, faute de quoi le d&#233;ment d&#233;ambulant n'aura d'autre ressource que d'errer de chambre en chambre, avec les cons&#233;quences sociales qu'on conna&#238;t bien, ou de chercher &#224; sortir de l'&#233;tablissement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Le &#171; d&#233;ment qui fugue &#187; ne fugue pas : il a besoin de marcher, donc il marche (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui implique des restrictions de libert&#233; sur lesquelles je reviendrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233; on a vu &#233;clore ces derni&#232;res ann&#233;es un nombre (assez limit&#233;) de projets visant &#224; cr&#233;er des communaut&#233;s de vie de personnes &#226;g&#233;es : quelle est l'organisation minimale n&#233;cessaire ? L'exemple le plus caract&#233;ristique aura &#233;t&#233; sans doute le projet des Baba Yagas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='https://www.independanceroyale.com/fr/la-maison-des-babayagas' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; je ne le connais pas davantage que le projet landais ; simplement j'ai toujours &#233;t&#233; fascin&#233; par le fait que ce projet, qui est tr&#232;s attirant et semble frapp&#233; au coin du bon sens, fait l'impasse sur ce qui va se passer &#224; mesure que la d&#233;pendance des participants ira croissant ; de mani&#232;re tr&#232;s r&#233;ductrice je serais tent&#233; de dire en somme que le projet des Baba Yagas est parfaitement adapt&#233; aux vieilles personnes qui n'en ont pas besoin ; mais ce serait tr&#232;s injuste, bien s&#251;r, et le projet a toute sa pertinence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES MAISONS DE RETRAITE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci nous renvoie &#224; notre conception m&#234;me des maisons de retraite. Je m'obstine &#224; parler de &#171; maisons de retraite &#187; parce que je me m&#233;fie toujours autant des innovations s&#233;mantiques qui ne changent en rien la nature de ce qu'on fait. Il y a eu d'abord l'hospice, puis l'asile de vieillards, qui existaient principalement pour des raisons socio-&#233;conomiques : on y accueillait surtout les n&#233;cessiteux ; puis on est pass&#233; &#224; la maison de retraite, &#224; mesure que la situation &#233;conomique du troisi&#232;me &#226;ge s'am&#233;liorait (car elle s'est am&#233;lior&#233;e). Mais il y a toujours eu un probl&#232;me : m&#234;me renomm&#233;es ainsi on n'a jamais su inventer des maisons de retraite o&#249; les vieilles personnes viendraient avec plaisir ; l'immense majorit&#233; des r&#233;sidents de maison de retraite sont l&#224; parce qu'ils ne pouvaient plus faire autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Banalit&#233;, dira-t-on : qui de nous ne pr&#233;f&#233;rerait cent fois rester dans son domicile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute. Pour ce qui me concerne, en tout cas, c'est &#233;vident, au point que j'ai &#233;crit dans mes directives anticip&#233;es : &lt;i&gt;il y aurait lieu de consid&#233;rer la situation comme palliative (&#8230;) si l'alt&#233;ration de mes fonctions cognitives imposait que je sois admis en maison de retraite&lt;/i&gt;. Mais&#8230; cela suffit-il ? Ce que j'ai &#233;crit sexag&#233;naire en pleine possession de mes moyens, l'&#233;crirais-je vingt ans plus tard veuf et perdant les moyens de jouer de la musique et d'entretenir (fort mal) mon jardin ? Ce n'est pas s&#251;r, m&#234;me si je ne sais pas l'imaginer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='Tout comme je ne sais pas comprendre comment certains de mes amis (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Allons plus loin : ce que je pense n'a pas lieu d'&#234;tre &#233;rig&#233; en norme, et rien ne nous permet de dire que, si les conditions s'y pr&#234;taient, certains ne choisiraient pas de vivre en collectivit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='appendix' title='L'aventure des Baba Yagas montre pr&#233;cis&#233;ment que les choses ne sont pas si (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que cette id&#233;e que tout le monde souhaite vivre &#224; domicile le plus longtemps possible est devenue une &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; qu'on ne se donne pas la peine de v&#233;rifier. On a commis la m&#234;me erreur en r&#233;p&#233;tant jusqu'il y a peu que &#171; tous les humains ont toujours voulu vivre le plus longtemps possible et &#224; n'importe quel prix &#187;, alors qu'il suffit de conna&#238;tre un tant soit peu l'histoire des civilisations, ou de c&#244;toyer quelques malades en fin de vie, pour s'apercevoir qu'il n'en est rien. Mais c'est la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;, et cela a de multiples cons&#233;quences. Par exemple : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La vieille personne, soucieuse qu'elle est de se conformer &#224; l'image que ses enfants attendent d'elle, ne s'autorise que rarement &#224; dire qu'elle &lt;i&gt;veut&lt;/i&gt; aller en maison de retraite. Il est vrai que quand elle le dit on ne l'&#233;coute pas. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Du coup, puisque cela ne peut pas &#234;tre un projet positif, elle arrive en institution quand il n'est vraiment pas possible de faire autrement ; elle y arrive affaiblie, diminu&#233;e, et cela ne fait que majorer, le mot est faible, ses difficult&#233;s d'adaptation ; quiconque a assist&#233; &#224; l'&#233;laboration d'un &lt;i&gt;projet de vie&lt;/i&gt;, tel qu'il est obligatoire d'en dresser un &#224; l'entr&#233;e en maison de retraite, en conna&#238;t le caract&#232;re path&#233;tique.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il est probable que cela inhibe l'ambition des concepteurs de maisons de retraite, qui n'osent pas imaginer des lieux de vie dignes de ce nom. La maison de retraite n'est rien d'autre qu'une derni&#232;re demeure (ou un mouroir, si on tient &#224; cette ignoble, injuste et m&#233;prisante appellation : la maison de retraite que j'ai dirig&#233;e &#233;tait un lieu o&#249; on venait mourir ; j'ai &#233;t&#233; tr&#232;s fier de ce que j'ai accompli dans ce mouroir). &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un sous-exemple de cette &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; est particuli&#232;rement frappant : quand on b&#226;tit une nouvelle maison de retraite il va de soi qu'on doit pr&#233;voir une &#233;crasante majorit&#233; de chambres individuelles. Je me suis toujours demand&#233; si on a pens&#233; &#224; demander aux int&#233;ress&#233;s ce qu'ils en pensent r&#233;ellement (&#233;tant entendu que, soumises elles-m&#234;mes &#224; cette &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt;, les vieilles personnes ne vont pas forc&#233;ment admettre qu'en r&#233;alit&#233; elles souhaiteraient avoir de la compagnie).
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Etc. Le grand Lucien Mias&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='appendix' title='https://www.agevillage.com/actualite-6758-1-un-entretien-exclusif-avec-lucie (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui a tant fait pour l'invention du prendre soin en g&#233;riatrie, r&#233;p&#232;te volontiers que pour une vieille personne, m&#234;me encore valide, isol&#233;e &#224; son domicile avec le minimum vieillesse et sa t&#233;l&#233;vision pour seule compagnie, il y a des alternatives simples &#224; inventer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Passons, d'ailleurs je n'en sais rien. Ce qui en revanche est certain c'est que, s'adressant par hypoth&#232;se &#224; des personnes qui n'en peuvent plus, la question de la d&#233;pendance est devenue centrale dans la prise en charge. Or s'il est une &#233;vidence en g&#233;riatrie c'est que prise isol&#233;ment la d&#233;pendance n'a pas de sens : la d&#233;pendance est toujours la cons&#233;quence de la maladie, et c'est pour de seules raisons comptables qu'on a choisi d'isoler, dans le financement des s&#233;jours en maison de retraite, la partie h&#233;bergement qui est &#224; la charge de la personne (ou de l'aide sociale), la partie soins qui est &#224; la charge de l'Assurance-maladie, et la partie d&#233;pendance qui rel&#232;ve du D&#233;partement. Dans les faits les trois sont inextricablement li&#233;s, mais il s'agissait bel et bien d'all&#233;ger le poids de la partie soins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence a &#233;t&#233; au moins quadruple :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les maisons de retraite ont &#233;t&#233; pri&#233;es de se conformer &#224; un mod&#232;le hospitalier, avec une forte proportion d'infirmi&#232;res et d'aides-soignantes (curieusement, pour les m&#233;decins c'est plus difficile) ; le symbole en est l'invasion des blouses blanches l&#224; o&#249; pourtant elles n'ont que faire. Et c'est si ancr&#233; qu'on tombe des nues quand un Directeur un peu plus avis&#233; que les autres propose et obtient de ses &#233;quipes qu'elles travaillent en tenue de ville&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='appendix' title='Alors que rien en pratique ne s'y oppose, pourvu que l'&#201;tablissement les (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Pour les familles, cela permettait d'entretenir l'illusion (illusion n&#233;cessaire si on veut continuer &#224; m&#233;conna&#238;tre la mort qui r&#244;de) que si leur proche est en maison de retraite ce n'est pas parce qu'il vieillit mais parce qu'il est malade. Pendant les derni&#232;res ann&#233;es de mon activit&#233;, quand j'envisageais pour un patient une entr&#233;e en institution la remarque qui venait immanquablement &#233;tait : &#171; Oui, Docteur, mais alors une maison de retraite m&#233;dicalis&#233;e &#187;. Je n'ai jamais trouv&#233; de texte d&#233;finissant ce qu'&#233;tait une maison de retraite &lt;i&gt;m&#233;dicalis&#233;e&lt;/i&gt; par rapport &#224; une autre qui ne l'aurait pas &#233;t&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Comme il n'y avait pas de limite claire, encore moins de limite respect&#233;e, entre les malades qui pouvaient aller en maison de retraite et ceux qui relevaient d'une entr&#233;e en service de long s&#233;jour (les Unit&#233;s de Soins de Longue Dur&#233;e), on a envoy&#233; en maison de retraite (et cela continue) des vieilles personnes qu'elles ne sont pas en mesure d'assumer. C'est ainsi que les indiscutables avanc&#233;es du &lt;i&gt;Plan Solidarit&#233;-Grand &#226;ge 2007-2012&lt;/i&gt;, obtenues sous l'impulsion de Val&#233;rie L&#233;tard, ont &#233;t&#233; rapidement r&#233;duites &#224; n&#233;ant par l'alourdissement des prises en charge.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Et bien entendu l'autorit&#233; de tutelle en a profit&#233; pour r&#233;duire l'offre de soins en long s&#233;jour, qui &#233;tait pourtant la place de ces malades. Le massacre a &#233;t&#233; terrible : on va r&#233;p&#233;tant que la France a ferm&#233; des dizaines de milliers de lits d'hospitalisation ; on oublie de dire que plus de la moiti&#233; &#233;taient des lits de long s&#233;jour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='appendix' title='https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/es2019.pdf' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans le droit fil de cette &#233;volution que sont n&#233;s les EHPAD : &#233;tablissements d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes. On ne se m&#233;fie jamais assez des acronymes. Il y aurait lieu de m&#233;diter chaque lettre de ce vocable. Passons. Ce qui est clair en revanche c'est que : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La maison de retraite dispara&#238;t au profit d'une structure aussi impersonnelle que les c&#233;achus.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Dans laquelle on n'entre que dans la mesure o&#249; on est &#226;g&#233; et d&#233;pendant : on exclut donc de travailler sur l'accueil des personnes qui voudraient vivre en collectivit&#233; pour d'autres motifs.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La fronti&#232;re entre maison de retraite et long s&#233;jour s'estompe de plus en plus. Ce qui ne serait pas sans int&#233;r&#234;t, car &#224; bien le consid&#233;rer le long s&#233;jour a quelque chose d'un peu monstrueux, dans lequel il est bien difficile d'&#233;laborer un projet de vie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='appendix' title='Je n'ai d'ailleurs jamais su quel est le statut juridique exact d'un patient (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cela suppose que les moyens ad&#233;quats soient attribu&#233;s au secteur des EHPAD. Et cela fait planer un danger auquel on ne r&#233;fl&#233;chit pas assez : il faut faire quelque chose pour que les longs s&#233;jours deviennent davantage des lieux de vie se rapprochant des maisons de retraite ; le risque est de faire que les maisons de retraite deviennent des longs s&#233;jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons &#224; notre sujet, dont je vois bien que, incorrigible, je me suis beaucoup &#233;loign&#233;. Que voyons-nous dans le reportage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='appendix' title='Redisons-le : je ne suis pas all&#233; sur place, et je ne connais pas le projet. (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE VILLAGE ALZHEIMER &lt;/strong&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose qu'on nous dit est qu'il s'agit d'un &lt;i&gt;village Alzheimer&lt;/i&gt;. Ce d&#233;tail est d'une &#233;norme importance. Car on ne parle pas de d&#233;mence. Ne revenons pas sur le d&#233;bat s&#233;mantique autour du mot &lt;i&gt;d&#233;mence&lt;/i&gt;, qui r&#233;pugne &#224; cause de ses connotations&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='appendix' title='J'ai dit ailleurs qu'il vaudrait mieux travailler sur les repr&#233;sentations que (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il s'agit de savoir si on veut r&#233;unir des personnes atteintes de maladie d'Alzheimer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='appendix' title='N'insistons pas davantage sur ce que je soutiens : par d&#233;finition la maladie (...)' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou d'une d&#233;mence. Ce n'est pas un d&#233;tail : la maladie d'Alzheimer est une maladie dont la d&#233;mence est le r&#233;sultat &#233;volutif le plus fr&#233;quent ; encore faut-il pour que la d&#233;mence survienne que la maladie s'aggrave, et que le sujet ne d&#233;c&#232;de pas avant. Beaucoup de sujets atteints de malade d'Alzheimer ne feront jamais de d&#233;mence, et beaucoup de d&#233;ments n'ont pas la maladie d'Alzheimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question sous-jacente est de savoir quel est le stade &#233;volutif des r&#233;sidents admis dans le village : si ce sont des malades atteints de formes l&#233;g&#232;res ou mod&#233;r&#233;es, c'est un projet ; s'il s'agit de d&#233;ments c'en est un autre. Du coup viennent plusieurs questions :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Aurait-il &#233;t&#233; possible de les maintenir &#224; domicile ? Et qui a pris la d&#233;cision de les institutionnaliser ? Comment cela s'est-il pass&#233; ? Cette admission r&#233;pond-elle &#224; leur d&#233;sir ou &#224; celui de leur entourage ? Que validerait-on en les institutionnalisant somme toute trop t&#244;t ? &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Que se passerait-il quand, la maladie &#233;voluant, leur &#233;tat deviendrait difficilement compatible avec l'organisation de la structure ? Cela pose d'immenses probl&#232;mes : juridiquement, r&#233;p&#233;tons-le, le r&#233;sident d'une maison de retraite est titulaire de sa chambre. Il ne va pas de soi de la promener de chambre en chambre &#224; mesure que son &#233;tat se d&#233;t&#233;riore, comme on a coutume de le faire dans tous les EHPAD. Ce n'est pas qu'il ne faille pas le faire, la force des choses est l&#224;. Mais outre que ce n'est pas sans cons&#233;quences, notamment psychologiques, pour la personne, cela fait appara&#238;tre la pr&#233;tention &#224; les tenir pour des locataires comme d'autres locataires pour ce qu'elle est : une pure fiction destin&#233;e &#224; nous donner bonne conscience.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Qu'en est-il de la mixit&#233; ? J'ai toujours h&#233;sit&#233; entre deux dangers : si on d&#233;cide que les d&#233;ments doivent &#234;tre mis &#224; part en raison de leurs troubles du comportement, on cr&#233;e une s&#233;gr&#233;gation et on les &#233;loigne encore plus de la &#171; normalit&#233; &#187; ; si on ne le fait pas on place les personnes non d&#233;mentes dans des situations souvent ing&#233;rables. J'ai fini par me dire que les d&#233;ments sont mieux entre eux ; mais cela reste &#224; prouver, et cela n'en constitue pas moins un renoncement. On voit bien d'ailleurs que les pays nordiques balancent entre les deux options : maintenir le d&#233;ment (&#224; domicile le plus souvent) dans un environnement normal ou leur cr&#233;er un monde sp&#233;cifique. Tout d&#233;pend, dira-t-on, du degr&#233; de la maladie. C'est bien ce qui me fait poser la question : s'agit-il d'un village Alzheimer ou d'un village de d&#233;ments ? &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Qu'en est-il de la sp&#233;cificit&#233; ? La maladie d'Alzheimer a beau &#234;tre la cause principale des d&#233;mences, ce n'est pas la seule. Que fait-on des autres ? &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#201;DUIRE LA CONSOMMATION DE M&#201;DICAMENTS :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une des premi&#232;res choses qu'on nous annonce est qu'un des objectifs est de r&#233;duire la consommation de m&#233;dicaments. C'est une n&#233;cessit&#233; absolue, m&#234;me si un peu de pratique de ces projets conduit vite &#224; se demander s'il s'agit vraiment d'autre chose que d'une figure impos&#233;e, une case &#224; cocher dans le cahier des charges, en somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que la personne &#226;g&#233;e souffrant de troubles cognitifs prend trois types de m&#233;dicaments.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ceux qui sont rendus n&#233;cessaires par les autres pathologies dont elle souffre. Ils n'ont pas lieu d'&#234;tre concern&#233;s ici.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les m&#233;dicaments dits sp&#233;cifiques de la maladie. Ne revenons pas sur le d&#233;bat auquel ils ont donn&#233; lieu quand il s'est agi de les d&#233;rembourser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='appendix' title='On pourra se reporter &#224; http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article127, (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les psychotropes, rendus n&#233;cessaires par les troubles du comportement. Dans la mesure o&#249; ces troubles du comportement sont largement induits par les difficult&#233;s que le malade &#233;prouve &#224; s'adapter &#224; son environnement, on r&#233;duit certainement leur consommation en adaptant ce dernier. Je noterai simplement, pour l'avoir exp&#233;riment&#233; pendant de longues ann&#233;es, qu'avec un peu de tol&#233;rance il est possible, m&#234;me dans une maison de retraite non sp&#233;cifiquement organis&#233;e en cons&#233;quence, d'en prescrire fort peu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='appendix' title='Je ne prescrivais pratiquement jamais de neuroleptiques. Avec le recul je (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons l&#224; encore. Toujours est-il que je ne suis pas absolument certain que l'apport d'une telle structure dans le domaine de la consommation de m&#233;dicaments soit essentiel. Ce qui pr&#233;domine l&#224; est sans doute davantage l'id&#233;e que les soignants se font de leur r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;STIMULER LES FONCTIONS COGNITIVES :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On agite l&#224; la bouteille &#224; l'encre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on pr&#233;server les fonctions cognitives du sujet atteint de maladie d'Alzheimer ? Je n'en sais rien, et les donn&#233;es sur ce point sont contradictoires, faute sans doute de savoir de quoi on parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a &#233;crit r&#233;cemment encore qu'un haut niveau intellectuel et culturel pr&#233;serve de la maladie. Cela demande un peu de pr&#233;caution. Rappelons tout d'abord qu'il ne manque pas de personnalit&#233;s de renom qui n'en ont pas moins &#233;t&#233; terrass&#233;es. Mais ce n'est pas le plus important. Il semble aller de soi que si on dispose d'un stock cognitif important, il se passera plus de temps avant que les d&#233;g&#226;ts caus&#233;s par son amenuisement deviennent visibles, les milliardaires sont moins expos&#233;s &#224; la pauvret&#233; que les smicards. Mais cela ne signifie nullement que la maladie &#233;volue moins vite ; et cela ne change rien &#224; la souffrance engendr&#233;e : si un acteur se met &#224; perdre la m&#233;moire, il en p&#226;tira plus vite que d'autres personnes pour qui l'enjeu est moins crucial ; par contre il se peut qu'il puisse plus longtemps faire cuire ses &#339;ufs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a beaucoup dit que les exercices intellectuels permettent de ralentir le processus &#233;volutif. Je ne suis pas s&#251;r que des d&#233;monstrations d&#233;finitives en aient &#233;t&#233; apport&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='appendix' title='Ce que je sais en revanche c'est que cela nous rassure : nous ne sommes pas (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Deux points au moins me semblent &#233;vidents : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le premier est que la m&#233;moire doit se comporter comme toutes les fonctions : il vaut mieux la maintenir en bon &#233;tat.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le second est qu'il est possible d'en optimiser le fonctionnement. Le cerveau reste (longtemps en tout cas) un organe plastique, adaptable, et qui sait compenser la perte de certaines habilet&#233;s par la mise en action d'autres zones. Et c'est l&#224; un enjeu majeur. Mais une chose est de dire qu'on peut compenser les pertes, une autre est de dire qu'on peut les ralentir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb15' class='spip_note' rel='appendix' title='L'exemple de ce dilemme est celui de l'agenda. Si je commence &#224; perdre la (...)' id='nh15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref il faut &#234;tre &#224; la fois &#233;moustill&#233; et prudent : de tels lieux sont propices &#224; l'invention d'une foule de proc&#233;d&#233;s permettant, &#224; tout le moins, &#224; la personne accueillie de se sentir mieux, rassur&#233;e, plus &#224; l'aise. Quant &#224; ralentir l'&#233;volution de la maladie, c'est une autre affaire, sur laquelle je me garderais bien de me prononcer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le redis : mon but n'est pas de critiquer une r&#233;alisation que je sais port&#233;e par une &#233;quipe de professionnels de haut niveau. De surcro&#238;t je ne l'ai pas visit&#233;e. Je ne fais que r&#233;agir &#224; un reportage qui a &#233;t&#233; vu par des t&#233;l&#233;spectateurs. Ce que j'&#233;cris dans ces lignes, mes confr&#232;res le savent fort bien et n'ont nul besoin que je le leur rappelle. Le t&#233;l&#233;spectateur, lui, si. Et tout se joue sur les d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;TRANGET&#201; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne r&#233;fl&#233;chit pas suffisamment &#224; ce qu'on fait quand on organise l'environnement du d&#233;ment. Deux exemples suffiront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des probl&#232;mes que le malade pose, on l'a vu, est sa fr&#233;quente tendance &#224; d&#233;ambuler, et &#224; vouloir sortir de l'unit&#233;. Voici une quinzaine d'ann&#233;es (je ne sais pas ce qu'il en est maintenant) on avait longuement r&#233;fl&#233;chi aux mani&#232;res d'organiser l'espace de fa&#231;on &#224; diminuer, ou tout au moins &#224; canaliser, cette propension &#224; bouger. Parmi les techniques pr&#233;conis&#233;es l'une &#233;tait de poser des miroirs sur les portes : le patient se trouvait devant un miroir, ne comprenait plus qu'il s'agissait d'une porte et du coup avait moins tendance &#224; la franchir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb16' class='spip_note' rel='appendix' title='C'&#233;tait faire bon march&#233; des capacit&#233;s intellectuelles du d&#233;ment, j'en ai connu (...)' id='nh16'&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je me suis toujours demand&#233; ce que cela pouvait faire &#224; un d&#233;ment de se retrouver dans un espace o&#249; il n'y a pas de porte : rien, peut-&#234;tre, mais ce que je sais c'est que les professionnels ne se posaient pas la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore, on a tendance &#224; penser que le d&#233;ment pourrait se sentir rassur&#233; si on lui cr&#233;e un environnement qui ressemble &#224; celui qu'il a toujours connu. Et certes il faut le faire. Mais cela demande une vigilance de tous les instants, car la r&#232;gle du jeu ne saurait se r&#233;duire au projet de le faire se sentir &#171; comme chez lui &#187; ; non seulement parce qu'on n'y parviendra pas, mais bien plus parce qu'il y a quelque chose de kafka&#239;en &#224; vouloir le faire habiter dans un monde qui est &#171; comme chez lui &#187;, alors que la seule chose qu'il n'oublie jamais est que, pr&#233;cis&#233;ment, &lt;i&gt;il n'est pas chez lui.&lt;/i&gt; Ce qu'on cr&#233;e ainsi, c'est le monde du &lt;i&gt;Prisonnier&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb17' class='spip_note' rel='appendix' title='https://www.dailymotion.com/video/x77hsl?syndication=273844' id='nh17'&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour autant il faut se m&#233;fier : lui cr&#233;er un monde o&#249; il serait comme chez lui est un fantasme ; dire que ce monde lui serait frapp&#233; d'irr&#233;alit&#233; est &lt;i&gt;mon&lt;/i&gt; fantasme. Ce qui permet d'en juger, c'est le simple crit&#232;re d'efficacit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb18' class='spip_note' rel='appendix' title='Je crois que tout est affaire de pragmatisme et d'imagination. Par exemple (...)' id='nh18'&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marge est tr&#232;s &#233;troite. Dans le reportage on voit que le village Alzheimer est dot&#233; d'une sup&#233;rette o&#249; les r&#233;sidents peuvent aller faire leurs courses. C'est une excellente chose. Reste &#224; s'interroger sur un d&#233;tail : dans cette sup&#233;rette les r&#233;sidents font leurs courses &lt;i&gt;mais on n'y manipule pas d'argent&lt;/i&gt;. C'est un pari dont les cons&#233;quences demanderont &#224; &#234;tre explor&#233;es, surtout quand on sait combien les d&#233;ments sont attach&#233;s &#224; la question de l'argent, signe de leur ind&#233;pendance et de leur capacit&#233; &#224; assumer la vie. Le projet est bon s'il ne s'&#233;carte en rien de la r&#232;gle : les personnes accueillies g&#232;rent tout ce qu'elles peuvent, et on ne les aide qu'en tant que de besoin. Dans une structure tr&#232;s voisine aux Pays-Bas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb19' class='spip_note' rel='appendix' title='https://hogeweyk.dementiavillage.com/en/ ; notons l'appellation : dementia (...)' id='nh19'&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; on est formel : les r&#233;sidents g&#232;rent leur propre entretien domestique avec le concours permanent d'une &#233;quipe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb20' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; The residents manage their own households together with a constant team of (...)' id='nh20'&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Toute la difficult&#233; est de se tenir &#224; distance la tentation de l'assistanat et celle du faux-semblant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste encore &#224; se poser une question &#233;thique, r&#233;currente, douloureuse. L'environnement est s&#233;curis&#233; ; ce qui traduit le fait que le village est enti&#232;rement clos et qu'il n'est pas possible d'en sortir. On en voit bien la n&#233;cessit&#233;. Mais alors on renonce &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me qui na&#238;t du fait que ce lieu demeure un lieu de privation de libert&#233; ; et que les questions pos&#233;es par cette privation de libert&#233; ne sont pas r&#233;solues. En France il est permis d'enfermer un citoyen dans deux lieux sp&#233;cifiques que sont les prisons et les h&#244;pitaux psychiatriques, et ces enfermements se font sous le contr&#244;le d'un juge. Tout autre enfermement tombe sous le coup de l'article 224-1 du Code P&#233;nal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb21' class='spip_note' rel='appendix' title='&#171; Le fait, sans ordre des autorit&#233;s constitu&#233;es et hors les cas pr&#233;vus par la (...)' id='nh21'&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Jusqu'&#224; preuve du contraire les unit&#233;s sp&#233;cifiques Alzheimer qu'on trouve dans les maisons de retraite ne se sont pas vu attribuer un statut juridique qui leur permette de fonctionner ; bien au contraire la loi prend la peine de disposer que &lt;i&gt;La personne prot&#233;g&#233;e choisit le lieu de sa r&#233;sidence. Elle entretient librement des relations personnelles avec tout tiers, parent ou non. Elle a le droit d'&#234;tre visit&#233;e et, le cas &#233;ch&#233;ant, h&#233;berg&#233;e par ceux-ci&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb22' class='spip_note' rel='appendix' title='Code Civil, art. 459-2.' id='nh22'&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le fait que cette disposition est d'une invraisemblable hypocrisie n'y change rien. En l'&#233;tat le Village Alzheimer est contraint de devenir lui aussi un lieu de privation de libert&#233;, ce qui est d'autant plus absurde qu'il serait simple de r&#233;soudre la question, encore faudrait-il que le l&#233;gislateur s'en donne la peine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb23' class='spip_note' rel='appendix' title='Je plaide pour ma part pour qu'on institue une proc&#233;dure de type r&#233;f&#233;r&#233; qui (...)' id='nh23'&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SE RASSURER :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on invente des structures de prise en charge de la vieille personne il existe un danger permanent : celui de nous rassurer. Dans les maisons de retraite on sait bien ce qu'il en est : le r&#233;sident, c'est la vieille personne ; le client c'est la famille. Et la famille ne veut pas se confronter &#224; la vieillesse, tout simplement parce qu'elle sait bien que la vieillesse de l'&#234;tre cher pr&#233;figure la sienne propre ; elle ne veut pas se confronter &#224; l'in&#233;luctable de la mort parce que cela pr&#233;figure l'in&#233;luctable de sa propre mort. Il ne faut pas chercher plus loin pourquoi elle veut que la vieille personne entre en institution pour cause non de vieillesse mais de maladie : on peut toujours r&#234;ver &#233;chapper &#224; la maladie, ou en gu&#233;rir, ou composer avec elle, alors qu'on ne compose pas avec la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reportage nous montre un village. Et les prises de vues &#233;taient &#233;tonnantes. Ce qu'on nous montrait c'&#233;tait un village de vacances. Ou une sorte de &lt;i&gt;Sun City&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb24' class='spip_note' rel='appendix' title=')' id='nh24'&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , organis&#233;, s&#233;curis&#233;, aseptis&#233;. La s&#233;curit&#233; est celle des r&#233;sidents, elle est au moins autant celle des proches. Mais cette s&#233;curit&#233; se paie de l'adh&#233;sion implicite &#224; une illusion, celle d'un monde attirant, magique, enfantin, d&#233;responsabilis&#233;. L'esth&#233;tique mise en sc&#232;ne par le reportage m'a fait penser &#224; celle d'un lieu extraordinaire : le centre commercial Val d'Europe, dans la plaine de Brie, &#224; un jet de pierre (ce n'est pas un hasard) d'Eurodisney. C'est un lieu magnifique, plaisant, rassurant, un pays des jouets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb25' class='spip_note' rel='appendix' id='nh25'&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; sans nul doute il fait bon errer ou passer une journ&#233;e ; il y a m&#234;me un village fait de maisons pimpantes qui sont autant de boutiques de fringues&#8230; Je n'ai pas tenu une heure, et n'y suis pas retourn&#233; depuis pr&#232;s de vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis &#231;a en pensant que, d&#233;couvrant le reportage, les promoteurs du Village Alzheimer ont d&#251; &#233;prouver comme une pointe d'agacement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le &#171; d&#233;ment qui fugue &#187; ne fugue pas : il a besoin de marcher, donc il marche ; ce n'est que dans un second temps, en somme, qu'il se souvient que quand on marche c'est pour aller quelque part.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.independanceroyale.com/fr/la-maison-des-babayagas&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;https://www.independanceroyale.com/fr/la-maison-des-babayagas&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tout comme je ne sais pas comprendre comment certains de mes amis vieillissants choisissent de vendre leur belle maison bien entour&#233;e pour s'acheter un appartement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'aventure des Baba Yagas montre pr&#233;cis&#233;ment que les choses ne sont pas si simples.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.agevillage.com/actualite-6758-1-un-entretien-exclusif-avec-lucien-mias-ancien-capitaine-de-l-equipe-de-france-de-rugby-et-ancien-chef-du-service-geriatrie-de-l-hopital-de-mazamet.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;https://www.agevillage.com/actualite-6758-1-un-entretien-exclusif-avec-lucien-mias-ancien-capitaine-de-l-equipe-de-france-de-rugby-et-ancien-chef-du-service-geriatrie-de-l-hopital-de-mazamet.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alors que rien en pratique ne s'y oppose, pourvu que l'&#201;tablissement les fournisse et les g&#232;re ; mais l&#224; &#233;galement, si ancr&#233;e est la &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; qu'il n'est pas si simple pour les professionnels de se positionner autrement que comme des soignants, il y aurait des articles entiers &#224; &#233;crire sur ce sujet ; la saga de l'int&#233;gration des Aides M&#233;dico-psychologiques en t&#233;moigne encore plus &#233;loquemment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/es2019.pdf&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/es2019.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je n'ai d'ailleurs jamais su quel est le statut juridique exact d'un patient de long s&#233;jour : on sait que le r&#233;sident en maison de retraite passe avec l'&#233;tablissement un contrat de location qui fait de sa chambre un domicile, avec toutes les cons&#233;quences que cela implique ; je ne suis pas s&#251;r que quelqu'un comprenne ce que signifie &#171; &#234;tre locataire d'une chambre d'h&#244;pital &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Redisons-le : je ne suis pas all&#233; sur place, et je ne connais pas le projet. Ce dont je parle c'est d'un reportage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='appendix'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J'ai dit ailleurs qu'il vaudrait mieux travailler sur les repr&#233;sentations que se borner &#224; changer le mot.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='appendix'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N'insistons pas davantage sur ce que je soutiens : par d&#233;finition la maladie d'Alzheimer touche le sujet &lt;i&gt;jeune &lt;/i&gt; ; la personne &#226;g&#233;e n'a pas de maladie d'Alzheimer, mais une affection proche, d'origine n&#233;cessairement diff&#233;rente. En banalisant le terme de &lt;i&gt;maladie d'Alzheimer&lt;/i&gt; on se borne &#224; cr&#233;er un fourre-tout dans lequel on entasse des situations de m&#233;canismes divers, comme notamment les d&#233;mences o&#249; la part psychog&#232;ne pr&#233;domine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='appendix'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourra se reporter &#224; &lt;a href=&#034;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article127&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article127&lt;/a&gt;, et qui semble clos. J'en parle ici parce qu'on a beaucoup dit, &#224; tort, que ces m&#233;dicaments avaient pour int&#233;r&#234;t de retarder l'entr&#233;e en institution.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='appendix'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je ne prescrivais pratiquement jamais de neuroleptiques. Avec le recul je crains d'avoir &#233;t&#233; un peu trop dogmatique sur ce point, mais cela demande examen.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb14'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='appendix'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que je sais en revanche c'est que cela nous rassure : nous ne sommes pas d&#233;munis devant la maladie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb15'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh15' class='spip_note' title='Notes 15' rev='appendix'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'exemple de ce dilemme est celui de l'agenda. Si je commence &#224; perdre la m&#233;moire, faut-il me conseiller de lutter pour mieux retenir mes rendez-vous, ou de m'ouvrir un agenda permettant de les noter ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb16'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh16' class='spip_note' title='Notes 16' rev='appendix'&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'&#233;tait faire bon march&#233; des capacit&#233;s intellectuelles du d&#233;ment, j'en ai connu une, tr&#232;s lourdement atteinte, qui ne m&#233;morisait plus rien mais n'avait pas son pareil pour espionner et reproduire la combinaison du digicode.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb17'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh17' class='spip_note' title='Notes 17' rev='appendix'&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.dailymotion.com/video/x77hsl?syndication=273844&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;https://www.dailymotion.com/video/x77hsl?syndication=273844&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb18'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh18' class='spip_note' title='Notes 18' rev='appendix'&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je crois que tout est affaire de pragmatisme et d'imagination. Par exemple on conna&#238;t le probl&#232;me pos&#233; par ces d&#233;ments qui ont tendance &#224; uriner partout, et de pr&#233;f&#233;rence dans les parties communes. On parvient &#224; ce comportement, certes, en perdant ce qu'&#224; tort ou &#224; raison on a d&#233;crit comme une fonctionnalit&#233; c&#233;r&#233;brale sp&#233;cifique sous le nom de &#171; sens des convenances sociales &#187;, mais aussi en perdant tout simplement le chemin des toilettes. J'avais propos&#233; qu'on installe, bien visible dans la salle commune, un urinoir en fa&#239;ence. Je ne l'ai jamais obtenu, et je le regrette : je conviens que ce n'aurait pas &#233;t&#233; aussi d&#233;coratif que ne le croyait Duchamp, mais par rapport &#224; une salle commune souill&#233;e en permanence, c'e&#251;t &#233;t&#233; peut-&#234;tre un moindre mal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb19'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh19' class='spip_note' title='Notes 19' rev='appendix'&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://hogeweyk.dementiavillage.com/en/&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;https://hogeweyk.dementiavillage.com/en/&lt;/a&gt; ; notons l'appellation : &lt;i&gt;dementia&lt;/i&gt; village.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb20'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh20' class='spip_note' title='Notes 20' rev='appendix'&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; The residents manage their own households together with a constant team of staff members &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb21'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh21' class='spip_note' title='Notes 21' rev='appendix'&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le fait, sans ordre des autorit&#233;s constitu&#233;es et hors les cas pr&#233;vus par la loi, d'arr&#234;ter, d'enlever, de d&#233;tenir ou de s&#233;questrer une personne, est puni de vingt ans de r&#233;clusion criminelle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb22'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh22' class='spip_note' title='Notes 22' rev='appendix'&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Code Civil, art. 459-2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb23'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh23' class='spip_note' title='Notes 23' rev='appendix'&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je plaide pour ma part pour qu'on institue une proc&#233;dure de type r&#233;f&#233;r&#233; qui pourrait permettre &#224; un juge de valider en urgence la pr&#233;conisation d'un m&#233;decin sur ce seul point. C'est d'autant plus capital qu'il existe une foule de situations o&#249; une vieille personne, qu'il serait abusif de mettre sous tutelle au pr&#233;texte d'une d&#233;mence qu'elle n'a pas, s'accroche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment au projet, devenu pourtant notoirement irr&#233;aliste, de continuer &#224; vivre chez elle. Au quotidien on s'en sort avec des bouts de ficelle qui ne tiendraient pas une seconde devant un tribunal, voir par exemple &lt;a href=&#034;http://infosdroits.fr/wp-content/uploads/2013/05/Cour-Appel-Douai-8-f%C3%A9vrier-2013-choix-r%C3%A9sidence-majeur-protege.pdf&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;http://infosdroits.fr/wp-content/uploads/2013/05/Cour-Appel-Douai-8-f%C3%A9vrier-2013-choix-r%C3%A9sidence-majeur-protege.pdf&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb24'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh24' class='spip_note' title='Notes 24' rev='appendix'&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Sun_City_(Arizona&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Sun_City_(Arizona&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb25'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh25' class='spip_note' title='Notes 25' rev='appendix'&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pinocchio&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pinocchio&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Malice, ruse, mensonge</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article152</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article152</guid>
		<dc:date>2020-07-28T06:48:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Que faire quand un patient refuse les soins ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les armes dont les soignants disposent, il y a la ruse, le mensonge, la malice. Mais ces stratag&#232;mes sont-ils l&#233;gitimes ? Et si oui, &#224; quelles conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai re&#231;u sur le forum un message d'une jeune infirmi&#232;re. Nous nous sommes mis d'accord pour que je lui r&#233;ponde sous forme d'un article.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Ethique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je suis actuellement &#233;tudiante de 3&#232;me ann&#233;e en soins infirmiers et mon travail de fin d'&#233;tudes traite de la place que prennent malice, la ruse et le mensonge dans les soins.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En effet lors de mes stages, j'ai observ&#233; le personnel soignant utilisant des stratag&#232;mes plus ou moins &#233;thiques, pour parvenir &#224; leur fin. Comme : &#171; Si vous ne voulez pas vous laver, je le dis &#224; votre fille et elle ne voudra plus venir vous voir &#187;, ou piler les traitements dans un yaourt et le dissimuler au patient refusant de les prendre autrement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que pensez-vous de ces pratiques ? Comment faire autrement ? Je veux devenir une bonne infirmi&#232;re mais qu'est ce que cela veut dire &#171; bonne infirmi&#232;re &#187; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si Mme X ne prend pas ses traitements, elle d&#233;compensera. Si elle ne se lave pas, des affections cutan&#233;es se pr&#233;senteront. Que faire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonjour, St&#233;phanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais bien pr&#233;f&#233;r&#233; que vous me posiez cette question voici quelques ann&#233;es ; &#224; cette &#233;poque j'avais des certitudes, maintenant je n'en ai plus aucune. C'est l'une des singularit&#233;s de ce m&#233;tier : plus on avance et moins on comprend. N'importe. Je vais essayer de vous r&#233;pondre, en t&#226;chant, ce qui ne sera pas une mince affaire, d'&#234;tre un peu moins pagailleux que d'habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demande si le plus simple n'est pas d'attirer votre attention sur quelques impr&#233;cisions de votre propos. Car il me semble que vous n'avez pas une conception totalement exacte de ce qu'est l'&#233;thique. Bien s&#251;r je pourrais vous renvoyer &#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='appendix' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article62&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article62&lt;/a&gt;, mais le plus court est sans doute que je reprenne l'essentiel de mon expos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui vous choque, ce sont les &lt;i&gt;stratag&#232;mes plus ou moins &#233;thiques&lt;/i&gt;. Je le comprends, ils me choquent aussi. Mais je crains que vous n'ayez de l'&#233;thique qu'une vision partielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux grandes mani&#232;res de concevoir la r&#233;flexion &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est l'&#233;thique dite d&#233;ontologique, qui est grossi&#232;rement celle de l'Europe continentale, et dont le repr&#233;sentant majeur est Emmanuel Kant (Kant qui parle de &lt;i&gt;morale&lt;/i&gt;, mais peu importe). Il s'agit de consid&#233;rer qu'il y a des &lt;i&gt;principes&lt;/i&gt;, et que ces principes doivent s'appliquer. Il est interdit de mentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est l'&#233;thique dite t&#233;l&#233;ologique, qui est, toujours grossi&#232;rement, l'&#233;thique anglo-saxonne, et dont le repr&#233;sentant majeur est Jeremy Bentham. Il s'agit l&#224; de consid&#233;rer que les actions ont des &lt;i&gt;cons&#233;quences&lt;/i&gt;, et que ce sont ces cons&#233;quences qui doivent guider les choix. Une chose est bonne si elle fait le plus de bien possible au plus de monde possible (ce qui implique qu'elle peut &#234;tre bonne alors qu'elle fait un peu de mal &#224; quelques personnes, si du moins ce mal est n&#233;cessaire pour atteindre le but).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux observations sont n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est que ces deux conceptions ne s'opposent qu'en apparence. Car si Kant pose qu'il est interdit de mentir, c'est parce que la vie sociale repose sur la confiance, et que si on transige avec la confiance on d&#233;truit la vie sociale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Et il a raison : une fois que L&#233;nine a &#233;crit que pour parvenir &#224; la R&#233;volution (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Reste que si Kant pose le &lt;i&gt;principe&lt;/i&gt;, c'est en raison des &lt;i&gt;cons&#233;quences&lt;/i&gt;. Inversement, quand Bentham dit qu'une chose est bonne si ses &lt;i&gt;cons&#233;quences&lt;/i&gt; sont bonnes, il &#233;nonce un &lt;i&gt;principe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est que, prises isol&#233;ment, chacune de ces conceptions aboutit &#224; des catastrophes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est interdit de mentir. Soit. Votre ami est un r&#233;sistant, il est poursuivi par la Gestapo ; il vient se r&#233;fugier chez vous ; la Gestapo frappe &#224; votre porte et demande si votre ami est l&#224;. Au regard de l'exigence kantienne, vous n'&#234;tes pas sans solution : vous pouvez prendre un fusil et tirer ; vous pouvez aussi faire remarquer que votre ami se bat pour un monde o&#249; il n'y a pas de mensonge, et que vous ne pouvez pas sauver sa vie si le prix &#224; payer pour cela est la destruction de sa raison de vivre. Tout de m&#234;me ce n'est pas satisfaisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est bonne si elle fait le plus de bien possible au plus de monde possible. Soit. Encore faudrait-il d&#233;finir un peu plus pr&#233;cis&#233;ment ce qu'est le bien : c'est une notion dont la g&#233;om&#233;trie est particuli&#232;rement variable. Allons plus loin : dans une civilisation qui admettrait, par exemple, que tous les hommes ne sont pas &#233;gaux il est facile de justifier un esclavage raisonn&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Bentham &#233;tait contre l'esclavage, mais cela ne l'exon&#232;re pas.' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans lequel les esclaves souffriraient mod&#233;r&#233;ment, cette souffrance &#233;tant justifi&#233;e par la prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique qui en r&#233;sulterait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi une r&#233;flexion &#233;thique suppose trois temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit un probl&#232;me. Dans un premier temps il faut rep&#233;rer les principes qui le r&#233;gissent. Ensuite il faut se demander si les cons&#233;quences r&#233;sultant de l'application des principes sont acceptables. Si c'est le cas, alors la question est r&#233;solue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il peut se faire que les principes ne soient pas applicables. Soit parce qu'il y a des principes qui se contredisent (la femme est libre de disposer de son corps/Il arrive que dans certaines circonstances elle h&#233;berge le corps d'un autre) ; soit parce que les cons&#233;quences de l'application des principes soient d&#233;raisonnables (il est interdit de voler ; mais si c'est pour sauver une vie&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas le probl&#232;me n'a pas de solution. Ce qui caract&#233;rise les probl&#232;mes &#233;thiques, c'est qu'ils n'ont pas de solution. Il s'agit alors de trouver la solution la moins mauvaise possible, ce qui le plus souvent revient &#224; se r&#233;soudre &#224; violer un principe. Au moins saura-t-on dire quels principes on viole, et pourquoi on le fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &lt;i&gt;Il arrive que dans certaines circonstances la femme h&#233;berge le corps d'un autre&lt;/i&gt;, mais si on n&#233;glige le fait que &lt;i&gt;la femme est libre de disposer de son corps&lt;/i&gt;, le risque est de mettre cet autre dans une situation catastrophique. La moins mauvaise solution est donc de privil&#233;gier le premier principe aux d&#233;pens du second, ce qui est d'autant plus ais&#233; qu'il n'y a pas de sens &#224; parler d'&lt;i&gt;un autre&lt;/i&gt; avant une certaine dur&#233;e de d&#233;veloppement f&#339;tal. Reste &#224; se souvenir que c'est une mauvaise solution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='appendix' title='C'est ce qu'exige avec raison Hannah Arendt : &#034; Politiquement, la faiblesse (...)' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit que le fonctionnement de l'&#233;thique est d'ordre judiciaire. Le juge n'est pas l&#224; pour appliquer la loi : ce qui applique la loi, c'est le radar. Le juge est l&#224; pour &lt;i&gt;ne pas&lt;/i&gt; appliquer la loi. Il est l&#224; pour dire : &#171; Il y a des textes, qui &#233;dictent ceci et cela ; mais dans ce cas particulier nous allons faire autrement, et voici pourquoi &#187;. Et le corpus de l'&#233;thique, comme le judiciaire, comporte trois volets :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un volet l&#233;gislatif : ce sont les principes sur lesquels tout le monde s'accorde. On verra vite que ces principes sont bien peu nombreux. Cela pose m&#234;me le probl&#232;me d'une hypoth&#233;tique universalit&#233; de l'&#233;thique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='appendix' title='Et pour la m&#234;me raison on peut se demander si le projet de r&#233;diger des lois (...)' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un volet jurisprudentiel : il est de r&#232;gle dans une discussion &#233;thique de ne consid&#233;rer que le cas pr&#233;cis dont on a &#224; d&#233;battre ; mais tout de m&#234;me on finit par apprendre des choses, et il n'est sans doute pas n&#233;cessaire, devant chaque demande d'avortement, de refaire l'int&#233;gralit&#233; du raisonnement ; on doit pouvoir s'inspirer de cas d&#233;j&#224; r&#233;solus.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un volet proc&#233;dural : il y a une &#233;thique de l'&#233;thique, qui impose des r&#232;gles de discussion pour aboutir &#224; une d&#233;cision droite (&#233;coute absolue de tous les participants, secret des d&#233;bats, absence de chef, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous dis cela parce qu'il y a dans votre propos quelque chose d'excessif. Bien s&#251;r l'&#233;thique d&#233;ontologique affirme qu'il n'est pas permis de mentir &#224; un patient, f&#251;t-il d&#233;ment. Mais il faut aussi, en &#233;thique t&#233;l&#233;ologique, consid&#233;rer :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le but poursuivi.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La gravit&#233; du pr&#233;judice &#233;ventuel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le but poursuivi est toujours louable ; quant au pr&#233;judice il est n&#233;gligeable ; cela me fait penser &#224; ces questions qu'on me pose sur l'opportunit&#233; de maintenir une perfusion en fin de vie : oui, dans son principe, cette perfusion est une mesure d'acharnement th&#233;rapeutique ; mais quand on n'aura plus que ces acharnements-l&#224; &#224; combattre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me para&#238;t donc essentiel de ne pas surestimer l'importance de la question que vous posez. Mais&#8230; cela veut-il dire qu'elle ne se pose pas ? Si, elle se pose. Elle est &#224; la fois, au fond, futile et fondamentale. Futile parce qu'elle traite de d&#233;tails ; fondamentale parce qu'elle met en lumi&#232;re la conception que le soignant se fait de son r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les deux exemples que vous donnez ne sont pas de m&#234;me nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si vous ne voulez pas vous laver, je le dis &#224; votre fille et elle ne voudra plus venir vous voir&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un probl&#232;me &#233;thique, mais une faute professionnelle. Un soignant n'a aucunement le droit d'impliquer la famille dans ses strat&#233;gies de soin, encore moins de lui pr&#234;ter des attitudes, des comportements, des r&#233;ponses, des sanctions. &#192; la rigueur je pourrais tol&#233;rer qu'on dise : &lt;i&gt;je crois que votre fille ne serait pas contente&lt;/i&gt;. Il y aurait un probl&#232;me &#233;thique si la soignante mentait. En l'&#233;tat elle ne fait que menacer. En somme s'il y a une question &#233;thique elle est l&#224; : un soignant peut-il s'autoriser &#224; menacer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Approfondissons encore. La strat&#233;gie de la soignante est tout simplement fautive, mais la question pos&#233;e a bel et bien, elle, un volet &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La patiente qui ne veut pas se laver, nous l'avons tous connue. Et nous savons :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Qu'il y a presque toujours moyen de n&#233;gocier.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Que face &#224; ces personnes nous avons tous notre lot d'&#233;checs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons aussi qu'il s'agit pour les soignants d'un probl&#232;me crucial, mais aussi d'un probl&#232;me irrationnel. Je vous renverrais bien &#224; &lt;a href=&#034;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article124&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article124&lt;/a&gt;, mais faisons plus simple et r&#233;sumons. Vous &#233;crivez : &lt;i&gt;si Mme X ne se lave pas, des affections cutan&#233;es se pr&#233;senteront&lt;/i&gt;. Je vous mets au d&#233;fi de trouver un seul cas de patient qui ait d&#233;velopp&#233; une affection cutan&#233;e en ne se lavant pas :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ce qui est exact c'est que dans notre soci&#233;t&#233; les personnes qui ne se lavent pas sont souvent des personnes qui n'ont tout simplement pas les moyens de se laver, ce qui fait qu'elles sont plus que les autres expos&#233;es &#224; des affections parasitaires, infectieuses, etc. Mais ce qui les met en danger, ce ne sont pas les pratiques d'hygi&#232;ne, ce sont les conditions sociales.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ce qui est exact, c'est que la toilette est l'occasion d'un contr&#244;le visuel de la peau, qui permet de rep&#233;rer des anomalies.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais vous savez aussi bien que moi que, par d&#233;finition, on rep&#232;re ces anomalies chez les personnes que, pr&#233;cis&#233;ment, on est en train de laver. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il n'y a aucun argument pour dire que ces anomalies en sont vraiment. On les constate, on les traite, elles s'estompent, sans qu'on sache ce qui se serait pass&#233; si on n'avait rien fait. Par contre on conna&#238;t les effets ind&#233;sirables, surtout sur la peau &#226;g&#233;e, des exc&#232;s de lavage et des applications irraisonn&#233;es de topiques de tous ordres.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Etc. Mais pour le soignant l'acte de toilette est un symbole, le c&#339;ur du m&#233;tier. Que ce soit totalement irrationnel ne change rien &#224; l'affaire, cela suffit &#224; expliquer les d&#233;rapages que vous avez constat&#233;s. On peut justifier un passage en force quand il s'agit d'une question de vie ou de mort ; ici ce n'est pas le cas, &lt;i&gt;mais le soignant n'est pas en &#233;tat de supporter l'id&#233;e que, r&#233;flexion faite, cette toilette qui accapare la moiti&#233; de son temps de travail n'est pas une chose si importante que &#231;a&lt;/i&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ajoutons que cette strat&#233;gie n'a pas beaucoup de chance de fonctionner ; si elle marche c'est qu'on pouvait en utiliser une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, comment pouvons-nous formuler cette question ? Raisonnons en th&#233;orie. La premi&#232;re &#233;tape de la d&#233;marche &#233;thique est kantienne : quels sont les principes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons une dame qui refuse de se laver. C'est un comportement qui s'&#233;carte de la norme sociale habituellement accept&#233;e en France. Il y a donc une anomalie, que je peux choisir d'appeler ou non, peu importe, une pathologie. Mais il se peut aussi que cette dame ait, au fil des ans, ou de tout temps, adopt&#233; une attitude d'incurie qui la conduit &#224; ne pas se laver comme les autres personnes. Ce n'en est pas moins une citoyenne libre de ses choix. La situation est r&#233;gie par l'article 4 de la D&#233;claration des Droits de l'Homme et du Citoyen : &lt;i&gt;La libert&#233; consiste &#224; pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas &#224; autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Soci&#233;t&#233; la jouissance de ces m&#234;mes droits.&lt;/i&gt; Et la seule limite que nous pouvons imposer &#224; cette dame est celle des nuisances qu'elle peut engendrer pour son entourage. Ici c'est tr&#232;s simple : elle vit, bon gr&#233; mal gr&#233;, en collectivit&#233;, et la vie en collectivit&#233; ob&#233;it &#224; des r&#232;gles. Elle peut donc choisir de se laver ou non, mais si cela induit des d&#233;sagr&#233;ments pour les autres r&#233;sidents elle devra quitter l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais choisit-elle de ne pas se laver ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas faire ici l'analyse des refus de toilette, me bornant &#224; remarquer qu'&#224; tout le moins ils appellent un minimum de n&#233;gociation. La personne qui refuse de se laver le fait pour une raison, et le refus de toilette impose l'intervention du psychologue. Et c'est encore plus vrai chez le malade d&#233;ment : chez le d&#233;ment l'opposition, &#233;ventuellement l'agressivit&#233;, sont l'ultime moyen dont il dispose pour manifester sa libert&#233;, son pouvoir sur les &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref la personne qui refuse la toilette ne fait pas qu'exercer une libert&#233; ; elle est aussi la victime de forces qu'elle ne ma&#238;trise pas. Or nous savons bien que face &#224; une situation donn&#233;e nous ne sommes libres que dans la mesure o&#249; nous disposons des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires : on ne peut pas dire que j'exerce ma libert&#233; si on me fait signer un contrat que je n'ai pas lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc un conflit entre deux principes : le respect de la norme sociale d'un c&#244;t&#233;, le refus d'exercer une contrainte de l'autre. Parce qu'il y a ce conflit la d&#233;marche kantienne ne suffit pas : il n'y a pas de bonne solution. Cela nous conduit &#224; passer &#224; la seconde &#233;tape : celle de Bentham. Quelles sont les cons&#233;quences des diverses attitudes ? &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Si on ne fait rien, la dame risque des troubles cutan&#233;s ; mais, je le redis, c'est anecdotique.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Plus gravement elle risque l'exclusion sociale, voire l'exclusion de l'&#233;tablissement ; c'est beaucoup plus lourd de cons&#233;quences. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a d'autres cons&#233;quences en termes de d&#233;stabilisation, notamment de l'&#233;quipe soignante ; il faut se demander ce qu'on fait quand on reconna&#238;t &#224; un r&#233;sident un statut particulier, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Peu importe. Il suffit de noter l'existence d'une cons&#233;quence redoutable : si la personne ne se lave pas elle va devoir quitter l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bentham nous invite donc &#224; d&#233;cider ce qui est le moins mauvais pour la personne ; et il y a trois solutions :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le passage en force pur et simple.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'utilisation d'une ruse.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La mise &#224; la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on voit tr&#232;s vite que le passage en force et la mise &#224; la porte sont des solutions qui ont pour elles le m&#233;rite de la clart&#233; : elles respectent l'exigence kantienne, qui est ici de ne pas dissimuler les choses (c'est bien cette dissimulation qui vous a choqu&#233;e, n'est-ce pas ?). Mais dans l'un et l'autre cas le prix &#224; payer pour respecter cette exigence appara&#238;t totalement d&#233;mesur&#233; : violence du premier, d&#233;sastre social pour le second. La seule solution r&#233;aliste est donc la ruse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; quelles conditions cette ruse est-elle l&#233;gitime ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord s'assurer qu'elle est n&#233;cessaire. Cela suppose notamment qu'on ait compris autant que possible la raison du refus, et qu'on ait &#233;puis&#233; toutes les ressources de la n&#233;gociation. Il faut donc une prise en charge psychologique de la situation. Ce qui serait &#233;thiquement inacceptable, c'est que la strat&#233;gie soit d&#233;cid&#233;e par une seule soignante, ou chacune pour son compte. On va consentir quelque chose de grave : violer un principe &#233;thique. On ne peut violer un principe &#233;thique que si :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On sait quel principe on viole.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On est conscient de le violer.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On sait pourquoi on le viole.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On sait dire tout ce qu'on va mettre en &#339;uvre pour le violer le moins possible.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On sait dire ce qu'on va faire pour le violer le moins longtemps possible.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On met en place les outils permettant d'&#233;valuer la pertinence de la strat&#233;gie.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Et bien s&#251;r la strat&#233;gie mise en place est &#233;thiquement acceptable ; je vous redis que celle de la soignante, &lt;i&gt;&#224; moins qu'il ne soit av&#233;r&#233; qu'il n'y en a pas d'autre&lt;/i&gt;, me semble une faute professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire qu'une telle infraction aux principes kantiens ne peut &#234;tre qu'une d&#233;cision d'&#233;quipe, &#233;tudi&#233;e, valid&#233;e, r&#233;&#233;valu&#233;e en &#233;quipe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-6' class='spip_note' rel='appendix' title='C'est au fond la m&#234;me chose que pour le tutoiement : nous savons tous qu'il y (...)' id='nh2-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reste donc avec deux options :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La dame est r&#233;put&#233;e parfaitement lucide, libre et consciente, et aucun compromis r&#233;aliste n'est possible : elle quitte l'institution.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ce n'est pas le cas : on ruse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le recours &#224; cette ruse suppose qu'on ait fait l'effort de parcourir tout le raisonnement &#233;thique. Et il faut tenir ferme (c'est bien ce qui vous tracasse) que mentir &#224; un d&#233;ment, c'est mentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'&#233;limine pas Kant si ais&#233;ment ; l'argument par lequel les soignants ont coutume de justifier leur strat&#233;gie est : &#171; De toute mani&#232;re c'est un d&#233;ment, il ne comprend pas, il oublie &#187; ; c'est oublier deux choses :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On m&#233;conna&#238;t que, m&#234;me profond, le d&#233;ment ne sait pas si peu que &#231;a, il ne comprend pas si peu que &#231;a, il n'est pas si dupe que &#231;a ; et il n'oublie pas tant que &#231;a. Il faudra donc &#233;valuer, v&#233;rifier, rechercher&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-7' class='spip_note' rel='appendix' title='C'est une des failles de la proposition de Naomi Feil que de prendre ses (...)' id='nh2-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ce que le soignant dit quand il utilise ce stratag&#232;me c'est que l'abus de faiblesse peut devenir une excuse au mensonge. Certes, &#233;nonc&#233; tel quel, le propos est abusif. Mais il faudrait l&#224; aussi &#233;valuer, v&#233;rifier, rechercher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref on part du principe que ni vu ni connu c'est anodin, &#231;a ne laisse pas de traces. Il est probable que &#231;a en laisse, et que &#231;a en laisse &lt;i&gt;aussi bien chez le soignant que chez le patient&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien s&#251;r, Bentham vient &#224; notre secours. Il y vient de deux mani&#232;res : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; En relativisant la gravit&#233; du crime. Il faut le garder soigneusement en t&#234;te ; apr&#232;s tout, quand vous interdisez &#224; votre enfant de mettre ses doigts dans la prise de courant vous ne lui faites pas un expos&#233; sur les effets biologiques de l'&#233;lectricit&#233;, vous argumentez en disant que vous allez vous mettre en col&#232;re. Le glissement de la discussion du terrain biologique au terrain affectif n'en est pas moins tr&#232;s lourd de cons&#233;quences.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-8' class='spip_note' rel='appendix' title='Sans que ce soit n&#233;cessairement mauvais, d'ailleurs : en &#233;crivant cela j'en (...)' id='nh2-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; En notant que l'intention du soignant est bonne. Et certes elle l'est. Je voudrais seulement qu'on distingue entre le fait que le soignant &#171; a voulu bien faire &#187;, ce qui ne fait pas difficult&#233;, et le fait qu'il agit &#171; pour le bien du patient &#187;, ce qui est beaucoup plus probl&#233;matique : le bien du malade se r&#233;duit volontiers &#224; l'id&#233;e que le soignant se fait de ce que lui-m&#234;me penserait ou voudrait s'il &#233;tait dans une telle situation, ou, pire, &#224; ce dont il a besoin que le malade ait besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois donc pas que vous ayez raison de vous r&#233;volter contre la ruse de la soignante. Mais vous avez totalement raison de dresser l'oreille et d'&#234;tre en alerte : c'est une anomalie, et cette anomalie demande une vigilance de tous les instants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre question me semble diff&#233;rente :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ou piler les traitements dans un yaourt et le dissimuler au patient refusant de les prendre autrement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car je ne crois pas qu'il y ait l&#224; de faute professionnelle. La faute dans le premier cas n'est pas dans la ruse, elle est dans le fait que la soignante a impliqu&#233; une autre personne dans sa strat&#233;gie. &#192; la limite, si la fille de la patiente est d'accord pour qu'on dise : &lt;i&gt;Si vous ne voulez pas vous laver, je le dis &#224; votre fille et elle ne voudra plus venir vous voir&lt;/i&gt;, l'objection tombe, (m&#234;me s'il vaudrait beaucoup mieux que la fille vienne le lui dire elle-m&#234;me, mais l&#224; aussi il faut mesurer si le jeu en vaut la chandelle)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-9' class='spip_note' rel='appendix' title='Et cela suppose, bien s&#251;r, que les choses aient &#233;t&#233; clairement &#233;nonc&#233;es au (...)' id='nh2-9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diff&#233;rence pos&#233;e, il s'agit d'une ruse, et on raisonnera de la m&#234;me fa&#231;on. Tout au plus faudra-t-il distinguer trois situations :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les psychotropes : par d&#233;finition le patient &#224; qui on prescrit des psychotropes pr&#233;sente un trouble du discernement. Il faut donc &#234;tre prudent avant de dire qu'il est en &#233;tat de juger de ce qui est bon pour lui, et la ruse peut &#234;tre indispensable. L&#224; encore, il faut &#233;valuer les cons&#233;quences ; et la violation du principe n'est pas aussi grave, puisque le malade n'est pas apte &#224; se poser la question en termes de principe, et donc de faire un choix.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les autres traitements : m&#234;me profond, le d&#233;ment est capable d'exprimer des choses importantes sur la vie et la mort, et son refus de soins doit &#234;tre entendu : il se peut qu'il exprime un d&#233;sir de ne plus &#234;tre soign&#233;, et ce d&#233;sir a la m&#234;me valeur que chez tout autre patient.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les exceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; o&#249; j'en suis. J'ai connu une &#233;poque o&#249; je voyais les choses beaucoup plus simplement. &#199;a m'a pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors vous voulez devenir &lt;i&gt;une bonne infirmi&#232;re&lt;/i&gt;. J'ai envie de vous r&#233;pondre que vous ferez comme vous pourrez. Ce qui me semble fondamental, et l&#224; l'infirmi&#232;re, chef d'&#233;quipe dont les aides-soignantes agissent par sa d&#233;l&#233;gation, a tout son r&#244;le, c'est de rappeler :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Qu'il y a des principes, et qu'il est toujours grave de les enfreindre.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Que ce genre de d&#233;cision se prend et se surveille en &#233;quipe.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais aussi qu'une mauvaise d&#233;cision prise en &#233;quipe est souvent plus efficace qu'une bonne d&#233;cision prise par une seule personne. Ce qui est tr&#232;s vexant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article62&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article62&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et il a raison : une fois que L&#233;nine a &#233;crit que pour parvenir &#224; la R&#233;volution tous les moyens sont l&#233;gitimes, y compris le mensonge et la trahison, il a d&#233;truit d&#233;finitivement toute possibilit&#233; de faire confiance &#224; un communiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bentham &#233;tait contre l'esclavage, mais cela ne l'exon&#232;re pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est ce qu'exige avec raison Hannah Arendt : &#034; Politiquement, la faiblesse de l'argument du moindre mal a toujours &#233;t&#233; que ceux qui choisissent le moindre mal oublient tr&#232;s vite qu'ils ont choisi le mal&#034; &lt;i&gt;Responsabilit&#233; et jugement&lt;/i&gt;, Payot, pp. 77-79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et pour la m&#234;me raison on peut se demander si le projet de r&#233;diger des lois de bio&#233;thique a un sens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-6' class='spip_note' title='Notes 2-6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est au fond la m&#234;me chose que pour le tutoiement : nous savons tous qu'il y a des tutoiements n&#233;cessaires, des tutoiements qui sont es actes de soin ; tout ce que je veux est que, s'agissant d'une d&#233;cision th&#233;rapeutique, elle soit prise par l'&#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-7' class='spip_note' title='Notes 2-7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est une des failles de la proposition de Naomi Feil que de prendre ses aises avec ce probl&#232;me. Cela dit on accorde sans peine que c'est toute la question de la relation avec le d&#233;ment : est-on davantage dans la v&#233;rit&#233; quand on le rejoint dans son monde ou quand on essaie de le raccrocher &#224; la r&#233;alit&#233; ? En termes d'efficacit&#233; (donc en &#233;thique t&#233;l&#233;ologique) la question ne se pose pas. En termes de principes c'est plus compliqu&#233; ; au minimum on doit s'astreindre &#224; ne jamais perdre de vue qu'on est en train de mentir &#224; un citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-8' class='spip_note' title='Notes 2-8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans que ce soit n&#233;cessairement mauvais, d'ailleurs : en &#233;crivant cela j'en viens &#224; me demander si ce m&#233;canisme n'est pas une des racines de la constitution du surmoi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-9' class='spip_note' title='Notes 2-9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et cela suppose, bien s&#251;r, que les choses aient &#233;t&#233; clairement &#233;nonc&#233;es au d&#233;part ; un peu comme ce que je faisais quand, &#224; l'entr&#233;e dans l'institution, les familles signaient un document dans lequel il &#233;tait &#233;crit que dans la maison il n'y avait pas de contentions, pas de somnif&#232;res, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Et si on grandissait ? </title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article142</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article142</guid>
		<dc:date>2020-04-04T16:16:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Parlant de la crise actuelle, non seulement sanitaire mais sociale et politique, une correspondante m'&#233;crit ceci : &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne sais pas si &#231;a s'applique exactement &#224; la situation pr&#233;sente, mais j'avais bien aim&#233;, dans une de vos r&#233;ponses, cette id&#233;e qu'il faudrait peut-&#234;tre se poser la question de la &#034;rusticit&#233;&#034;. Peut-&#234;tre en effet notre monde n'est-il plus assez &#034;rustique&#034;. Peut-&#234;tre avons-nous, aveugl&#233;s par une prosp&#233;rit&#233; globale immense et soudaine, perdu le lien avec les exigences et les valeurs basiques (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Organisation g&#233;riatrique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parlant de la crise actuelle, non seulement sanitaire mais sociale et politique, une correspondante m'&#233;crit ceci :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je ne sais pas si &#231;a s'applique exactement &#224; la situation pr&#233;sente, mais j'avais bien aim&#233;, dans une de vos r&#233;ponses, cette id&#233;e qu'il faudrait peut-&#234;tre se poser la question de la &#034;rusticit&#233;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre en effet notre monde n'est-il plus assez &#034;rustique&#034;. Peut-&#234;tre avons-nous, aveugl&#233;s par une prosp&#233;rit&#233; globale immense et soudaine, perdu le lien avec les exigences et les valeurs basiques de la survie de toute soci&#233;t&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Peut-&#234;tre cela pourrait-il expliquer le &#034;on veut vivre et pas survivre&#034; tellement entendu dans les manifs du samedi depuis plus d'un an, et cette folle certitude que demain, comme si rien ne s'&#233;tait pass&#233;, la priorit&#233; sera de &#034;traquer les coupables&#034; plut&#244;t que de survivre (reconstruire) ensemble&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonjour, ch&#232;re amie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que nous approchons en effet de quelque chose de cet ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord que je me demande ce que je fais &#224; avoir repris un poste &#224; l'h&#244;pital. Comment se fait-il que j'aie repris un travail dans des conditions de s&#233;curit&#233; qui sont tout sauf satisfaisantes (non par la faute de mon employeur, mais simplement parce que des conditions de s&#233;curit&#233; qui seraient satisfaisantes sont tout bonnement irr&#233;alisables), et que j'assume ce risque avec un calme olympien ? Cela me surprend d'autant plus que le courage physique n'est pas ma vertu dominante. Et que la bonne vieille question des cours de r&#233;cr&#233; : &lt;i&gt;me serais-je engag&#233; dans la R&#233;sistance ? &lt;/i&gt; resurgit en des termes apr&#232;s tout identiques, alors que je vois trop souvent mes convictions fluctuer au gr&#233; des circonstances. Alors, d'o&#249; me vient aujourd'hui cette t&#233;m&#233;rit&#233; ? Je me pose cette question, non pour me targuer de ma modestie, non par go&#251;t de la flagellation, mais parce qu'elle se pose, et qu'il est n&#233;cessaire d'en passer par l&#224; si on veut avoir une chance de comprendre ce qui se passe dans l'esprit de nos concitoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'essaie de r&#233;fl&#233;chir, je ne trouve gu&#232;re qu'une seule explication : le danger qui me guette est un danger invisible. Mes peurs sont des peurs infantiles, elles supposent que je voie, peur de la beigne qui s'approche. Or, l'ennemi, je ne le vois pas. Il en va, tant qu'&#224; ressaisir, quoi qu'on en puisse penser par ailleurs, la m&#233;taphore guerri&#232;re, comme de la guerre des drones : l'agent qui pilote le drone n'est pas sur le terrain, il n'a pas de contact avec sa victime, il ne fait que jouer &#224; un jeu vid&#233;o. Et cela ne date pas d'hier, le courage de l'&#233;p&#233;e n'est pas celui de l'arquebuse. Mon courage est statistique : je n'ai pas tant que &#231;a de risque d'&#234;tre contamin&#233;, et si je le suis mon risque mortel ne d&#233;passe pas 10%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; est pr&#233;cis&#233;ment l'anomalie : car ce risque, modeste, calcul&#233;, que je prends est celui que majoritairement mes contemporains jugent insupportable. Plus encore : c'est ce fait, rassurant pour moi, que l'ennemi ne se voit pas qui les effraie.Il serait indispensable de m&#233;diter cette anomalie pour comprendre ce qui se passe vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je crois, m&#234;me si je ne sais pas le penser, qu'il y a un lien entre cette question, celle que je pose sur les scandales, et celle que vous posez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons l'&#233;pisode des gilets jaunes. J'ai d&#233;test&#233; ce mouvement, et je ne l'aime toujours pas. C'est parce qu'il a chang&#233; en cours de route que ma d&#233;testation a &#233;volu&#233; en r&#233;pugnance. Je l'ai d&#233;test&#233; parce qu'&#224; son commencement il &#233;tat compos&#233; de petits patrons, de salari&#233;s moyens, d'ind&#233;pendants, qui n'avaient d'autre but que la d&#233;fense d'un bifteck dont nul ne peut nier qu'il va se r&#233;duisant, mais dont pour une notable part cette r&#233;duction est la cons&#233;quence de leurs choix. Je regardais les (rares) voitures arborant le gilet jaune sur la plage avant, et je voyais bien que c'&#233;taient des Volvo, des BM, des 4x4. Ma premi&#232;re Clio pourrie, je l'ai vue mi-d&#233;cembre. C'&#233;taient des gens qui se parfumaient de &lt;i&gt;Pourtant moi, Monsieur, je n'ai jamais fait gr&#232;ve, je n'ai jamais manifest&#233;, je n'ai jamais vot&#233;&lt;/i&gt;. Ben oui, mon gars, maintenant tu l'as. La vraie mis&#232;re des campagnes de Seine et Marne, je ne l'y ai pas vue. Ce que j'ai vu, ce sont des retrait&#233;s disant : &lt;i&gt;avec la pension que j'ai, je ne peux pas emmener mes petits-enfants au restaurant&lt;/i&gt;. Je ne commente pas : moi, je peux emmener mes petits-enfants au restaurant. Mais les pauvres, les vrais, je peux vous les montrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La violence du mouvement, imm&#233;diate, majeure, elle est l&#224;, dans cette ill&#233;gitimit&#233; de ceux qui r&#226;lent alors que leur veulerie pass&#233;e leur donnait surtout droit de se taire. Ajoutons que c'est la cons&#233;quence directe de Notre-Dame des Landes. Entendons-nous : je crois qu'il y a bien mieux &#224; faire en ce moment que construire des a&#233;roports, et je suis tr&#232;s heureux que le projet ait &#233;t&#233; abandonn&#233;. Mais il s'agit d'un projet qui avait &#233;t&#233; organis&#233; dans les r&#232;gles de l'art, bonnes ou mauvaises, au plan juridique, qui avait pass&#233; toutes les &#233;tapes pr&#233;vues, qui avait m&#234;me fait l'objet d'un r&#233;f&#233;rendum, et pour lequel finalement le Pouvoir a d&#233;cid&#233;, assis sur toutes les proc&#233;dures, de commander une nouvelle expertise avec pri&#232;re de trouver le r&#233;sultat qui va bien, pour avoir un pr&#233;texte &#224; l&#226;cher l'affaire. C'est bon pour la plan&#232;te, mais cette pantalonnade a mis en &#233;vidence qu'une poign&#233;e d'excit&#233;s suffit &#224; faire manger son chapeau &#224; un membre permanent du Conseil de S&#233;curit&#233;. C'est cher pay&#233;, et on se demandera pourquoi la parole publique est d&#233;cr&#233;dibilis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il faut faire le lien avec l'omnipr&#233;sence du scandale. Avec ce fait &#233;trange et consternant : il suffit qu'un homme politique prenne la parole pour qu'une petite troupe, &#224; la t&#234;te de laquelle se trouvent les m&#233;dias, cherche en quoi son propos est inadmissible. Il y a trop d'exemples pour que j'en cite beaucoup ; mais ce qui me fascine dans le dernier &#233;pisode, celui du pr&#233;fet Lallement, c'est qu'en r&#233;alit&#233; chacun a compris ce qu'il a voulu faire passer : que parmi les gens qui entrent actuellement en r&#233;animation il y en a un nombre significatif qui paient leur non-respect du confinement. Certes c'est pour le moins approximatif ; certes il aurait fallu le dire autrement ; mais ce n'est pas le propos de nos censeurs, la seule clameur est &lt;i&gt;Lallement-d&#233;mission&lt;/i&gt;, on ne cherche m&#234;me plus &#224; comprendre. Sans compter que pour ma part je n'aurai garde de demander la d&#233;mission de Sibeth N'Diaye, les occasions de rigoler se font un peu trop rares pour qu'on se paie le luxe d'&#233;vincer les pitres. Naturellement le fin du fin est de trouver des situations o&#249;, quoi que dise la personne, on pourra le retourner contre elle : Micron parle, il ferait mieux de se taire ; il se tait, il abandonne les Fran&#231;ais. Ainsi on a cr&#233;&#233; un monde o&#249; la parole m&#234;me est neutralis&#233;e, n&#233;antis&#233;e, o&#249; seule la forme, ce qu'on peut toujours attraper quand on n'a pas &#233;cout&#233; le fond, compte et fait l'objet du d&#233;bat. La seule chose qui compte est de pouvoir s'offusquer. C'est cela qui d&#233;truit la d&#233;mocratie. (Et quand j'apprends qu'on va cr&#233;er au baccalaur&#233;at une &#233;preuve d'&#233;loquence, accordant ainsi &#224; Protagoras une revanche tardive sur Platon, je fr&#233;mis).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette neutralisation de la parole en tant qu'elle charg&#233;e de porter du sens, cette efflorescence de revendications d&#233;pourvues de toute r&#233;flexion (ah, l'exigence de diviser les imp&#244;ts par deux tout en doublant le nombre de fonctionnaires&#8230;) et port&#233;e par des gens qui n'ont de leur vie revendiqu&#233; quoi que ce soit quand l'heure &#233;tait &#224; le faire, nous dessine un portrait que pourtant nous connaissons bien : celui du gosse capricieux, de l'enfant-roi qui ne sait pas ce qu'il veut, qui d'ailleurs ne veut rien, sauf le droit de se faire entendre, non par le sens de ce qu'il dit mais par le bruit qu'il fait. Nous sommes dans une civilisation d'infantilis&#233;s. M&#234;me ce nouveau leitmotiv : &lt;i&gt;pass&#233; la crise il faudra que ces gens-l&#224; rendent des comptes&lt;/i&gt;, peut ais&#233;ment se traduire en &lt;i&gt;tawar ta gueule &#224; la r&#233;cr&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un record, probablement mondial, a &#233;t&#233; battu le jour o&#249; des athl&#232;tes fran&#231;ais ont cri&#233; au charron parce qu'on laissait les p&#233;kins faire leur jogging alors qu'eux-m&#234;mes &#233;taient confin&#233;s. La seule explication que je voie est que &lt;i&gt;c'est pas juste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'examinerai pas ici, mais c'est d&#233;lib&#233;r&#233;ment que je m'en abstiens, le fait qu'il y a des d&#233;cisions, des propos, des comportements sur lesquels j'aurais moi aussi des questions &#224; poser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'examinerai pas davantage ici le fait, pourtant &#233;vident, que cette infantilisation fait largement les affaires de ce complot n&#233;o-lib&#233;ral qui,&lt;a href=&#034;https://lafabrique.fr/la-societe-ingouvernable/&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Gr&#233;goire Chamayou&lt;/a&gt; l'a magistralement montr&#233;, existe bel et bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, venons-en &#224; la rusticit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour moi une &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il est judicieux de reprendre les ambitions du programme du Conseil national de la R&#233;sistance. Oui, il faut redonner toute sa place &#224; la S&#233;curit&#233; Sociale, oui, il faut reb&#226;tir un &#201;tat-providence. Et cela implique une lutte acharn&#233;e contre le complot n&#233;o-lib&#233;ral que je viens de mentionner. Mais cela a un prix, qui est celui de la parcimonie. Je ne souviens que quand j'&#233;tais gamin, et au moins dans la classe ouvri&#232;re d'o&#249; je suis issu, la S&#233;curit&#233; Sociale &#233;tait l'affaire de tous, et qu'on avait le sentiment qu'il ne fallait pas faire n'importe quoi avec. Il y avait une culture du service public, et cette culture &#233;tait bas&#233;e sur la confiance et le respect de ce service. La casse du service public est multifactorielle. Notamment elle a &#233;t&#233; planifi&#233;e, comme Chamayou le montre bien. Mais cette casse a &#233;t&#233; largement aid&#233;e par la mani&#232;re dont les b&#233;n&#233;ficiaires de ce service, cessant de le consid&#233;rer comme leur bien, se sont mis &#224; le consid&#233;rer comme leur chose. Ajoutons que les syndicats ont pr&#234;t&#233; la main au crime : on reproche &#224; Jupp&#233; d'avoir pris le pouvoir sur la S&#233;curit&#233; Sociale, qui &#233;tait jusque-l&#224; g&#233;r&#233;e paritairement par les syndicats ; mais on m&#233;conna&#238;t que s'il a pu le faire c'est parce qu'il n'y avait plus depuis longtemps d'&#233;lections &#224; la S&#233;curit&#233; Sociale (et la raison pour laquelle il n'y en avait plus, c'est que la CGT, craignant que son d&#233;clin n'y f&#251;t trop visible, refusait de s'y pr&#234;ter). Quelle belle occasion, pourtant, pour le syndicalisme, de redorer son blason, que de prendre &#224; bras le corps la question de la protection sociale&#8230; Bref, reprenons le programme du Conseil national de la R&#233;sistance. Mais reprenons aussi ce qui y pr&#233;sidait : la protection sociale est notre bien, dont nous devons prendre collectivement soin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux exemples pour finir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) : Le programme du Conseil national de la R&#233;sistance a pr&#233;vu un volet Assurance-vieillesse. L'assurance-vieillesse n'est pas une retraite, je n'ai pas cotis&#233; &#224; des caisses de retraite mais &#224; des caisses d'assurance-vieillesse. C'est un syst&#232;me qui me permet, quand je ne peux plus travailler, de recevoir quand m&#234;me de quoi vivre. En gros l'assurance-vieillesse couvre les cinq derni&#232;res ann&#233;es de la vie. Je veux bien que ce syst&#232;me &#233;volue. Mais il y a deux points &#224; consid&#233;rer :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le premier est qu'on ne finance pas de la m&#234;me mani&#232;re les cinq derni&#232;res ann&#233;es de la vie et les trente derni&#232;res. Et je doute que la r&#233;ponse &lt;i&gt;yaka faire payer les patrons&lt;/i&gt; suffise.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le second est que la notion m&#234;me de &lt;i&gt;retraite bien m&#233;rit&#233;e&lt;/i&gt; n'a pas de sens. Je ne supporte pas d'entendre que le retrait&#233; &lt;i&gt;va enfin pouvoir profiter de la vie&lt;/i&gt;. Non seulement parce qu'il faudrait se demander si la vie est r&#233;ellement faite pour qu'on en profite, mais encore parce que si le retrait&#233; a attendu la retraite pour profiter de la vie, c'est qu'il est pass&#233; &#224; c&#244;t&#233; de quelque chose. J'entends bien que tout le monde n'a pas la chance d'avoir un travail passionnant, et qu'il faut consid&#233;rer les cas d'esp&#232;ce. Mais si la vie active du retrait&#233; ne lui a pas permis de profiter de la vie, ce n'est pas la retraite qu'il faut am&#233;liorer c'est le travail. Heureusement, j'ai quelques informations qui me permettent de penser que celui qui &lt;i&gt;va enfin pouvoir profiter de la vie&lt;/i&gt; n'a, en fait, pas attendu la retraite pour &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref il y a assur&#233;ment du m&#233;nage &#224; faire dans les retraites, et je ne saisis pas pourquoi il faut que j'aie une retraite plus &#233;lev&#233;e que mon voisin au motif que j'ai eu un salaire plus &#233;lev&#233;. La retraite doit avoir une composante basique, d&#233;cente, rustique, universelle, permettant de vivre, disons 1,5 SMIC pour tout le monde. Ceux qui veulent davantage sont libres d'adh&#233;rer &#224; un fonds de pension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) : Ce que nous voyons &#224; l'&#233;vidence c'est que l'Allemagne se sort mieux que nous de l'&#233;pid&#233;mie. Il semble que son syst&#232;me de sant&#233; soit plus performant. Ceci s'explique par deux consid&#233;rations :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les d&#233;penses de sant&#233; par habitant sont 10% sup&#233;rieures &#224; celles de la France (mais le PIB par habitant est 10% sup&#233;rieur).
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'Allemagne a r&#233;form&#233; son syst&#232;me de sant&#233;. Et pour la pratique quotidienne, il est d'une rusticit&#233; qui ferait hurler le Fran&#231;ais moyen. Je ne dois pas &#234;tre un Fran&#231;ais moyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je partage donc totalement votre analyse. Mais pour en revenir au bon sens il va falloir autre chose que de l'infantilisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rions un peu</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article139</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article139</guid>
		<dc:date>2020-03-19T13:45:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Quiconque a un peu fl&#226;n&#233; sur ce site conna&#238;t mon hostilit&#233; farouche &#224; toute l&#233;galisation de l'euthanasie. Je ne change pas d'avis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Imaginons maintenant une situation particuli&#232;re. Simple exp&#233;rience de pens&#233;e tellement l'hypoth&#232;se est invraisemblable. Supposons une maladie qui se r&#233;pande ; il y a des formes graves, et en tel nombre que les moyens de r&#233;animation sont satur&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
On se trouve alors en situation de m&#233;decine de catastrophe. Dans ce cas la r&#232;gle est simple : si on veut sauver tout le monde on ne (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique4" rel="directory"&gt;Euthanasie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quiconque a un peu fl&#226;n&#233; sur ce site conna&#238;t mon hostilit&#233; farouche &#224; toute l&#233;galisation de l'euthanasie. Je ne change pas d'avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imaginons maintenant une situation particuli&#232;re. Simple exp&#233;rience de pens&#233;e tellement l'hypoth&#232;se est invraisemblable. Supposons une maladie qui se r&#233;pande ; il y a des formes graves, et en tel nombre que les moyens de r&#233;animation sont satur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se trouve alors en situation de m&#233;decine de catastrophe. Dans ce cas la r&#232;gle est simple : si on veut sauver tout le monde on ne sauvera personne. La premi&#232;re chose qu'on fait en arrivant sur un site de catastrophe, c'est du tri ; on va s&#233;lectionner les malades qui ont le plus de chances de gu&#233;rir, et on laissera mourir les autres, y compris ceux dont les possibilit&#233;s de survie ne sont pas nulles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ces derni&#232;res personnes, il n'y a qu'une chose &#224; faire : assurer le confort. Et en pratique par une s&#233;dation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va cr&#233;er des unit&#233;s aigu&#235;s de soins palliatifs. Il faut dire que m&#233;decin de soins palliatifs c'est le type m&#234;me du job qui s'improvise. La s&#233;dation, c'est l'enfance de l'art. Essayez, pour voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais la fin justifie les moyens. Sans doute comprend-on mieux maintenant les cris d'orfraie que je poussais en lisant dans la loi Claeys-L&#233;onetti que la s&#233;dation profonde et continue pouvait se pratiquer partout, y compris &#224; domicile et en institution, en ignorant superbement que pour la s&#233;dation les conditions d'environnement et de comp&#233;tence sont des conditions &#233;thiques. Mais de cela la loi Claeys-L&#233;onetti se garde bien de souffler mot : s&#233;datez toujours, si &#231;a gagne pas &#231;a d&#233;barrasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans l'utopie dont je vous parle, il y a pire : la p&#233;nurie de professionnels fait qu'on n'a pas les moyens d'en distraire pour dorloter les mourants : il faut tout mettre sur les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la raison pour laquelle je ne veux pas d'euthanasie, c'est que je m'engage &#224; assurer le confort des mourants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas, qui n'a aucune chance de se produire, il est bien plus conforme &#224; l'honn&#234;tet&#233;, au lieu de laisser le malade mourir en &#233;tant mal pris en charge, de l'exp&#233;dier d'un bon coup de potassium. J'ai toujours dit que si le probl&#232;me de l'euthanasie ne se pose pas en France aujourd'hui, je ne dirais pas la m&#234;me chose si j'&#233;tais au nord du Sahel avec pas de morphine et un flingue charg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; comment on pourrait &#234;tre amen&#233; &#224; valider une &lt;i&gt;exception d'euthanasie&lt;/i&gt; au seul motif, dont pourtant m&#234;me l'ADMD n'ose pas se r&#233;clamer, de ce qui est &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; une contrainte &#233;conomique. Je laisse le lecteur imaginer comment, une fois cela admis, on pourrait revenir en arri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du coronavirus nous impose donc une r&#233;flexion &#233;thique. Et elle nous l'impose en urgence, ce qui est la pire des situations.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La sottise se porte bien</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article138</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article138</guid>
		<dc:date>2020-01-02T17:17:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Voici ce que je trouve dans Le Monde dat&#233; du 3 janvier. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis plus d'un mois, le cabinet du docteur Jean M&#233;heut-&#173;Ferron, &#224; Angerville&#173;-la&#173;-Martel (Seine&#173;-Maritime), est ferm&#233;. Ce m&#233;decin g&#233;n&#233;raliste de 64 ans, titulaire d'un dipl&#244;me universitaire de soins palliatifs, est sous le coup d'une &#171; interdiction totale &#187; d'exercer apr&#232;s avoir &#233;t&#233; mis en examen pour &#171; administration de substance nuisible ayant entra&#238;n&#233; la mort sans intention de la donner &#224; une personne vuln&#233;rable &#187;. La justice lui reproche d'avoir (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique2" rel="directory"&gt;Soins palliatifs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voici ce que je trouve dans Le Monde dat&#233; du 3 janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Depuis plus d'un mois, le cabinet du docteur Jean M&#233;heut-&#173;Ferron, &#224; Angerville&#173;-la&#173;-Martel (Seine&#173;-Maritime), est ferm&#233;. Ce m&#233;decin g&#233;n&#233;raliste de 64 ans, titulaire d'un dipl&#244;me universitaire de soins palliatifs, est sous le coup d'une &#171; interdiction totale &#187; d'exercer apr&#232;s avoir &#233;t&#233; mis en examen pour &#171; administration de substance nuisible ayant entra&#238;n&#233; la mort sans intention de la donner &#224; une personne vuln&#233;rable &#187;. La justice lui reproche d'avoir donn&#233; &#224; plusieurs patients malades ou en fin de vie du midazolam (distribu&#233; sous le nom d'Hypnovel), un puissant s&#233;datif exclusivement d&#233;livr&#233; par les pharmacies hospitali&#232;res et recommand&#233; par la Haute Autorit&#233; de sant&#233; (HAS) pour mettre en place les s&#233;dations profondes et continues jusqu'au d&#233;c&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par l'interm&#233;diaire de son &#233;pouse, anesth&#233;siste&#173;-r&#233;animatrice dans une clinique, et aujourd'hui &#233;galement poursuivie par la justice, que le g&#233;n&#233;raliste se procurait ce produit. Dans le cadre de l'enqu&#234;te, les corps de sept anciens patients ont &#233;t&#233; exhum&#233;s. Des traces de midazolam ont &#233;t&#233; trouv&#233;es chez cinq d'entre eux. &#171; L'information judiciaire devra s'attacher &#224; d&#233;terminer le lien de causalit&#233; entre l'absorption de produits et le d&#233;c&#232;s de patients, mais aussi la r&#233;elle intention des mis en cause &#187;, a d&#233;clar&#233; le procureur de la R&#233;publique du Havre au journal Paris-Normandie. Aucune famille concern&#233;e n'a port&#233; plainte&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis sid&#233;r&#233; par une telle sottise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le midazolam est un produit indispensable en soins palliatifs. Chacun sait, ou devrait savoir, qu'il est utilis&#233;, non point pour euthanasier mais pour endormir un patient en fin de vie qui en a besoin. Correctement utilis&#233; c'est un de produits les plus s&#251;rs et les plus maniables qui existent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai moi-m&#234;me pratiqu&#233; des s&#233;dations &#224; domicile, et j'ai pour cela employ&#233; du midazolam. Je l'ai fait &#224; une &#233;poque o&#249; son utilisation n'&#233;tait pas encore r&#233;pandue ; ces patients en avaient besoin, je m'en suis procur&#233;, ce n'est pas bien difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis des ann&#233;es les m&#233;decins de soins palliatifs temp&#234;tent pour que l'utilisation du midazolam soit possible &#224; domicile. Des textes officiels ont &#233;t&#233; produits au d&#233;but des ann&#233;es 2000 &#224; ce sujet. &lt;a href=&#034;https://www.ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/a7335ff84e05050e5dfccc7a164c885b.pdf&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;L'Agence Nationale de S&#233;curit&#233; du M&#233;dicament&lt;/a&gt; ne fait, &#224; bon droit, aucune diff&#233;rence dans les soins palliatifs selon qu'ils sont dispens&#233;s &#224; domicile ou en &#233;tablissement. Le midazolam est d'utilisation courante en &lt;a href=&#034;http://pepite.univ-lille2.fr/notice/view/UDSL2-workflow-1279&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;hospitalisation &#224; domicile&lt;/a&gt;, alors que le seul probl&#232;me qu'il pose est celui de la surveillance, ce que l'hospitalisation &#224; domicile n'assure pas mieux qu'un m&#233;decin g&#233;n&#233;raliste bien form&#233; et motiv&#233;. &lt;a href=&#034;https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000031970253&amp;categorieLien=id&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;L'article 3 de la loi Claeys-L&#233;onetti&lt;/a&gt; dispose qu' &#034;A la demande du patient, la s&#233;dation profonde et continue peut &#234;tre mise en &#339;uvre &#224; son domicile&#034; ; or pour effectuer une s&#233;dation toute autre drogue que le midazolam est infiniment plus dangereuse. Pendant un temps on pouvait (difficilement, il est vrai) se procurer en ville une pr&#233;sentation du midazolam appel&#233;e Versed, qui a &#233;t&#233; retir&#233;e en 2015, on se demande pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, jusqu'&#224; preuve du contraire, le m&#233;decin incrimin&#233; a travaill&#233; dans les r&#232;gles de l'art.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ce qu'on peut lui reprocher est de s'&#234;tre procur&#233; les moyens de son action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est se moquer du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224; : l'un des beaux r&#233;sultats de la loi Claeys-L&#233;onetti aura &#233;t&#233; de cr&#233;er la confusion entre s&#233;dation et euthanasie, d'o&#249; il r&#233;sulte qu'&#224; part quelques professionnels chevronn&#233;es dont j'ai l'outrecuidance de croire faire partie, plus personne n'y comprend rien. Le lecteur voudra bien m'accorder que &lt;a href=&#034;http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article125&#034;&gt;je le dis depuis longtemps&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se demande bien de quelle manigance ce confr&#232;re est victime, d'ailleurs on ne sait pas qui a pris l'initiative de ces poursuites. Qu'il soit assur&#233;, en tout cas, de ma totale solidarit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La d&#233;tresse des h&#244;pitaux fran&#231;ais</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article137</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article137</guid>
		<dc:date>2019-11-25T17:07:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le monde hospitalier fran&#231;ais est en r&#233;volution, et il ne fait gu&#232;re de doute qu'il sera au premier rang de la manifestation du 5 d&#233;cembre. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai voulu reprendre ci-dessous quelques &#233;l&#233;ments de la discussion. Ceci ne concerne pas pr&#233;cis&#233;ment la g&#233;riatrie ou les soins palliatifs, mais il m'a sembl&#233; important et urgent de rappeler de quoi il s'agit. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je le fais parce que ma carri&#232;re m'a permis de conna&#238;tre beaucoup d'aspects de ce sujet : J'ai commenc&#233; par &#234;tre m&#233;decin de campagne. Puis je suis devenu (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique3" rel="directory"&gt;Organisation g&#233;riatrique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le monde hospitalier fran&#231;ais est en r&#233;volution, et il ne fait gu&#232;re de doute qu'il sera au premier rang de la manifestation du 5 d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai voulu reprendre ci-dessous quelques &#233;l&#233;ments de la discussion. Ceci ne concerne pas pr&#233;cis&#233;ment la g&#233;riatrie ou les soins palliatifs, mais il m'a sembl&#233; important et urgent de rappeler de quoi il s'agit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le fais parce que ma carri&#232;re m'a permis de conna&#238;tre beaucoup d'aspects de ce sujet : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; J'ai commenc&#233; par &#234;tre m&#233;decin de campagne.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Puis je suis devenu praticien hospitalier.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Et pour finir j'ai pass&#233; quelques ann&#233;es &#224; m'occuper de probl&#232;mes relatifs au financement des h&#244;pitaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est au nom de cette exp&#233;rience que je parle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les chiffres que je cite sont tous issus d'organismes officiels (OMS, OCDE, DREES, etc.). On n'aura gu&#232;re de difficult&#233; &#224; r&#233;torquer que tous ces organismes sont &#224; la solde du grand capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA TARIFICATION &#192; L'ACTIVIT&#201; POUSSE LES H&#212;PITAUX &#192; MULTIPLIER LES ACTES :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis toujours sid&#233;r&#233; de lire une pareille ineptie. C'est d'autant plus loufoque que le but de la tarification &#224; l'activit&#233; est au contraire de &lt;i&gt;r&#233;compenser les &#233;tablissements qui hospitalisent moins&lt;/i&gt;. Encore faut-il avoir compris comment elle fonctionne. Et si j'en parle c'est parce que dans les derni&#232;res ann&#233;es de ma carri&#232;re je me suis consacr&#233; &#224; temps complet &#224; l'application de cette tarification dans un gros &#233;tablissement de la banlieue parisienne. D&#233;taillons donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on prend une population de patients pr&#233;sentant des pathologies similaires, on constate deux choses :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Dans la plupart des cas, les m&#233;decins les d&#233;crivent de la m&#234;me fa&#231;on.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Dans la plupart des cas les m&#233;decins les soignent de la m&#234;me fa&#231;on. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et il est heureux qu'il en aille ainsi : cela signifie simplement que les m&#233;decins sont g&#233;n&#233;ralement d'accord sur le diagnostic et d'accord sur le traitement &#224; appliquer. C'est ce qu'on appelle le savoir m&#233;dical. S'il en allait autrement cela aboutirait &#224; dire qu'il n'y a pas de connaissance scientifique. Rappelons que dans leur &#233;crasante majorit&#233; les connaissances scientifiques sont de nature statistique : comme le dit Hume, on ne sait pas si le soleil va se lever demain matin ; ce que nous savons en revanche c'est qu'on ne l'a jamais vu ne pas se lever. Ce n'est que secondairement qu'on en tire des conclusions sur la nature du syst&#232;me solaire. L'argument : &#171; On traite des patients, pas des chiffres &#187; est l'un des plus stupides qui soient. J'ose &#224; peine rappeler que tout le contenu de ce site est l&#224; pour t&#233;moigner du fait que je sais ce que signifie : &#034;soigner des patients&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; notre sujet : du fait que quand les patients sont d&#233;crits de la m&#234;me fa&#231;on ils sont trait&#233;s de la m&#234;me fa&#231;on, il suit qu'en moyenne la d&#233;pense occasionn&#233;e a &#233;t&#233; la m&#234;me. On peut d&#232;s lors calculer un tarif &lt;i&gt;moyen&lt;/i&gt;, qu'on appliquera &#224; chaque malade faisant partie de la population consid&#233;r&#233;e. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; C'est une moyenne : certains patients auront co&#251;t&#233; plus cher, d'autres moins cher ; par exemple si l'observation a montr&#233; que 10% des malades souffrant de pneumonie ont eu un scanner, on paiera 10% d'un scanner &#224; tous les malades, m&#234;me s'ils ne l'ont pas eu. Par contre on ne le paiera pas &#224; ceux qui l'ont eu. C'est la conscience professionnelle des m&#233;decins qui d&#233;termine ce qui sera r&#233;ellement fait. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Autant dire que la tarification &#224; l'&lt;i&gt;activit&#233;&lt;/i&gt; n'est pas une tarification &#224; l'&lt;i&gt;acte&lt;/i&gt; ; le syst&#232;me ne s'int&#233;resse absolument pas &#224; ce qui aura &#233;t&#233; r&#233;ellement fait : dans les fractures du bras il y a un tarif pour les fractures op&#233;r&#233;es, un autre pour les fractures non op&#233;r&#233;es, mais la mani&#232;re dont on op&#232;re n'a aucune importance. &lt;i&gt;Il n'y a aucun int&#233;r&#234;t &#224; multiplier les actes&lt;/i&gt;, sauf &#224; pr&#233;tendre qu'on op&#233;rerait des gens qui n'en ont pas besoin. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ce qui fixe le tarif, c'est donc l'observation de la d&#233;pense. Et il n'est pas pr&#233;vu que l'&#233;tablissement fasse un &lt;i&gt;b&#233;n&#233;fice&lt;/i&gt; : si donc un h&#244;pital voulait am&#233;liorer sa situation financi&#232;re en augmentant son activit&#233; globale il commettrait une b&#233;vue : il augmenterait certainement sa recette, mais il augmenterait d'autant sa d&#233;pense (nous verrons plus loin que ce n'est pas exact dans le d&#233;tail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas de sens &#224; pr&#233;tendre que la tarification &#224; l'activit&#233; serait un syst&#232;me inflationniste. En soi, c'est un &lt;i&gt;bon&lt;/i&gt; syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant nuancer, mais ces nuances ne remettent pas en cause le syst&#232;me lui-m&#234;me.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'h&#244;pital a des frais fixes (&#233;quipements, amortissements, etc.). Dans cette mesure (mais ces frais sont limit&#233;s, nous y reviendrons), il a moins de difficult&#233;s &#224; faire face &#224; ces frais quand son activit&#233; augmente.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le syst&#232;me est imparfait : il ne prend en compte qu'avec retard les innovations th&#233;rapeutiques, il est bas&#233; sur une classification d'origine am&#233;ricaine dont la pertinence laisse largement &#224; d&#233;sirer, il n'est pas toujours r&#233;aliste, il ne s'adapte pas assez aux particularit&#233;s de certains &#233;tablissements, etc. Il y a l&#224; un combat permanent &#224; mener, mais qui ne remet pas en cause l'organisation g&#233;n&#233;rale de la tarification &#224; l'activit&#233;. Il est frappant de voir que la grande majorit&#233; des critiques que les m&#233;decins lui adressent proc&#232;de de leur m&#233;connaissance du sujet. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le syst&#232;me est &#233;volutif : les tarifs, m&#234;me avec retard, sont revus, &#224; la hausse quand les progr&#232;s des soins tendent &#224; alourdir les prises en charge ; &#224; la baisse quand ce qu'on peut sans honte appeler des gains de productivit&#233; diminuent la d&#233;pense constat&#233;e (curieusement, les ajustements &#224; la baisse semblent plus faciles &#224; r&#233;aliser que les autres).
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a, m&#234;me si c'est marginal, des effets d'aubaine. Par exemple il est possible de s&#233;lectionner les patients pour que la d&#233;pense r&#233;elle soit en moyenne dans la fourchette basse de la d&#233;pense th&#233;orique (il suffit de refuser les patients &#226;g&#233;s). Le syst&#232;me est juste pour les &#233;quipes qui jouent le jeu, et la conscience professionnelle a ses limites. Ou encore, la puissance de l'outil statistique est imparfaite, et certaines situations permettent de procurer un b&#233;n&#233;fice alors que d'autres seront toujours un peu d&#233;ficitaires.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il faut que les professionnels appliquent les r&#232;gles convenues, mais il faut que l'autorit&#233; de tutelle en fasse autant : rien n'est plus simple que de baisser un tarif pour imposer autoritairement une baisse de la d&#233;pense que rien ne justifierait. On peut comprendre certaines manipulations : on constate par exemple que dans la plupart des pays &#233;volu&#233;s la chirurgie de la v&#233;sicule biliaire se fait majoritairement en ambulatoire ; la France a du retard sur ce point ; c'est la raison pour laquelle la tutelle a arr&#234;t&#233; un tarif incitatif sur la chirurgie v&#233;siculaire en ambulatoire. Mais il va de soi que la tentation est grande pour elle de baisser les tarifs pour des raisons strictement comptables. Ne faisons pas de proc&#232;s d'intention, toutefois : les gens ont une conscience. Il reste un devoir de vigilance, qui serait l'affaire des syndicats de m&#233;decins. &#192; ma connaissance ce n'est pas fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons-nous : la tarification &#224; l'activit&#233; ne m&#233;rite pas les critiques qu'on lui adresse. On oublie vite que les autres syst&#232;mes (prix de journ&#233;e, budget global) &#233;taient bien plus pernicieux (d'ailleurs ce syst&#232;me est si mauvais qu'il est progressivement mis en place dans toute l'Europe). Encore faut-il : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Que les m&#233;decins l'utilisent correctement ; ils n'ont jamais voulu s'y int&#233;resser, raison pour laquelle ils racontent tant d'&#226;neries &#224; son sujet.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Que la tutelle ne triche pas avec. Il n'y a pas d'argument pour dire qu'elle le fait, mais la prudence s'impose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique que les m&#233;decins s'int&#233;ressent au syst&#232;me de la tarification &#224; l'activit&#233;, pour le comprendre, l'utiliser &#224; bon escient (l'exp&#233;rience courante montre que les professionnels, quand ils d&#233;crivent leurs malades, tendent &#224; &lt;i&gt;sous-estimer&lt;/i&gt; l'importance des soins qu'ils ont dispens&#233;s), et lutter contre les d&#233;rives et les imperfections. Encore faut-il pour cela qu'ils cessent de r&#233;p&#233;ter qu'ils sont l&#224; pour soigner, pas pour compter, comme si la puissance de nos moyens diagnostiques et th&#233;rapeutiques, mais aussi leur co&#251;t, ne nous cr&#233;aient pas quelques responsabilit&#233;s. La situation est telle que si on ne compte pas on ne va plus soigner tr&#232;s longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ciproquement cela implique aussi que l'autorit&#233; de tutelle cesse de modifier le syst&#232;me &#224; sa guise, ou en fonctions d'imp&#233;ratifs qu'elle est seule &#224; conna&#238;tre, et sans jamais consulter les praticiens. La r&#233;vision des tarifs par exemple se fait dans un entre-soi r&#233;unissant des financiers, des statisticiens et des experts issus des soci&#233;t&#233;s savantes. Je me contenterai d'insinuer que les experts en question n'ont pas tous les mains dans le cambouis, et qu'il y aurait certainement d'autres interlocuteurs &#224; imaginer pour parvenir &#224; un fonctionnement plus transparent (je suppose que le mot &#171; d&#233;mocratique &#187; serait incongru).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA CRISE ACTUELLE VIENT D'UN PROBL&#200;ME DE MOYENS :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai dans une certaine mesure, mais cela demande &#224; &#234;tre nuanc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chiffre le plus int&#233;ressant &#224; consid&#233;rer est probablement la d&#233;pense de sant&#233; par an et par habitant. Si on consid&#232;re des pays dont les indicateurs de sant&#233; sont comparables on trouve (en 2017) : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Su&#232;de : &#167; 5 219.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Pays-Bas : &#167; 5 202.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Allemagne : &#167; 5 182.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; France : &#167; 4 508.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le d&#233;ficit de d&#233;pense par rapport &#224; la Su&#232;de est de 15%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela suffit-il ? Non, et pour trois raisons : &lt;br class='autobr' /&gt;
1&#176;) : Il n'y a pas forc&#233;ment un lien entre le niveau de d&#233;pense et la qualit&#233; du service rendu, car l'objectif n'est pas de d&#233;penser mais de soigner. Rappelons notre point de d&#233;part, qui est la comparaison de pays qui ont &lt;i&gt;la m&#234;me performance sanitaire&lt;/i&gt; ; il se pourrait fort bien que si la France d&#233;pense moins que la Su&#232;de c'est parce qu'elle est plus efficace, car ses r&#233;sultats en termes de sant&#233; sont les m&#234;mes. Au reste si on consid&#232;re le cas du Canada, la d&#233;pense par habitant y est &#224; peu pr&#232;s identique &#224; celle de la France : $ 4 641, et on n'entend pas dire que son syst&#232;me de sant&#233; soit en crise. De m&#234;me la Belgique est &#224; &#167; 4 392, l'Australie &#224; &#167; 4 357, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) : Il faut se demander comment on finance le syst&#232;me de sant&#233;. Si on regarde les d&#233;penses de sant&#233; par rapport au produit int&#233;rieur brut, l'Allemagne, la Su&#232;de et la France consacrent &#224; la sant&#233; un peu plus de 11%. Mais si on consid&#232;re le produit int&#233;rieur brut par habitant, on trouve : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Su&#232;de : &#167; 56 530.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Allemagne : &#167; 49 276.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; France : &#167; 41 867.&lt;br class='autobr' /&gt;
En d'autres termes chaque Fran&#231;ais produit tout simplement moins de richesses qu'un Su&#233;dois ou un Allemand. Et la diff&#233;rence est terrible : si on voulait que la d&#233;pense par habitant en France soit la m&#234;me qu'en Allemagne, c'est 12,8 du PIB qu'il faudrait y consacrer, soit un surco&#251;t de 42 milliards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) : Le seul point commun de ces pays est qu'ils figurent dans le peloton de t&#232;te en terme d'indicateurs de sant&#233;. Mais leurs syst&#232;mes de soins sont tr&#232;s dissemblables : par exemple l'Allemagne et la Su&#232;de ont &#224; tr&#232;s peu pr&#232;s la m&#234;me d&#233;pense par habitant. Mais le parc hospitalier allemand compte 8 lits pour 1 000 habitants, le parc su&#233;dois 2,2 ; ou, &#224; d&#233;pense comparable, le parc fran&#231;ais compte 6 lits pour 1 000 habitants, le parc canadien 2,5. &lt;i&gt;Il y a des mani&#232;res tr&#232;s diff&#233;rentes d'utiliser l'hospitalisation&lt;/i&gt;. Et ceci n'est pas une affaire d'&#233;conomie : s'il y a moins de lits en Su&#232;de qu'en Allemagne, la d&#233;pense par habitant est la m&#234;me ; ce qui se passe c'est que la Su&#232;de investit bien plus que l'Allemagne dans les soins &#224; domicile. Cet exemple su&#233;dois doit nous inciter &#224; r&#233;fl&#233;chir avant de dire que le monde hospitalier fran&#231;ais manque de lits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref il faut &#234;tre prudent avant de parler de manque de moyens. Les sommes en jeu sont &#233;normes, et le yaka&#239;sme serait irresponsable. Le plus probable est que les moyens sont l&#224;, en suffisance, mais qu'ils sont mal utilis&#233;s. Redisons-le : un Fran&#231;ais est aussi bien soign&#233; qu'un Allemand, alors que la d&#233;pense par habitant est plus faible, ce qui indique, non que le syst&#232;me fran&#231;ais est paup&#233;ris&#233;, mais qu'il est plus efficace. Cela n'emp&#234;che pas qu'on peut encore faire progresser cette performance ; mais cela suppose, on le verra, une r&#233;volution de l'ensemble du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ON A FERM&#201; TROP DE LITS :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord s'entendre : on n'a jamais eu aucune raison de fermer des lits. Les locaux, les mat&#233;riels, tout cela ne co&#251;te gu&#232;re. Ce qui dans un h&#244;pital fait la d&#233;pense, c'est la masse salariale. Quand on dit qu'on ferme des lits il faut entendre qu'on supprime des effectifs soignants ou, plut&#244;t, qu'on les r&#233;affecte dans d'autres services. Ce n'est pas la p&#233;nurie de lits qui pose probl&#232;me c'est la p&#233;nurie de soignants. Un lit hospitalier, c'est un lit avec du monde autour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi fermerait-on des lits ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, un lit, c'est une chambre, du mobilier, mais surtout du personnel. L'essentiel de la d&#233;pense n'est pas dans les murs ou les meubles mais dans les salaires ; et il faut que les salaires soient pay&#233;s. Un lit n'a de sens que s'il y a un malade dedans. &lt;i&gt;C'est quand le lit est occup&#233; que le syst&#232;me de la tarification &#224; l'activit&#233; permet d'&#233;quilibrer recette et d&#233;pense&lt;/i&gt;. Quand il n'est pas occup&#233; il y a une d&#233;pense sans recette. Il faut donc consid&#233;rer le taux d'occupation du lit (le taux d'occupation s'obtient tr&#232;s simplement en divisant le nombre de journ&#233;es au cours desquelles il y a eu un malade dans le lit par le nombre de jours d'une ann&#233;e). &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il n'est pas question de rechercher un taux d'occupation de 100%, qui ne laisserait aucune marge d'adaptation. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais en 2017 le taux d'occupation en soins aigus &#233;tait de 77% : &lt;i&gt;tout se passe comme si pr&#232;s du quart des lits &#233;taient rest&#233;s inoccup&#233;s&lt;/i&gt;. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il est donc faux de dire que les h&#244;pitaux manquent de lits. C'est d'autant plus faux que, comme on l'a vu, de nombreux syst&#232;mes de sant&#233; fonctionnent tr&#232;s bien avec beaucoup moins de lits : citons encore le Danemark (2,5 pour 1 000) ; ou beaucoup plus, comme le Japon (13 pour 1 000), ce qui pousse &#224; conclure au moins que le nombre de lits d'h&#244;pital n'est pas un indicateur de la qualit&#233; des soins.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le probl&#232;me est donc un probl&#232;me d'organisation : il faut pouvoir faire face &#224; un afflux de malades, mais cela ne peut pas raisonnablement se faire en param&#233;trant le nombre de lits sur la pire des situations envisageables, car cela conduirait &#224; geler des moyens trop importants. S'il y a une solution elle ne peut &#234;tre que dans la souplesse, ce qui suppose que soit n&#233;goci&#233;e une adaptation des personnels, y compris des m&#233;decins, &#224; qui un peu de souplesse ferait le plus grand bien. Cela implique qu'on ne pousse pas des cris d'orfraie quand un malade de cardiologie se retrouve temporairement en chirurgie (comme si les m&#233;decins ne savaient pas ce qu'ils font), ou qu'un soignant de neurologie est envoy&#233; faire quelques piges en gastro-ent&#233;rologie. Tout cela s'organise (notamment on n'explore pas suffisamment les possibilit&#233;s qui seraient offertes par des &#233;quipes volantes de renfort). Mais nous verrons cela en conclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu le principal facteur permettant d'expliquer le taux d'occupation est la dur&#233;e de s&#233;jour. En th&#233;orie un service de 10 lits peut sur un mois offrir 300 journ&#233;es d'hospitalisation. Si sa dur&#233;e de s&#233;jour moyenne est de 5 jours, il peut donc accueillir 60 patients. Mais si sa dur&#233;e moyenne de s&#233;jour passe &#224; 4 jours, alors il peut accueillir 75 patients (ou, s'il reste &#224; 60 patients, voir son taux d'occupation baisser &#224; 75%).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce point, il y a quatre &#233;l&#233;ments &#224; consid&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) : Une hospitalisation n'est jamais une bonne chose : on ne doit hospitaliser que la main forc&#233;e. La raison en est que, du moins pass&#233; un certain &#226;ge (or les malades hospitalis&#233;s sont tr&#232;s majoritairement &#226;g&#233;s), l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral des patients tend r&#233;guli&#232;rement &#224; s'aggraver en cours de s&#233;jour. Il est donc de l'int&#233;r&#234;t du patient d'&#234;tre hospitalis&#233; le moins possible, et de rester le moins longtemps possible. La meilleure hospitalisation est celle qui dure le temps strictement n&#233;cessaire &#224; la r&#233;alisation du programme de soins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) : Or, et m&#234;me si de tr&#232;s gros progr&#232;s ont &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;s, la France accuse en la mati&#232;re un retard substantiel sur les pays comparables. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Parce qu'elle n'utilise pas suffisamment les immenses possibilit&#233;s des prises en charge ambulatoires.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Parce que l'organisation des soins demande encore &#224; progresser.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Parce qu'il existe un certain nombre de malades dont le s&#233;jour se prolonge parce qu'on ne trouve pas de solution d'aval. Contentons-nous d'ajouter sur ce point, d'une part que ces malades sont moins nombreux qu'on ne le croit, d'autre part que cela montre, mais j'y reviendrai, qu'il n'y a pas de sens &#224; vouloir r&#233;gler les probl&#232;mes de l'h&#244;pital sans consid&#233;rer l'ensemble du syst&#232;me de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176;) : La dur&#233;e de s&#233;jour varie consid&#233;rablement d'un service &#224; l'autre. Globalement elle devrait tourner autour de 4 jours. Mais, par exemple, en m&#233;decine aigu&#235; g&#233;riatrique elle est n&#233;cessairement beaucoup plus longue : non seulement parce que les probl&#232;mes sont plus complexes, non seulement parce que la vieille personne va souvent plus mal, mais simplement parce qu'il faut la laisser se poser, prendre ses marques, faute de quoi il sera illusoire de vouloir seulement l'examiner dans de bonnes conditions. C'est pourquoi il est difficile de descendre au-dessous de 12 jours, sauf &#224; compromettre la qualit&#233; des soins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4&#176;) : La diminution de la dur&#233;e de s&#233;jour est pour un h&#244;pital le moyen le plus puissant de diminuer sa d&#233;pense. Il faut s'&#233;vertuer &#224; faire en sorte que le s&#233;jour ne dure pas au-del&#224; du strict n&#233;cessaire, aussi bien dans l'int&#233;r&#234;t du patient que de celui de l'h&#244;pital. Dans les h&#244;pitaux publics elle est de 5,9 jours. Si on arrivait &#224; la m&#234;me performance que la Su&#232;de (5,5 jours), c'est 10% de la capacit&#233; d'accueil qui serait d&#233;gag&#233;e. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il suffirait de ce gain pour que la question des services d'urgences soit pratiquement r&#233;gl&#233;e.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais pour gagner cette petite demi-journ&#233;e il faut un colossal effort d'organisation.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Et bien entendu l'exercice a des limites : on voit mal comment on pourrait, sauf &#224; compromettre la qualit&#233; des soins, descendre au-dessous de 4 jours, &#224; supposer qu'on puisse y arriver : seuls les Pays-Bas, l'Australie et la Nouvelle Z&#233;lande sont au dessous de 5 jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc trop rapide de dire qu'on manque de lits. Mais comment am&#233;liorer les choses ? Il faut bien faire fonds sur la bonne volont&#233; des professionnels, d'autant qu'il serait criminel de passer outre ce que leur conscience leur dicte. Ce serait toutefois faire preuve d'ang&#233;lisme que de feindre d'ignorer comment un m&#233;decin s'y prend pour sanctuariser un lit qu'il ne veut pas mettre &#224; la disposition des Urgences, comment il ren&#226;cle &#224; pratiquer de la m&#233;decine ambulatoire parce qu'elle est pour lui un peu moins confortable, comment&#8230; Il est d'ailleurs piquant de constater que, nous dit-on, les m&#233;decins d&#233;sertent l'h&#244;pital public pour aller dans le priv&#233; o&#249; la premi&#232;re chose qu'on leur fera sera de leur imposera ce rythme et ces pratiques qu'ils clament impossible dans le public ; il est vrai qu'on les paiera mieux, il faut croire que, parfois, les m&#233;decins savent quitter probit&#233; et lin blanc pour s'int&#233;resser aux chiffres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES SOIGNANTS SONT MAL CONSID&#201;R&#201;S :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons clairs : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les soignants ne seront jamais assez bien consid&#233;r&#233;s. C'est vrai des infirmi&#232;res, c'est encore plus vrai des aides-soignantes (c'est d&#233;j&#224; une insulte que de les appeler ainsi : comme si ce n'&#233;taient pas des soignantes), et plus encore des agents de service. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Par &#171; reconnaissance &#187; on entend, dans la pratique, une augmentation de salaire. C'est une bonne mani&#232;re de reconna&#238;tre le travail, il y en a d'autres.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Tout cela dit, le niveau de r&#233;mun&#233;ration des professionnels de sant&#233; est anormalement bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faudrait tout de m&#234;me nuancer. L'&#233;tude pr&#233;cise des niveaux de salaire dans les principaux pays europ&#233;ens montre que l'infirmi&#232;re fran&#231;aise est pay&#233;e &#224; peu pr&#232;s comme ses coll&#232;gues allemandes, et italiennes, et que si elle est moins bien r&#233;mun&#233;r&#233;e qu'une infirmi&#232;re belge ou anglaise cette diff&#233;rence s'efface si on consid&#232;re que son temps de travail annuel est moindre. Seules les Scandinaves et les Suisses ont un niveau de r&#233;mun&#233;ration incomparablement plus &#233;lev&#233; (le cas de la p&#233;ninsule Ib&#233;rique est &#224; part) ; mais cette diff&#233;rence dispara&#238;t quand on compare le salaire de la profession au salaire moyen dans le pays consid&#233;r&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Voir pour d&#233;tails https://www.actusoins.com/4395/salaire-des-infirmiers-en-europe' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est donc tr&#232;s compliqu&#233;. Ajoutons que les chiffres sont brutaux : ce n'est pas trop demander que vouloir que le salaire des infirmi&#232;res soit augment&#233; de &#8364; 300 par mois. Le co&#251;t de cette mesure fr&#244;le le milliard d'euros. Et l'urgence est bien plus chez les aides-soignantes que chez les infirmi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES URGENCES SONT D&#201;BORD&#201;ES :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de s'y rendre pour le constater.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on ne peut gu&#232;re s'imaginer qu'on va trouver une solution si on n'a pas compris d'o&#249; vient le probl&#232;me. Or il va de soi qu'il pr&#233;sente deux aspects. S'il y a trop de monde aux Urgences c'est parce qu'il en arrive trop et qu'il en part trop peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176;) : Il arrive trop de monde aux Urgences, et ceci est d&#251; au fait que les m&#233;decins lib&#233;raux ne r&#233;pondent plus &#224; la demande. C'est tout &#224; fait vrai. &#192; condition de noter deux points.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un point d&#233;mographique : au 1er janvier 2018 il y avait 226 000 m&#233;decins en France, soit un pour 300 habitants. Certes il y a les g&#233;n&#233;ralistes, les sp&#233;cialistes, les hospitaliers, les administratifs, etc. On a tout de m&#234;me un peu de mal &#224; penser qu'il en faudrait davantage. L&#224; aussi on pourrait suspecter un probl&#232;me d'organisation.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un point historique : il n'y a pas trente ans les m&#233;decins de ville assuraient les urgences et faisaient des gardes. Il ne faut pas inverser l'ordre des &#233;v&#233;nements : ce n'est pas la carence des m&#233;decins lib&#233;raux qui a entra&#238;n&#233; le d&#233;veloppement des Urgences, c'est le contraire : ce sont les Urgences qui ont subtilis&#233; le march&#233;. Elles en paient aujourd'hui le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, les Urgences craquent, et il faut voler &#224; leur secours. &#192; condition de ne pas oublier que la question est plut&#244;t de savoir comment on va s'y prendre pour tarir le flux qui les submerge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176;) : Il part trop peu de malades, et la question des lits d'aval est un enjeu crucial. Mais nous avons vu en &#233;tudiant la question d'une &#233;ventuelle p&#233;nurie de lits de m&#233;decine que la situation est plus complexe qu'annonc&#233;. On peut d'ailleurs en avoir une intuition en observant que les &#233;tablissements qui ont cr&#233;&#233; un poste d'infirmier r&#233;gulateur charg&#233; de trouver des lits d'hospitalisation ont vu leur temps d'attente aux Urgences baisser d'un bon tiers ; les infirmiers r&#233;gulateurs ne fabriquent pas les lits, ils se contentent de trouver ceux qui existent bel et bien dans la vraie vie. De toute mani&#232;re la conclusion qui s'impose est que l&#224; non plus on ne r&#233;soudra pas le probl&#232;me des Urgences si on veut le traiter isol&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des solutions, mais elles passent l&#224; aussi par un effort d'organisation. Car si l'on se place d'un point de vue strictement m&#233;dical :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; 50% des personnes se pr&#233;sentant aux Urgences n'avaient rien &#224; y faire.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; 25% ne posaient pas de probl&#232;me d'urgence, mais le doute &#233;tait l&#233;gitime.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; 25% ont &#233;t&#233; hospitalis&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a donc probablement un moyen de d&#233;river la moiti&#233; des personnes qui se pr&#233;sentent aux Urgences, r&#233;glant ainsi durablement le probl&#232;me. Or si les Urgences fonctionnent comme elles le font, c'est parce qu'elles compensent des d&#233;faillances du syst&#232;me social en g&#233;n&#233;ral, et de la m&#233;decine lib&#233;rale en particulier. Il serait temps de les rendre &#224; leur mission, plut&#244;t que de rechercher les moyens, toujours insuffisants, de leur permettre de faire autre chose que leur m&#233;tier. Par exemple :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Imposer le tiers-payant g&#233;n&#233;ralis&#233; (&#224; condition qu'il marche) &#224; tous les professionnels de sant&#233; : il est notoire que certains viennent aux Urgences parce qu'ils ne peuvent pas faire l'avance des frais.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Tirer les cons&#233;quences du fait que les professionnels lib&#233;raux exercent une mission de service public, que d'ailleurs leur r&#233;mun&#233;ration provient de fonds somme toute publics, et que cela cr&#233;e des devoirs, notamment celui d'assurer la continuit&#233; du service ; ou l'interdiction de refuser de nouveaux patients.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Imposer aux Urgences de s'occuper d'urgences. Je veux dire par l&#224; qu'on pourrait, pour dissuader les recours intempestifs (et &#224; condition d'avoir pr&#233;alablement r&#233;solu, entre autres, les deux points pr&#233;c&#233;dents) aux Urgences, d&#233;cider que les services d'urgence ne seront pas autoris&#233;s &#224; &#233;tablir des ordonnances pour la ville. Les patients seraient examin&#233;s, mais si les soins s'av&#233;raient non urgents le patient serait renvoy&#233; vers son m&#233;decin. Au Danemark il n'est pas possible d'aller aux Urgences autrement qu'en ambulance. On n'est pas forc&#233; d'en venir l&#224;, mais il y a tout de m&#234;me des pistes &#224; creuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES D&#201;SERTS M&#201;DICAUX PROGRESSENT :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; un point indiscutable. Je ne sais pas s'il est utile d'&#233;piloguer sur ce point, je me contenterai de quelques notations sur les g&#233;n&#233;ralistes :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le m&#233;tier perd de son attractivit&#233; : les m&#233;decins veulent gagner plus et travailler moins. C'est humain. Rappelons toutefois que le revenu net imposable moyen d'un g&#233;n&#233;raliste &#233;tait d'un peu plus de &#8364; 7 000 par mois en 2018. Leur temps de travail moyen est de 54 heures par semaine. Ma position, toute personnelle, mais assise sur le fait que j'ai pratiqu&#233; la m&#233;decine g&#233;n&#233;rale pendant vingt-cinq ans, est que j'ai du mal &#224; plaindre quelqu'un qui gagne &#8364; 7 000 par mois, et que s'agissant de mon temps de travail je savais, en m'installant, &#224; quoi je m'engageais. Mais il est vrai qu'on a probablement laiss&#233; filer cette conception, jadis qualifi&#233;e de sacerdotale, du m&#233;tier, et que cette disponibilit&#233; qui faisait partie de la culture n'est plus maintenant une &#233;vidence pour certains jeunes confr&#232;res.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les zones qui se d&#233;sertifient en m&#233;decins sont celles qui se d&#233;sertifient tout court. Il y a longtemps qu'on n'a pas entendu parler d'am&#233;nagement du territoire.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On oublie un peu vite la mani&#232;re dont les pouvoirs publics se sont ing&#233;ni&#233;s &#224; d&#233;courager les m&#233;decins, notamment g&#233;n&#233;ralistes. Le discours officiel des ann&#233;es 1980 &#233;tait qu'il y avait trop de m&#233;decins en France, notamment dans le secteur lib&#233;ral, et que le meilleur moyen de r&#233;guler les d&#233;penses de sant&#233; &#233;tait de diminuer l'offre. Ne d&#233;taillons pas, mais il y a eu au tournant de ces ann&#233;es-l&#224; une volont&#233; de mainmise du secteur hospitalier sur l'ensemble de la m&#233;decine, et une v&#233;ritable entreprise d'hospitalocentrisme. Les m&#233;decins lib&#233;raux qui ont milit&#233; pour la mise en place des fili&#232;res et r&#233;seaux de soins gardent un souvenir amer des combats qu'ils ont d&#251; mener, pas toujours avec succ&#232;s, pour &#233;viter que les correspondants hospitaliers, flairant l'aubaine de ces budgets qui tombaient du ciel et qu'ils pourraient d&#233;tourner &#224; leur profit, renoncent &#224; revendiquer le leadership exclusif de r&#233;seaux dont les lib&#233;raux se retrouveraient les grouillots. Le tout de la meilleure foi du monde, il est vrai que c'est &#224; cette &#233;poque qu'est n&#233;e cette rodomontade du syst&#232;me-de-soins-centr&#233;-sur-le-patient. Et on a pu constater depuis la mani&#232;re dont les r&#233;seaux existants, notamment ceux d&#233;di&#233;s aux soins palliatifs &#224; domicile ou &#224; la g&#233;rontologie, ont vu leurs dotations fondre au m&#233;pris de tous les beaux discours. Bref le syst&#232;me lib&#233;ral est d&#233;sorganis&#233;, et l'individualisme des m&#233;decins n'y est pas pour peu. Ce n'est pas la seule cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant tirer les conclusions et d&#233;cider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai dit : les m&#233;decins lib&#233;raux remplissent de fait une mission de service public. Ils ont l'exclusivit&#233; d'une pratique professionnelle, ils tirent leurs revenus de l'Assurance-maladie, institution totalement solvable et aliment&#233;e par des fonds publics. Dans ces conditions il est l&#233;gitime d'attendre d'eux qu'ils assurent cette mission ce qui implique, entre autres :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un maillage du territoire.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Une garantie de permanence des soins.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Une participation dynamique aux actions de sant&#233; publique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela entra&#238;ne des contraintes. Mais actuellement on continue &#224; financer des acteurs lib&#233;raux avec des fonds publics ; c'est irresponsable (et bien plus inflationniste que la tarification &#224; l'activit&#233;). Cela suppose aussi, bien s&#251;r, une r&#233;mun&#233;ration ad&#233;quate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne manquera pas de r&#233;pliquer qu'une telle mutation entra&#238;nerait une lev&#233;e de boucliers des m&#233;decins. Sans doute. Mais :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On a l'habitude : les boucliers s'&#233;taient lev&#233;s de la m&#234;me mani&#232;re quand il a fallu mettre en place la convention entre m&#233;decins et Assurance-maladie.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On ferait mieux de se souvenir qu'au d&#233;but des ann&#233;es 80 la moiti&#233; des g&#233;n&#233;ralistes se disaient pr&#234;ts &#224; envisager de renoncer au paiement &#224; l'acte pour opter pour une m&#233;decine salari&#233;e.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La question est de savoir combien de temps on va pouvoir tenir dans le syst&#232;me tel qu'il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UNE BONNE FOIS POUR TOUTES :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est &#224; craindre, c'est qu'on poursuive sur la voie qui est actuellement emprunt&#233;e : on fait des propositions, des r&#233;formes, on prend des initiatives, mais c'est toujours en ordre dispers&#233;. Par exemple :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On a cr&#233;&#233; (apr&#232;s s'&#234;tre couvert de ridicule par les d&#233;lais de mise en place) un dossier m&#233;dical partag&#233;. Mais il n'est pas obligatoire.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On a cr&#233;&#233; le parcours de soins. Mais il reste poreux, car il est possible &#224; qui en a les moyens de s'en affranchir.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On cr&#233;e des maisons de sant&#233;. Mais cela reste &#224; la convenance de qui veut en cr&#233;er.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On vole (&#224; basse altitude) au secours des Urgences, mais on le fait sans lien avec la situation de la m&#233;decine ambulatoire, et sans lien avec le questionnement sur la gouvernance des services hospitaliers.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On a donn&#233; aux m&#233;decins responsables des p&#244;les hospitaliers une certaine autonomie financi&#232;re. Mais cette autonomie est rest&#233;e symbolique, et l'implication du corps m&#233;dical dans la gestion (et la prise de responsabilit&#233;s de l'h&#244;pital) reste totalement embryonnaire : on aimerait &#233;crire qu'on s'est arr&#234;t&#233; au milieu du gu&#233;, mais c'est tout juste si on a quitt&#233; la berge.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La r&#233;flexion sur les solutions d'aval (soins de suite, soins de longue dur&#233;e, EHPAD, soins et hospitalisation &#224; domicile) se limite &#224; un jeu de mistigri, sans autre projet d'ensemble que celui de refiler la d&#233;pense au voisin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour peu je donnerais raison &#224; la Ministre : il ne faut pas que les mesures d&#233;cid&#233;es en catastrophe pour &#233;teindre l'incendie retardent, voire compromettent la n&#233;cessaire r&#233;flexion de fond. Mais&#8230; je lui donnerais raison si on la voyait venir, cette r&#233;flexion de fond. Or il s'agit de rien de moins que de refonder int&#233;gralement notre syst&#232;me de sant&#233;. Il faut le refonder dans toutes ses composantes :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Quel h&#244;pital voulons-nous ? Il y a le syst&#232;me hospitalier su&#233;dois, avec 2,2 lits pour 1 000 habitants et une dur&#233;e de s&#233;jour de 5,5 jours ; et il y a le syst&#232;me japonais, avec 13,1 lits pour 1 000 habitants et une dur&#233;e de s&#233;jour de 16,2 jours. En termes de sant&#233; publique la performance est la m&#234;me. Mais il va de soi que derri&#232;re ces &#233;normes disparit&#233;s il y a d'&#233;normes diff&#233;rences de conception. Que voulons-nous ? Combien de temps allons-nous pr&#233;tendre que notre syst&#232;me est le seul possible ? Et comment accomplir une telle r&#233;volution si on ne met pas autour de la table tous les interlocuteurs ? Il faudra pour cela contraindre les m&#233;decins &#224; s'int&#233;resser &#224; ces d&#233;tails mat&#233;riels qu'ils d&#233;nigrent tant, sans comprendre que si les m&#233;decins ne veulent pas faire de la comptabilit&#233; ils n'&#233;viteront pas que les comptables se mettent &#224; faire de la m&#233;decine.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Quelle m&#233;decine de ville voulons-nous ? La conclusion qu'on peut tirer de ce que nous voyons, c'est simplement que le mode actuel d'organisation de la m&#233;decine lib&#233;rale &#233;choue &#224; remplir la mission de service public dont elle devrait se savoir investie. Il est grand temps de d&#233;cider quelles contraintes nous acceptons, et comment nous les imposons.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Comment organisons-nous les structures post-hospitali&#232;res, qu'il s'agisse de l'hospitalisation &#224; domicile, des services de soins, des r&#233;seaux ? Comment reprend-on la probl&#233;matique des EHPAD, dont la souffrance tient largement &#224; la mise &#224; mort des services de long s&#233;jour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etc. Ce que je sais, c'est qu'on n'arrivera &#224; rien sans une r&#233;volution compl&#232;te de tout le syst&#232;me. Avec ce que cela comporte d'abandons et de contraintes. Mon propos n'est pas de d&#233;crire cette r&#233;volution : j'ai mes id&#233;es mais tout est &#224; n&#233;gocier. Ce que je sais aussi c'est qu'on n'en prend pas le chemin et qu'on va une fois de plus se borner &#224; des cataplasmes. Ce que je sais c'est que ceux qui, en gr&#232;ve, expriment leur (authentique) souffrance n'imaginent rien d'autre que d'obtenir des moyens pour faire vivre le mod&#232;le actuel, alors que c'est ce mod&#232;le qu'il faut changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je sais c'est qu'il ne faut pas craindre ce qui pourrait s'apparenter &#224; une nationalisation de l'ensemble du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple est &#224; m&#233;diter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut un temps o&#249; nous pr&#233;tendions que le syst&#232;me de sant&#233; fran&#231;ais &#233;tait le meilleur du monde (son seul d&#233;faut &#233;tait de ne pas &#234;tre financ&#233;) ; en ce temps-l&#224; il &#233;tait de bon aloi de se gausser du National Health Service, qui &#233;tait le plus mauvais du monde, &#224; telle enseigne qu'on enregistrait un v&#233;ritable exode des Britanniques qui venaient se faire soigner chez nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de nos jours les choses sont, me semble-t-il, un peu diff&#233;rentes : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La France n'est plus, loin de l&#224;, au premier rang : elle pointe grossi&#232;rement &#224; une honorable quinzi&#232;me place, souvent juste devant&#8230; le Royaume Uni.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; C'est tout de m&#234;me au National Health Service que nous devons l'invention et le d&#233;veloppement des soins palliatifs, dont on ne peut pas dire que ce soit une discipline o&#249; on se donne pour objectif de rationner les soins. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On attend toujours l'exode massif de patients britanniques sur le continent.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Quiconque s'int&#233;resse un peu &#224; l'actualit&#233; n'a pas manqu&#233; de noter que l'un des points essentiels de la campagne &#233;lectorale outre-Manche est la pr&#233;servation de ce d&#233;testable National Health Service auquel les Britanniques ont le mauvais go&#251;t d'&#234;tre farouchement attach&#233;s. Il est vrai que ce sont des Britanniques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir pour d&#233;tails &lt;a href=&#034;https://www.actusoins.com/4395/salaire-des-infirmiers-en-europe-la-france-est-elle-bien-placee.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;https://www.actusoins.com/4395/salaire-des-infirmiers-en-europe-la-france-est-elle-bien-placee.html&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vincent Lambert : Enfin</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article136</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article136</guid>
		<dc:date>2019-07-06T10:39:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le silence s'est fait autour de Vincent Lambert. On va donc pouvoir en parler un peu plus sainement. Et rappeler quelques &#233;vidences. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord le respect. &lt;br class='autobr' /&gt;
Respect pour ses parents, pour sa m&#232;re surtout : les invectives dont ils auront fait l'objet ont quelque chose d'insupportable, car les bonnes &#226;mes qui yaka&#239;sent oublient que ce sont d'abord des parents en deuil, avec tout ce que cela comporte de souffrance et d'irrationalit&#233;. O&#249; est la compassion ? J'observe au reste qu'on ne les entend plus ; ce (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Ethique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le silence s'est fait autour de Vincent Lambert. On va donc pouvoir en parler un peu plus sainement. Et rappeler quelques &#233;vidences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord le respect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Respect pour ses parents, pour sa m&#232;re surtout : les invectives dont ils auront fait l'objet ont quelque chose d'insupportable, car les bonnes &#226;mes qui yaka&#239;sent oublient que ce sont d'abord des parents en deuil, avec tout ce que cela comporte de souffrance et d'irrationalit&#233;. O&#249; est la compassion ? J'observe au reste qu'on ne les entend plus ; ce silence est celui qu'on rencontre quand, l&#226;chant prise dans sa douleur, le proche se rend &#224; l'&#233;vidence, relisons K&#252;bler-Ross.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Respect tout autant pour son &#233;pouse, qui a &#233;t&#233; d'une dignit&#233; exemplaire. Oh, on peut certes soup&#231;onner qu'elle a besoin de refaire sa vie. Mais il est inf&#226;me de la disqualifier &#224; ce titre, alors que c'est pr&#233;cis&#233;ment une bonne part du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons-le, ce probl&#232;me. Un principe &#233;thique est s&#251;r : il n'est pas envisageable de prendre une d&#233;cision sur Pierre au motif que Paul a besoin qu'on en prenne une. On ne peut donc pas arr&#234;ter les soins de Vincent Lambert dans le but de permettre &#224; Rachel Lambert de poursuivre sa route. Mais&#8230; que fait-on de Rachel ? Doit-on s'en tenir au principe qu'ils ont &#233;t&#233; mari&#233;s pour le meilleur et pour le pire ? &lt;i&gt;Ils lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les &#233;paules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce probl&#232;me n'a pas de solution. C'est pourquoi il s'agit d'une question &#233;thique : les questions &#233;thiques n'ont jamais de solution ; elles naissent quand, dans une situation donn&#233;e, il faut appliquer un principe, mais que si on l'applique on va provoquer un d&#233;sastre ; force est donc de r&#233;fl&#233;chir, et de choisir une mauvaise solution, en esp&#233;rant que ce sera la moins mauvaise. Je ne sais pas quelle solution il fallait choisir, mais je sais qu'on n'en a gu&#232;re propos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; savoir qui, des parents ou de l'&#233;pouse, est qualifi&#233; pour d&#233;cider, je suis surpris d'apprendre que la question se pose en droit : j'ai toujours cru que le mariage cr&#233;ait un lien plus fort que tout le reste ; si ce n'est pas clair il est urgent de le pr&#233;ciser, comme on a fait en Belgique. Par contre tous les chr&#233;tiens savent que &lt;i&gt;l'homme quittera son p&#232;re et sa m&#232;re, et s'attachera &#224; sa femme, et ils deviendront une seule chair&lt;/i&gt; ; la question n'a donc jamais exist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne comprends pas qu'on ait perdu de vue le point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est &#233;charp&#233; sur la question de savoir si Vincent Lambert &#233;tait ou non en fin de vie. Il ne l'&#233;tait pas, mais ce n'est pas le sujet : les lois L&#233;onetti, mais aussi, plus t&#244;t, la loi Kouchner, ne sont pas limit&#233;es aux questions de fin de vie, comme l'a bien rappel&#233; la Cour Europ&#233;enne des Droits de l'Homme dans son arr&#234;t du 25 juin 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet, c'est l'observation des soignants : ils &#233;taient arriv&#233;s &#224; la conclusion que Vincent Lambert refusait cette situation. Le sujet ; le seul, &#233;tait de savoir si oui ou non le malade souffrait. Et c'est l'avis des soignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire qu'ils se trompaient. Pour ma part je n'aurai pas cette outrecuidance, me souvenant (et la moindre des honn&#234;tet&#233;s intellectuelles, des honn&#234;tet&#233;s tout court, aurait &#233;t&#233; de ne pas pontifier &#224; tort et &#224; travers sur un patient qu'on ne conna&#238;t pas) que je ne l'ai pas vu. La seule issue acceptable est donc de s'en tenir &#224; ce que pensent ceux qui l'ont en charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire qu'ils outrepassaient leur r&#244;le en pr&#233;sumant de la souffrance du malade. Sauf qu'en disant cela on montre qu'on ne conna&#238;t rien aux soins palliatifs. Car il n'est pas possible de les pratiquer si on n'a pas acquis cette comp&#233;tence tr&#232;s particuli&#232;re qui est de savoir &#233;valuer la souffrance de l'autre. C'est un m&#233;tier. Douter de cela c'est douter de la comp&#233;tence des professionnels. Je suis bien plac&#233; pour savoir qu'il faut douter de la comp&#233;tence des m&#233;decins, mais si on le fait, alors le plus sage est de ne pas recourir &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule question &#233;tait de savoir si Vincent Lambert souffrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste les questions de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#224; l'ONU un Comit&#233; des Droits des Handicap&#233;s. Ce Comit&#233; n'a nullement pris position, il a seulement dit que si on voulait qu'il donne son avis il fallait que le sujet soit vivant. Simple truisme. Mais ceux qui brandissent cet argument oublient de se demander une chose : si vraiment on consid&#232;re que Vincent Lambert n'est pas malade, qu'il est &#171; simplement &#187; handicap&#233;, alors on se demande un peu pourquoi les avocats des parents n'ont pas pens&#233; plus t&#244;t &#224; saisir le Comit&#233; en question. Probl&#232;me de comp&#233;tence professionnelle, sans doute, je n'ose pas penser qu'ils auraient song&#233; &#224; distiller les recours dans le seul but de faire durer la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cour d'Appel de Paris avait ordonn&#233; la poursuite des soins. Mais le Tribunal n'a pas &#224; &#233;crire les ordonnances des m&#233;decins. Dans le cas d'esp&#232;ce son r&#244;le se limite &#224; dire si les conditions pr&#233;vues par les lois L&#233;onetti ont &#233;t&#233; ou non respect&#233;es. C'est ce qu'a dit le Conseil d'&#201;tat le 24 avril dernier. J'ai dit et r&#233;p&#233;t&#233; que je n'aime pas la loi L&#233;onetti I, et encore moins la loi Claeys-L&#233;onetti ; mais mes r&#233;ticences ne portent pas sur leur aspect proc&#233;dural, qui me para&#238;t plut&#244;t bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a la menace de poursuites au p&#233;nal. Le beau recours, dira-t-on, quand Vincent Lambert sera mort. Mais&#8230; c'est ainsi que le droit fonctionne : quand je pose un acte, quel qu'il soit, je dois savoir qu'un juge pourra d&#233;cider que j'ai enfreint le Code P&#233;nal, et c'est ce garde-fou qui rend la vie en soci&#233;t&#233; possible. Les parents pourront, s'ils le veulent, porter plainte, et leur plainte sera instruite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une solution n'a pas &#233;t&#233; envisag&#233;e, je ne sais pas pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il n'y avait pas urgence &#224; arr&#234;ter l'alimentation de Vincent Lambert.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y avait urgence &#224; traiter sa souffrance.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y avait un doute l&#233;gitime sur ses volont&#233;s (dans le Figaro du 2 juillet, Emmanuel Hirsch &#233;crit : &lt;i&gt;Nous ne pouvons pas nous satisfaire de cette l&#233;galisation de la mort donn&#233;e&lt;/i&gt; ; il a raison, et nous devrons tirer toutes les cons&#233;quences de cette dangereuse affaire. Mais quand il ajoute : &lt;i&gt;Jusqu'&#224; ce jour M. Vincent Lambert a t&#233;moign&#233;, r&#233;solu &#224; vivre dans le confinement d'une chambre d'h&#244;pital, d'un non-abandon, d'un non-renoncement &#224; son existence. Personne ne peut affirmer que cet acte de r&#233;sistance est d&#233;nu&#233; de signification et que, sans &#234;tre en capacit&#233; de l'exprimer, il manifeste ainsi son attachement &#224; &#234;tre toujours pr&#233;sent&lt;/i&gt;, il pousse le bouchon : comme s'il n'avait jamais vu ces malades qui, en toute lucidit&#233;, souhaitent une mort qui ne vient pas, ambivalence, sans doute&#8230; ; ou &#224; l'inverse ces malades qui luttent pour vivre et n'en sont pas moins fauch&#233;s quoi qu'ils fassent ; comme s'il &#233;tait raisonnable d'&#233;crire que je ma&#238;trise ma mort).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref. On pouvait endormir Vincent Lambert et poursuivre son alimentation : contrairement &#224; tout ce qu'on raconte une s&#233;dation bien faite n'a aucune influence sur la dur&#233;e de vie. De cette mani&#232;re on r&#233;glait la question, je le r&#233;p&#232;te, la seule question qui se posait, de sa souffrance, et on &#233;ludait la question de sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait simplement cr&#233;&#233; une situation absurde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>PLAIDOYER POUR LES EHPAD</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article135</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article135</guid>
		<dc:date>2019-05-29T13:08:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il est habituel de dire beaucoup de mal des EHPAD ; de leur co&#251;t exorbitant, de leurs services insuffisants, du manque criant de personnel, de l'&#233;puisement des soignants. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est l&#224; une position qui me met mal &#224; l'aise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Bien s&#251;r, on n'en fera jamais assez. Bien s&#251;r, les conditions de travail dans les EHPAD sont le plus souvent inacceptables. Mais je me demande si on s'interroge assez sur les raisons de cette situation. On a d&#233;j&#224; oubli&#233;, ce n'est pourtant pas si vieux, l'&#233;tat des maisons de retraite &#224; (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique5" rel="directory"&gt;Du prendre soin&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il est habituel de dire beaucoup de mal des EHPAD ; de leur co&#251;t exorbitant, de leurs services insuffisants, du manque criant de personnel, de l'&#233;puisement des soignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; une position qui me met mal &#224; l'aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on n'en fera jamais assez. Bien s&#251;r, les conditions de travail dans les EHPAD sont le plus souvent inacceptables. Mais je me demande si on s'interroge assez sur les raisons de cette situation. On a d&#233;j&#224; oubli&#233;, ce n'est pourtant pas si vieux, l'&#233;tat des maisons de retraite &#224; la fin des ann&#233;es 90. On a d&#233;j&#224; oubli&#233; l'effort colossal qui a &#233;t&#233; consenti &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, cet effort a &#233;t&#233; largement &#233;corn&#233; par l'augmentation du nombre de personnes &#224; servir ; bien s&#251;r les d&#233;cisions ineptes prises en mati&#232;re de lits de long s&#233;jour ont terriblement contribu&#233; &#224; alourdir la d&#233;pendance des r&#233;sidents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand on a dit cela, on n'a pas tout dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dominique contribue largement &#224; la vie de ce site. Elle m'a offert ce texte, que je publie int&#233;gralement, me bornant &#224; le commenter dans des notes de bas de page.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;PLAIDOYER POUR LES EHPAD&lt;/strong&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je commencerai par un souvenir d&#233;sagr&#233;able - aujourd'hui, on dirait peut-&#234;tre &lt;i&gt;traumatisant&lt;/i&gt;... J'ai autour de dix-huit ans, on est dans les ann&#233;es 70, et nous allons rendre visite en famille &#224; ma grand-m&#232;re. Je n'aime pas ma grand-m&#232;re, et je ne crois pas qu'elle m'aime beaucoup non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dimanche-l&#224;, on va donc &#224; R... Pour mes parents, c'est une exp&#233;dition : nous habitons &#224; 350 km de l&#224;, on a fait le trajet en voiture sur la nationale la veille apr&#232;s le boulot, cinq heures sous la pluie, on est arriv&#233;s &#224; minuit, je sais que mon p&#232;re &#233;tait crev&#233;, mais bon, c'est sa m&#232;re, il doit. Je sais aussi que mes parents r&#226;lent, parce qu'ils payent &#034;plein pot&#034;, comme ils disent, ils payent &#034;pour les autres&#034;, ceux qui sont l&#224; gratuitement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Ce qui demande nuance : les s&#233;jours des n&#233;cessiteux sont pris en charge, non (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un ancien ch&#226;teau, reconverti en &#034;asile de vieux&#034; - c'est comme &#231;a qu'on dit. On a d&#251; y mettre ma grand-m&#232;re apr&#232;s la mort de mon grand-p&#232;re. Il y a quelques ann&#233;es en effet qu'elle fait des siennes : pendant tout un temps, elle a insist&#233; pour que mon p&#232;re l'emm&#232;ne voir sa tombe chaque fois qu'il venait la voir (la tombe de mon p&#232;re, s'entend, puisqu'elle pense qu'il est mort) et demand&#233; des nouvelles de Saint-Pierre chaque fois qu'il lui t&#233;l&#233;phonait. Je me souviens qu'on en rigolait quand il raccrochait. &#199;a a pris un tour plus dramatique quand elle a tent&#233; de se suicider en se coupant les veines du poignet avec un ciseau de couturi&#232;re. Il se dit dans la famille qu'elle est devenue folle apr&#232;s le d&#233;part de son deuxi&#232;me fils (mon oncle, le petit fr&#232;re de mon p&#232;re, le pr&#233;f&#233;r&#233;) en Afrique, il ne revient qu'une fois par an, le reste du temps, c'est mon p&#232;re qui s'occupe de leur m&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='appendix' title='C'est un peu facilement qu'on s'insurge contre ces enfants d&#233;natur&#233;s qui ne (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve que la b&#226;tisse est grise, hideuse et sinistre - je n'ai pas encore l'&#226;ge d'appr&#233;cier les d&#233;tails architecturaux. L'int&#233;rieur est carrel&#233;, verd&#226;tre et maronnasse, &#231;a sent mauvais, odeurs de vieux, de pipi, d'eau de Javel, de bouffe de cantine. Je d&#233;teste cet endroit. Ma grand-m&#232;re est dans une grande pi&#232;ce o&#249; il y a quatre lits, elle en occupe un. Elle tourne la t&#234;te quand nous arrivons, et puis c'est tout. Cette vieille femme &#233;chou&#233;e me fait peur et me d&#233;go&#251;te un peu, et je crois que je lui en veux de ce qu'elle fait &#034;subir&#034; &#224; mon p&#232;re. Elle a 78 ans et mourra deux ans plus tard - c'&#233;tait son plus cher d&#233;sir, vivre jusqu'&#224; 80 ans, graal mythique de sa g&#233;n&#233;ration...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante plus tard, me voil&#224; confront&#233;e &#224; la m&#234;me situation que mes parents : mon p&#232;re est d&#233;c&#233;d&#233;, ma m&#232;re est atteinte d'une d&#233;mence de type Alzheimer (ce qui est nettement plus chic que de dire qu'elle est devenue folle, comme on le disait de ma grand-m&#232;re), et j'ai d&#251; la &#034;placer&#034; en EHPAD (ce qui est nettement moins moche qu' &#034;asile de vieux&#034;). Et je mesure la diff&#233;rence : ma m&#232;re a 87 ans et &#224; ce jour, rien ne permet de penser qu'elle ne vivra pas jusqu'&#224; 100 ans, si on en juge &#224; ses excellents param&#232;tres (mesures de tension et analyses de sang, je suis s&#251;re qu'on n'a jamais mesur&#233; les &#034;param&#232;tres&#034; de ma grand-m&#232;re avec autant de z&#232;le qu'on mesure ceux de ma m&#232;re, ni d'ailleurs qu'on n'a mesur&#233; ceux de ma m&#232;re avec autant de z&#232;le que depuis qu'elle est en EHPAD...), elle dispose d'une chambre individuelle avec salle d'eau et toilettes priv&#233;es, les menus affich&#233;s chaque semaine sont plut&#244;t app&#233;tissants, (m&#234;me si pour ma m&#232;re ils sont &#034;interpr&#233;t&#233;s&#034; en mix&#233; et assez insipides, puisqu'il faut, pour des raisons m&#233;dico-di&#233;t&#233;tiques, &#233;viter le sel, le sucre et le gras&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Sur le plan m&#233;dical, je persiste &#224; penser que les pr&#233;cautions di&#233;t&#233;tiques (...)' id='nh3-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), la r&#233;volution Pampers est pass&#233;e par l&#224; et on change ses couches trois fois par jour, le b&#226;timent est joliment et joyeusement d&#233;cor&#233; dans des tons doux et chauds, &#231;a ne sent ni le pipi ni l'eau de Javel (d'ailleurs, &#224; ce que j'en sais, on a banni l'eau de Javel des &#233;tablissements de soin, trop toxique pour le personnel d'entretien), plusieurs jeunes gens tr&#232;s motiv&#233;s animent et stimulent avec conviction les r&#233;sidents encore valides m&#234;me si ce n'est jamais assez selon les familles... Je sais que l'EHPAD-bashing est &#224; la mode, mais ce n'est pas mon exp&#233;rience. Ma m&#232;re est entour&#233;e par une &#233;quipe professionnelle, attentive et ... le mot peut sembler &#233;trange dans ce contexte, affectueuse. Pour ma part, j'habite, comme mes parents en leur temps, &#224; 350 km de l'endroit o&#249; l'on &#034;garde&#034; ma m&#232;re, mais il ne me faut qu'1h20 en TGV pour m'y rendre. La seule chose qui n'a pas chang&#233;, c'est les proches qui r&#226;lent parce que &#231;a co&#251;te trop cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; ce sujet, je voudrais faire part de mes calculs. Ma m&#232;re m'ayant cent fois r&#233;p&#233;t&#233; qu'elle ne voulait pas finir dans un mouroir comme sa belle-m&#232;re, j'ai essay&#233; de la &#034;maintenir &#224; domicile&#034; (encore une fa&#231;on neuve de dire les choses : pourquoi pas simplement &#034;rester chez soi&#034; ?). J'ai aussi failli &#233;crire, &#034;j'ai essay&#233; de toutes mes forces&#034;, mais ce n'est pas vrai : je n'ai jamais envisag&#233; de quitter ma maison, mon travail, mon mari et mes enfants pour m'installer avec elle et me d&#233;vouer enti&#232;rement &#224; ses soins. Mais je me suis vraiment battue pour qu'elle puisse rester chez elle, et j'ai d&#233;couvert ce que j'appelle la course infernale : au fur et &#224; mesure que la situation empire, mettre en place des solutions qui n'ont pas le temps d'&#234;tre efficaces avant que la situation n'empire encore plus, ce qui appelle de nouvelles solutions, qui &#224; leur tour n'ont pas le temps d'&#234;tre efficaces,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-4' class='spip_note' rel='appendix' title='S'il y a un effort &#224; faire d'urgence, c'est de d&#233;velopper des &#233;quipes d'aide aux (...)' id='nh3-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; etc . Car disons-le tout net : prendre en charge une personne d&#233;mente, d&#232;s qu'on a franchi les premiers sympt&#244;mes, quelques bizarreries anodines et m&#234;me parfois rigolotes, c'est l'enfer. Je passe sur la violence psychologique de la chose - le fait que la personne d&#233;mente ne per&#231;oit en aucune fa&#231;on les efforts d&#233;ploy&#233;s pour la prot&#233;ger (puisqu'elle n'a d&#233;j&#224; plus compl&#232;tement conscience de son &#233;tat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-5' class='spip_note' rel='appendix' title='C'est ce qu'on appelle stupidement l'anosognosie du d&#233;ment, qui ne saurait pas (...)' id='nh3-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) fait qu'elle vous l&#226;che d'incroyables m&#233;chancet&#233;s, qu'il faut bien avaler si l'on consid&#232;re que de son point de vue, en effet, on la &#034;traite mal&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se dit qu'autrefois le probl&#232;me ne se posait pas, parce que le noyau familial prenait &#034;naturellement&#034; en charge ses a&#238;n&#233;s au sein de la m&#234;me habitation. Je veux bien, mais si j'en juge par l'exemple de mes parents, ils ont &#233;t&#233; &#034;quittes&#034; de leurs obligations filiales bien avant d'avoir 60 ans. Et leurs parents avant eux ont &#233;t&#233; orphelins avant 40 ans. Aujourd'hui, quand je rends visite &#224; ma m&#232;re, il me faut bien constater qu'au vu de la moyenne d'&#226;ge, les &#034;enfants&#034; pourront bient&#244;t partager la chambre de leur vieille maman ou de leur vieux papa... il faut donc compter que les petits-enfants pourront se retrouver, &#224; plus ou moins br&#232;ve &#233;ch&#233;ance, avec non pas un ou deux vieux parents sur les bras, mais jusqu'&#224; deux parents et quatre grands-parents&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-6' class='spip_note' rel='appendix' title='La moyenne d'&#226;ge des aidants est de plus de 70 ans. Et cela pose un probl&#232;me (...)' id='nh3-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et j'en viens maintenant au &#034;dur&#034;, les sous : une personne &#226;g&#233;e d&#233;mente n&#233;cessite une surveillance 24 heures sur 24. Une personne &#226;g&#233;e d&#233;mente, elle d&#233;ambule, elle n'a plus aucune notion du temps, elle ne dort pas paisiblement la nuit, elle a peur des voleurs et des agressions, il faut la rassurer sans cesse, &#233;teindre sous la casserole, fermer les robinets, raccrocher le t&#233;l&#233;phone, courir apr&#232;s le ch&#233;quier ou la carte bancaire qu'elle a planqu&#233;s Dieu sait o&#249;, et elle tombe, lourdement, avec des os fragiles. Une personne &#226;g&#233;e d&#233;mente, c'est pire qu'un m&#244;me de trois ans, il n'y a pas un instant de r&#233;pit. Or une surveillance 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, &#231;a a un co&#251;t. On entend souvent : &#034;Ah, mais prenez donc quelqu'un chez elle, &#231;a vous co&#251;tera 1500 euros par mois, et vous serez tranquilles.&#034; Oui. Il y a s&#251;rement des personnes qui sont pr&#234;tes &#224; prendre soin d'une vieille personne d&#233;mente &#224; temps plein pour 1500 euros par mois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-7' class='spip_note' rel='appendix' title='Je souscris totalement. On nous met souvent en avant le mod&#232;le scandinave, (...)' id='nh3-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'en ai pas cherch&#233;, pour les raisons suivantes : &lt;br class='autobr' /&gt;
On trouve dans certains romans du XIX&#232;me ce personnage admirable de la domestique fid&#232;le, employ&#233;e dans la famille depuis toujours, qui sur ses vieux jours se consacre exclusivement aux soins de la vieille maman ou du vieux papa. Aujourd'hui, il n'est pas inhabituel que beaucoup de gens consid&#232;rent que la bonne solution, c'est l'immigr&#233;e sans papiers qui accepte ce travail, qui lui procure un revenu non n&#233;gligeable et lui permet de nourrir sa famille. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais, et c'est mon premier mais, non, je ne serais pas tranquille. Quelles sont les qualifications de cette personne, dont je connais &#224; peine l'&#233;tat-civil, &#224; part sa bonne volont&#233; &#233;ventuelle ? Que se passe-t-il le jour o&#249; elle n'est pas l&#224;, pour quelque raison que ce soit (et des raisons, il peut y en avoir des quantit&#233;s, si vraiment elle a une vie en dehors de la personne qu'elle est cens&#233;e assister 24 heures sur 24...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais, et c'est mon second mais, qui rel&#232;ve de ce que j'appellerai mon &#034;&#233;thique id&#233;ologique&#034; : il existe aujourd'hui une l&#233;gislation sociale, qui pr&#233;voit un salaire minimum, et une limitation de travail &#224; 35 heures par semaine, et je ne vois aucune raison de ne pas m'y plier &#034;parce que &#231;a co&#251;terait trop cher&#034;. Or l'un dans l'autre, une pr&#233;sence 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, c'est quatre personnes &#224; temps plein. En les payant au SMIC, avec charges sociales, moins d&#233;ductions fiscales, &#231;a tourne autour de 10 000 euros par mois, et on n'a pas vraiment de garantie sur la &#034;qualit&#233;&#034; de la prise en charge. Il y a quelqu'un, elle pr&#233;pare le repas et fait la lessive, donne les m&#233;docs pr&#233;alablement dispos&#233;s dans un pilulier. Mais au-del&#224; ? (J'ai connu quelques &#034;assistantes de vie&#034; pilleuses, qui disparaissaient aussi vite qu'elles &#233;taient apparues dans les registres de la soci&#233;t&#233; de services qui les facturait &#224; ma m&#232;re - &#034;Ah, on ne sait pas o&#249; elle est partie, mais de toutes fa&#231;ons, vous ne pouvez pas prouver que c'est elle qui a vol&#233;, n'est-ce pas &#034; ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce montant, il faut ajouter le co&#251;t du logement (toutes les personnes &#226;g&#233;es d&#233;mentes ne sont pas propri&#233;taires de leur domicile), la nourriture, la location du mat&#233;riel m&#233;dicalis&#233;, les couches, le kin&#233; et la p&#233;dicure &#224; domicile. Par contre, la S&#233;cu &#233;tant bonne fille, les passages &#224; l'hosto, les m&#233;docs, la visite quotidienne des infirmi&#232;res, celle du m&#233;decin par ci par l&#224; sont &#034;gratuits&#034; (mais ils ont aussi un co&#251;t, totalement occult&#233;). Bref, on doit bien arriver &#224; quelques 12.000 euros par mois. Et avec cette somme, je doute encore que la &#034;prise en charge&#034; soit celle que nous voudrions pour nos aim&#233;s, linge impeccable, coiffeur, attentions diverses... Un chiffre qui serait VRAIMENT int&#233;ressant, c'est quel &#233;tait le budget mensuel de l'entretien de Madame Bettencourt dans ses derni&#232;res ann&#233;es, l&#224; je crois qu'on aurait le tournis...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'EHPAD (le mouroir, selon la vision de ma m&#232;re, avant qu'elle n'ait plus d'opinion du tout sur le sujet), c'est, en moyenne, entre 2000 et 3000 euros par mois. Donc c'est sinon une bonne affaire, du moins un bon compromis, &#224; la fois financi&#232;rement et qualitativement, pour les familles comme pour les personnes concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entends, bien s&#251;r, les familles qui disent qu'&#224; ce prix, la fa&#231;on dont on traite leurs vieux proches est scandaleuse. Oui. Et je suis toujours tent&#233;e de leur demander pourquoi, alors, ils ont fait le choix de placer leur proche en EHPAD, si eux feraient tellement mieux &#224; ce prix. Quand je suis d'humeur plus empathique, je me dis que cette fa&#231;on de &#034;r&#226;ler contre les EHPAD&#034; est une mani&#232;re d'&#233;vacuer le chagrin et la culpabilit&#233; - chagrin de constater l'in&#233;luctable d&#233;cr&#233;pitude d'un parent aim&#233;, et culpabilit&#233; de s'&#234;tre mal conduit en s'en &#034;d&#233;barrassant&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-8' class='spip_note' rel='appendix' title='L&#224; aussi, il y a tout &#224; faire.' id='nh3-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai conscience que ce discours n'est pas audible. Le s&#233;jour de ma m&#232;re dans son EHPAD lui co&#251;te pr&#232;s de 3700 euros par mois, ce qui est dans la moyenne en r&#233;gion parisienne. C'est beaucoup d'argent, beaucoup plus qu'un bon salaire et une excellente retraite. Il ne suffit pas de dire que les &#034;investisseurs priv&#233;s s'en mettent plein les poches&#034;. C'est sans doute vrai, mais seulement dans une certaine mesure. Supprimons les dividendes, et les EHPAD (s'il reste quelques philanthropes pour en construire) ne factureront plus &#034;que&#034; 2700 euros au lieu de 3000 aux familles (&#224; 10% de rendement, on explose d&#233;j&#224; tous les records d'investissement sp&#233;culatif !). Les EHPAD sont d&#233;j&#224; subventionn&#233;s &#224; 40% par des recettes publiques, provenant de diverses sources. Faut-il augmenter cette proportion ? Le probl&#232;me de fond, c'est qu'une personne &#226;g&#233;e d&#233;mente et/ou lourdement d&#233;pendante co&#251;te une fortune, et que notre soci&#233;t&#233; n'en a pas les moyens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-9' class='spip_note' rel='appendix' title='Il faut en finir avec cette escroquerie intellectuelle au nom de laquelle (...)' id='nh3-9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle pourrait les avoir, mais il faudrait rogner sur le reste - l'&#233;ducation, la culture, les transports, la justice, l'arm&#233;e, l'environnement... Quel serait l'avenir d'un pays qui consacrerait la plus grosse partie de ses ressources &#224; prendre soin de ses vieux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-10' class='spip_note' rel='appendix' title='Ce qu'on donne aux vieilles personnes n'est pas disponible pour l'aide &#224; (...)' id='nh3-10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question suivante, c'est que faire ? En Belgique et aux Pays-Bas, des d&#233;put&#233;s ont &#233;mis l'id&#233;e de cesser de financer les soins apr&#232;s 85 ans. On peut supposer que cela diminuerait le nombre de r&#233;sidents en EHPAD, et donc que cela diminuerait le co&#251;t global de la &#034;d&#233;pendance&#034;. L'id&#233;e est profond&#233;ment choquante, mais moins que celle qui se cache derri&#232;re le discours &#034;euthanasiste&#034;. On entend couramment (et r&#233;cemment encore, quoique dans un autre contexte) : &lt;i&gt;&#034;Personne ne voudrait finir comme &#231;a&#034;. &#034;M&#234;me son chien, on le traite mieux que &#231;a - on le pique&#034;&lt;/i&gt;. Il para&#238;trait qu'une &#034;majorit&#233; des Fran&#231;ais&#034; r&#233;clame le droit &#224; l'euthanasie et au suicide assist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faudrait savoir ! Ma m&#232;re n'avait et n'a sans doute aucune envie (si tant est qu'elle ait encore envie de quoi que ce soit) qu'on la pique ! Et quand dix vieilles personnes meurent de la grippe dans un EHPAD, on entend hurler au meurtre de masse, au g&#233;nocide de vieux ! N'y a-t-il pas une immense incoh&#233;rence dans le fait de vanter ad nauseam la l&#233;galisation de l'aide active &#224; mourir, tout en clamant qu'il est plus grave de mourir de la grippe ou de quelque pr&#233;tendue &#034;maltraitance&#034; que d'une injection l&#233;tale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-11' class='spip_note' rel='appendix' title='Je m'astreins, quand je parle des questions d'euthanasie, &#224; ne jamais soulever (...)' id='nh3-11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a sans doute toujours des progr&#232;s &#224; faire. Mais il serait bon aussi, parfois, de se retourner sur les progr&#232;s d&#233;j&#224; faits. Dans l'immense majorit&#233; des cas, j'ai l'absolue conviction que les vieux de 2019 sont infiniment mieux trait&#233;s que ne l'&#233;taient les vieux de 1979. Tout le reste est spectacle et manipulation des esprits.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb3-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui demande nuance : les s&#233;jours des n&#233;cessiteux sont pris en charge, non par une p&#233;r&#233;quation de la d&#233;pense au sein de l'EHPAD, mais par l'aide sociale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est un peu facilement qu'on s'insurge contre ces enfants d&#233;natur&#233;s qui ne s'occupent pas de leur vieux parent. On oublie un peu vite que, bien souvent, le vieux parent a patiemment &#233;labor&#233; son propre malheur. Je n'oublierai pas de sit&#244;t ce fils, abandonn&#233; &#224; la naissance par sa m&#232;re qui n'a jamais voulu le voir, et qui s'est retrouv&#233; son oblig&#233; alimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-3' class='spip_note' title='Notes 3-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le plan m&#233;dical, je persiste &#224; penser que les pr&#233;cautions di&#233;t&#233;tiques qu'on prend au grand &#226;ge n'ont pratiquement aucun int&#233;r&#234;t. : il suffit d'&#233;viter les grands &#233;carts glyc&#233;miques (et le juge est tout simplement la mesure de la glyc&#233;mie), et de ne pas saturer de sel le malade en d&#233;compensation cardiaque aigu&#235;. Tout le reste est futile, et ne fait qu'aggraver le risque de d&#233;nutrition : peu importe ce que la vieille personne mange pourvu qu'elle mange, les seules calories utiles sont celles qui sont mang&#233;es. La crispation sur la di&#233;t&#233;tique n'est que symbolique : elle permet de nourrir l'illusion que si la vieille personne est en EHPAD, ce n'est pas parce qu'elle est vieille, c'est parce qu'elle est malade&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-4' class='spip_note' title='Notes 3-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S'il y a un effort &#224; faire d'urgence, c'est de d&#233;velopper des &#233;quipes d'aide aux aidants, organisant, anticipant, assurant un minimum de coaching : combien d'aidants qui vivent un enfer parce que personne ne leur a dit que ce qu'ils ressentent est normal, qu'ils sont en train d'abuser de leurs forces, et que le projet qu'ils essaient de maintenir &#224; toute force est tout simplement intenable, que leur devoir d'enfant n'est pas de s'occuper de leur parent mais de v&#233;rifier qu'on s'en occupe, etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-5' class='spip_note' title='Notes 3-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est ce qu'on appelle stupidement &lt;i&gt;l'anosognosie&lt;/i&gt; du d&#233;ment, qui ne saurait pas qu'il est d&#233;ment. Certes, il ne sait plus &#224; quel point il est d&#233;ment ; mais ce qu'il ne risque pas d'oublier, c'est que quelque chose ne va pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-6' class='spip_note' title='Notes 3-6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La moyenne d'&#226;ge des aidants est de plus de 70 ans. Et cela pose un probl&#232;me qu'on m&#233;conna&#238;t : je me suis occup&#233; de mes enfants, puis de mes petits-enfants, puis de mes parents&#8230; Et quand va-t-on penser &#224; s'occuper de moi ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-7' class='spip_note' title='Notes 3-7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je souscris totalement. On nous met souvent en avant le mod&#232;le scandinave, qui d&#233;montre que le maintien &#224; domicile ne co&#251;te pas plus cher que l'institutionnalisation. Je ne suis jamais arriv&#233; &#224; faire le calcul. Ce que je sais c'est qu'un poste de soignant n&#233;cessite 2,5 agents (compte tenu des cong&#233;s) ; une aide-soignante co&#251;te, avec les charges, &#8364; 30 000 ; un poste co&#251;te donc &#8364; 75 000 par an. La diff&#233;rence est que 2,5 agents, en mettant les choses au mieux (ratio de personnel, et nous en sommes loin en France d'1 agent pour 1 personne), s'occupent de 2,5 personnes. Ce n'est pas le cas &#224; domicile. Il faudrait donc creuser le &#171; mod&#232;le scandinave &#187; pour comprendre o&#249; se font ce qu'il faut bien appeler les gains de productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-8' class='spip_note' title='Notes 3-8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L&#224; aussi, il y a tout &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-9' class='spip_note' title='Notes 3-9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut en finir avec cette escroquerie intellectuelle au nom de laquelle on va r&#233;p&#233;tant que l'investissement dans la prise en charge des vieilles personnes est une bonne affaire pour l'&#233;conomie &#171; parce que &#231;a cr&#233;e de l'emploi &#187;. On oublie simplement qu'il vient un moment o&#249; l'&#233;conomie bute sur le r&#233;el. L'&#233;conomie est le reflet des richesses qu'on cr&#233;e, et de ce point de vue la prise en charge des vieilles personnes n'est rien d'autre qu'une perte s&#232;che. Ce n'est pas une raison pour ne pas le faire, mais c'est un co&#251;t, pas un b&#233;n&#233;fice.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-10' class='spip_note' title='Notes 3-10' rev='appendix'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qu'on donne aux vieilles personnes n'est pas disponible pour l'aide &#224; l'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-11' class='spip_note' title='Notes 3-11' rev='appendix'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je m'astreins, quand je parle des questions d'euthanasie, &#224; ne jamais soulever ce point. Mais il n'est pas besoin de creuser longtemps pour voir, dans le discours de l'ADMD notamment, &#233;merger cette pr&#233;occupation du fric.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
