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	<title> G&#233;riatrie, soins palliatifs - Michel Cavey </title>
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	<description>Pratiquer la m&#233;decine g&#233;riatrique, c'est se confronter tous les jours avec des humains qui vivent leurs derniers temps. On ne peut pas faire ce m&#233;tier sans se questionner, non seulement sur la mort mais plus largement sur le sens m&#234;me de l'existence. Que valent ces r&#233;flexions ? Je ne sais pas. En voici quelques-unes, juste pour les partager.</description>
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		<title> G&#233;riatrie, soins palliatifs - Michel Cavey </title>
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		<title>La toilette</title>
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		<dc:date>2016-08-20T20:35:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La toilette constitue un d&#233;fi pour toutes les &#233;quipes soignantes, et les moyens humains que notre soci&#233;t&#233; y consacre sont colossaux. Raison suffisante pour y regarder de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&#233;pendance, perte d'autonomie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;POURQUOI FAIRE LA TOILETTE ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse para&#238;t &#233;vidente : il s'agit d'assurer l'hygi&#232;ne et la propret&#233; du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les probl&#232;mes commencent des qu'on essaie de pr&#233;ciser les choses. II faut donc essayer de comprendre de quoi on parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'hygi&#232;ne est une notion scientifique : c'est la partie de la m&#233;decine qui &#233;tudie la mani&#232;re dont il faut vivre pour &#233;viter les maladies.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La propret&#233; est une notion culturelle : c'est un aspect du corps qui correspond &#224; une norme sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi les choses sont compliqu&#233;es. Car l'histoire de ces deux notions fait appara&#238;tre quelques curiosit&#233;s. Ce n'est pas ici le lieu de faire une le&#231;on d'histoire, mais il faut noter que si en Occident l'habitude de se laver remonte &#224; l'Antiquit&#233; cette habitude r&#233;pond &#224; quatre motivations au moins.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La propret&#233; : en Gr&#232;ce on allait aux bains apr&#232;s le sport, et on suppose bien qu'en effet il &#233;tait urgent de retirer la poussi&#232;re, et surtout l'huile dont on s'enduisait. Encore faudrait-il &#234;tre s&#251;r que cela concernait tout le peuple, et non les seuls &lt;i&gt;happy few&lt;/i&gt; dont les textes nous parlent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' title='Tout comme la notion de &#171; d&#233;mocratie ath&#233;nienne &#187; demande, on le sait bien, &#224; (...)' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La sant&#233; : il y a des textes grecs qui &#233;tablissent tr&#232;s clairement un lien entre propret&#233; et sant&#233;, notamment parce qu'on attribuait &#224; la peau un r&#244;le dans l'&#233;limination de certaines substances (ce qui est faux).
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La socialisation : il s'agissait de bains publics (gratuits chez les Romains) ; pour ma part je ne sais pas ce qu'il en &#233;tait des pratiques de toilette priv&#233;e, tout au moins dans le peuple.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La purification, notion essentiellement religieuse, qu'on peut faire voisiner avec celle de la courtoisie : on pr&#233;sente au visiteur de quoi se laver les mains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Et pas seulement : Yseult donne un bain &#224; Tristan quand celui-ci arrive &#224; la (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les connexions entre ces quatre objectifs ne sont simples qu'en apparence, et cela demanderait qu'on y r&#233;fl&#233;chisse, car ce sont l&#224; des connexions implicites qui ont encore leur puissance de nos jours ; et qui s'imposent quoi qu'on fasse : lorsque Semmelweiss &#233;tablit l'int&#233;r&#234;t du lavage des mains dans la pr&#233;vention des infections apr&#232;s accouchement, il manipule &lt;i&gt;aussi&lt;/i&gt; des cat&#233;gories symboliques, on le verra chemin faisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, on se lavait chez les Romains, pas chez les Francs ; on se lavait &#224; certaines p&#233;riodes du Moyen Age, pas &#224; d'autres ; on ne se lavait pas sous Louis XIV ; on peut m&#234;me dire qu'&#224; cette &#233;poque l'usage des parfums a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; pour masquer les odeurs corporelles &#224; une &#233;poque o&#249; on croyait dangereux de se laver. Cette dangerosit&#233; avait &#233;t&#233; &#233;tablie quand on a observ&#233; que les bains en commun &#233;taient statistiquement li&#233;s &#224; la propagation des &#233;pid&#233;mies de peste, ou de la syphilis.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='Ce qui permet de poser imm&#233;diatement une question : on a cru qu'il &#233;tait (...)' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Par ailleurs l'Histoire permet de d&#233;montrer que nous consid&#233;rons comme sales des choses que d'autres &#233;poques trouvaient propres, et que les odeurs qui nous d&#233;rangent n'ont pas toujours &#233;t&#233; trouv&#233;es telles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu importe. Mais nous devons garder &#224; l'esprit trois choses :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le plus souvent, le fait de se laver ou de ne pas se laver n'a aucune importance pour la sant&#233; des personnes. Je ne connais aucune &#233;tude &#233;tablissant un lien de causalit&#233; entre les deux, et si la corr&#233;lation statistique existe elle passe par le fait que ceux qui se lavent sont ceux qui en ont les moyens, et que de ce simple fait leu mode de vie (et leur niveau de vie) les expose moins, pour d'autres raisons, &#224; la maladie. La justification m&#233;dicale de la toilette est, comme on le reverra une plaisanterie.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les personnes &#226;g&#233;es ont souvent d'autres normes culturelles que les n&#244;tres ; en particulier elles ne con&#231;oivent pas la propret&#233; de la m&#234;me fa&#231;on, en plus ou en moins, d'ailleurs.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Cependant on aurait tort de croire que ces normes sont si diff&#233;rentes des n&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique que la pratique de la toilette est soumise avant tout au &lt;i&gt;d&#233;sir&lt;/i&gt; de la personne, et que le soignant doit y &#234;tre attentif. II ne s'agit pas d'imposer une norme dont la justification m&#233;dicale est fragile, et une attitude interventionniste n'est justifi&#233;e que si le comportement de la personne pose un probl&#232;me de vie sociale (ce qui peut se produire et pose des probl&#232;mes tr&#232;s d&#233;licats) ou s'il y a des l&#233;sions cutan&#233;es (ce qui est exceptionnel).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour comprendre les enjeux de la toilette, le mieux est de la d&#233;crire et, chemin faisant, de pointer les d&#233;tails les plus &#233;clairants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NECESSITES DE LA TECHNIQUE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par d&#233;finition, l'objectif de la toilette, souvent le seul enseign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que nettoyer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on veut enlever, ce sont des &#233;l&#233;ments dont la pr&#233;sence est jug&#233;e ind&#233;sirable &#224; la surface du corps : ils sont de quatre sortes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II y a ce qu'on peut appeler les crasses : r&#233;sidus de poussi&#232;re, de terre, de graisses, etc. C'est cela que nous enlevons quand nous nous lavons les mains. Et cela semble aller de soi. Mais en r&#233;alit&#233; cela pose au moins deux questions :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Comment la personne a-t-elle fait pour se salir ? On ne r&#233;fl&#233;chit sans doute pas assez au fait qu'en institution les occasions de rencontrer de la terre ou du cambouis sont relativement rares, et que pour qu'un sujet se salisse il faut qu'il jouisse d'une autonomie motrice suffisante, ce qui implique qu'il va &#234;tre capable de g&#233;rer sa toilette lui-m&#234;me.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Au fait, pourquoi voulons-nous les enlever ? Il n'existe aucun argument pour dire que ces substances qu'on veut enlever sont dangereuses. Ce qui peut l'&#234;tre ce sont les microbes, mais le probl&#232;me ne se pose absolument pas comme on le dit. Sous r&#233;serve d'une analyse plus approfondie l'intuition est que le geste de se laver les mains avant par exemple de manger soit d'ordre symbolique : il s'agit de s&#233;parer le dehors du dedans, le monde du travail et celui de la vie intime, le monde du pur et de l'impur, et quand on propose au voyageur de se laver les mains c'est d'abord pour qu'il se rafra&#238;chisse, mais ensuite pour marquer qu'il n'apporte de l'ext&#233;rieur aucune substance mal&#233;fique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II y a les urines et les selles, et cela semble une &#233;vidence. &#192; condition de ne pas perdre de vue que cela ne devrait concerner que les personnes en difficult&#233; de continence. &#192; condition aussi de se poser, impitoyablement, la m&#234;me question : quel danger y a-t-il &#224; ne pas les enlever ? &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a un risque de mac&#233;ration. Nous le verrons plus loin.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a un risque infectieux. Mais ce risque infectieux demande &#224; &#234;tre &#233;valu&#233;. Non seulement parce que l'existence de bact&#233;ries pathog&#232;nes dans les selles (faut-il rappeler que l'urine normale est st&#233;rile ?) est exceptionnelle en situation normale, mais encore plus parce que la peau saine est imperm&#233;able &#224; toute bact&#233;rie. On conna&#238;t cependant des cas o&#249; la question est d'importance : par exemple dans les infections urinaires &#224; r&#233;p&#233;tition de la femme il a &#233;t&#233; &#233;tabli que la colonisation des voies urinaires basses se fait volontiers par l'interm&#233;diaire des selles, raison pour laquelle on recommande aux femmes sujettes &#224; ce type de pathologie de s'essuyer apr&#232;s selle, non d'arri&#232;re en avant mais d'avant en arri&#232;re. Mais si c'est par la toilette qu'on esp&#232;re lutter contre ce type de contamination, alors il faut proc&#233;der &#224; une toilette intime apr&#232;s chaque selle, chaque miction, ou, pis-aller, chaque change ; on comprend tout de suite que c'est illusoire, et que les pr&#233;cautions prises quand on change la couche rel&#232;vent surtout de l'action symbolique.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il peut y avoir un probl&#232;me d'odeur, et ce probl&#232;me est r&#233;el. Encore faut-il rappeler que c'est l&#224; une question culturelle, variable, largement personnelle, et qu'on ne peut songer sur ce point &#224; imposer que le strict n&#233;cessaire : mon odeur m'appartient, et on n'a le droit d'y toucher que par la n&#233;gociation. On ne m&#233;dite jamais sur cette curiosit&#233; : une bonne toilette se termine en g&#233;n&#233;ral par une solide application d'eau de Cologne. Je ne sais pas tr&#232;s bien pourquoi on a choisi l'eau de Cologne, mais on suppose sans peine que trois &#233;l&#233;ments au moins entrent en ligne de compte :&lt;br class='autobr' /&gt;
a) : Dans nos repr&#233;sentations, c'est le parfum de toute grand'm&#232;re qui se respecte : on ne l'imagine pas porter Chanel n&#176; 5&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='appendix' title='&#224; moins qu'on ne lui suppose, en plus, une sexualit&#233;, mais il convient ici de (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
b) : &#192; l'origine l'eau de Cologne &#233;tait un m&#233;dicament. &lt;br class='autobr' /&gt;
c) : Le co&#251;t en est acceptable pour l'institution.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais le r&#233;sultat est impressionnant, puisqu'en fin de toilette &lt;i&gt;toutes les r&#233;sidentes ont la m&#234;me odeur&lt;/i&gt;, ce qui scelle l'&#233;vidence d'un soin bien fait et d'une mission accomplie.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a enfin la puret&#233;. Dans la plupart des soci&#233;t&#233;s les excr&#233;ments sont consid&#233;r&#233;s comme impurs, et contrairement &#224; ce que pr&#233;somptueusement nous pensons de notre civilisation cette croyance y reste vivace. D'o&#249; le rite consistant &#224; se laver les mains en sortant des toilettes : en islam la r&#232;gle est de s'essuyer de la main gauche parce que la droite est r&#233;serv&#233;e aux ablutions rituelles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette question de la puret&#233; est majeure : on s'imagine, se lavant les mains au sortir des toilettes, r&#233;p&#233;ter le geste fondateur de Semmelweiss. Mais voil&#224; : &lt;br class='autobr' /&gt;
a) : Semmelweiss proposait de laver des mains pour lesquelles le risque de propager des germes infectieux, dans un univers hospitalier o&#249; le risque &#233;tait fr&#233;quent, posait un probl&#232;me majeur. Or on sait bien que la pertinence d'un geste de pr&#233;vention d&#233;pend largement de la fr&#233;quence du risque, et il n'y aurait gu&#232;re de sens &#224; emporter un extincteur dans une excursion de plong&#233;e sous-marine : si les s&#233;cr&#233;tions intime d'une parturiente infect&#233;e sont un danger pour les autres accouch&#233;es, le risque statistique n'est pas exactement le m&#234;me quand il s'agit des urines st&#233;riles d'un sujet en bonne sant&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
b) : Le lavage des mains au sortir des toilettes a pour lui le fait qu'il s'accompagne d'une baisse des infections. Mais comme on l'a dit plus haut cette corr&#233;lation statistique est li&#233;e &#224; d'autres facteurs, notamment &#233;conomiques, qui font que dans le milieu de la maison le risque infectieux global diminue. On se retrouve donc devant une application de l'histoire de Nasreddine : &lt;i&gt;&#171; - Pourquoi mets-tu des pierres blanches autour de ton jardin ? &#8211; Pour &#233;loigner les chacals. &#8211; Mais&#8230; il n'y a pas de chacals par ici. &#8211;Tu vois bien ! &#187;&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
c) : Le r&#244;le de ce lavage est donc largement symbolique. Redisons qu' un geste peut parfaitement &#234;tre justifi&#233; du point de vue technique et avoir une port&#233;e symbolique : lorsque je construis une maison j'&#233;tablis des fondations ; ce n'est pas de la symbolique mais de l'architecture ; reste que je devrai compter avec le symbole qui fait que je ne peux rien &#233;lever si je n'ai pas d'abord creus&#233;, ou que rien, m&#234;me pas la pierre, ne germe s'il n'a pas &#233;t&#233; mis en contact avec la Terre-m&#232;re. Je n'ai jamais lu qu'on se soit interrog&#233; devant le fait que les pr&#233;cautions draconiennes que dans mon enfance le pr&#234;tre prenait pour garantir apr&#232;s la Cons&#233;cration que la pulpe de ses pouces et de ses index ne toucheraient rien d'autre que le Corps du Christ, ces pr&#233;cautions sont exactement les m&#234;mes que celles que le chirurgien prend avant d'entrer en salle d'op&#233;ration ; remarque qui n'aurait aucune importance si je n'avais pas entendu un chirurgien me dire : &#171; L'asepsie doit &#234;tre une religion &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
d) : Cet aspect symbolique des choses explique qu'on se pose peu la question de leur utilit&#233;, non plus que celle de leur efficacit&#233; ; un peu comme lorsqu'on lave les fruits pour les d&#233;barrasser de pesticides qui sont pourtant con&#231;us pour r&#233;sister aux pluies ; mais l'important est d'avoir fait quelque chose, et je m'&#233;tonne que les distributeurs de solut&#233; hydroalcoolique ne soient pas d&#233;j&#224; g&#233;n&#233;ralis&#233;s dans nos cuisines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='appendix' title='Que dit le fait que, quand on veut &#233;valuer les progr&#232;s des pr&#233;cautions (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II y a les s&#233;cr&#233;tions de la peau, c'est-&#224;-dire essentiellement la sueur et les mac&#233;rations. Ici les choses sont plus simples, puisque le consensus relatif &#224; leur nocivit&#233; est g&#233;n&#233;ral. Les mac&#233;rations en particulier favorisent les l&#233;sions cutan&#233;es. Je pourrais demander &#224; voir les &#233;tudes qui ont &#233;tabli ce point en toute rigueur scientifique ; je pourrais demander aussi, puisque la peau normale ne mac&#232;re pas, si l'existence d'une mac&#233;ration, au lieu d'&#234;tre la cause de l&#233;sions cutan&#233;es, n'en serait pas d&#233;j&#224; la cons&#233;quence ; mais je n'en ferai rien, me contentant de consid&#233;rer comme acquises les donn&#233;es de l'exp&#233;rience des soignants. Ma question sera plut&#244;t de savoir si la toilette est l'outil adapt&#233; pour lutter contre ces troubles. Car si c'est le cas, et sans tenir compte des autres &#233;l&#233;ments de d&#233;cision, alors on s'&#233;tonne de trois choses : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le planning des toilettes ne prend pas en compte le fait qu'une personne &#226;g&#233;e transpire ou non ; l'exp&#233;rience courante montre que la peau de ces sujets est le plus souvent assez s&#232;che. De ce point de vue, donc, une toilette quotidienne n'a pas lieu d'&#234;tre.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le souci d'efficacit&#233; doit &#234;tre premier. Or il ne l'est pas, tout simplement parce que cette question n'est jamais pos&#233;e. Si on se la posait on prendrait en compte que les s&#233;cr&#233;tions cutan&#233;es, comme toutes les s&#233;cr&#233;tions humaines, sont soumises &#224; un syst&#232;me de r&#233;gulation de type thermostat, d'o&#249; il d&#233;coule qu'en s&#233;chant ces s&#233;cr&#233;tions on prend le risque de les stimuler&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='appendix' title='&#201;trange lacune, mais qui n'est pas tellement plus surprenante que la (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'absence de toxicit&#233; doit venir juste apr&#232;s. Nous verrons plus loin comment se pose le probl&#232;me du s&#233;chage, mais disons d&#232;s maintenant que dans la pratique g&#233;riatrique l'essentiel des probl&#232;mes dermatologiques vient&#8230; des peaux trop s&#232;ches ; et trop propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II y a enfin les cellules mortes de la peau, sur lesquelles il y a bien peu &#224; dire, sinon que personne ne s'est jamais demand&#233; si elles avaient une fonction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on se laisse aller &#224; ce tour d'horizon, on s'aper&#231;oit qu'au minimum nos actes de toilette ne r&#233;pondent pas aux crit&#232;res scientifiques d'un traitement ou d'un soin. La porte est donc grande ouverte &#224; d'autres explications, qui rel&#232;vent de la pens&#233;e symbolique, ou magique, ce qui fera poser la question : au fait, pourquoi lavons-nous ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment nettoyer :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les &#233;l&#233;ments consid&#233;r&#233;s comme ind&#233;sirables dont nous venons de parler sont enlev&#233;s avec deux moyens :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le lavage : il consiste &#224; passer sur la peau un produit qui d&#233;colle les particules ind&#233;sirables, en cr&#233;ant un m&#233;lange de savon et de crasse.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le rin&#231;age : il consiste &#224; passer de l'eau pure, qui permet d'enlever le m&#233;lange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que la peau du sujet &#226;g&#233; est fragile. II faut donc veiller &#224; plusieurs points, en reprenant ce que nous venons de d&#233;couvrir :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ne pas laver abusivement. Un sujet qui a suffisamment d'activit&#233; pour se salir est suffisamment autonome pour se laver lui-m&#234;me. Par ailleurs la personne &#226;g&#233;e a en g&#233;n&#233;ral peu de s&#233;cr&#233;tions, sauf dans les plis si elle est ob&#232;se. La s&#233;cheresse cutan&#233;e est le principal facteur d'irritations, de d&#233;mangeaisons. II ne faut donc pas &#244;ter &#224; cette peau la fine couche protectrice qui lui permet d'&#234;tre moins s&#232;che. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ne pas laver avec un produit agressif : les savons sont souvent irritants, et il vaut mieux utiliser des pains surgras. De m&#234;me l'eau de Cologne est toujours ass&#233;chante.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Rincer &#224; la perfection : il faut enlever le m&#233;lange crasse-savon si on veut que le lavage serve &#224; quelque chose, et il ne faut pas laisser du savon sur la peau sous peine d'&#234;tre irritant. Le probl&#232;me principal sera donc de pouvoir rincer commod&#233;ment, avec beaucoup d'eau fr&#233;quemment renouvel&#233;e ; la cuvette est une h&#233;r&#233;sie.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; S&#233;cher correctement, surtout dans les plis. La m&#233;thode de s&#233;chage est tr&#232;s importante : si on frotte on cr&#233;e une irritation m&#233;canique et on enl&#232;ve la couche protectrice ; il vaut mieux tamponner la peau avec la serviette ; mais le plus efficace est le s&#232;che-cheveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend d&#232;s lors tr&#232;s vite que la derni&#232;re chose &#224; faire quand on lave est de compter sur le frottage. Or, qu'il s'agisse de laver, de rincer ou de s&#233;cher, c'est le frottage qui constitue le plus souvent l'action essentielle. Le projet symbolique est trop &#233;vident pour qu'on y insiste, qu'il s'agisse de la technicit&#233; du geste, rappelant les frictions qui, dans la m&#233;decine du XIXe si&#232;cle, avaient le pouvoir de ramener &#224; la vie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='appendix' title='On sait combien il est difficile de venir &#224; bout de ces frictions qui visent (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ou du transfert magique d'&#233;nergie. C'est ce besoin de frotter qui explique qu'on ne pense pas &#224; deux singularit&#233;s pourtant &#233;videntes : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Lorsque je frotte ma peau, j'&#233;prouve une sensation. Cette sensation est compos&#233;e de ce que ma main &#233;prouve en frottant et de ce que ma peau &#233;prouve en &#233;tant frott&#233;e. Lorsque je frotte la peau de quelqu'un d'autre, j'&#233;prouve seulement la sensation de ma main qui frotte ; cette sensation est plus faible que celle que j'&#233;prouve en me frottant moi-m&#234;me. II en r&#233;sulte que le soignant qui frotte la peau du malade a toujours tendance &#224; frotter plus fort, ce qui est agressif.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; D'autre part il y a des zones qui sont plus d&#233;licates &#224; laver.&lt;br class='autobr' /&gt;
a) : Les orifices : il s'agit de zones fragiles, qu'il faut nettoyer d&#233;licatement. Or le corps humain est fait de telle sorte que je ne peux voir aucun de mes orifices. Et comme je ne les vois pas j'ai tendance &#224; &#234;tre prudent et &#224; les laver avec pr&#233;caution. Le probl&#232;me est que le soignant voit les orifices du patient, et qu'il a donc l&#224; aussi tendance &#224; frotter plus fort.&lt;br class='autobr' /&gt;
b) : Les plis : Ce sont &#233;galement des zones fragiles. Le soignant guide son geste sur l'id&#233;e que ce sont des zones qui s'irritent facilement (mais il doit se souvenir que le geste de lavage est la premi&#232;re source d'irritation, il importe donc d'&#234;tre doux), et sur l'odeur de la personne lav&#233;e (mais il faut l&#224; aussi se souvenir que chacun est habitu&#233; &#224; sa propre odeur, ce qui fait que l'odeur de l'autre est toujours plus forte que la sienne propre ; il faut retenir que l'autre sent toujours moins que je ne pense).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lavage est donc un soin qui n'a que l'apparence de la simplicit&#233;. Une bonne toilette doit respecter plusieurs imp&#233;ratifs :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Remplir la fonction sociale telle qu'elle est actuellement admise, qui est de retirer compl&#232;tement de la surface du corps tout ce qui ne lui appartient pas : il n'est pas question de ne pas laver. Mais il est question de se demander quand et pourquoi.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ne pas enlever le syst&#232;me de protection de la peau &#226;g&#233;e.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ne pas cr&#233;er d'irritations.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Terminer par un s&#233;chage parfait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les zones malades :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive que les patients pr&#233;sentent des l&#233;sions cutan&#233;es ; on peut alors se demander quelles cons&#233;quences cela va avoir sur la toilette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus simple est &#233;videmment de se concerter avec l'infirmi&#232;re pour &#233;tudier le probl&#232;me au cas par cas. Cela dit il faut aussi retenir que le plus souvent l'existence de ces l&#233;sions n'a &lt;i&gt;aucune importance&lt;/i&gt;. Et c'est l&#224; sans doute un des points les plus fascinants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des ann&#233;es les soins de plaie ont eu tendance &#224; beaucoup se simplifier. Quelques exemples suffiront :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Dans les services de grands br&#251;l&#233;s, le nettoyage des plaies se fait &#224; l'eau du robinet.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il est clairement d&#233;montr&#233; que les microbes ont un r&#244;le fondamental dans la cicatrisation.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La d&#233;sinfection de la peau avant une piq&#251;re n'a aucun int&#233;r&#234;t.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='appendix' title='Une &#233;tude a d&#233;montr&#233; par exemple qu'il n'y a aucun inconv&#233;nient pour un (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les cicatrices op&#233;ratoires, m&#234;me si elles sont r&#233;centes, m&#234;me s'il y a encore des fils, peuvent &#234;tre lav&#233;es normalement ; la seule pr&#233;caution &#224; prendre est de rincer parfaitement et de faire un s&#233;chage impeccable.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les escarres, les plaies infect&#233;es gu&#233;rissent plus vite quand elles sont nettoy&#233;es avec le jet de la douche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y aurait donc sans doute pas de pr&#233;caution particuli&#232;re &#224; prendre. Or les faits sont qu'on en voit prendre, et beaucoup, alors que non seulement aucune de ces pr&#233;cautions n'est valid&#233;e par des &#233;tudes rigoureuses, mais les &#233;tudes dont on dispose montrent qu'au contraire elles sont plus nuisibles qu'utiles. N'insistons pas, et bornons-nous &#224; verser cette anomalie au dossier des &#233;tranget&#233;s que nous sommes en train de constituer. On ne peut s'emp&#234;cher de penser que les soignants sont bien plus &#224; l'aise quand leur activit&#233; s'inscrit dans le cadre d'une technique, ou tout au moins en rev&#234;t l'apparence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='appendix' title='Ce qui conduit &#224; une conclusion qu'on n'attendait pas : rien n'est plus (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; alors que rien n'est plus technique qu'un soin qui n'en a pas.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb10' class='spip_note' rel='appendix' title='Toutefois il y a une contrainte impossible &#224; supprimer : c'est que le malade (...)' id='nh10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;POURQUOI FAIRE LA TOILETTE ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parvenus &#224; ce point de notre r&#233;flexion, il est effectivement n&#233;cessaire de poser &#224; nouveau la question qui &#233;tait la n&#244;tre au d&#233;part. Car nous avons vu que plusieurs des gestes qui nous apparaissaient comme des piliers de la toilette sont superflus, voire inadapt&#233;s ; ou qu'ils r&#233;pondent &#224; d'autres objectifs que ceux annonc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le probl&#232;me est majeur. Car quiconque s'est un peu approch&#233; d'un &#233;tablissement de soins a touch&#233; du doigt que la toilette (on allait &#233;crire : la c&#233;r&#233;monie de la toilette) mobilise le matin l'essentiel de l'&#233;nergie du service, et que l'investissement consenti est colossal. C'est &#224; peu pr&#232;s la moiti&#233; de la capacit&#233; en soins du service qui s'y trouve affect&#233;e. Si on prend en compte les remarques qui chemin faisant viennent d'&#234;tre faites, on est contraint de se dire qu'il faut que la charge symbolique du soin soit &#233;crasante pour que la soci&#233;t&#233; affecte un tel budget &#224; une activit&#233; qui n'est pas biologiquement aussi indispensable qu'on a pu le croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons donc les principales motivations de la toilette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'hygi&#232;ne :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le premier motif invoqu&#233;. Mais nous avons vu plus haut que sur ce point les choses sont &#224; tout le moins nuanc&#233;es. Ce n'est pas ici le lieu de reprendre le concept d'hygi&#232;ne dans sa dimension historique et culturelle ; on pourrait d'ailleurs se contenter de renvoyer sur ce point aux travaux d'Alain Corbin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb11' class='spip_note' rel='appendix' title='Voir notamment Le miasme et la jonquille, Aubier &#233;d., 1982.' id='nh11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; bornons-nous &#224; indiquer que le mouvement hygi&#233;niste de la fin du XIXe si&#232;cle et du long d&#233;but du XXe ob&#233;issait &#224; des motivations complexes dans lesquelles les connaissances m&#233;dicales tenaient surtout lieu de fa&#231;ade, et que les r&#233;sultats dont il se pare sont largement li&#233;s &#224; l'&#233;l&#233;vation du niveau de vie, ce qui n'est pas exactement le m&#234;me probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le confort :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette motivation est infiniment moins discutable. Ce serait m&#234;me la seule qui s'impose, mais elle appelle tout de m&#234;me trois r&#233;serves.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La premi&#232;re est que c'est d&#232;s lors la personne qui doit d&#233;cider pour elle-m&#234;me de ce qui est confortable et de ce qui ne l'est pas. Cela conduit &#224; envisager de respecter son d&#233;sir de ne pas &#234;tre lav&#233;e, ou de ne l'&#234;tre qu'&#224; sa guise.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La seconde est que les soignants doivent par cons&#233;quent s'interdire de juger &#224; la place de la personne ; ce qui fait proscrire les deux phrases que l'on entend le plus souvent &#224; ce sujet : &#171; Mais si, vous verrez, vous allez vous sentir mieux &#187;, et &#171; Tout de m&#234;me, je sais bien que quand je n'ai pas fait ma toilette&#8230; &#187;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La troisi&#232;me, qui d'ailleurs est contenue dans la phrase qu'on vient de citer, est que la toilette est d&#233;sormais un rituel social majeur, et qu'il n'est pas facile de faire la part du r&#233;el besoin de confort et de la culpabilit&#233; r&#233;sultant de l'infraction commise envers la norme sociale : quiconque a, ne serait-ce qu'un peu, march&#233; en montagne sait que quand on ne se lave pas pendant un jour il ne se passe rien : l'infraction &#224; la norme sociale est ici de rigueur et donc pardonn&#233;e d'avance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb12' class='spip_note' rel='appendix' title='Que la bonne douche qu'on prend d&#232;s le retour &#224; l'h&#244;tel soit un d&#233;lice est une (...)' id='nh12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les vieilles personnes sont souvent tr&#232;s anxieuses de la norme sociale. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il r&#233;sulte tout simplement de cela que devant nous tenir soigneusement &#224; l'&#233;cart des deux erreurs oppos&#233;es, qui sont de croire que les vieilles personnes n'aiment pas se laver et de croire qu'elles pensent n&#233;cessairement la m&#234;me chose que nous, il ne reste plus qu'&#224; &#233;couter ce qu'elle dit ; ceci vaut &#233;galement, dans une importante mesure, chez le d&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pr&#233;vention des d&#233;gradations corporelles :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la toilette sert aussi &#224; pr&#233;venir certaines d&#233;gradations corporelles ; c'est le cas notamment des escarres. Cependant il faut bien comprendre comment ce r&#233;sultat est obtenu ; et on peut isoler quatre m&#233;canismes principaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet lav&#233; est plus propre. Mais nous avons vu plus haut que la propret&#233; n'a rien &#224; voir dans cette affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laver un sujet suppose qu'on proc&#232;de &#224; un minimum de frictions. Mais nous avons vu que la seule vertu des frictions est symbolique ; dans la pratique elles sont d&#233;l&#233;t&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'intervenant lave un patient, il en profite naturellement pour le regarder (et il peut voir des zones que le malade, de toute mani&#232;re, ne verrait pas). Mais il suffit d'y r&#233;fl&#233;chir pour comprendre que cela ne saurait justifier la toilette : si le projet est de regarder la peau du malade, il suffit de la regarder&#8230; On entend bien que la toilette fournit une &lt;i&gt;occasion&lt;/i&gt; de proc&#233;der &#224; cette inspection, et qu'il y a l&#224; une rentabilisation du temps. Cela ne dispense pas de se poser quelques questions :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La premi&#232;re est que, pr&#233;cis&#233;ment, on ne se pose pas la question : redisons-le : l'investissement de temps, d'&#233;nergie, de ressources consenti pour la toilette est un d&#233;fi quotidien pour les &#233;tablissements, et s'il ne s'agit que de v&#233;rifier l'&#233;tat cutan&#233; il y a probablement plus simple.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La seconde est que pour &#234;tre l&#233;gitimes ces inspections de la peau ne devraient concerner que les sujets &#224; risque. La pratique ordinaire revient &#224; consid&#233;rer que tous les r&#233;sidents sont des sujets &#224; risque, ce qui contredit l'&#233;vidence ; ce qu'on met en sc&#232;ne c'est que &lt;i&gt;Tout homme bien portant est un malade qui s'ignore&lt;/i&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La troisi&#232;me enfin saute aux yeux quand on consid&#232;re les cons&#233;quences de ces inspections. Et c'est probablement la plus importante. Car quand on inspecte la peau des r&#233;sidents on trouve des choses ; des rougeurs, des irritations. Or l'attitude vis-&#224;-vis de ces d&#233;couvertes &#233;chappe &#224; toute rationalit&#233; ; en particulier il est exceptionnel qu'on en parle au m&#233;decin (qui d'ailleurs ne s'y int&#233;resserait gu&#232;re). On pr&#233;f&#232;re proc&#233;der autrement : on constate la rougeur, et on y applique tant&#244;t de l'&#233;osine, produit dont il est d&#233;montr&#233; qu'il n'a aucune activit&#233;, mais qui a le m&#233;rite, colorant la rougeur, de la faire dispara&#238;tre ; tant&#244;t un antiseptique, alors qu'il est d&#233;montr&#233; qu'il ne faut surtout pas perturber la flore cutan&#233;e ; tant&#244;t une p&#226;te &#224; l'eau, alors que c'est l'humidit&#233; qui est le facteur pathog&#232;ne le plus consistant ; quand ce n'est pas une cr&#232;me antimycosique, sans la moindre preuve de mycose. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et bien entendu, plus on cherche plus on trouve. &lt;br class='autobr' /&gt;
On voit imm&#233;diatement les trois caract&#233;ristiques de ce projet :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il s'agit de m&#233;dicaliser la situation : le soignant fait un diagnostic (la peau est rouge) et applique un traitement (l'&#233;osine). Cette mobilisation du pattern m&#233;dical place le soignant dans une d&#233;marche qui le valorise, mais aussi le rassure.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Cette m&#233;dicalisation se fait par le biais de la pens&#233;e magique : on met du rouge sur les rougeurs, de l'eau sur les mac&#233;rations. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le processus est autovalidant, car le plus souvent l'&#233;volution de ces anomalies se fait vers une disparition qui, pour &#234;tre spontan&#233;e, n'en vient pas moins conforter la certitude du soignant. Troisi&#232;me application du principe de Nasreddine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette affirmation n'a aucune chance de provoquer autre chose qu'une lev&#233;e de boucliers de la part des professionnels. Assumons-en le risque, et continuons &#224; nous demander de quel prix on paie cette inflexion de la toilette vers la dermatologie. Surtout quand on sait que la cause essentielle de ces irritations chez la vieille personne est l'exc&#232;s de toilette et les imperfections du rin&#231;age.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait enfin qu'une bonne toilette suppose que le malade soit mobilis&#233;, ce qui est un grand moyen de pr&#233;venir les escarres. Mais l&#224; encore cela pose question :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Comment se fait-il qu'il n'y ait, en cours de journ&#233;e, pas d'autre occasion de mobiliser le patient ? L'une des r&#233;ponses est pr&#233;cis&#233;ment que le temps investi dans des toilettes dont la n&#233;cessit&#233; r&#233;elle est probl&#233;matique n'est pas disponible pour autre chose.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; &#192; quoi sert de mobiliser le patient ? On ne mobilise pas pour mobiliser mais pour obtenir le r&#233;sultat d'un mouvement ; on ne marche pas pour marcher mais pour aller quelque part ; on n'entretient la mobilit&#233; articulaire que pour que les articulations soient utilisables. En d'autres termes les mobilisations passives n'ont d'utilit&#233; que chez une cat&#233;gorie de patients grabataires, ce qui suppose qu'elles s'inscrivent dans une strat&#233;gie globale de prise en charge dans laquelle la s&#233;quence de la toilette ne joue qu'un r&#244;le anecdotique : il faudrait au contraire que ces mobilisations soient pluriquotidiennes, et accomplies pour elles-m&#234;mes, ce qui n'est pas le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;habilitation :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La toilette est un moment important pour la r&#233;habilitation, ou si l'on pr&#233;f&#232;re la r&#233;autonomisation de la personne ; c'est en effet un temps o&#249; on peut ais&#233;ment proposer &#224; la personne aid&#233;e de prendre en charge une partie de l'activit&#233;, de r&#233;apprendre des gestes comme savonner le gant, se mettre sur ses appuis, aider &#224; la mobilisation, etc. En effet. Mais nous pouvons r&#233;p&#233;ter ici ce que nous venons de dire : cet argument serait bien plus fort si dans les &#233;tablissements pour personnes &#226;g&#233;es la r&#233;autonomisation &#233;tait une obsession. Cela conduirait &#224; se demander si, m&#234;me de ce point de vue, le temps consacr&#233; &#224; la toilette ne serait pas mieux investi ailleurs : la faille est que le projet de r&#233;apprendre &#224; savonner un gant de toilette a peu de chance, pour la vieille personne, de correspondre &#224; un &lt;i&gt;d&#233;sir&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La relation :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est fr&#233;quemment rappel&#233; que la toilette constitue un temps relationnel fondamental. Parce que c'est un temps o&#249; le soignant partage avec la personne une certaine intimit&#233;, parce qu'il s'agit d'une relation qui implique le corps, et surtout parce que lors de l'acte de toilette on voit se multiplier les occasions de parler, de regarder, d'entendre, de toucher, etc. On a mesur&#233; les temps de parole au cours de la toilette, ce qui permet de montrer &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt; que d'immenses progr&#232;s peuvent &#234;tre r&#233;alis&#233;s. Et tout cela est vrai, bien s&#251;r. Mais une fois de plus il s'agit ici de ne pas confondre cause et cons&#233;quence. Que la toilette soit un temps relationnel majeur ne saurait &#234;tre contest&#233; ; que cela participe &#224; la justification de la toilette est un peu plus d&#233;licat. Ou, pour le dire autrement, s'il s'agit de trouver du temps relationnel on peut ais&#233;ment parier qu'un journal serait plus efficace qu'un savon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons plus loin : quand on dit que la toilette est un temps relationnel majeur parce qu'il y est question du corps, on parle un peu vite : la relation interpersonnelle normale est une relation o&#249;, pr&#233;cis&#233;ment, la place du corps demande &#224; &#234;tre reconnue et sans doute valoris&#233;e, mais qui n'a que peu &#224; voir avec celle qui peut s'&#233;tablir entre une vieille personne nue et une plus jeune qui la frotte. Parler de relation interpersonnelle dans ces conditions, c'est acter que le mod&#232;le de cette relation est celui de la d&#233;pendance absolue. Il se pourrait bien que cela soit plus probl&#233;matique qu'on ne l'imagine, et qu'&#224; tout le moins cela demande compensation par d'autres temps relationnels moins asym&#233;triques, &#224; d&#233;faut de quoi le temps de la toilette va &#234;tre autant ce qui &#233;tablit la relation que ce qui la d&#233;voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le soignant :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute voit-on un peu mieux maintenant de quoi il s'agit : d&#232;s qu'on examine d'un peu pr&#232;s cet acte en apparence tellement technique, tellement norm&#233; qu'est la toilette, on constate beaucoup trop d'&#233;tranget&#233;s pour ne pas &#234;tre intrigu&#233; ; cela ne remet certainement pas en cause la toilette en elle-m&#234;me, mais cela incite &#224; se demander si toutes les motivations ont &#233;t&#233; mises au jour. Et on pressent ais&#233;ment que dans cette situation qui implique aussi intimement deux personnes, ce qui ne trouve pas sa justification dans l'int&#233;r&#234;t du malade pourrait bien la trouver dans les motivations, conscientes ou non, du soignant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en a vu quelques-unes chemin faisant, mais celles-ci ne sont pas n&#233;cessairement les plus importantes. Le plus fascinant dans cette histoire est de voir comment les soignants, qui sont en grande souffrance relativement &#224; la toilette, se comportent comme s'ils ne supporteraient pas de voir leur supplice all&#233;g&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a trois solutions pour r&#233;pondre &#224; cette souffrance des soignants.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La premi&#232;re serait d'augmenter les moyens allou&#233;s &#224; la toilette ; c'est d'ailleurs en pratique la seule mesure qu'ils envisagent : &#171; On n'est pas en nombre &#187;. C'est souvent exact, mais cela ne doit pas faire oublier une r&#233;alit&#233; : il se peut que les moyens soient insuffisants, mais on ne peut nier que la collectivit&#233; a consenti sur ce point ces derni&#232;res ann&#233;es un effort sans pr&#233;c&#233;dent, et que cet effort ne saurait &#234;tre intensifi&#233;, faute d'&#234;tre financ&#233;. Quand on dit qu'il n'y &#224; qu'&#224;, qu'une soci&#233;t&#233; se juge au sort qu'elle r&#233;serve &#224; ses vieux, que la prise en charge de la d&#233;pendance est cr&#233;atrice de richesses, etc, on d&#233;veloppe un discours militant auquel chacun, moi le premier, peut souscrire ; mais une fois qu'on a bien a&#233;r&#233; les banderoles, le moment vient de tenir des propos plus r&#233;alistes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb13' class='spip_note' rel='appendix' title='Il est toujours surprenant de constater que c'est dans des milieux qui se (...)' id='nh13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La seconde serait d'optimiser l'acte de toilette. Et certes il y a des techniques moins chronophages que d'autres ; il y a des attitudes qui, favorisant la r&#233;autonomisation, permettent &#224; terme de gagner du temps ; il y a des installations qui am&#233;liorent de mani&#232;re massive l'efficience des soignants. Tout cela doit &#234;tre fait. Mais on apprend vite que les soignants manifestent parfois d'&#233;tranges r&#233;sistances &#224; ces changements, et que de toute mani&#232;re les gains qu'on peut en attendre restent limit&#233;s.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La troisi&#232;me solution serait de s'interroger sur la pertinence de nos toilettes. Et c'est bien cela qui est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai demand&#233; aux &#233;quipes dont j'avais la charge de r&#233;fl&#233;chir &#224; un planning dans lequel, selon des modalit&#233;s dont elles &#233;taient totalement libres, certaines toilettes pourraient &#234;tre faites l'apr&#232;s-midi, dans ce moment de creux relatif o&#249; souvent les soignants ont un peu plus de temps. L'id&#233;e a &#233;t&#233; jug&#233;e int&#233;ressante, mais je n'ai jamais eu de planning.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai mandat&#233; un bin&#244;me de soignantes pour &#233;tudier un protocole de toilettes, que d&#233;lib&#233;r&#233;ment nous avions baptis&#233; &lt;i&gt;protocole toilette b&#226;cl&#233;e&lt;/i&gt;. L'id&#233;e &#233;tait la suivante : il arrive que, pour telle et telle raison (absence inopin&#233;e d'un membre de l'&#233;quipe, urgence dans le service, etc&#8230;), on n'ait pas le temps de r&#233;aliser le cycle complet habituel des toilettes ; il s'agissait donc pour elles d'&#233;tablir la liste des gestes qu'elles consid&#233;raient comme non n&#233;gociables pour pouvoir parler d'une toilette minimale digne de ce nom. Le protocole a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;, mais personne jamais ne l'a mis en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour j'ai d&#233;cid&#233; de passer en force. J'ai indiqu&#233; que ce lundi-l&#224; j'exigeais que plus aucune soignante ne soit occup&#233;e &#224; une toilette apr&#232;s 11 h 30, pr&#233;cisant que ce qui ne serait pas fait &#224; cette heure dite ne le serait tout simplement pas ; et j'ai ajout&#233; que pendant la grosse demi-heure ainsi d&#233;gag&#233;e en attendant le repas de midi l'&#233;quipe serait assise dans la salle &#224; manger et consacrerait ce temps &#224; lire le journal aux r&#233;sidents, &#224; faire des jeux de soci&#233;t&#233;, etc. Le r&#233;sultat fut miraculeux : non pas tant parce qu'&#224; l'heure dite toutes les toilettes &#233;taient termin&#233;es, mais parce que ce temps relationnel d'avant midi s'av&#233;ra un moment de pur bonheur ; l'&#233;quipe &#233;tait ravie (et pour ma part je n'&#233;tais pas peu fier). Mais l'exp&#233;rience n'a jamais &#233;t&#233; renouvel&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restons-en l&#224; : il faudrait d'autres longues pages pour essayer de tirer au clair l'importance de la souffrance dans la vie, ou dans l'imaginaire, des aides-soignantes, et la place que tient cette souffrance dans la fa&#231;on, souvent tr&#232;s d&#233;valoris&#233;e, dont elles se vivent. Qu'il suffise ici d'exposer une intuition : c'est &lt;i&gt;parce&lt;/i&gt; que la toilette est une charge &#233;crasante, c'est &lt;i&gt;parce&lt;/i&gt; qu'elle est une souffrance qu'elle est &#224; ce point, et contre toute logique, v&#233;cue comme indispensable. Alors qu'une &#233;tude un peu attentive de la situation permet de voir que l'investissement massif consenti pour en venir &#224; bout n'a pas de r&#233;elle justification. Il serait pourtant judicieux de reconsid&#233;rer cette pratique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb14' class='spip_note' rel='appendix' title='Pas plus qu'&#224; vous il ne m'a &#233;chapp&#233; qu'une telle proposition risquerait de poser (...)' id='nh14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tout comme la notion de &#171; d&#233;mocratie ath&#233;nienne &#187; demande, on le sait bien, &#224; &#234;tre relativis&#233;e : elle ne concernait qu'un tr&#232;s faible pourcentage de la population.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et pas seulement : Yseult donne un bain &#224; Tristan quand celui-ci arrive &#224; la cour du roi Marc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui permet de poser imm&#233;diatement une question : on a cru qu'il &#233;tait dangereux de se laver ; c'&#233;tait l&#224; une erreur qui nous fait sourire. Mais lorsque nous disons &#224; pr&#233;sent qu'il est dangereux de ne pas se laver, sommes-nous s&#251;rs de ne pas commettre une erreur identique ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#224; moins qu'on ne lui suppose, en plus, une sexualit&#233;, mais il convient ici de resserrer le propos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que dit le fait que, quand on veut &#233;valuer les progr&#232;s des pr&#233;cautions d'asepsie dans un service, on mesure la consommation de solut&#233; hydroalcoolique ? Empiriquement c'est certes un crit&#232;re robuste ; mais&#8230; il n'aurait aucune implication symbolique ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;trange lacune, mais qui n'est pas tellement plus surprenante que la propension des professionnels &#224; poser une sonde urinaire en cas d'escarre sacr&#233;e sans se demander si cette mesure a la moindre chance d'&#234;tre efficace compte tenu du fait que la pr&#233;sence de selles est probablement bien plus toxique pour la peau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On sait combien il est difficile de venir &#224; bout de ces frictions qui visent &#224; pr&#233;venir les escarres alors m&#234;me qu'il est clairement d&#233;montr&#233; qu'elles les provoquent ; mais il est si difficile au soignant de se r&#233;signer &#224; ne rien faire qu'on a transig&#233; en inventant les &lt;i&gt;effleurements doux&lt;/i&gt;, dont l'innocuit&#233; au moins n'a d'&#233;gale que l'inutilit&#233;, mais qui lui permettent d'entretenir l'illusion qu'au moins il a fait quelque chose, satisfaisant au principe de Nasreddine qu'on a vu un peu plus haut.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une &#233;tude a d&#233;montr&#233; par exemple qu'il n'y a aucun inconv&#233;nient pour un diab&#233;tique &#224; faire ses piq&#251;res d'insuline... &#224; travers le pantalon.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui conduit &#224; une conclusion qu'on n'attendait pas : rien n'est plus rassurant qu'un protocole.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh10' class='spip_note' title='Notes 10' rev='appendix'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toutefois il y a une contrainte impossible &#224; supprimer : c'est que le malade (et la famille, donc !) pense quelque chose de la situation. Et m&#234;me s'il a tort il est inutile de contrarier ses opinions. C'est ainsi que la d&#233;sinfection avant une piq&#251;re est inutile, mais que le soignant qui ne ferait pas cette d&#233;sinfection passerait pour un incapable. Beaucoup de pansements sont inutiles, mais ils rassurent la personne, et il n'est gu&#232;re possible de s'en passer. Si l'intervenant mouille le pansement et que ce dernier tombe, cela n'a pas d'importance, mais le malade va s'en inqui&#233;ter.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh11' class='spip_note' title='Notes 11' rev='appendix'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir notamment &lt;i&gt;Le miasme et la jonquille&lt;/i&gt;, Aubier &#233;d., 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh12' class='spip_note' title='Notes 12' rev='appendix'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que la bonne douche qu'on prend d&#232;s le retour &#224; l'h&#244;tel soit un d&#233;lice est une autre question&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh13' class='spip_note' title='Notes 13' rev='appendix'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est toujours surprenant de constater que c'est dans des milieux qui se montrent souvent tr&#232;s attentifs aux probl&#233;matiques de l'environnement, des d&#233;rives de la croissance &#224; tout crin que se recrutent les partisans de l'inflation effr&#233;n&#233;e des d&#233;penses m&#233;dicales et m&#233;dico-sociales, comme si cette inflation n'&#233;tait pas gag&#233;e sur le mythe d'une croissance qui fera que la dette ainsi engendr&#233;e s'&#233;vaporera comme par magie ; mais cet article n'est pas consacr&#233; &#224; l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb14'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh14' class='spip_note' title='Notes 14' rev='appendix'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pas plus qu'&#224; vous il ne m'a &#233;chapp&#233; qu'une telle proposition risquerait de poser quelques probl&#232;mes dans les relations avec les familles. Mais c'est l&#224; une autre question, sur laquelle il faudra que je trouve un jour le courage d'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pr&#233;alables &#224; une psycholologie du sujet &#226;g&#233;</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article116</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article116</guid>
		<dc:date>2014-09-10T20:41:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici de proposer une psychologie du sujet &#226;g&#233; : je n'en ai pas les moyens. On trouvera simplement quelques notes permettant, peut-&#234;tre, de mieux situer le contexte du vieillissement, ainsi que ses enjeux.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&#233;pendance, perte d'autonomie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;LIMINAIRE&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il y a un gros malentendu au sujet de la g&#233;riatrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La g&#233;riatrie c'est la m&#233;decine du sujet &#226;g&#233; ; soit. Mais qu'entend-on par l&#224; (et qu'est-ce qu'un sujet &#226;g&#233; ? On verra que la d&#233;finition n'est pas simple) ? Du point de vue m&#233;dical, on pourrait dire que la g&#233;riatrie commence lorsque la pratique m&#233;dicale doit commencer &#224; tenir compte de l'usure du corps ; son champ de comp&#233;tence commence donc vers 65-70 ans. Mais ceci a pour cons&#233;quence de d&#233;finir un autre domaine, qu'on pourrait appeler l'ultrag&#233;riatrie : la moyenne d'&#226;ge en maison de retraite est couramment est de 85 ans. Or il se trouve qu'il y a &#224; peu pr&#232;s autant de diff&#233;rence entre un sujet de 70 ans et un de 90 qu'entre un homme de 25 ans et un enfant de 5. C'est pourquoi, selon qu'on est vieux ou tr&#232;s vieux, les probl&#232;mes ne se posent pas de la m&#234;me fa&#231;on : traiter l'hypertension &#224; 70 ans, il le faut ; &#224; 90 les choses sont diff&#233;rentes. Et l'un des gros probl&#232;mes de la g&#233;riatrie c'est que toutes les &#233;tudes, par exemple sur les m&#233;dicaments, s'arr&#234;tent vers 80 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part ce texte s'intitulait : &#171; psychologie du sujet &#226;g&#233; &#187;. Mais &#224; la r&#233;flexion je vois qu'il me faut &#234;tre beaucoup plus modeste : je n'ai aucune comp&#233;tence particuli&#232;re en psychologie. Pour autant il y a des points que je peux &#233;voquer, et sans lesquels on ne pourra &#233;laborer aucune psychologie. Par exemple il y a les probl&#232;mes li&#233;s au fait d'&lt;i&gt;&#234;tre&lt;/i&gt; vieux, et les probl&#232;mes li&#233;s au fait de &lt;i&gt;devenir &lt;/i&gt; vieux, et ce ne sont pas les m&#234;mes. Mais d'autre part les humains que sont ces b&#233;n&#233;voles sont des sujets vieillissants . Dans ce qui va suivre il n'est gu&#232;re fait la diff&#233;rence entre ce qui revient au fait d'&#234;tre vieux et ce qui revient au fait de vieillir. Il faut garder cependant &#224; l'esprit qu'elle existe, et que si l'&#233;vocation du vieillir concerne aussi le b&#233;n&#233;vole, celle de l'&#234;tre vieux n'est pas encore pour lui d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but de ce travail se limite &#224; essayer de donner quelques cl&#233;s permettant de comprendre ce qui se passe dans la relation avec le sujet &#226;g&#233;. C'est donc d&#233;lib&#233;r&#233;ment qu'on y a fait l'impasse sur les conseils pratiques : c'est le soignant, c'est l'aidant qui doit disposer de techniques ; il lui en faut parce que sa mission est d'agir en vue d'un r&#233;sultat qu'on lui demande d'obtenir. Le b&#233;n&#233;vole, lui, est un &#233;coutant ; dans son champ de comp&#233;tence il n'y a pas besoin de technique, car ce n'est pas un professionnel. Cependant il lui importe d'&#234;tre capable de rep&#233;rer les m&#233;canismes qui &#231;&#224; et l&#224; sont &#224; l'&#339;uvre dans le comportement du sujet &#226;g&#233;, &#224; d&#233;faut de quoi il risque de ne pas comprendre ce qui se passe (ce qui n'est pas forc&#233;ment tr&#232;s grave) et de mobiliser une partie de sa disponibilit&#233; &#224; essayer de g&#233;rer cette incompr&#233;hension (ce qui l'est beaucoup plus).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;ASPECTS PHILOSOPHIQUES&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Chacun sait que la vieillesse est un naufrage. Les personnes &#226;g&#233;es elles-m&#234;mes le disent, cherchant sans doute par un tel propos &#224; montrer combien elles sont raisonnables en faisant ainsi preuve de r&#233;signation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision n&#233;gative du vieillissement n'est pas nouvelle : toutes les spiritualit&#233;s se sont toujours fix&#233; pour but de &#171; donner un sens &#224; la vie &#187;. Peut-&#234;tre faudrait-il faire l'effort de sonder les implications de ce jeu de mots : si en effet on peut esp&#233;rer d&#233;couvrir que la vie a un &lt;i&gt;sens&lt;/i&gt;, une signification, le probl&#232;me est que, pr&#233;cis&#233;ment, elle a aussi un &lt;i&gt;sens&lt;/i&gt; : une direction. La vie est une notion &lt;i&gt;vectorielle&lt;/i&gt; : le temps ne s'&#233;coule que dans un sens, d'o&#249; il vient qu'on s'interroge peu sur la naissance et beaucoup sur la mort. On dit que c'est le privil&#232;ge de l'homme que de se savoir affront&#233; &#224; sa propre finitude, il semble qu'il y ait des moments o&#249; il s'en passerait volontiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas ceci le pousse &#224; se poser des questions, et ces questions rel&#232;vent tout simplement de la m&#233;taphysique ; allons plus loin : cette r&#233;flexion est obligatoire et tous les hommes la conduisent, m&#234;me si nous ne le remarquons pas. En effet ces questions sont souvent tr&#232;s difficiles &#224; rep&#233;rer : non seulement parce que nous sommes particuli&#232;rement incomp&#233;tents en la mati&#232;re, et que notre propre culture philosophique laisse un peu &#224; d&#233;sirer, mais aussi parce que, et partiellement pour les m&#234;mes raisons, les mots employ&#233;s par nos contemporains sont souvent fort &#233;loign&#233;s de ceux qu'on y attendrait. Il n'emp&#234;che : les questions m&#233;taphysiques existent bel et bien, comme le montre l'exemple des enfants ; les enfants sont de prodigieux m&#233;taphysiciens : ainsi l'enfant qui s'ennuie ne fait rien d'autre qu'exp&#233;rimenter l'&#233;coulement du temps et sa place dans cet &#233;coulement (d'o&#249; il r&#233;sulte qu'il &lt;i&gt;faut &lt;/i&gt; laisser les enfants, au moins un peu, s'ennuyer).&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;ASPECTS SOCIOLOGIQUES&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les opinions sur le vieillissement ne sont pas les m&#234;mes partout et elles ont &#233;volu&#233; &#224; travers l'histoire. Ce point est important car c'est l'image de la vieillesse qui se trouve ainsi transform&#233;e, et du m&#234;me coup le regard que la famille et la soci&#233;t&#233; portent sur elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles, &#234;tre vieux &#233;tait consid&#233;r&#233; comme un privil&#232;ge : c'est qu'il y avait peu de vieux ; le vieux &#233;tait d'abord celui qui par sa vaillance et sa sagesse &#233;tait arriv&#233; &#224; se sortir de tous les pi&#232;ges de la vie, c'&#233;tait le meilleur chasseur et le meilleur guerrier. Une des raisons de l'&#233;volution actuelle est &#233;videmment que le vieillard est de moins en moins rare (m&#234;me dans les soci&#233;t&#233;s traditionnelles). Ceci entra&#238;ne une certaine banalisation : il n'est donc pas si difficile, il n'est donc pas si m&#233;ritoire de devenir vieux ; et cette banalisation engendre n&#233;cessairement chez le sujet &#226;g&#233; un certain sentiment d'amertume : jeune on lui avait inculqu&#233; le respect absolu des a&#238;n&#233;s, et il l'avait accept&#233; en sachant que son tour venu on lui rendrait la m&#234;me d&#233;f&#233;rence. Maintenant le voici vieux, et la soci&#233;t&#233; lui refuse, pr&#233;cis&#233;ment, le respect auquel elle l'avait contraint. C'est ce qui explique au moins en partie les discours, &#224; tonalit&#233; nettement revendicative, qu'il tient sur le fait d'&#234;tre arriv&#233; &#224; son &#226;ge et la fiert&#233; qu'il en tire. Le drame est qu'&#224; se d&#233;finir par son &#226;ge il tend &#224; s'y r&#233;duire. Ainsi la centenaire de la maison, qui va r&#233;p&#233;tant qu'elle est centenaire. Le probl&#232;me est qu'&#224; se centrer sur ce seul point elle n'est plus rien d'autre qu'une centenaire, &lt;i&gt;et que cela n'int&#233;resse personne&lt;/i&gt;. C'est sans doute pourquoi elle est tomb&#233;e : maintenant c'est une &lt;i&gt;centenaire fractur&#233;e&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore d'une autre mani&#232;re que le statut de la personne &#226;g&#233;e se modifie dans nos soci&#233;t&#233;s : jusque dans les ann&#233;es 50-60 il &#233;tait banal de mourir vers 65 ans. Ainsi disparaissait le chef de famille, et celui qui prenait sa place &#233;tait un homme de la quarantaine, en pleine activit&#233;, en pleine possession de ses moyens, et dont les enfants, &#224; peine entr&#233;s dans la vie, &#233;taient encore sous son autorit&#233;. De nos jours le patriarche meurt &#224; 80 ans ; celui qui prend sa place en a 60, il est retrait&#233;, et n'a plus gu&#232;re de pouvoir sur ses propres enfants qui ont d&#233;j&#224; bien entam&#233; leur vie. Ce qui se d&#233;roulait sur trois g&#233;n&#233;rations se d&#233;roule maintenant sur quatre, et cette modification conduit le vieillard &#224; perdre toute utilit&#233; sociale. C'est l&#224; aussi bien s&#251;r une &#233;volution b&#233;n&#233;fique, mais elle a des cons&#233;quences. L'une des plus &#233;videntes est celle qui touche aux r&#232;gles de succession : auparavant les parents amassaient un h&#233;ritage pour permettre &#224; leurs enfants de s'installer ; actuellement j'h&#233;riterai de mon p&#232;re &#224; un &#226;ge o&#249; je n'aurai que faire de son argent ; mieux vaudrait que la succession saute une g&#233;n&#233;ration pour s'adresser aux petits-enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait aussi que la d&#233;finition de la vieillesse a subi d'importantes modifications. Rappelons pour m&#233;moire que l&#233;galement l'&#226;ge de la vieillesse est toujours d&#233;fini comme l'&#226;ge de la retraite&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Ou plut&#244;t c'&#233;tait le cas depuis les ann&#233;es 80, quand l'&#226;ge l&#233;gal &#233;tait (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette d&#233;finition est &#224; la fois risible et pr&#233;gnante, et il faudrait se demander quelles en sont les cons&#233;quences (la loi a parfois d'&#233;tranges anfractuosit&#233;s, comme d'avoir oubli&#233; de donner un statut au cadavre). Le fait qu'on abaisse l'&#226;ge de la retraite fait qu'on est vieux plus jeune qu'avant, ce qui pose question dans une civilisation o&#249; les vieux au contraire ont tendance &#224; se trouver (ou &#224; se dire) jeunes plus longtemps ; mais ce ne serait que ridicule si de nombreuses professions n'&#233;taient pas en train de revendiquer un abaissement suppl&#233;mentaire de l'&#226;ge de la retraite au motif par exemple qu'&#224; 55 ans dans certains corps de m&#233;tier on est &#171; us&#233; &#187; ; m&#234;me en faisant la part de la mauvaise foi, de l'antienne syndicale et de la d&#233;magogie, il faut peser tout ce qui se dit, s'avoue l&#224; ; l'expression : &#171; J'ai travaill&#233; toute ma vie &#187; tend &#224; changer de niveau de pertinence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait sans doute plus int&#233;ressant de d&#233;finir la population &#226;g&#233;e comme &#233;tant &lt;i&gt;la population la plus &#226;g&#233;e&lt;/i&gt;. On aurait ainsi une d&#233;finition flottante, ou pourrait calculer l'esp&#233;rance de vie &#224; 60 ans et d&#233;cider que la personne deviendrait &#226;g&#233;e quand elle arriverait, disons dans les trois ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant la date statistique de son d&#233;c&#232;s. Sans doute cernerait-on l&#224; mieux la r&#233;alit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Et le politique y trouverait son compte puisque avec un tel syst&#232;me, et sans (...)' id='nh2-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus important peut-&#234;tre n'est pas l&#224; : du fait que la dur&#233;e de vie s'allonge on observe une dispersion des situations, il y a de plus en plus de &lt;i&gt;diff&#233;rences &lt;/i&gt; dans le vieillissement : tel est incontestablement vieux &#224; 75 ans, alors que tel autre porte gaillardement ses 90. Il s'ensuit qu'on ne sait plus tr&#232;s bien ce que signifie l'expression : &#171; &#234;tre vieux &#187; : on pourrait presque dire qu'&#234;tre vieux est devenu une d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin il existe une incontestable acc&#233;l&#233;ration du rythme de la vie, et une augmentation du niveau de performance n&#233;cessaire pour &#171; rester dans la course &#187;. Ceci met n&#233;cessairement le sujet &#226;g&#233; en difficult&#233; : car le vieux &#233;tait une r&#233;serve de savoir, et le savoir se d&#233;mode. Il n'en a pas toujours &#233;t&#233; ainsi. &#192; la campagne, et jusqu'&#224; la fin des ann&#233;es 70, la connaissance de techniques de base aussi pr&#233;cises que le martelage d'une faux trouvait &#224; s'employer. De nos jours seuls les vieux savent encore marteler une faux, mais on ne fauche plus. Donc le savoir de la personne &#226;g&#233;e se d&#233;valorise, et si vite que cette ressource n'est plus crue aussi utile qu'auparavant. Il faudrait garder &#224; l'esprit que ce qui se d&#233;value l&#224; est le savoir technologique, et qu'il faudrait aussi parler de la connaissance de la vie, de l'humain que poss&#232;de la personne &#226;g&#233;e, bien souvent sans en avoir seulement id&#233;e, sans l'avoir seulement identifi&#233; comme un savoir. Mais on reviendra sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;UN VIEILLISSEMENT A DEUX VITESSES&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il est important de prendre conscience de son vieillissement : &#224; rien ne sert de se le cacher, et mieux vaut sans doute le conna&#238;tre si l'on veut s'y adapter, le compenser, le corriger. Or une notion importante est celle de la &lt;i&gt;d&#233;synchronisation&lt;/i&gt; qui existe entre le vieillissement biologique et le vieillissement psychologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si en effet le vieillissement psychologique est, du moins pour tout observateur un peu attentif de soi-m&#234;me, facile &#224; constater, il n'en va pas de m&#234;me pour le vieillissement biologique, qui reste longtemps cach&#233;, ce qui le rend particuli&#232;rement insidieux : la force musculaire baisse, la vitesse d'ex&#233;cution s'alt&#232;re, mais l'endurance reste longtemps pr&#233;serv&#233;e, et m&#234;me augment&#233;e, dans la mesure o&#249; le sujet vieillissant a appris &#224; s'&#233;conomiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que nous perdons en premier, c'est notre capacit&#233; &#224; faire des progr&#232;s, et cela passe inaper&#231;u car seuls les sportifs de haut niveau, qui ont &#233;t&#233; au bout de leur marge de progression, peuvent y &#234;tre confront&#233;s. Le vieillissement touche ensuite notre aptitude &#224; ex&#233;cuter les capacit&#233;s maximales celles que dans la vie courante nous utilisons rarement. Nous vieillissons donc &lt;i&gt;sans nous en apercevoir&lt;/i&gt;, et nous n'en devenons conscients que quand, le vieillissement &#233;tant d&#233;j&#224; tr&#232;s avanc&#233; ; nous commen&#231;ons &#224; peiner dans la vie quotidienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le vieillissement moteur se fait largement &#224; notre insu, et quand il devient manifeste nous y assistons longtemps en spectateurs. Si nous savons intellectuellement que certaines parties de notre organisme commencent &#224; vieillir d&#232;s que l'&#226;ge adulte est atteint (comme les cellules nerveuses par exemple) nous ne percevons pas consciemment ce ph&#233;nom&#232;ne. Nous disons couramment : &#171; Je vieillis &#187; ; et neuf fois sur dix dans notre propos d'allure nostalgique il faut entendre que pour un qui vieillit je me d&#233;fends encore plut&#244;t bien. Nous avons une connaissance intellectuelle, biographique de notre vieillissement, la connaissance intime, charnelle est plus longue &#224; se faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne prenons conscience de ces d&#233;ficiences qu'en fonction des difficult&#233;s qui en sont les cons&#233;quences : la baisse de notre performance dans tel ou tel domaine. Il en va de m&#234;me de nos capacit&#233;s &#224; nous r&#233;parer : longtemps nos maladies gu&#233;rissent, nous pouvons reprendre notre jogging et retrouver les performances dont nous &#233;tions fiers ; c'est sournoisement qu'un jour notre corps se montre incapable de retrouver son ancien niveau. Du coup, c'est donc brutalement que nous nous trouvons confront&#233;s au drame du vieillissement physique : il faut une rupture, une maladie pour que, d'ignor&#233; qu'il &#233;tait, le processus continu du vieillissement physique se r&#233;v&#232;le &#224; nous comme s'il s'&#233;tait produit d'un coup. Il s'ensuit qu'il survient souvent sur un sujet qui n'y &#233;tait pas pr&#233;par&#233;, et que le deuil qu'il doit alors &#233;laborer est d'autant plus difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le vieillissement physique :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieillissement change notre mani&#232;re d'&#234;tre au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il existe un vieillissement moteur :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vient d'en parler, et il impose une adaptation, des abandons, plus ou moins ais&#233;ment consentis. Cette adaptation et ces abandons ne peuvent se faire que si on pose sur le monde un autre regard. Prenons l'exemple de la promenade : le plaisir de la promenade ne peut &#234;tre complet que s'il n'est pas entrav&#233; par les contraintes du corps. Il va de soi, donc, que l'insuffisance cardiaque va imposer au sujet de restreindre son parcours, et donc de ne plus aller en certains lieux ; &#224; l'inverse la promenade constitue un excellent moyen de lutter contre l'aggravation de la maladie ; mais une promenade th&#233;rapeutique n'est pas une promenade de plaisir. Il va de soi, encore plus, qu'on ne fait pas sa promenade de la m&#234;me fa&#231;on lorsque les douleurs de l'arthrose viennent la perturber ; ou que la peur de la chute force le sujet &#224; marcher avec plus de pr&#233;cautions, &#224; penser &#224; ces pr&#233;cautions ; cela va modifier le plaisir qu'il &#233;prouve : l'&#339;il qui guette les obstacles du sol n'est plus disponible pour admirer le paysage, le souffle qui se raccourcit entrave le plaisir de la conversation. Dans un autre domaine, recevoir ses enfants &#224; d&#238;ner est une entreprise qui va d&#233;vorer toute une journ&#233;e l&#224; o&#249; nagu&#232;re deux heures suffisaient ; et il vient un &#226;ge o&#249;, la souplesse du poignet n'&#233;tant plus ce qu'elle &#233;tait, tourner une mayonnaise devient impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il y a un vieillissement sensoriel :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce vieillissement est diff&#233;rentiel, tous les organes ne se d&#233;gradant pas en m&#234;me temps. Ceci est tr&#232;s important, et les cons&#233;quences du vieillissement diff&#233;rentiel ne sont pas suffisamment &#233;tudi&#233;es. Le point crucial est que les deux organes qui se d&#233;t&#233;riorent le plus sont les plus utilis&#233;s par notre civilisation : la vision et l'audition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision s'alt&#232;re d'abord, et de fa&#231;on presque obligatoire ; qui plus est il impose au sujet de l'annoncer : les lunettes font savoir &#224; tout un chacun que pour moi le temps passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'audition se d&#233;grade aussi, et de deux mani&#232;res : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a une baisse de l'aptitude &#224; percevoir les sons peu intenses.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais il y a aussi, et peut-&#234;tre m&#234;me surtout, une diminution de l'aptitude &#224; distinguer les sons. Dans la vie courante nous recevons toujours plusieurs sons simultan&#233;ment : par exemple ceux de la conversation et les bruits de la rue ; et c'est par un syst&#232;me complexe que nous parvenons &#224; filtrer les bruits qui nous int&#233;ressent. La d&#233;gradation de ce syst&#232;me est beaucoup plus p&#233;nalisante que la baisse de l'acuit&#233; auditive, de m&#234;me que les distorsions qui se produisent du fait que par exemple les fr&#233;quences aigu&#235;s sont moins bien per&#231;ues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette baisse de performance doit &#234;tre prise en compte, ne serait-ce que pour ne pas faire d'erreur : on n'en finirait pas de recenser les vieillards qu'on a &#233;tiquet&#233;s d&#233;ments alors qu'ils sont sourds. Mais surtout elle entra&#238;ne des remaniements psychologiques importants et qui permettent de voir &#224; l'&#339;uvre plusieurs des m&#233;canismes du vieillissement psychologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux sens en effet sont ceux qui sont impliqu&#233;s dans la perception &#224; distance. Leur faillite est donc cause de profonds remaniements psychologiques : l'espace sensoriel de la personne &#226;g&#233;e se r&#233;tr&#233;cit, tout simplement parce qu'elle n'a plus acc&#232;s aux objets lointains. Le repli sur soi de la personne &#226;g&#233;e a ici quelque chose de simplement physique, et si le sujet tend &#224; ne plus s'int&#233;resser qu'&#224; son environnement imm&#233;diat, c'est aussi parce qu'il ne peut plus acc&#233;der &#224; ce qui est lointain (nous n'en parlerons pas, mais dans un registre &#224; peine diff&#233;rent la frilosit&#233; psychologique du sujet &#226;g&#233; s'accompagne &#233;trangement d'une alt&#233;ration de son thermostat physique). Cependant il y a une diff&#233;rence majeure entre ces deux modes sensoriels ; on n'y insistera pas, mais il faut remarquer que le processus de vision ne demande pas que l'objet qui est vu soit actif dans l'&#233;change : je vois l'autre, qu'il le veuille ou non, d&#232;s lors qu'il passe dans mon champ de vision ; s'il est l&#224; je le vois s'il n'est pas l&#224; je ne le vois pas. Ce n'est pas vrai pour ce qui est de l'audition : je ne peux entendre l'autre que s'il me parle, que si en somme il d&#233;cide que je vais l'entendre ; c'est pourquoi le vieillissement auditif est aussi &lt;i&gt;central &lt;/i&gt; dans l'&#233;volution de notre capacit&#233; &#224; communiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cons&#233;quences du vieillissement visuel sont assez faciles &#224; corriger (du moins quand il ne s'agit que de presbytie, puisqu'on sait qu'il existe d'autres pathologies li&#233;es &#224; l'&#226;ge et dont les cons&#233;quences sont autrement redoutables) : les lunettes suffisent ; par ailleurs, et tr&#232;s grossi&#232;rement, la baisse de l'acuit&#233; visuelle n'int&#233;resse qu'une personne, celle qui doit voir. Il n'en va pas de m&#234;me du vieillissement auditif : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; D'abord il se corrige plus mal.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ensuite il implique deux personnes : celle qui entend, mais aussi celle qui parle. Le rem&#232;de le plus simple est de demander &#224; celle qui parle de parler plus fort.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'audition &#233;tant un sens de la communication, elle offre au sujet &#226;g&#233; un pouvoir dont il ne se prive pas toujours, et il arrive qu'il joue effectivement de son d&#233;ficit. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il s'ensuit que le vieillissement auditif est &#224; l'origine de conflits : chacun accuse l'autre de ne pas faire d'effort ; la perte de l'aptitude &#224; distinguer les sons fait que le sujet &#226;g&#233; supporte mal les conversations &#224; plusieurs, qu'il les fuit et devient irritable, mais aussi qu'on le soup&#231;onne de le faire expr&#232;s car, pr&#233;cis&#233;ment, il se montre encore capable d'entendre des sons peu intenses (s'ils sont graves, comme souvent au t&#233;l&#233;phone).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'autre part la perte de ces sens qui permettent l'acc&#232;s &#224; ce qui est distant contribue &#224; modifier profond&#233;ment la relation au monde. Depuis le Moyen-&#226;ge on sait en effet qu'il y a deux sortes de connaissance :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a le savoir que les m&#233;di&#233;vaux appelaient &lt;i&gt;scientia&lt;/i&gt; : la science. C'est la connaissance objective, exp&#233;rimentale. Pour conna&#238;tre un objet, il faut le mettre &#224; une certaine distance de soi afin de pouvoir l'examiner sous tous ses aspects : ce qui est ob-jectif est jet&#233;-devant. Il implique pr&#233;cis&#233;ment la vue et l'audition, qui sont les sens utilis&#233;s pour la connaissance scientifique (les m&#233;decins ne se servent que d'eux, il n'y a pas de s&#233;miologie bas&#233;e sur l'odorat, et on peut le d&#233;plorer).
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a le savoir que les m&#233;di&#233;vaux appelaient &lt;i&gt;sapientia&lt;/i&gt; : la sapience. &lt;i&gt;Sapientia&lt;/i&gt; se traduit par &#171; sagesse &#187;, et son origine est dans le verbe &lt;i&gt;sapere&lt;/i&gt; qui signifie &#171; go&#251;ter &#187;. C'est la connaissance intime, de proximit&#233; ; la &lt;i&gt;sapientia&lt;/i&gt; est la vertu du moine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence du vieillissement diff&#233;rentiel est que le sujet &#226;g&#233; perd les sens qui explorent &#224; distance. Du coup les autres prennent un place plus importante. C'est le cas par exemple de l'odorat (surtout qu'il s'agit d'un sens qui, par rapport au go&#251;t ou au toucher, op&#232;re tout de m&#234;me un peu &#224; distance) ; l'olfaction se d&#233;veloppe, et comme c'est un sens qui a &#233;t&#233; moins &#233;duqu&#233; cela explique que le sujet &#226;g&#233; tend &#224; &#234;tre victime d'illusions et d'obsessions olfactives. Mais d'autre part on voit que le vieillissement aboutit &#224; un r&#233;sultat m&#233;lang&#233; : certes l'aptitude &#224; conna&#238;tre objectivement les choses diminue, mais l'aptitude &#224; les conna&#238;tre de l'int&#233;rieur, &#224; les go&#251;ter, &#224; les appr&#233;cier, tend &#224; augmenter. On voit ici &#224; l'&#339;uvre l'ensemble des m&#233;canismes psychologiques essentiels du vieillissement :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le sujet perd des aptitudes.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il doit s'adapter &#224; ces pertes.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'entourage doit s'y adapter aussi, et cela se passe plus ou moins bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette adaptation est une phase obligatoire, qui aboutit le plus souvent &#224; un compromis entre le sujet et son entourage. Le probl&#232;me est que ce compromis, parfois ch&#232;rement n&#233;goci&#233;, aboutit &#224; une situation fig&#233;e, difficile &#224; remettre en cause, et qui n'a pu &#234;tre &#233;labor&#233; qu'en occultant le fait que
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ces pertes laissent une place libre, ce qui permet &#224; d'autres aptitudes de se d&#233;velopper : il y a autant d'acquisitions que de pertes.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le d&#233;veloppement de ces activit&#233;s nouvelles s'accompagne de distorsions, comme dans tout apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e qu'il y a autant d'acquisitions que de pertes est cependant d'un faible secours quand il s'agit de faire le deuil de ce qu'on a perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le vieillissement sexuel :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il est &#233;videmment tr&#232;s important ; nous en parlerons assez peu, la chose la plus importante &#233;tant de noter que, pr&#233;cis&#233;ment, il reste encore largement occult&#233;. Il faut tout de m&#234;me se pencher sur un point curieux, qui est l'in&#233;galit&#233; des sexes devant leur vieillissement : ici aussi le vieillissement est diff&#233;rentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons le traitement de la m&#233;nopause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que la m&#233;nopause est maintenant consid&#233;r&#233;e &#224; juste titre comme une source majeure d'infirmit&#233;s (aggravation du risque cardio-vasculaire, fracture du col du f&#233;mur). Il est donc devenu &#233;vident que la m&#233;nopause doit &#234;tre trait&#233;e. Mais faisant cela on ralentit l'essentiel du processus de vieillissement chez la femme, qui voit en quelque sorte sa jeunesse se prolonger. La question qui est pos&#233;e aux m&#233;decins est de savoir combien de temps on doit traiter la m&#233;nopause ; contrairement &#224; ce qu'on a dit, le meilleur traitement est hormonal, et je maintiens qu'il doit &#234;tre envisag&#233; de mani&#232;re syst&#233;matique ; l'accord se fait sur 5 &#224; 7 ans. Mais quelle est la justification de cette dur&#233;e ? Rien, biologiquement, ne s'oppose &#224; l'id&#233;e de traiter ind&#233;finiment. Ce qui g&#234;ne ici, c'est peut-&#234;tre le vertige qui prend &#224; l'id&#233;e que les hommes auraient invent&#233; l'eau de jouvence, &lt;i&gt;et que seules les femmes en profiteraient&lt;/i&gt;. Toujours est-il qu'il faut tenir compte d'une nouveaut&#233; inattendue : contrairement &#224; ce qui a toujours &#233;t&#233; les hommes se mettent &#224; vieillir plus vite que les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi on voit &#224; l'&#339;uvre des m&#233;canismes de perte, d'adaptation, de d&#233;couverte de potentialit&#233;s nouvelles. C'est d'autant plus important que si les fonctions sexuelles vieillissent, si le pouvoir de s&#233;duction diminue, cela n'a aucune raison de suivre le m&#234;me rythme chez les deux membres du couple, ce qui impose une r&#233;&#233;quilibration relationnelle difficile. Enfin, le d&#233;sir, lui, ne diminue pas de la m&#234;me mani&#232;re, sans aller jusqu'&#224; parler de sa fr&#233;quente r&#233;activation &#224; l'approche de la fin de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons ici, puisqu'en somme il est question de pouvoir de s&#233;duction, une note sur le vieillissement esth&#233;tique. Les choses ne sont pas simples, et il est banal de constater &#224; quel point les personnes &#226;g&#233;es sont &lt;i&gt;belles&lt;/i&gt;. Il est un peu difficile d'en convenir dans un monde qui a tellement &#233;rotis&#233; la beaut&#233; qu'il ne sait plus faire la diff&#233;rence entre le beau et le d&#233;sirable, mais le grand &#226;ge est pr&#233;cis&#233;ment la p&#233;riode de la vie o&#249; on peut enfin distinguer l'un de l'autre. Ainsi, loin d'&#234;tre une calamit&#233;, les rides viennent souvent embellir un visage jusqu'alors inexpressif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La survenue des maladies :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle confronte &#224; la diminution des facult&#233;s de r&#233;paration : on gu&#233;rit, certes, mais il est moins facile, et bient&#244;t moins possible, de revenir &#224; l'&#233;tat ant&#233;rieur. Cela aussi est insidieux : pendant longtemps on peut sortir de la maladie avec l'impression de redevenir comme avant, comme si on n'avait jamais &#233;t&#233; malade. Puis un jour, sans qu'on s'y attende, on s'aper&#231;oit que cette fois on en sortira diminu&#233;. Cela donne l'impression qu'on franchit un palier, qu'il y a eu une cassure&#8230; Le plus souvent c'est faux : on a lentement d&#233;clin&#233;, mais ce qui diminuait, l&#224; aussi, c'&#233;taient ces possibilit&#233;s maximales qu'on n'utilise jamais ; et cela on ne le voyait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vieillir est ainsi une mise en sc&#232;ne de la mort : jeune, on sort de la maladie comme d'une panne sans lendemain. Avec l'&#226;ge la maladie devient bien davantage un coup de semonce, un rappel de ce qui va venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le vieillissement des facult&#233;s intellectuelles :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le plus important, le plus inqui&#233;tant. Ce vieillissement, qui porte en soi la terreur de la d&#233;mence, est in&#233;luctable ; il est sans doute au moins aussi douloureux que le vieillissement sexuel, tant le pouvoir de s&#233;duction et le pouvoir de l'intelligence sont valoris&#233;s dans notre civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le vieillissement de la m&#233;moire :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a trois types de m&#233;moire &#224; consid&#233;rer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;moire imm&#233;diate n'est plus aussi performante. C'est celle qui permet d'effectuer des op&#233;rations sur le court terme, comme par exemple de se rappeler le num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone qu'on vient de lire. La perte est sensible, m&#234;me si elle n'est pas tr&#232;s g&#234;nante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;moire de travail, celle qui permet d'effectuer les op&#233;rations intellectuelles (comme le calcul mental), reste bien pr&#233;serv&#233;e, mais elle est tr&#232;s d&#233;pendante des capacit&#233;s d'attention qui, elles, diminuent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;moire &#224; long terme est alt&#233;r&#233;e elle aussi, malgr&#233; l'opinion courante. Il faut noter que la plainte mn&#233;sique est un ph&#233;nom&#232;ne normal : 100% des sujets de 50 ans oublient les noms propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre la m&#233;canique m&#234;me de la m&#233;moire, toute cette machinerie qui permet de stocker un souvenir et de le rappeler &#224; volont&#233;, est assez peu alt&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les autres capacit&#233;s de base :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capacit&#233;s psycho-linguistiques, elles, sont longtemps pr&#233;serv&#233;es. Notamment le sujet &#226;g&#233; normal continue d'apprendre des mots nouveaux, et d'enrichir ses possibilit&#233;s d'expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attention n'est plus aussi facile : il est difficile de se concentrer (mais cette fonction peut s'&#233;duquer et s'entretenir) ; c'est le cas notamment de l'&lt;i&gt;attention partag&#233;e&lt;/i&gt;, qui est l'aptitude &#224; &#234;tre attentif &#224; deux choses &#224; la fois. La baisse de l'attention partag&#233;e explique la plus grande fr&#233;quence des accidents de la voie publique et des chutes : c'est l'attention partag&#233;e qui permet au conducteur d'appuyer sur l'acc&#233;l&#233;rateur tout en v&#233;rifiant que la route est libre. On sait qu'un bon test pr&#233;dictif de chutes est de voir si le sujet est capable de marcher en tenant une conversation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'intelligence proprement dite :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La performance intellectuelle tend &#224; diminuer, mais cette diminution se fait de mani&#232;re h&#233;t&#233;rog&#232;ne, certaines fonctions &#233;tant atteintes, d'autres non. On peut repr&#233;senter cette &#233;volution gr&#226;ce &#224; la diff&#233;rence entre les notions d'intelligence fluide et d'intelligence cristallis&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Ces notions sont tr&#232;s approximatives et controvers&#233;es, mais elles ont une (...)' id='nh2-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L' &#171; intelligence fluide &#187; correspond au fonctionnement cognitif op&#233;rationnel, adaptatif, intuitif, rapide. C'est l'intelligence qui permet au bricoleur de trouver imm&#233;diatement des solutions adapt&#233;es au probl&#232;me impr&#233;vu qu'il rencontre, et au footballeur de faire la bonne passe au bon moment. On oppose &#224; cette intelligence l' &#171; intelligence cristallis&#233;e &#187;, qui est en jeu dans les acquisitions, les raisonnements la mise en place de th&#233;ories. Il se pourrait que le cerveau droit, si&#232;ge de l'intelligence fluide, vieillisse plus vite que le gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aptitude &#224; s'adapter aux situations impr&#233;vues se d&#233;grade incontestablement. Cette d&#233;gradation est li&#233;e &#224; celle de l'intelligence fluide, qui permet de trouver rapidement des solutions, mais aussi &#224; celle de l'attention (notamment partag&#233;e), qui est en somme la fonction permettant d'analyser rapidement les probl&#232;mes. Ceci est d'autant plus grave que notre civilisation demande au contraire de plus en plus d'adaptation : pour r&#233;ussir la premi&#232;re mise en service de la cha&#238;ne st&#233;r&#233;o il faut entrer dans la pens&#233;e du fabricant (intelligence fluide), notamment parce que la notice n'est absolument pas claire (elle s'adresserait pourtant &#224; l'intelligence cristallis&#233;e)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Retomber en enfance :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fonctionnement de l'intelligence fait appel &#224; un certain nombre de capacit&#233;s : stocker de l'information, analyser une image visuelle, comprendre ce qu'est une quantit&#233;, un nombre, etc. Le petit enfant apprend d'abord &#224; acqu&#233;rir ces capacit&#233;s, qui sont dites &#171; capacit&#233;s primaires &#187;, puis il apprend &#224; les organiser entre elles : il d&#233;veloppe ainsi des &#171; capacit&#233;s secondaires &#187; ; ce syst&#232;me est en place &#224; la fin de l'enfance. Le jeune adulte peut d&#233;velopper un troisi&#232;me niveau, qui lui permet en somme d'organiser les capacit&#233;s secondaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Divers travaux tendent &#224; montrer que l'organisation intellectuelle du sujet &#226;g&#233; &#233;volue sur un mode de d&#233;construction, notamment des capacit&#233;s de troisi&#232;me niveau. On aboutit &#224; un fonctionnement tr&#232;s proche de celui des enfants ; l'intellect du vieillard ressemble en gros &#224; celui d'un pr&#233;adolescent. C'est ainsi que vieillir serait ainsi au sens propre retomber en enfance. Encore faut-il bien pr&#233;ciser que ce vieillissement est tr&#232;s sensible &#224; l'&#233;ducation, et que le cerveau ne perd que ce qu'il n'utilise pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; se demander en outre si cette d&#233;construction serait un d&#233;sastre : au contraire le mode de fonctionnement infantile est particuli&#232;rement efficace : non seulement il s'est r&#233;v&#233;l&#233; adapt&#233; &#224; la situation de l'enfant, mais en outre il a permis &#224; chacun, &#224; force d'observation, de contemplation, de r&#233;flexion, de produire un cerveau adulte&#8230; Simplement ses fonctions sont diff&#233;rentes, et ne permettent pas les m&#234;mes activit&#233;s que celui de l'adulte ; l'enfant et le vieillard sont ainsi tourn&#233;s vers la r&#233;flexion, la contemplation, la m&#233;ditation. Cette similitude n'est pas fortuite : l'enfance est le temps de la formation, de l'&#233;volution, la vieillesse est un autre temps de formation et d'&#233;volution, il n'y a donc rien d'&#233;tonnant si les m&#233;canismes psychologiques sont les m&#234;mes ; dans cette perspective il est probablement heureux que le cerveau vieillissant r&#233;cup&#232;re des fonctionnalit&#233;s qui &#233;taient l'apanage de l'enfant. Cette &#233;volution a donc aussi des effets positifs : en somme le sujet &#226;g&#233; ne pense pas moins bien, il pense autrement, et &#224; d'autres choses : c'est parce que le cerveau de l'adulte plus jeune lui permet de modifier le monde qu'il ne lui permet pas de le contempler ; ou encore il n'est pas possible d'avoir &#224; la fois la &lt;i&gt;scientia&lt;/i&gt; et la &lt;i&gt;sapientia&lt;/i&gt; (et c'est pourquoi les ma&#238;tres spirituels du Moyen-&#226;ge d&#233;conseillaient la curiosit&#233; et pr&#233;conisaient la &#171; docte ignorance &#187;). Sans doute y aurait-il beaucoup &#224; gagner &#224; &#233;tudier l'extraordinaire don de &lt;i&gt;sapientia&lt;/i&gt; du d&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs l'&#233;volution intellectuelle du sujet &#226;g&#233; se caract&#233;rise aussi, et peut-&#234;tre d'abord, par les strat&#233;gies qu'il met en &#339;uvre pour s'adapter &#224; ses modifications. Chaque perte pose un probl&#232;me qui doit &#234;tre r&#233;solu (ainsi le sujet &#226;g&#233; qui oublie les courses doit choisir entre une d&#233;fense qui consiste &#224; &#233;crire la liste de ce qu'il veut acheter et une autre qui consiste au contraire &#224; s'imposer de l'apprendre par c&#339;ur). Mais de mani&#232;re plus importante le cerveau, comme tout l'organisme, poss&#232;de un extraordinaire pouvoir de compensation : si une fonction devient d&#233;faillante, elle peut le plus souvent &#234;tre remplac&#233;e par une autre. Ainsi on pense qu'avec l'&#226;ge la pens&#233;e devient de moins en moins &#171; d&#233;ductive &#187; et de plus en plus associative : le raisonnement classique, de type math&#233;matique, ou si l'on veut digital, devient moins ais&#233;, et il se trouve partiellement remplac&#233; par un raisonnement de type analogique, plus proche de la pens&#233;e po&#233;tique, qu'on peut qualifier de magique (ou, naturellement, d'infantile). Pour cette raison les r&#233;ponses sont souvent assez &#233;loign&#233;es des questions, mais il suffit de le savoir et d'attendre. La personne &#226;g&#233;e utilise les chemins de traverse de la pens&#233;e, c'est pour cela que dans toutes les cultures ceux qui racontent le mieux les histoires pour les enfants sont les personnes &#226;g&#233;es (et que ce sont des histoires o&#249; il y a tant de magiciens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons pour clore ce sujet que la place des Anciens dans les soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques doit beaucoup &#224; cette distinction : l'intelligence cristallis&#233;e, c'est celle du savoir, de la loi, des principes, du dogme. C'est le r&#244;le du vieux que de la repr&#233;senter, confiant au jeune la mise en pratique, la r&#233;alisation, domaine de l'intelligence fluide. Et on ne saurait trop admirer la prudence des soci&#233;t&#233;s archa&#239;ques, qui ont veill&#233; &#224; confier le pouvoir de d&#233;cider &#224; ceux qui n'ont plus les moyens d'agir. Montesquieu n'est pas l'inventeur de la s&#233;paration des pouvoirs, et si vieillesse pouvait elle serait sans doute aussi dangereuse que si jeunesse savait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette r&#233;partition des t&#226;ches nous donne l'occasion d'insister sur un point : l'intelligence cristallis&#233;e, ce n'est pas le savoir, ce n'est pas l'exp&#233;rience, ce n'est pas en somme une accumulation plus ou moins passive de donn&#233;es ; c'est aussi l'aptitude &#224; les fabriquer ; ce n'est pas une accumulation de th&#233;ories, c'est une aptitude &#224; th&#233;oriser. Ainsi, dans certains domaines, l'avance en &#226;ge s'accompagne de &lt;i&gt;progr&#232;s&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;ASPECTS PSYCHOLOGIQUES&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le vieillissement est pour chacun synonyme de perte, et c'est cela qui le rend douloureux. Il va falloir abandonner cet id&#233;al de toute-puissance, de croissance ind&#233;finie, que tout homme peut &#233;prouver jusqu'&#224; sa maturit&#233;. En somme l'image du vieillissement peut &#234;tre trouv&#233;e dans un &#171; stade du miroir invers&#233; &#187;. On sait que Lacan d&#233;crit chez le petit enfant un &#171; stade du miroir &#187; : tenu dans les bras de sa m&#232;re, l'enfant se d&#233;couvre dans le miroir, il se reconna&#238;t, il comprend alors qu'il est quelqu'un, et quelqu'un que sa m&#232;re tient ; pour Lacan cette exp&#233;rience est celle par laquelle l'enfant se comprend comme existant. De m&#234;me sans doute c'est dans le miroir que chacun prend conscience de sa propre usure (et c'est sans doute cela surtout que comprenait la reine de Blanche-Neige&#8230;). Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es chacun conna&#238;t les peintures de la fin du Moyen-&#226;ge o&#249; l'artiste a repr&#233;sent&#233; simultan&#233;ment la jeune femme, la vieille femme et le squelette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces pertes engendrent une blessure narcissique plus ou moins importante, le sujet devant faire son deuil d'une certaine image de lui-m&#234;me. Qu'on s'en inqui&#232;te ou non, qu'on le prenne ou non avec philosophie, les dents tombent et la petite souris ne passe plus. Ce regard jet&#233; sur lui-m&#234;me n'est &#233;videmment pas objectif, mais il va conditionner les diverses r&#233;actions de deuil. Il faut le noter ici : la blessure narcissique du vieillissement est tellement dans l'air du temps que le sujet vieillissant l'accepte comme une douloureuse &#233;vidence et ne s'aper&#231;oit m&#234;me pas que ses pertes sont compens&#233;es par des gains, et qu'il existe un &#233;norme d&#233;calage entre l'image sociale du vieillissement, l'image qu'il en a quand il s'examine et celle qu'il en aurait s'il d&#233;couvrait ses possibilit&#233;s r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons tous que la crise de l'adolescence est une r&#233;activation du conflit &#339;dipien, conflit dans lequel l'enfant veut tuer son p&#232;re pour pouvoir &#233;pouser sa m&#232;re, ce &#224; quoi le p&#232;re r&#233;agit par une menace de castration ; l'ordre des choses est d&#233;sir-meurtre-castration. Mais il est bon de revenir au mythe ; &lt;i&gt;car le mythe d'&#338;dipe ne dit absolument pas cela&lt;/i&gt;. Ce que dit le mythe, ce n'est pas qu'&#338;dipe tue son p&#232;re parce qu'il veut &#233;pouser sa m&#232;re, mais au contraire qu'il &#233;pouse sa m&#232;re parce que par accident il a tu&#233; son p&#232;re. Et s'il agit ainsi c'est parce qu'il ne conna&#238;t pas ses parents ; et s'il ne les conna&#238;t pas c'est parce qu'ils l'ont rejet&#233;, et mutil&#233; (&#171; &#338;dipe &#187; signifie : &#171; Celui-qui-a-les-pieds-perc&#233;s &#187;, les pieds sans doute &#233;tant le sexe) : on voit que l'ordre du mythe est exactement l'inverse du mod&#232;le freudien : c'est castration-meurtre-d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si ses parents l'ont ainsi rejet&#233;, &lt;i&gt;c'est parce qu'on leur a dit qu'il allait tuer son p&#232;re et &#233;pouser sa m&#232;re&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rapporte ces faits parce qu'il me semble que le moteur du &#171; conflit des g&#233;n&#233;rations &#187; n'est pas dans l'enfant qui se sent grandir mais dans le parent qui se sent vieillir. Le complexe d'&#338;dipe, ce n'est pas le fils qui veut tuer le p&#232;re, c'est le p&#232;re qui veut tuer le fils. Et si cela &#233;choue, c'est parce que rien n'arr&#234;te la pouss&#233;e de la vie. Il y a quelque chose de suicidaire dans cette histoire : les parents d'&#338;dipe mettent en place eux-m&#234;mes le m&#233;canisme qui les m&#232;ne &#224; leur perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas lieu de chercher plus loin pourquoi le sujet &#226;g&#233; ou vieillissant a tellement peur de montrer ses failles, pourquoi il est si long &#224; accepter l'aide, pourquoi il se sent en danger (et de mani&#232;re si path&#233;tique dans le cas du d&#233;ment, m&#234;me s'il ne faut pas oublier que par ailleurs le d&#233;ment se doute bien que s'il laisse apercevoir son d&#233;sastre il court effectivement le danger de la mise en institution).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; sans doute une r&#233;alit&#233; &#224; m&#233;diter : que signifie la succession des g&#233;n&#233;rations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que le mythe d'&#338;dipe nous apprend, c'est que la vie fait tourner une roue. Mon enfant pousse, dit-on. On oublie de dire que c'est &lt;i&gt;moi &lt;/i&gt; qu'il pousse. Et les choses sont tr&#232;s bien ainsi. Le peintre accomplit sa toile, puis il vient un moment o&#249; il signe sa toile. Que signifie cette signature ? C'est une trace de peinture qui n'a rien &#224; faire sur le tableau, qui ne cadre pas avec la sc&#232;ne peinte, la signature vient alt&#233;rer le tableau. En signant son tableau le peintre dit ceci : mon &#339;uvre est termin&#233;e, je n'ai plus rien &#224; peindre sur cette toile, tout ce que j'y ajouterais risque de d&#233;naturer ce que j'ai fait. De la m&#234;me fa&#231;on, ma fonction sur terre est d'&#234;tre un mod&#232;le pour mon fils, et j'esp&#232;re bien que je suis d&#232;s &#224; pr&#233;sent un exemple pour lui ; mais est-il certain de moi ? Tant que je suis vivant, il pourrait se faire que la mani&#232;re dont je finirai ma vie vienne d&#233;mentir la mani&#232;re dont je l'ai commenc&#233;e ; ce n'est qu'apr&#232;s ma mort que, d&#233;roulant le tableau de toute ma vie, il pourra &#234;tre assur&#233; de ce que j'ai &#233;t&#233;. C'est &#224; cause de cela qu'il faut que je meure : les seuls bons Commandeurs sont les Commandeurs morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perception du temps &#233;volue avec l'&#226;ge : pendant toute la jeunesse, et m&#234;me une bonne partie de l'&#226;ge adulte, nous vivons dans l'illusion d'un temps cyclique : nous pouvons &#171; refaire notre vie &#187; &#171; repartir &#224; z&#233;ro &#187;. Malades, nous gu&#233;rissons sans s&#233;quelles, c'est la &lt;i&gt;restitutio ad integrum&lt;/i&gt;. Le probl&#232;me est qu'avec l'&#226;ge le masque tombe : il n'est plus question d'annuler le pass&#233;, on ne peut plus cacher les cicatrices, l'ardoise de la vie ne s'efface plus. Et c'est pourquoi les personnes &#226;g&#233;es sont si friandes d'activit&#233;s qui redonnent au temps un peu de circularit&#233;. Ainsi le radotage a plusieurs fonctions :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il permet au sujet &#226;g&#233; de se rassurer sur sa m&#233;moire gr&#226;ce &#224; une histoire qu'il conna&#238;t bien.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il lui permet de se renarcissiser : l'auditeur, lui, ne la conna&#238;t pas.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il lui permet enfin d'annuler le temps en r&#233;p&#233;tant la m&#234;me s&#233;quence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-4' class='spip_note' rel='appendix' title='Sans oublier bien s&#251;r que pour que le radotage soit possible il faut que le (...)' id='nh2-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve naturellement ce sch&#233;ma dans les innombrables routines du vieillard. Pourquoi diable voudrait-on lui faire aimer l'impr&#233;vu, la nouveaut&#233;, quand cet impr&#233;vu et cette nouveaut&#233; sont pr&#233;cis&#233;ment l'odieuse marque du temps qui passe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'autre part que pour Freud la gestion des crises peut se faire par trois m&#233;canismes principaux : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La fixation : le sujet reste bloqu&#233; devant sa difficult&#233;, et ne sait pas la r&#233;soudre ni s'en d&#233;tacher. C'est ce qui se passe dans certains deuils. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La r&#233;gression : le sujet tente de r&#233;soudre la difficult&#233; en cherchant dans son pass&#233; une situation similaire et en t&#226;chant d'appliquer la solution de l'&#233;poque &#224; la situation actuelle. C'est pr&#233;cis&#233;ment le mode de fonctionnement des enfants. Mais c'est aussi le mode de fonctionnement de ce qu'on appelle l'exp&#233;rience : &#234;tre exp&#233;riment&#233;, c'est poss&#233;der un solide r&#233;pertoire de solutions.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La sublimation : le sujet est capable de r&#233;soudre le probl&#232;me pos&#233; en inventant une solution adapt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus de sublimation fait largement appel &#224; l'intelligence fluide. Il est donc plus difficile &#224; mettre en &#339;uvre par le sujet &#226;g&#233;, qui recourt souvent &#224; la fixation, qui est un m&#233;canisme d&#233;pressif, et &#224; la r&#233;gression, qui le fait retomber en enfance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La souffrance de vieillir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vieillir, affronter son vieillissement et celui de son entourage, est une entreprise douloureuse, et elle s'accompagne toujours de sympt&#244;mes qui ne font qu'en r&#233;v&#233;ler la difficult&#233;. Ce sont ces sympt&#244;mes que nous allons essayer de d&#233;finir dans leur vari&#233;t&#233;, ils conditionnent l'attitude qu'il est souhaitable d'avoir dans l'accompagnement du sujet vieillissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'angoisse :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est omnipr&#233;sente, et li&#233;e &#224; plusieurs causes :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La prise de conscience du vieillissement : elle peut &#234;tre l'occasion d'une crise profonde. Toute crise est toujours une d&#233;stabilisation (et le prototype en est la crise de l'adolescence). La crise est angoissante de deux mani&#232;res : d'une part il faut se dessaisir de ce qu'on poss&#233;dait ou de ce qu'on &#233;tait, et rien ne garantit qu'on ne regrettera pas ce qu'on a perdu ; d'autre part il faut aller vers autre chose, sur quoi on n'a pas davantage de garantie.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La perte progressive des capacit&#233;s intellectuelles : On a beau dire que les gains compensent les pertes, il s'agit d'abord d'un processus de perte, et le sujet &#226;g&#233; n'a aucune garantie quant aux limites de cette perte : la menace de la d&#233;mence, ne particulier, ne peut &#234;tre &#233;cart&#233;e, et lorsque le sujet constate l'aggravation de son trouble mn&#233;sique, il n'a aucun moyen (et le m&#233;decin non plus) de savoir si cette aggravation pr&#233;figure une d&#233;mence ou si elle n'est qu'un &#233;pisode mineur : le diagnostic de d&#233;mence repose sur l'&#233;volution. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les r&#233;actions de l'entourage : La question se pose de savoir comment l'entourage va tol&#233;rer cette crise : le risque si la crise dure est que le la famille d&#233;cide une mise en institution, une mesure de tutelle&#8230; Le sujet &#226;g&#233; se demande donc ce qui va se passer si la famille d&#233;cide de dramatiser la situation.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'attitude de l'entourage, familial et institutionnel peut donc aggraver ou au contraire diminuer cette angoisse. Tout va d&#233;pendre du regard plus ou moins bienveillant que cet entourage va poser sur la personne &#226;g&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les deuils successifs :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils entra&#238;nent in&#233;vitablement une r&#233;action d&#233;pressive. Cette d&#233;pression est normale, mais elle peut &#234;tre renforc&#233;e et devenir pathologique si les autres, de mani&#232;re consciente ou non, mettent l'accent sur les d&#233;ficits et la d&#233;pendance du &#171; vieux &#187;. La d&#233;pression du sujet &#226;g&#233; est ainsi tr&#232;s fr&#233;quente, et il faut savoir la reconna&#238;tre et la traiter, d'autant qu'elle peut prendre le masque d'une d&#233;mence. Les traitements sont efficaces, &#224; condition d'&#234;tre &#233;nergiques, et il faut rappeler ici, par exemple que le meilleur traitement de la d&#233;pression grave chez le sujet &#226;g&#233; reste l'&#233;lectrochoc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;lire :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre solution est &#233;videmment le d&#233;lire (de pers&#233;cution, de pr&#233;judice) mais aussi les hallucinations. Cependant il faut ici nuancer : il ne faut pas prendre pour un d&#233;lire le fait que le sujet &#226;g&#233; peut devenir plus autoritaire ; il peut simplement sentir sa libert&#233; lui &#233;chapper ; il peut avoir mal compris, mal entendu, il peut avoir oubli&#233;. Les questions d'argent prennent une place plus importante, et la peur d'&#234;tre abus&#233; devient pr&#233;dominante. Il ne faut pas consid&#233;rer que le sujet &#226;g&#233; d&#233;lire alors qu'il s'est simplement tromp&#233; (mais quelle diff&#233;rence entre l'erreur et le d&#233;lire ?) ; et naturellement nous faisons ici l'impasse sur le fait que bien souvent le sujet &#226;g&#233; qui d&#233;lire et raconte qu'on l'a spoli&#233; ne d&#233;lire absolument pas. Toujours est-il que cette revendication est aussi, et sans doute d'abord, un des derniers moyens qui restent au sujet &#226;g&#233; d'affirmer son existence : quiconque a travaill&#233; en &#233;quipe a vu le patron prendre une col&#232;re que rien ne justifie mais qui a pour seule fonction de rappeler, &#224; un moment o&#249;, pr&#233;cis&#233;ment, tout va bien, que c'est lui le patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'agressivit&#233; :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre issue est l'agressivit&#233;, les cris : elle est rendue possible par la perte du sens des convenances : il est logique que le sujet &#226;g&#233; perde le fil de la r&#233;alit&#233;, puisque cette r&#233;alit&#233; ne lui sert plus &#224; rien et que lui-m&#234;me n'a plus de place dans cette r&#233;alit&#233;. Alors c&#232;dent les barri&#232;res qui &#233;taient impos&#233;es par la vie en soci&#233;t&#233;, et le sujet &#226;g&#233; se laisse aller &#224; un comportement qui ob&#233;it aux r&#232;gles r&#233;gissant celui du nourrisson : le monde ne vaut qu'en tant qu'il distribue frustrations et plaisirs. Rien ne s'oppose alors &#224; ce qu'on passe sa journ&#233;e &#224; crier : il n'y a aucune raison de chercher &#224; respecter les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La confusion mentale :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieillard est en g&#233;n&#233;ral conscient de ses d&#233;faillances et souffre en particulier de ses troubles de m&#233;moire. Ceux-ci peuvent &#234;tre aggrav&#233;s par l'anxi&#233;t&#233; et l'humiliation provoqu&#233;es par un entourage maladroit. Risque alors de s'introduire un certain degr&#233; de confusion mentale : les souvenirs lointains, ceux d'un paradis perdu, en somme, affluent &#224; la conscience avec une acuit&#233; qui surprend l'entourage, et se m&#234;lent avec le v&#233;cu pr&#233;sent de curieuse fa&#231;on ; les liens de parent&#233; en particulier sont souvent intervertis, et cette vieille dame redevient la fille de sa propre fille. Toute la question est de savoir s'il faut ou non lutter contre un tel m&#233;canisme, ce qui revient &#224; se demander qui est g&#234;n&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La d&#233;mence :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'extr&#234;me, le sujet peut se r&#233;fugier dans la d&#233;mence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-5' class='spip_note' rel='appendix' title='Je reprends ici largement la th&#232;se de Jean Mainsondieu ; on fera bien de ne (...)' id='nh2-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire renoncer &#224; penser parce que la pens&#233;e est trop effrayante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot de maladie d'Alzheimer est tr&#232;s &#224; la mode, et cette mode est sans doute excessive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un pass&#233; somme toute encore r&#233;cent, le grand-p&#232;re radotait, et la famille trouvait cela normal : le grand-p&#232;re &#233;tait int&#233;gr&#233; &#224; la communaut&#233;, on le surveillait, on l'installait au coin de la chemin&#233;e &#224; &#233;cosser les haricots, et les choses &#233;taient tr&#232;s bien ainsi. Mais la civilisation contemporaine est une civilisation de performance, et on a cess&#233; de tol&#233;rer cette situation : de radoteur le grand-p&#232;re est devenu un d&#233;ment s&#233;nile, et c'est ainsi, parce qu'on l'a nomm&#233; comme malade, qu'il l'est devenu. Puis, comme ce terme &#233;tait un peu malsonnant, on a pr&#233;f&#233;rer utiliser celui, plus correct aux oreilles, de maladie d'Alzheimer, cette confiscation du terme se justifiant par le fait que dans les deux cas il y a les m&#234;mes l&#233;sions et les m&#234;mes sympt&#244;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui avait intrigu&#233; Alo&#239;s Alzheimer, c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment la survenue de d&#233;mences s&#233;niles chez des sujets qui n'en avaient pas l'&#226;ge. La maladie d'Alzheimer est la d&#233;mence s&#233;nile du sujet jeune. Dans ces conditions, dire que nos personnes &#226;g&#233;es ont la maladie d'Alzheimer revient &#224; dire qu'ils ont la d&#233;mence s&#233;nile du sujet jeune quant ils sont vieux, ce qui n'a aucun sens. Certes, cela n'a gu&#232;re d'importance : les sympt&#244;mes sont les m&#234;mes, et le traitement est bien rarement efficace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-6' class='spip_note' rel='appendix' title='Je n'en suis pas moins partisan de leur utilisation syst&#233;matique. Cette (...)' id='nh2-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais les choses risquent de changer quand, pr&#233;cis&#233;ment, nous aurons des traitements&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s grossi&#232;rement il y a sur la d&#233;mence deux grandes th&#233;ories. Pour la premi&#232;re, le cerveau vieillit, il se d&#233;t&#233;riore, on y voit appara&#238;tre des plaques de d&#233;g&#233;n&#233;rescence (ce sont les &lt;i&gt;plaques s&#233;niles&lt;/i&gt;) et quand il y en a trop on devient d&#233;ment. Pour la seconde l'essentiel est ailleurs : vieillir est douloureux, il faut se pr&#233;parer &#224; la mort, il faut faire le bilan de sa vie, il faut r&#233;arranger son psychisme, cela est difficile, si difficile que certains pr&#233;f&#232;rent ne plus penser plut&#244;t que de faire ce co&#251;teux travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; est, comme d'habitude, entre les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car certes le cerveau vieillit, et les plaques s&#233;niles se forment. Certes les d&#233;ments ont beaucoup de plaques s&#233;niles, et que plus ils en ont plus ils sont d&#233;ments. Mais ceci n'est vrai qu'&lt;i&gt;en moyenne&lt;/i&gt; : il y a des d&#233;ments qui ont moins de plaques s&#233;niles que des sujets normaux. Il y a donc un autre m&#233;canisme. D'un autre c&#244;t&#233; on d&#233;fierait sans danger les tenants de la psychog&#233;n&#232;se de nous trouver un seul cerveau de d&#233;ment qui ne soit pas truff&#233; de plaques s&#233;niles&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est vrai, donc, c'est simplement ceci : la r&#233;organisation psychologique de la fin de vie est douloureuse et difficile, et il faut un cerveau en bon &#233;tat pour la mener &#224; bien. Si le cerveau est trop alt&#233;r&#233;, l'&#233;quilibre se rompt et la d&#233;mence devient possible. Naturellement si les probl&#232;mes sont tr&#232;s importants on deviendra d&#233;ment avec peu de l&#233;sions et si les l&#233;sions sont majeures on sera d&#233;ment avec peu de probl&#232;mes, et c'est en grande partie cela qui fait la vari&#233;t&#233; des aspects de la d&#233;mence. A la limite, celui qui a d'&#233;normes probl&#232;mes et tr&#232;s peu de l&#233;sions fera un d&#233;lire ou une d&#233;pression et non une d&#233;mence, mais c'est un autre d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le repli sur soi :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien entendu la r&#233;action la plus fr&#233;quente est le repli sur soi, forme mineure de tout ce qui vient d'&#234;tre &#233;nonc&#233;. Ce repli sur soi r&#233;sulte de la constitution d'une carapace permettant au sujet &#226;g&#233; de ne pas trop souffrir : un tel m&#233;canisme d&#233;fensif est identique &#224; celui qu'on met en &#339;uvre dans la n&#233;vrose, avec deux inconv&#233;nients : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La carapace n'est pas parfaite, et laisse passer de la souffrance.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La carapace est elle-m&#234;me inconfortable.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais c'est l&#224; un d&#233;bat qui rel&#232;ve du psychologue. On ne fait que le citer pour rappeler que, tr&#232;s souvent, le sujet &#226;g&#233; se prot&#232;ge efficacement par un extraordinaire &#233;go&#239;sme. Quiconque a v&#233;cu en institution n'a pas manqu&#233; d'&#234;tre frapp&#233; par l'indiff&#233;rence avec laquelle les r&#233;sidents accueillent le plus souvent les d&#233;c&#232;s de leurs compagnons. N'oublions pas toutefois qu'il reste un &#233;norme travail &#224; faire pour d&#233;cider si cette indiff&#233;rence est le reflet d'un &#233;go&#239;sme, si elle traduit le fait que le vieillard pr&#233;f&#232;re ne pas s'attarder sur cette mort qui annonce la sienne ou encore si, plus simplement (et plus dramatiquement) il n'ose pas dire ce qu'il ressent ; d'ailleurs on observe souvent, surtout chez le d&#233;ment, des r&#233;actions de deuil br&#232;ves mais violentes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;POURQUOI TOUT CELA ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le b&#233;n&#233;vole doit &#234;tre averti de ces particularit&#233;s ; c&#244;toyer une personne &#226;g&#233;e n'est pas un exercice simple. Pour cette raison il est tr&#232;s important de rep&#233;rer les m&#233;canismes en cause, ne serait-ce que pour &#233;viter erreurs et d&#233;ceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, il faut toujours tenir compte de la fatigabilit&#233; de la personne &#226;g&#233;e : un entretien de dix minutes repr&#233;sente souvent un effort colossal, et il faut savoir le suspendre, revenir, changer d'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore il faut savoir accepter le caract&#232;re d&#233;cousu de la conversation : ce n'est souvent que plus tard, apr&#232;s l'entretien, que le b&#233;n&#233;vole pourra faire la synth&#232;se de ce qu'il a entendu et reconstituer ce qui souvent lui a &#233;t&#233; livr&#233; comme un puzzle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me les distorsions induites par le caract&#232;re diff&#233;rentiel du vieillissement sensoriel doivent &#234;tre prises en compte : non seulement elles modifient la perception du monde ext&#233;rieur, non seulement elles entravent la communication, mais encore elles m&#232;nent le sujet &#226;g&#233;, comme on l'a vu, &#224; recentrer son fonctionnement mental vers l'int&#233;riorisation. Le b&#233;n&#233;vole verra alors tr&#232;s vite que sa pr&#233;sence compte bien plus que ses paroles, et que la personne &#226;g&#233;e qui ne lui dit rien ne s'ennuie pas pour autant. Il devra faire preuve de discernement, car la question qui se pose &#224; lui est la plus redoutable de toutes : faut-il, face au sujet qui par exemple se replie sur soi, accepter ce repli ou le combattre ? Et plus pr&#233;cis&#233;ment, quand faut-il l'accepter et quand le combattre ? C'est ici qu'il faut se souvenir : accompagner, c'est suivre l'autre. L'accompagnant ne sait pas o&#249; il va (celui qui sait, c'est le guide) ; il sait seulement qu'il marche avec l'autre. Ce qui peut l'aider &#224; accomplir sa t&#226;che, c'est de comprendre o&#249; en est celui qu'il accompagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la personne &#226;g&#233;e se trompe ou s'&#233;gare, la question se pose de la m&#234;me fa&#231;on : qu'exige le respect de l'autre ? C'est assur&#233;ment manquer de respect que de faire l'impasse sur l'erreur commise ; mais ce peut &#234;tre un manque de respect bien pire que de vouloir rectifier l'erreur. Ce qui importe l&#224; au b&#233;n&#233;vole, ce n'est pas de rectifier l'erreur, c'est de comprendre l'erreur : une personne prend sa fille pour sa m&#232;re, la question n'est pas de la d&#233;tromper mais de comprendre pourquoi il faut que sa fille soit sa m&#232;re. Et le plus souvent il n'y a pas loin &#224; chercher : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'un des signes de la d&#233;mence est la perte de la capacit&#233; &#224; reconna&#238;tre les visages.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; S'il faut que sa fille soit sa m&#232;re, c'est simplement que si sa m&#232;re est toujours vivante c'est que lui-m&#234;me n'est pas si &#226;g&#233; que cela.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et la t&#226;che du b&#233;n&#233;vole sera alors seulement de trouver la r&#233;ponse adapt&#233;e, qui ne nie ni n'affirme, et qui permet &#224; l'autre de poursuivre le cours de sa pens&#233;e. Le b&#233;n&#233;vole n'est pas l&#224; pour r&#233;parer : d'abord la r&#233;paration des m&#233;canismes est un travail de soignant, non de b&#233;n&#233;vole ; ensuite la question n'est pas de savoir pourquoi il prend sa fille pour sa m&#232;re mais ce qu'il dit quand il le dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin et peut-&#234;tre surtout la connaissance de ces particularit&#233;s permet au b&#233;n&#233;vole de se rassurer, et de ne pas &#234;tre d&#233;rout&#233; par un mode de fonctionnement inhabituel. C'est ce qui lui donnera la disponibilit&#233; n&#233;cessaire pour &#234;tre attentif &#224; la seule chose qui vaille r&#233;ellement : permettre &#224; la personne &#226;g&#233;e d'accomplir son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car la personne &#226;g&#233;e est &#224; la fin de sa vie, et elle a un travail important &#224; faire, qui rejoint ce qui a &#233;t&#233; dit au d&#233;but. La personne &#226;g&#233;e est inutile, dit-on. On entend par l&#224; qu'elle n'est plus efficace pour transformer le monde de la mat&#233;rialit&#233;. Mais si elle n'avait aucune utilit&#233; la question de l'euthanasie se poserait autrement. S'il est interdit d'&#233;courter son existence, il faut que ce soit en raison de sa valeur ; et si on ne veut pas r&#233;duire cette valeur &#224; un quelconque &#171; caract&#232;re sacr&#233; de la vie humaine &#187;, il faut que ce soit en raison d'une autre valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie du sujet &#226;g&#233; a une valeur en ce que la p&#233;riode de la vieillesse est le temps o&#249; le sujet peut comprendre que sa vie a eu un sens. D&#233;couvrir le sens de sa vie, et pouvoir en attester, ne serait-ce que devant le b&#233;n&#233;vole qui &#233;coute, tel est au fond l'enjeu de toute fin de vie, et tous ceux qu y parviennent assument leur fonction, qui est pr&#233;cis&#233;ment de t&#233;moigner que l'existence humaine n'est pas frapp&#233;e du stigmate de l'absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conna&#238;tre les &#233;l&#233;ments de la vie de la personne, de son histoire, de ses rep&#232;res affectifs pour mieux l'accompagner dans le respect de son chemin : la r&#233;alit&#233; la plus pr&#233;cieuse est la r&#233;alit&#233; subjective, celle qui est sentie, v&#233;cue. C'est cela qu'il faut entendre. Au fond on arrive &#224; des choses assez simples.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ou plut&#244;t c'&#233;tait le cas depuis les ann&#233;es 80, quand l'&#226;ge l&#233;gal &#233;tait clairement &#224; 60 ans, &#226;ge auquel les mus&#233;es commencent &#224; proposer des r&#233;ductions ; depuis les choses se sont un peu compliqu&#233;es..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-2' class='spip_note' title='Notes 2-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et le politique y trouverait son compte puisque avec un tel syst&#232;me, et sans m&#234;me manipuler les statistiques, le nombre de personnes &#226;g&#233;es augmenterait nettement moins vite.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-3' class='spip_note' title='Notes 2-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces notions sont tr&#232;s approximatives et controvers&#233;es, mais elles ont une puissance d'explication qui m&#233;rite que, sans en &#234;tre dupe certes, on les conserve.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-4' class='spip_note' title='Notes 2-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans oublier bien s&#251;r que pour que le radotage soit possible il faut que le sujet ait authentiquement oubli&#233; qu'il a d&#233;j&#224; racont&#233; l'histoire ; mais c'est un autre probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-5' class='spip_note' title='Notes 2-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je reprends ici largement la th&#232;se de Jean Mainsondieu ; on fera bien de ne pas oublier que ce m&#233;canisme n'est pas celui de &lt;i&gt;toutes&lt;/i&gt; les d&#233;mences, ni m&#234;me de leur majorit&#233; ; Cela n'enl&#232;ve rien &#224; son int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2-6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-6' class='spip_note' title='Notes 2-6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je n'en suis pas moins partisan de leur utilisation syst&#233;matique. Cette position est li&#233;e au fait qu'il semble exister de rares cas o&#249; les traitements ont une efficacit&#233;, &#233;ventuellement spectaculaire. la seule solution est donc de faire un essai loyal, limit&#233; dan le temps, et r&#233;guli&#232;rement reconsid&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le droit au risque chez la personne &#226;g&#233;e</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article63</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article63</guid>
		<dc:date>2007-04-20T10:29:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;La tendance actuelle est d'&#034;assurer la s&#233;curit&#233;&#034; des personnes &#226;g&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est une bonne chose en soi. Mais... o&#249; commencent les abus, les erreurs, les d&#233;lires ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Y a-t-il un plus grand risque pour un &#234;tre humain que de perdre sa libert&#233; ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&#233;pendance, perte d'autonomie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La prise en charge des personnes &#226;g&#233;es est loin de faire suffisamment de progr&#232;s. Cependant elle en fait : le d&#233;veloppement des services &#224; la personne, le financement de la d&#233;pendance, mais aussi le progr&#232;s technologique, offrent des possibilit&#233;s de plus en plus int&#233;ressantes pour am&#233;liorer la s&#233;curit&#233; et le maintien &#224; domicile des plus vieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que les personnes &#226;g&#233;es, souvent, ne sont pas favorables &#224; cette mise en s&#233;curit&#233; ; le probl&#232;me est aussi que cette s&#233;curit&#233; a un co&#251;t : c&#244;ut financier, certes, mais plus encore co&#251;t en termes d'autonomie ; on peut dire que la s&#233;curit&#233; est dangereuse, et que le moins risqu&#233; est de prendre des risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on pour autant parler d'un droit au risque, et si oui comment le penser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de commencer ce travail, j'avais quelques certitudes. Elles ont disparu &#224; mesure que j'&#233;crivais. Ne me restent que deux ou trois rep&#232;res, que je peux essayer de partager, quelques outils qu'on peut essayer de forger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE PRINCIPE DE PRECAUTION :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peu dire que rappeler combien le principe de pr&#233;caution est &#224; la mode. Une de ces modes aga&#231;antes dans lesquelles on flaire sans peine que ceux qui l'invoquent n'ont pas compris de quoi il s'agit. Prenons donc la peine de reprendre la question &#224; son d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe de pr&#233;caution est explicitement issu de la pens&#233;e de Hans Jonas, philosophe allemand contemporain, qui pose ce principe dans son livre majeur &#171; Le Principe Responsabilit&#233; &#187;. Pour aller vite disons que Jonas est anim&#233; par un jugement tr&#232;s pessimiste sur l'&#233;volution de la civilisation :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Contrairement au r&#234;ve des Lumi&#232;res, elle n'a pas permis d'am&#233;liorer l'homme : la derni&#232;re guerre mondiale en est la preuve.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le progr&#232;s technologique est devenu capable de produire des effets tellement d&#233;vastateurs qu'on ne peut plus croire qu'il va se r&#233;guler de lui-m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
La position de Jonas est donc particuli&#232;rement noire : l'homme a fait tant de mal que la question &#233;thique n'est plus de savoir comment on va faire au mieux, mais simplement comment on va faire au moins mal. Il ne s'agit plus de faire progresser le monde mais d'&#233;viter son effondrement. Le &#171; principe responsabilit&#233; &#187; &#233;nonce que toutes nos actions doivent permettre de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L&#233;guer aux g&#233;n&#233;rations futures une terre humainement habitable et ne pas alt&#233;rer les conditions biologiques de l'humanit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; principe de pr&#233;caution &#187; &#233;nonce donc que&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Face &#224; des risques graves et irr&#233;versibles, mais potentiels, l'absence de certitudes scientifiques ne doit pas retarder l'adoption de mesures qui auraient &#233;t&#233; jug&#233;es l&#233;gitimes si de telles certitudes avaient &#233;t&#233; acquises.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit quand une innovation technologiques comporte des risques, on doit prendre des mesures maximales contre tous les dangers identifiables, y compris ceux qui seraient simplement imaginables. Et si on ne peut atteindre alors un niveau de s&#233;curit&#233; suffisant, il convient de renoncer &#224; l'innovation tant qu'on n'en sait pas plus sur les risques en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit que le principe de pr&#233;caution a une d&#233;finition tr&#232;s restrictive : quand on ne sait pas quantifier un risque on le consid&#232;re comme maximal ; on voit aussi qu'il n'a rien &#224; voir avec le &#171; principe de pr&#233;vention &#187; (quand les risques sont connus et identifi&#233;s, on a le devoir d'en tenir compte), ou le principe de prudence (quand une situation comporte des risques, on ne les assume qu'&#224; bon escient).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bon exemple d'application du principe de pr&#233;caution serait la gestion du retour sur Terre des vaisseaux spatiaux : on peut se demander si ces vaisseaux ne pourraient pas se trouver contamin&#233;s par des toxiques ou des organismes inconnus, dont la virulence pourrait se r&#233;veiller sur Terre. Il faudra donc probablement se comporter &#224; l'&#233;gard de ces vaisseaux comme s'ils &#233;taient effectivement contamin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand on dit cela on met en &#233;vidence du m&#234;me coup les limites, et m&#234;me la faiblesse de la position de Jonas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord il n'est pas difficile de constater que la conception qu'on se fait du danger est largement d&#233;pendante de l'&#233;poque : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le retour des missions Apollo n'a pas &#233;t&#233; entour&#233; d'un luxe de pr&#233;cautions bact&#233;riologiques, simplement parce qu'on ne se posait pas les probl&#232;mes en ces termes (le livre de Jonas date de 1979). &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; De la m&#234;me fa&#231;on les normes de s&#233;curit&#233; dans les &#233;coles n'ont rien &#224; voir &#224; notre &#233;poque avec ce qu'elles &#233;taient au temps de notre enfance ; ce n'est pas la technologie qui est en cause, c'est notre vision de ce qu'est un &#171; risque acceptable &#187;. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ou encore les risques de l'amiante sont connus de longue date ; ce qui a chang&#233; c'est notre conception de ce que sont les risques professionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, et surtout sans doute, on n'est pas pr&#232;s de s'entendre sur ce qu'est un &#171; risque potentiel &#187; ou un &#171; risque imaginable &#187;. Car on peut toujours imaginer un risque, et si le projet &#233;tait de n'agir que quand on est certain de ne courir aucun risque, alors on se condamnerait &#224; ne plus agir du tout : il n'est pas possible de prouver que les relais t&#233;l&#233;phoniques ne pr&#233;sentent aucun danger, car il n'existe aucun moyen de prouver un fait n&#233;gatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant par exemple des organismes g&#233;n&#233;tiquement modifi&#233;s, la question pr&#233;sente un triple aspect :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; En premier lieu il y a la question des enjeux &#233;conomiques par le biais de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e de ces organismes. Ce n'est pas un risque, c'est un probl&#232;me politique. Le principe de pr&#233;caution n'a rien &#224; voir l&#224;-dedans.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; En second lieu, il y a le fait que si on modifie du bl&#233; pour le rendre r&#233;sistant aux pesticides, c'est pour pouvoir utiliser davantage de pesticides et donc &#234;tre plus efficace. Le probl&#232;me est que le taux de pesticides dans le bl&#233; va se trouver augment&#233;, et que c'est nous qui mangeons le bl&#233;. C'est un risque, mais parfaitement mesurable. Le principe de pr&#233;caution n'a rien &#224; voir l&#224;-dedans.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; En troisi&#232;me lieu il y a la question de la nocivit&#233; de la modification g&#233;n&#233;tique en elle-m&#234;me. Pour autant qu'on sache il n'y en a aucune, et on se demande comment il y en aurait une ; dans l'&#233;tat actuel de la science, penser le contraire est une marque d'obscurantisme, et le principe de pr&#233;caution n'a rien &#224; voir l&#224;-dedans. &lt;i&gt;A moins qu'on ne dise que ce n'est pas s&#251;r, &#224; moins qu'on ne dise qu'on ne sait jamais&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt;
La limite du principe de pr&#233;caution est exactement l&#224; : &lt;i&gt;on ne sait jamais&lt;/i&gt;. Mais si on ne sait jamais, alors aucune activit&#233; humaine n'a fait la preuve d&#233;finitive de son absence de nocivit&#233;, et toute activit&#233; doit &#234;tre arr&#234;t&#233;e ; d'ailleurs qui, en 1970, aurait seulement imagin&#233; que l'automobile allait r&#233;chauffer le climat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retenons donc les trois cons&#233;quences du principe de pr&#233;caution : elles s'appliquent parfaitement &#224; notre propos sur la s&#233;curit&#233; des personnes &#226;g&#233;es :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il est illusoire de pr&#233;tendre &#233;valuer tous les risques, et m&#234;me de pr&#233;tendre les imaginer.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ce que nous appelons un risque est fortement d&#233;pendant de notre conception actuelle.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les responsables actuels tendent &#224; confondre principe de pr&#233;caution et principe du parapluie : ainsi dans le cas de la vaccination contre l'h&#233;patite B, les effets secondaires &#233;taient connus, r&#233;pertori&#233;s, quantifi&#233;s, et pas si mal ; et le rapport b&#233;n&#233;fice/risque ne souffrait, et m&#234;me aujourd'hui encore ne souffre, gu&#232;re de discussion ; ce qui est &#224; voir, c'est la mani&#232;re dont on prend en charge l'al&#233;a th&#233;rapeutique. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
LE PRINCIPE D'AUTONOMIE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les discussions les plus violentes qui agitent le monde de la vieille Europe et le monde anglo-saxon, il y a deux conceptions diff&#233;rentes du bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vision europ&#233;enne :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que pour les europ&#233;ens que nous sommes, profond&#233;ment marqu&#233;s par la pens&#233;e grecque, et encore plus par sa relecture chr&#233;tienne, il existe le beau, le vrai et le bien, et que ces trois mots correspondent &#224; des notions qui existent et peuvent faire l'objet d'un savoir. Il y a un beau en soi, une v&#233;rit&#233; absolue, et le bien est une donn&#233;e universalisable : tous les hommes aspirent au m&#234;me bien, et ils en ont la m&#234;me conception que moi. Il s'ensuit par exemple une conception particuli&#232;re du bien du malade. C'est ainsi, pour sortir du domaine m&#233;dical, que la Convention Europ&#233;enne sur l'exercice des droits de l'enfant prescrit qu'on doit&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;consulter l'enfant personnellement, (...) &#224; moins que ce ne soit manifestement contraire aux int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de l'enfant.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe donc un bien absolu, indiscutable, sur lequel tout le monde est cens&#233; s'accorder. Dans ce mod&#232;le la notion de bien n'est pas immanente &#224; l'homme, elle lui vient d'ailleurs, que cet ailleurs soit le dieu ou la nature, et c'est parce qu'elle ne d&#233;pend pas de l'homme qu'on peut s'accorder dessus. Et c'est aussi pourquoi il ne saurait y avoir de d&#233;saccord &#233;thique entre le malade et son m&#233;decin, puisque l'objectif de l'un et de l'autre est la gu&#233;rison du malade. C'est pourquoi Louis Portes, premier pr&#233;sident du Conseil de l'Ordre des M&#233;decins, qui n'avait de le&#231;ons &#224; recevoir de personne en mati&#232;re d'humanisme et de courage, pouvait &#233;crire en 1950 :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tout patient est et doit &#234;tre pour lui (le m&#233;decin) comme un enfant &#224; apprivoiser, non certes &#224; tromper, un enfant &#224; consoler, non pas &#224; abuser, un enfant &#224; sauver, ou simplement &#224; gu&#233;rir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision paternaliste de la m&#233;decine se retrouve encore dans bien des textes de loi ; il ne faut pas la m&#233;priser au nom d'une lecture caricaturale, et il n'est pas besoin d'une longue r&#233;flexion pour voir les catastrophes qu'on d&#233;clenche &#224; la jeter inconsid&#233;r&#233;ment aux orties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La vision anglo-saxonne :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'oppos&#233; de cette conception, il y a la conception autonomiste. Dans ce mod&#232;le le bien en soi n'existe pas, il n'y a que le bon : est bien ce qui est bon, et le bon est ce que l'homme dit lui &#234;tre profitable. C'est ainsi que la notion de plaisir est centrale dans la pens&#233;e des philosophes anglais des XVIIe et XVIIIe si&#232;cles, notamment Hobbes, Locke et Hume, qui sont &#224; l'origine du si&#232;cle des Lumi&#232;res, et plus encore de la pens&#233;e am&#233;ricaine. Comme il n'y a pas de bien absolu il suit qu'on ne peut juger une action &#224; ses cons&#233;quences, et que le seul crit&#232;re utilisable est le respect de principes d'action ; je n'agis pas pour faire un bien que je connais mais parce que mon devoir est d'agir ainsi. Ce qui compte ce n'est pas le contenu du contrat, c'est le respect du contrat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit que la r&#233;f&#233;rence absolue est l'autonomie de la personne, c'est &#224; dire la libert&#233; qui lui est reconnue de d&#233;cider pour elle en toute connaissance de cause. Tout doit &#234;tre fait pour respecter sa libert&#233; de choix, c'est &#224; dire aussi sa libert&#233; de dire quelles sont ses valeurs, quelles sont les choses importantes pour elle et quelles sont les choses accessoires. Dans cette vision des choses le m&#233;decin n'est pas un p&#232;re aimant mais un simple conseiller technique dont le r&#244;le se r&#233;duit &#224; informer. On voit bien le principe qui est &#224; l'oeuvre ici, et qui &#233;voque irr&#233;sistiblement ce mot de Protagoras :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'homme est la mesure de toute chose.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard, sans doute, si on retrouve ainsi quelque chose de l'opposition entre les sophistes et les platoniciens, mais cela nous m&#232;nerait trop loin. Il n'emp&#234;che : on voit bien ici les limites de la construction anglo-saxonne, qui est d'ailleurs la m&#234;me que celle, pour autant qu'on la connaisse, des sophistes : pour les anglo-sxons, il y a un principe absolu, c'est qu'il n'y a pas de principe absolu ; la construction tient &#224; condition de poser en principe que tout le monde consid&#232;re son autonomie comme la valeur essentielle, et cela ne va pas de soi. Ce pr&#233;suppos&#233; est parfaitement visible dans la proc&#233;dure m&#234;me utilis&#233;e par les am&#233;ricains : en 1991 le Parlement &#233;dicte le &lt;i&gt;Patient Self-D&#233;termination Act&lt;/i&gt;, qui d&#233;cide qu'&#224; tout patient hospitalis&#233; on doit remettre un document indiquant ses droits ; ce document comprend un dictionnaire explicatif, une charte des droits, une proposition de directives anticip&#233;es, un document sur l'ordre de r&#233;animer ou non, un formulaire de d&#233;signation d'une personne de confiance, une liste des recours possibles. Mais faisant cela on reconna&#238;t bel et bien que les humains ont suffisamment de choses en commun pour que cela puisse faire l'objet d'un &#233;crit lisible et partageable par tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les limites de ces mod&#232;les :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons. Le probl&#232;me qui nous int&#233;resse au fond n'est pas de savoir quel mod&#232;le l'emporte sur l'autre, car chacun a des inconv&#233;nients &#233;vidents ; il est plut&#244;t de savoir, pr&#233;cis&#233;ment, quels sont ces inconv&#233;nients, c'est-&#224;-dire quelles sont les impasses qui sont faites, sachant que de part et d'autre on est conscient de ces impasses mais qu'on les consid&#232;re comme un prix &#224; payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le paternaliste conduit &#224; des d&#233;cisions comme l'arr&#234;t dit H&#233;dreul. Il s'agissait d'un homme atteint d'une forme familiale de maladie intestinale, avec un risque de cancer proche de 100%. Il lui avait donc &#233;t&#233; propos&#233; une coloscopie. Malheureusement, et bien qu'aucune faute n'ait &#233;t&#233; commise, il a accumul&#233; tous les ennuis imaginables, et il attaqu&#233; le m&#233;decin au motif qu'il n'avait pas &#233;t&#233; suffisamment inform&#233; des risques de la coloscopie. La justice a fini par trancher qu'il y avait bien eu d&#233;faut d'information mais que si le malade avait eu toute l'information il n'aurait pas pour autant refus&#233; l'examen &lt;i&gt;parce qu'aucun agent rationnel ne l'aurait fait&lt;/i&gt;. En d'autres termes la libert&#233; n'est pas la libert&#233; d'agir contre le bon sens, contre le vrai et le bien consid&#233;r&#233;s comme des absolus. D&#233;cision pertinente dans le cas d'esp&#232;ce ; on imagine sans peine les abus d'un tel syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au mod&#232;le autonomiste, il aboutit &#224; des d&#233;cisions comme l'arr&#234;t Doe : une femme est enceinte ; l'enfant est menac&#233; de graves s&#233;quelles neurologiques si l'accouchement est fait par voie normale ; la m&#232;re refuse la c&#233;sarienne et le m&#233;decin est tenu de s'incliner. Cet arr&#234;t pose &#233;videmment le probl&#232;me de la responsabilit&#233; de la m&#232;re vis-&#224;-vis de son enfant, et renvoie &#224; cette question : la femme est libre de disposer de son corps mais il est des situations o&#249; elle h&#233;berge dans son corps le corps d'un autre, et de cet autre il ne va pas de soi qu'elle puisse disposer. Mais quand nous tenons ce raisonnement, ou quand nous disons que la m&#232;re n'&#233;tait pas &#224; m&#234;me d'&#233;valuer son risque, nous d&#233;cidons de substituer notre syst&#232;me de valeurs &#224; celui de la m&#232;re, et cela le mod&#232;le autonomiste nous l'interdit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes donc en difficult&#233; des deux c&#244;t&#233;s, car chacune des deux visions pr&#233;sente des inconv&#233;nients &#233;vidents. C'est cette difficult&#233; que nous retrouverons dans la prise en charge des personnes &#226;g&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UN MODELE DE RAISONEMENT : LES BARRIERES DE LIT :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des barri&#232;res de lit est probablement un v&#233;ritable embl&#232;me relativement &#224; notre sujet. En effet c'est un domaine dans lequel l'irrationalit&#233; occupe une place pr&#233;pond&#233;rante. Il convient de s'y attarder un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soignants fran&#231;ais sont de grands amateurs de barri&#232;res de lit. On en compte jusqu'&#224; 90% dans certains services hospitaliers, et ce sont loin d'&#234;tre les plus mauvais. La formation des soignants accorde une grande place aux questions de s&#233;curit&#233;, de sorte que la mise des barri&#232;res de lit est un r&#233;flexe contre lequel il est tr&#232;s difficile de lutter : ce qui est redout&#233; c'est que le malade tombe de son lit ; mais quand on fait remarquer au soignant que si ce malade parapl&#233;gique tombait un jour de son lit ce serait probablement une bonne nouvelle, le soignant r&#233;plique que, tout de m&#234;me, les barri&#232;res sont aussi tr&#232;s pratiques pour accrocher la sonnette ou le cordon de la lumi&#232;re ; bref pour une raison ou pour une autre il y a des barri&#232;res. C'est un mod&#232;le de position paternaliste. Et cette obstination est d'autant plus irrationnelle qu'en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale le soignant qui rel&#232;ve les barri&#232;res de lit omet, ce qui serait pourtant d'&#233;l&#233;mentaire prudence, de remettre le lit en position basse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement je d&#233;teste les barri&#232;res de lit. J'y ai des raisons pr&#233;cises : d'abord bien souvent elles emp&#234;chent de se lever des gens qui pourraient parfaitement le faire, et en cela elles constituent une v&#233;ritable contention, ce qui est un abus de pouvoir ; ensuite le seuls accidents mortels que j'ai observ&#233;s en mati&#232;re de chute d'un lit ont &#233;t&#233; le fait de patients qui ont enjamb&#233; la barri&#232;re de lit. Mais je dois bien admettre que si je d&#233;teste les barri&#232;res de lit, c'est aussi parce que je les d&#233;teste : je d&#233;teste cette image du vieillard parqu&#233; dans son lit comme un mouton dans son enclos. Ce que je n'aime pas c'est l'image, et ma position est tout aussi paternaliste que celle des soignants : je d&#233;teste les barri&#232;res, mais c'est moi qui les d&#233;teste, et je sens bien que quand le malade demande qu'on les lui mette je dois faire un effort pour ne pas le critiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors comment peut-on consid&#233;rer le probl&#232;me des barri&#232;res de lit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2000 l'ex-ANAES publiait un guide de recommandations intitul&#233; &#171; limiter les risques de la contention chez les personnes &#226;g&#233;es &#187;. Il y &#233;tait notamment question des barri&#232;res de lit, et on y lisait que le rapport b&#233;n&#233;fice/risque des barri&#232;res de lit est d&#233;favorable : non seulement elles n'&#233;vitent pas les chutes, mais encore elles provoquent des traumatismes, voire des d&#233;c&#232;s, au point qu'aux Etats-Unis les proc&#233;dures pour exc&#232;s de barri&#232;res sont aussi nombreuses que les proc&#233;dures pour d&#233;faut. C'est l'opinion qui maintenant a le vent en poupe, du moins chez les g&#233;riatres, et voici qui vient conforter ma th&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas tout &#224; fait cependant. Car tout de m&#234;me il y a une anomalie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons. Comment se pr&#233;sente le risque de chute d'un lit ?
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a le malade qui bouge pendant son sommeil, comme font nombre de bien-portants. Celui-l&#224;, quand il rencontre une barri&#232;re de lit, est prot&#233;g&#233; des chutes.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a le malade qui est atteint d'une d&#233;ficience motrice, neurologique ou rhumatologique, et qui ne va pas cotr&#244;ler tout &#224; fait ses gestes, s'exposant &#224; tomber lorsqu'il voudra se retourner dans son lit. Les barri&#232;res vont le prot&#233;ger.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a le malade qui veut se lever de son lit parce qu'il est agit&#233; ou confus, ou qui fait tout simplement un cauchemar. Ce malade-l&#224; ne sera pas arr&#234;t&#233; par une barri&#232;re de lit, et il l'enjambera, s'exposant &#224; un traumatisme encore plus grave.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Et puis il y a le malade, certes limit&#233; sur le plan locomoteur, mais lucide, qui voudrait se lever mais qui sera en danger s'il le fait. Les barri&#232;res vont le prot&#233;ger, mais au prix d'une restriction de libert&#233; qu'il faudra justifier, et d'une aggravation de son impotence. C'est l&#224; un des probl&#232;mes majeurs de toutes les contentions : on veut prot&#233;ger le malade contre les traumatismes, mais le principal danger des traumatismes est la grabatisation qu'ils risquent d'engendrer ; il est donc absurde de choisir, pour &#233;viter la grabatisation du malade, une strat&#233;gie aboutissant &#224; le grabatiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc que dans le troisi&#232;me type de situation les barri&#232;res sont inefficaces et dangereuses ; dans le quatri&#232;me elles sont efficaces mais dangereuses ; reste deux autres situations o&#249; elles sont efficaces. Le bon sens arrivait au m&#234;me r&#233;sultat : la surprise serait de constater que les barri&#232;res n'&#233;vitent aucune chute. Et quand l'ex-ANAES affirme que les barri&#232;res n'&#233;vitent pas les chutes, elle prend le risque de se voir demander par quel mirache un tel paradoxe pourrait bien &#234;tre expliqu&#233;. La v&#233;rit&#233; est probablement tout autre :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les barri&#232;res aggravent les dangers des chutes.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Elles ont leurs risques propres de blessure.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; De la sorte leur balance b&#233;n&#233;fice/risque est d&#233;favorable.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un usage inconsid&#233;r&#233; des barri&#232;res de lit aboutit &#224; limiter abusivement l'autonomie de certains malades, qui voient leur impotence s'aggraver et donc leur risque de chute. De la sorte, et toutes choses &#233;gales par ailleurs, il y a moins de chutes dans les services qui n'utilisent pas de barri&#232;res que dans ceux qui les utilisent.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais il y a certainement une place pour une utilisation raisonn&#233;e des barri&#232;res de lit, une utilisation qui permette de diminuer r&#233;ellement le risque de chute. Si cette possiblit&#233; n'existait pas cela constituerait un tel paradoxe qu'il faudrait l'expliquer.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le probl&#232;me est que pour faire cela il nous faudrait pr&#233;ciser les indications des barri&#232;res de lit, ce qui ne se peut qu'&#224; la condition de disposer de crit&#232;res diagnostiques. Nous ne les avons par, ce qui ne veut nullement dire qu'ils n'existent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion de tout cela saute aux yeux : tout le monde dans cette affaire se comporte en fonction de sa subjectivit&#233;. Les soignants ne supportent pas l'id&#233;e d'un patient qui prendrait un risque, je ne supporte pas l'id&#233;e d'un patient enferm&#233;, et l'ex-ANAES publie un document qui, &#224; cause peut-&#234;tre d'une id&#233;e pr&#233;con&#231;ue, ne prend pas la pr&#233;caution de faire le tri dans ses statistiques. Ces trois positions, au-del&#224; de leurs apparences, sont paternalistes ; d'ailleurs aucune mention n'y est faite du malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-on alors avancer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'avis du malade :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re solution est bien entendu de demander au malade ce qu'il en pense. Il est m&#234;me significatif que ce ne soit pas la premi&#232;re id&#233;e, tant la pose de barri&#232;res est de toute &#233;vidence une mesure de contrainte envers la personne. Mais pour des europ&#233;ens cette solution suppose qu'on ait r&#233;solu la question du &#171; consentement libre et &#233;clair&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de deux choses l'une : ou bien on consid&#232;re que, tout compte fait, il vaut mieux laisser les gens libres de d&#233;cider pour eux-m&#234;mes parce que c'est ainsi qu'on limite au mieux les abus du paternalisme ; ou bien on consid&#232;re que, tout compte fait, il vaut mieux ne pas trop accorder de cr&#233;dit &#224; l'opinion du malade car il se trompe trop souvent dans ses choix. Donc ou bien la parole du malade s'impose ou bien elle ne s'impose pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la loi du 4 mars 2002 introduit la notion de &#171; consentement libre et &#233;clair&#233; &#187;. Dire cela c'est poser un nouveau probl&#232;me. Car il est facile de dire ce qu'est le consentement ; par contre si on veut qu'il soit &#171; libre et &#233;clair&#233; &#187; on s'oblige &#224; dire qui juge de ce qui est libre et de ce qui est &#233;clair&#233;. Certes on peut se contenter de le faire par d&#233;faut : un consentement est libre quand on n'a pas d'argument pour dire que le malade a subi des pressions, et il est &#233;clair&#233; quand on peut &#233;tablir que les informations lui ont &#233;t&#233; donn&#233;es. Mais on voit bien que cela ne suffit pas. Et ce n'est pas seulement parce que les fonctions intellectuelles du malade &#224; qui on va poser des barri&#232;res de lit sont fr&#233;quemment d&#233;t&#233;rior&#233;es : c'est surtout parce que le savoir qui s'&#233;change dans la communication entre le soignant et le malade n'a pas r&#233;ellement de point commun. Il y a d'un c&#244;t&#233; un humain qui n'est pas en crise, qui poss&#232;de sur la situation un savoir en quelque sorte ext&#233;rieur, et il y a de l'autre un malade en crise, qui ne dispose d'aucune libert&#233; vis-&#224;-vis du message qui lui est adress&#233;, car ce message lui parle non d'un savoir mais d'une exp&#233;rience qu'il vit ici et maintenant. Le savoir du soignant est constitu&#233; par compilation d'un grand nombre de cas, celui du malade n'a rien &#224; voir avec une compilation, c'est imm&#233;diatement l'application &#224; une situation unique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment d&#232;s lors peut-on penser la libert&#233; de celui qui est en crise ? La loi du 22 avril 2005 pose la question mais ne donne pas de r&#233;ponse, et elle ne donne pas de r&#233;ponse parce qu'il n'y en a pas, du moins pas dans une loi. C'est ainsi, par exemple, qu'elle d&#233;crit la proc&#233;dure &#224; appliquer &#171; lorsque le malade est hors d'&#233;tat d'exprimer sa volont&#233; &#187; ; mais elle ne dit pas qui juge que le malade est en &#233;tat d'exprimer sa volont&#233; ; et si nous savons que dans bien des cas la r&#233;ponse est &#233;vidente, il en est d'autres o&#249; c'est infiniment plus difficile, et malheureusement ces cas sont les seuls o&#249; nous aurions r&#233;ellement besoin des secours de la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ici &#224; l'oeuvre l'&#233;vidence dont nous parlions ci-dessus : le concept m&#234;me de &#171; consentement libre et &#233;clair&#233; &#187; est paternaliste, puisqu'il s'agit de se donner les moyens de prot&#233;ger le malade contre ses propres erreurs en introduisant, sous le pr&#233;texte de respecter l'autonomie du malade, le filtre d'un jugement prononc&#233; par le soignant. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, si on veut renoncer &#224; ce filtre, il faut dire que par d&#233;finition l'expression de la volont&#233; du malade est toujours la plus libre et la plus &#233;clair&#233;e possible, ce qui n'a tout simplement aucun rapport avec la r&#233;alit&#233;, et constitue une pure hypocrisie, une simple op&#233;ration de d&#233;fausse par laquelle on laisserait le malade se d&#233;brouiller avec lui-m&#234;me. Il n'y a donc pas de point d'&#233;quilibre, et on demeure avec deux notions, d'ailleurs essentielles :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il faut &#234;tre prudent avant de pr&#233;tendre savoir mieux que le malade ce qui est bon pour lui.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais d&#232;s qu'on s'&#233;carte du strict respect inconditionnel de cette volont&#233;, par exemple en introduisant l'id&#233;e qu'il faudrait persuader le malade, ou que, tout de m&#234;me, on a du bon sens, alors on retombe dans le paternalisme, avouant par l&#224; qu'il n'y a aucun moyen d'y &#233;chapper, et que la question est simplement de savoir comment on le tient en lisi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une attitude professionnelle :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement il existe une autre voie, qui est d'essayer de raisonner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d'abord se demander quels sont les facteurs de risque. Il y a un certain nombre de malades dont la probabilit&#233; de tomber est nulle. Il y en a d'autres pour lesquels la pose de barri&#232;res de lit fait courir un risque majeur d'enjambement. Inversement il y a des malades qui veulent qu'on l&#232;ve les barri&#232;res, et il n'y a aucune raison de le leur refuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ensuite essayer d'&#233;valuer la situation de mani&#232;re totalement pragmatique : par exemple on d&#233;cidera que le malade consid&#233;r&#233; comme &#224; risque de chute sera install&#233; dans son lit, en position basse, avec un matelas au sol au pied de son lit. Si on ne le retrouve pas sur le matelas, c'est qu'il ne chute pas : les barri&#232;res sont inutiles ; s'il chute, alors la question des barri&#232;res de lit est pos&#233;e, et on les rel&#232;ve, tout en laissant le matelas au sol. Si on ne le retrouve pas sur le matelas, c'est que les barri&#232;res ont rempli leur office ; s'il chute, alors c'est que le malade enjambe les barri&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques conclusions :&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet exemple nous permet de comprendre plusieurs choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, tous nos mod&#232;les de raisonnement en ce qui concerne les barri&#232;res de lit sont essentiellement paternalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, ce paternalisme consiste non seulement dans le fait que nous ne jugeons la situation qu'&#224; travers notre propre syst&#232;me de valeurs (auquel nous conf&#233;rons ainsi un statut d'absolu), mais encore dans le fait qu'&#224; ce syst&#232;me de valeurs vient se surimprimer celui de nos irrationnalit&#233;s. Le paternalisme s'apparente alors &#224; une tyrannie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe une mani&#232;re pragmatique, scientifique d'aborder le probl&#232;me des barri&#232;res de lit (cependant cela ne suffit pas tout &#224; fait, car rien n'oblige absolument le malade &#224; accepter la contrainte de la rationalit&#233;. On retrouve ici la question qui &#233;tait pos&#233;e tant par l'arr&#234;t H&#233;dreul, qui pr&#233;tendait imposer comme r&#233;f&#233;rence &#171; le comportement d'un agent rationnel &#187; &lt;i&gt;que par le Patient Self-D&#233;termination Act&lt;/i&gt;, qui pr&#233;suppose que les protagonistes partagent suffisamment de valeurs pour s'accorder sur des documents &#233;crits).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'approche scientifique est soumise aux difficult&#233;s relev&#233;es lors de notre &#233;tude sur le principe de pr&#233;caution :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il est illusoire de pr&#233;tendre &#233;valuer tous les risques, et m&#234;me de pr&#233;tendre les imaginer. Ainsi la m&#233;thode du matelas au sol ne permet d'&#233;valuer que certains risques, et sur une p&#233;riode donn&#233;e.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ce que nous appelons un risque est fortement d&#233;pendant de notre conception actuelle : une fois qu'on a d&#233;tect&#233; un risque il faut encore s'entendre sur ce qu'est &#171; un niveau de risque acceptable &#187; (et il est rare que le malade soit en &#233;tat de nous aider sur ce point).
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les responsables actuels tendent &#224; confondre principe de pr&#233;caution et principe du parapluie, pouss&#233;s en cela notamment par des comportements aberrants des compagnies d'assurance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut donc aborder ces questions en gardant &#224; l'esprit que nous sommes sous l'influence de nos propres fantasmes. Ensuite il nous faut recueillir imp&#233;rativement le point de vue du patient (on ne parlera pas ici du point de vue, pourtant indispensable, des proches ; l'entretien avec les proches a une autre vertu, encore plus importante : l'acte par lequel on rend compte aux proches de l'&#233;tat de la r&#233;flexion est un r&#233;v&#233;lateur impitoyable de ce qu'on sait expliquer, de ce dont on n'est pas s&#251;r, de ce qu'on n'ose pas dire, parfois de ce dont on ne souhaite pas se vanter...). Enfin il ne faut pas oublier de pratiquer le m&#233;tier pour lequel nous sommes pay&#233;s : raisonner en scientifiques. En dernier lieu on &#233;vitera d'accorder &#224; ce raisonnement scientifique une autorit&#233; d&#233;finitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce prix on peut esp&#233;rer prendre les bonnes d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE DROIT AU RISQUE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors comment peut-on envisager un &#171; droit au risque &#187; pour la personne &#226;g&#233;e ? Et comment peut-on envisager le respect de ce droit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de prot&#233;ger la personne est &#233;videmment un projet paternaliste. C'est un projet qui pose en principe que la s&#233;curit&#233; est la valeur la plus importante, et que la situation r&#233;sultant d'une mise en s&#233;curit&#233; vaut intrins&#232;quement mieux que la situation obtenue moyennant une prise de risque, et mieux, en toute hypoth&#232;se, que la situation r&#233;sultant d'une prise de risque qui a &#233;chou&#233; (mais avec le sentiment d'avoir au moins essay&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que peut bien signifier la notion de risque appliqu&#233;e &#224; une personne &#226;g&#233;e ? De quoi peut-il bien s'agir ? Et d'abord, que signifie l'id&#233;e m&#234;me de risque ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On risque quand on se trouve dans une situation dont on ne contr&#244;le pas les param&#232;tres essentiels. Le risque est ainsi la caract&#233;ristique des situations nouvelles, de la d&#233;couverte, de la rencontre. Certes, s'agissant de la personne &#226;g&#233;e la probl&#233;matique s'inverse quelque peu : ce n'est pas la situation qui est nouvelle, c'est la capacit&#233; de la personne &#224; y r&#233;pondre ; mais il n'en reste pas moins que le risque est le corr&#233;lat essentiel de l'adaptation : on ne s'adapte qu'en prenant un risque. On ne peut &#233;liminer le risque qu'en d&#233;cidant d'adapter la r&#233;alit&#233; au sujet au lieu de faire l'inverse, et cela conduit n&#233;cessairement &#224; une sortie du r&#233;el au moyen de la cr&#233;ation d'une r&#233;alit&#233; irr&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a d&#233;j&#224; not&#233; plus haut ce paradoxe : alors que notre civilisation nous donne des moyens toujours plus performants, ce qui devrait nous rassurer sur notre capacit&#233; &#224; faire face &#224; l'adversit&#233;, on constate que le risque est devenu pratiquement obsc&#232;ne. Cela conduit &#224; cette &#233;tranget&#233; du discours politique dans lequel on passe une partie de son temps &#224; reprocher aux citoyens de prendre des risques, par exemple en fumant, ou en mangeant, ou en skiant hors pistes, et une autre partie &#224; leur reprocher de ne pas prendre de risques, par exemple en refusant la remise en cause du droit du travail. Bref le risque est devenu une notion totalement instrumentalis&#233;e, ce qui est d'autant plus facile que son &#233;valuation ne peut &#234;tre faite &#224; l'aune d'aucune r&#233;f&#233;rence stable, comme on l'a observ&#233; &#224; plusieurs reprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup on ne prend plus la peine de rechercher la r&#233;alit&#233; du risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un enjeu essentiel de la prise en charge de la d&#233;mence est la s&#233;curisation des locaux : comment faire en sorte que ces malades, qui ne savent plus o&#249; ils sont et qui sont pris d'irr&#233;sistibles compulsions &#224; marcher, ne s'&#233;chappent pas de l'unit&#233; o&#249; ils sont h&#233;berg&#233;s ? De nombreuses srtrat&#233;gies ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;es &#224; ce sujet, nous y reviendrons sans doute. Mais s'est-on pr&#233;occup&#233; de quantifier le niveau du risque ? Sans pr&#233;tendre que l'argument suffise, je dois faire &#233;tat d'une exp&#233;rience de six ans d'un &#233;tablissement dans lequel les d&#233;ments ne faisaient l'objet d'aucune autre mesure de confinement qu'une surveillance aussi &#233;troite que possible de la part des soignants. Il s'est produit, mais au fond pas tr&#232;s souvent, que des malades s'&#233;chappent ; tous ont toujours &#233;t&#233; retrouv&#233;s sains et saufs. Cela ne signifie nullement que j'avais raison, mais cela pourrait inciter &#224; se demander si le risque n'a pas &#233;t&#233; surestim&#233;, et surtout ce qui se disait dans cette surestimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque, comme partout, c'est l'incontr&#244;l&#233;, l'al&#233;atoire, ce qui &#233;chappe &#224; notre surveillance. La libert&#233; m&#234;me est une situation &#224; risque, car la libert&#233; c'est d'abord la libert&#233; de faire des erreurs (on sait que la R&#233;publique id&#233;ale de Platon, gouvern&#233;e par la seule raison, est un mod&#232;le d'Etat totalitaire). Du coup nous sommes pris dans un discours contradictoire : la personne &#226;g&#233;e est &#224; la fois celle qui, apr&#232;s s'&#234;tre priv&#233;e toute sa vie, a gagn&#233; le droit d'&#234;tre enfin libre de faire ce qu'elle veut, et celle qui, apr&#232;s avoir souffert toute sa vie, a gagn&#233; le droit d'&#234;tre enfin &#224; l'abri des angoisses ; on ne voit pas que la libert&#233; et la s&#233;curit&#233; sont deux notions incompatibles (ce n'est pas un hasard si la loi Peyrefitte du 2 f&#233;vrier 1981, l'un des textes les plus r&#233;pressifs de la Ve R&#233;publique, s'appelait &#171; s&#233;curit&#233; et libert&#233; &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la personne &#226;g&#233;e, la seule question qui vaille est de savoir ce qu'elle est encore capable de faire. Or pour en juger nous ne disposons que d'une s&#233;rie d'&#233;l&#233;ments d'appr&#233;ciation qui sont, disons pour faire court de l'ordre du scientifique, et qui doivent &#234;tre confront&#233;s &#224; ce que la personne se sent en mesure de faire. C'est l&#224; la difficult&#233; de toute d&#233;cision de soins : elle se prend en confrontant deux savoirs qui sont &#233;trangers l'un &#224; l'autre. Le scientifique (en r&#233;sumant, bien s&#251;r) a b&#226;ti son savoir sur la connaissance de nombreux cas, et le seul cas sur lequel il n'a pas de savoir est celui du malade ; le malade, lui, (toujours en r&#233;sumant), n'a de savoir que sur son propre cas, mais celui-l&#224; il est le seul &#224; le conna&#238;tre. Il n'y a donc que deux solutions : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ou bien nous d&#233;cidons que la s&#233;curit&#233; prime, et nous mettons la personne &#224; l'abri de toutes les situations dont nous ne sommes pas certains qu'elle va les ma&#238;triser. Le prix &#224; payer est n&#233;cessairement une perte d'autonomie.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ou bien nous d&#233;cidons que l'autonomie prime, et nous d&#233;cidons que la personne doit aller aux limites de ce dont elle est capable. Le prix &#224; payer est n&#233;cessairement celui de l'accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit au risque se situe ici. D'une part il y a la question, capitale, de la libert&#233; : non seulement, comme on l'a vu, la libert&#233; est d'abord la libert&#233; de faire des erreurs, mais c'est aussi la libert&#233; de d&#233;cider de son propre syst&#232;me de valeurs, c'est la libert&#233; de juger ce qui est une v&#233;rit&#233; et ce qui est une erreur (on passe ici sur le fait qu'en r&#233;alit&#233; il est absolument n&#233;cessaire que les humains partagent un miminum de choses dans ce domaine, faute de quoi ils ne pourront m&#234;me plus penser la libert&#233; et l'autonomie). Limiter le droit au risque, c'est limiter la libert&#233;. Mais d'autre part il y a le fait que la mise en s&#233;curit&#233; de la personne suppose qu'on lui &#233;vite les situations consid&#233;r&#233;es comme &#224; risque, ce qui revient &#224; le faire travailler au-dessous de ses possibilit&#233;s r&#233;elles. Le risque de la s&#233;curit&#233; est la perte d'autonomie, comme on le voit en consid&#233;rant certaines d&#233;cisions aussi fr&#233;quentes qu'absurdes, comme celle qui consiste &#224; attacher au fauteuil les malades qui risquent de tomber. Car quel est le risque de la chute ? C'est le traumatisme, la fracture, les complications, la grabatisation. Mais en attachant le malade on l'emp&#234;che de marcher, on entra&#238;ne une d&#233;sadaptation, une atrophie musculaire, une perte des rep&#232;res sensitifs et sensoriels, une grabatisation : les moyens qu'on se donne pour &#233;viter le risque conduisent &#224; le r&#233;aliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais naturellement il y a en ce qui concerne la personne &#226;g&#233;e un risque dans le risque : n'y a-t-il pas un risque &#224; la laisser calculer son risque, alors que l'environnement &#233;volue si vite qu'elle n'a pas les moyens de l'&#233;valuer ? On n'est pas en peine pour trouver des exemples de personne &#226;g&#233;e qui s'expose &#224; des risques manifestement inconsid&#233;r&#233;s, soit pour se prouver qu'elle en est encore capable soit parce qu'elle n'a pas pens&#233; aux cons&#233;quences de ce qu'elle entreprenait. Peut-on alors dire qu'elle exerce sa libert&#233;, quand elle souffre &#224; l'&#233;vidence d'un trouble du jugement ? De quelle hypocrisie ne ferait-on pas preuve &#224; pr&#233;tendre qu'une personne est libre quand, sans qu'il s'agisse d'une d&#233;mence, elle ne dispose plus de tous les moyens de prendre une d&#233;cision rationnelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'un autre c&#244;t&#233;, cette famille qui choisit de laisser son parent d&#233;ment seul &#224; domicile, et qui nous dit que le temps qu'il passe dans cette situation est du temps de gagn&#233;, et qu'elle assume le risque de la situation, et qu'il vaut mieux le trouver mort sur son carrelage que grabataire en maison de retraite, qui dira que cette famille est dans l'erreur ? Et s'il y avait pire que la mort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; peine n&#233;cessaire d'ajouter que la personne &#226;g&#233;e qui prend des risques a toute chance de nous cr&#233;er des complications : le risque est aussi pour nous. Ou que, limitant les risques pour la personne &#226;g&#233;e, nous proc&#233;dons &#224; une infantilisation qui peut rec&#233;ler plus d'un r&#232;glement de comptes, comme on le voit en observant ces vieux couples o&#249; la femme prend sa revanche sur le mari qui l'a bafou&#233;e toute sa vie et qui, devenu impotent, tombe enfin en son pouvoir. Bref que la question de la s&#233;curit&#233; se ram&#232;ne bien souvent &#224; celle de &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; s&#233;curit&#233;. Ce n'est pas totalement ill&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UN CAS CONCRET :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appliquons ces quelques observations &#224; une situation particuli&#232;rement banale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connais une vieille dame. Elle a 93 ans, elle vit seule dans un pavillon de banlieue. Elle est en assez bonne sant&#233;, pour l'essentiel elle pr&#233;sente un risque de chute important du fait de son &#233;tat rhumatologique ; ce risque est major&#233; par une prise d'anticoagulants motiv&#233;e par une embolie pulmonaire ; elle n'a pas de d&#233;ficit intellectuel majeur ; elle a des appareils auditifs mais elle ne veut pas user les piles ; elle a une t&#233;l&#233;alarme mais elle ne veut pas la garder sur elle. La maison est inam&#233;nageable, et si le plus souvent elle se confine au rez-de-chauss&#233;e il lui arrive malgr&#233; tout de descendre &#224; la cave, par un escalier &#233;troit et raide &#224; l'&#233;clairage d&#233;fectueux, et dans lequel elle est d&#233;j&#224; tomb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que convient-il de faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ma qualit&#233; de technicien de ces situations, j'ai eu l'occasion d'en discuter au cours d'une r&#233;union de la famille. Bien entendu cette discussion a eu lieu en pr&#233;alable &#224; toute d&#233;marche vis-&#224;-vis de l'int&#233;ress&#233;e ; la question &#233;tait donc de savoir si on allait lui en parler, et de quoi. J'ai dit qu'il convenait de commencer &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; ce qui risquait de se passer. J'ai rappel&#233; qu'en effet les pires situations &#233;taient celles qui n'avaient pas &#233;t&#233; anticip&#233;es, et que sans pour autant se pr&#233;cipiter sur des d&#233;cisions alors qu'aucune n'&#233;tait actuellement &#224; l'ordre du jour, le moment &#233;tait venu de pr&#233;voir une organisation :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Prendre des informations sur les maisons de retraite. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; R&#233;fl&#233;chir &#224; la mani&#232;re dont elles pourraient &#234;tre financ&#233;es.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; D&#233;cider qui ferait quoi dans l'hypoth&#232;se d'une hospitalisation, ou d'une aggravation de la d&#233;pendance. &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;fl&#233;chir &#224; un syst&#232;me de t&#233;l&#233;surveillance, en installant deux ou trois webcams et une connexion Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;actions ont &#233;t&#233; tr&#232;s violentes : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La vieille dame ne va pas si mal que cela.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il n'est pas question de violer son intimit&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Si elle veut prendre des risques, c'est son droit et il faut le respecter.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Et de toute mani&#232;re on assumera le moment venu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment analyser cette s&#233;quence, dont la banalit&#233; est le trait essentiel ? Car la r&#233;action de cette famille est conforme au st&#233;r&#233;otype.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y trouve d'abord le d&#233;ni de la situation, qui peut s'expliquer de multiples mani&#232;res, l&#224; n'est pas notre propos. Toujours est-il que le risque de chute, pourtant majeur et major&#233; par le traitement anticoagulant, est totalement d&#233;ni&#233;, que la d&#233;t&#233;rioration intellectuelle, qui est aussi &#233;vidente que mod&#233;r&#233;e, est pass&#233;e par profits est pertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y trouve ensuite une difficult&#233; &#224; examiner la lourdeur de l'engagement qu'elle prend quand elle se dit pr&#234;te &#224; assumer les cons&#233;quences de ses choix. Et si je lui accorde un cr&#233;dit complet quand elle affirme qu'elle assumera le moment venu, je suis bien contraint d'admettre que les quatre phrases par lesquelles elle exprime sa position sont celles que le g&#233;riatre entend le plus r&#233;guli&#232;rement quand il se risque &#224; proposer un plan d'aide, et que le rejet de ce plan est tout aussi r&#233;guli&#232;rement, au bout de quatre mois, suivi d'une r&#233;hospitalisation en urgence dans des conditions apocalyptiques et d'un envoi en catastrophe dans n'importe quel mouroir. Et ce n'est pas parce que mon inqui&#233;tude est jusqu'ici d&#233;mentie par les faits que le raisonnement perd sa l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;affirmation d'un droit au risque est certainement bienvenue. Mais l&#224; encore il faut &#234;tre prudent. Car de quoi s'agit-il en r&#233;alit&#233; ? Il est probable que mes interlocuteurs ont simplement en vue le refus pr&#233;visible de la vieille dame, qui &#224; nos propositions aurait toute chance d'opposer un : &#171; Laissez-moi tranquille, je n'ai besoin de rien &#187;. On pourrait alors se rassurer en invoquant, en bon z&#233;lateurs du principe d'autonomie, sa d&#233;cision souveraine et opposable d&#232;s lors qu'elle a &#233;t&#233; inform&#233;e. On m&#233;conna&#238;trait ainsi une difficult&#233; de taille : la vieille dame n'a aucune id&#233;e de ce qu'est une webcam, et elle ne peut se faire aucune repr&#233;sentation de ce que pourrait &#234;tre une t&#233;l&#233;surveillance ; d'ailleurs l'hostilit&#233; si fr&#233;quente des personnes &#226;g&#233;es &#224; la t&#233;l&#233;alarme provient avant toute chose du fait qu'elles sont incapables de concevoir le fonctionnement du syst&#232;me. Dans ces conditions, pr&#233;tendre qu'on a respect&#233; l'autonomie de la personne alors qu'on a tout simplement utilis&#233; le fait qu'elle n'a pas compris de quoi on lui parle ne semble pas, au regard de l'&#233;thique, d'une grande solidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus int&#233;ressant est sans doute sa position par rapport &#224; la t&#233;l&#233;surveillance : car on voit bien que cette position est sous-tendue par le fantasme orwellien d'une vieille dame espionn&#233;e, traqu&#233;e dans ses toilettes ou sous sa douche. Or ce fantasme ne tient aucun compte de la r&#233;alit&#233; : d'abord le projet n'est pas de truffer de cam&#233;ras la maison d'une vieille dame mais de se donner les moyens de v&#233;rifier deux ou trois fois par jour, en installant une ou deux webcams aux endroits qu'elle fr&#233;quente le plus souvent qu'elle n'est pas en danger ; ensuite il n'y a gu&#232;re lieu de prendre en compte un risque d'abus, sachant que les utilisateurs &#233;ventuels du dispositif seraient exclusivement des membres de la tr&#232;s proche famille ; quant &#224; la place d'un &#233;ventuel voyeurisme, elle semble restreinte pour plus d'une raison. On voit bien que la fonction du fantasme est de transformer la question pos&#233;e en une question de principe, ce qui &#233;vite, pr&#233;cis&#233;ment, d'examiner la question pos&#233;e. L'attachement au principe est l'alibi d'une pusillanimit&#233; intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit tout aussi facilement de quoi le fantasme est nourri : ce qui pr&#233;domine, comme dans l'exemple des barri&#232;res de lit, c'est la projection : c'est l'id&#233;e que les enfants se font de l'id&#233;e que la vieille dame pourrait avoir ; ce faisant on oublie r&#233;guli&#232;rement que les situations sont diff&#233;rentes : aucun adulte jeune ne s'imagine incontinent, ou d&#233;ment, et il peut encore moins imaginer les renoncements auxquels il devrait alors consentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce refus &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; d'examiner le principe de la t&#233;l&#233;surveillance appara&#238;t donc pour ce qu'il est : une position absurde. Il me reste &#224; ajouter que cette position a &#233;t&#233; la mienne pendant plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela pourtant ne cl&#244;ture pas le d&#233;bat. Car les positions de principe ne sont pas pour autant n&#233;gligeables, et l'on peut parfaitement concevoir qu'on refuse la notion m&#234;me de t&#233;l&#233;surveillance au nom d'un n&#233;cessaire respect absolu de l'intimit&#233; des personnes. Ce n'est pas le lieu ici d'examiner si une telle position de principe est l&#233;gitime s'agissant de la t&#233;l&#233;surveillance. Par contre on ne peut manquer de relever une contradiction : car si on d&#233;cide que la t&#233;l&#233;surveillance est interdite a priori, alors on dit du m&#234;me coup qu'il s'agit d'une mauvaise chose en soi ; et si on dit qu'il s'agit d'une mauvaise chose en soi, on admet du m&#234;me coup qu'il existe des choses qui sont mal en soi ; il y a donc un mal absolu, le bien et le mal sont d&#233;finis par une norme ext&#233;rieure &#224; l'individu qui utlise les choses ; mais si c'est le cas, alors il n'y a plus aucun moyen de fonder une d&#233;marche autonomiste : le bien de la personne existe en soi, il y a de gens dont le m&#233;tier est de dire en quoi ce bien consiste, et la seule attitude raisonnable est le paternalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque suppl&#233;mentaire s'impose, qui concerne le rapport que nous entretenons avec la technologie ; c'est une banalit&#233; que d'observer combien, dans le monde soignant, le recours &#224; la technique dispense d'agir, et plus encore de r&#233;fl&#233;chir : on ne compte plus les appareils achet&#233;s &#224; la l&#233;g&#232;re alors qu'un peu de r&#233;flexion, ou une r&#233;organisation, aurait ais&#233;ment prouv&#233; que ces achats n'&#233;taient pas n&#233;cessaires. C'est le cas ici : l'id&#233;e d'une t&#233;l&#233;surveillance est probablement bonne ; mais cette certitude s'effrite quelque peu quand on essaie de r&#233;fl&#233;chir au probl&#232;me pos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tudions le cas d'une vieille dame qui vit seule chez elle. Il y a des risques inh&#233;rents &#224; la situation, et certains de ces risques, par exemple celui d'un trouble du rythme brutal, ne peuvent &#234;tre &#233;limin&#233;s par aucun moyen adapt&#233; : personne ne songe &#224; &#233;quiper la dame d'un monitorage cardiaque miniaturis&#233;. Ce que nous cherchons &#224; &#233;liminer, c'est le risque d'un s&#233;jour prolong&#233; au sol apr&#232;s une chute, ou d'une pathologie brutale n&#233;cessitant une intervention en semi-urgence. L'id&#233;e est donc de pouvoir v&#233;rifier rapidement l'&#233;tat global de la personne, par un simple coup d'oeil &#224; l'&#233;cran. Et parvenus &#224; ce point on s'aper&#231;oit qu'on parviendrait au m&#234;me r&#233;sultat avec un instrument moins sophistiqu&#233; nomm&#233; t&#233;l&#233;phone. Certes cela implique que si la vieille dame ne r&#233;pond pas au t&#233;l&#233;phone il faudrait aller sur place, mais les intervenants potentiels habitent tous &#224; moins de dix kilom&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que l'id&#233;e d'une surveillance par webcams &#233;tait &lt;i&gt;mon&lt;/i&gt; id&#233;e, que je n'ai pas pens&#233; une seconde &#224; organiser une veille t&#233;l&#233;phonique &lt;i&gt;et mes interlocuteurs non plus&lt;/i&gt;. D'ailleurs cette veille n'a pas &#233;t&#233; mise en place. Il peut arriver que le recours &#224; la technologie serve surtout &#224; &#233;luder la n&#233;cessit&#233; d'une relation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; ce jour la vieille dame va tr&#232;s bien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Qu'est-ce que vieillir ?</title>
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&lt;p&gt;L'homme et la femme vieillissent-ils diff&#233;remment ? &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est g&#233;n&#233;ralement ce qu'on pense : l'image, plus ou moins implicite que l'on v&#233;hicule est que l'homme garde plus longtemps que la femme son dynamisme et son activit&#233;, mais qu'il vit moins vieux, de sorte que la femme est vieille plus t&#244;t et plus longtemps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il n'est pas si simple de faire la part de ce qui revient au culturel (ou au l&#233;gendaire, ce qui apr&#232;s tout n'est peut-&#234;tre pas si diff&#233;rent) et au biologique. Et il n'est pas du tout certain (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&#233;pendance, perte d'autonomie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'homme et la femme vieillissent-ils diff&#233;remment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est g&#233;n&#233;ralement ce qu'on pense : l'image, plus ou moins implicite que l'on v&#233;hicule est que l'homme garde plus longtemps que la femme son dynamisme et son activit&#233;, mais qu'il vit moins vieux, de sorte que la femme est vieille plus t&#244;t et plus longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'est pas si simple de faire la part de ce qui revient au culturel (ou au l&#233;gendaire, ce qui apr&#232;s tout n'est peut-&#234;tre pas si diff&#233;rent) et au biologique. Et il n'est pas du tout certain que cette diff&#233;rence suppos&#233;e ait le moindre fondement biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car biologiquement l'homme et la femme sont &#224; la fois semblables et diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'excellentes raisons de penser que la diff&#233;rence entre les deux sexes est li&#233;e &#224; la pr&#233;sence ou non de certaines hormones. Mais pour la plupart de leurs organes l'homme et la femme se ressemblent. Et pour la plupart leur vieillissement est le m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vieillissement de ma voiture est li&#233; &#224; trois param&#232;tres :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Quoi que je fasse le simple fait de l'utiliser est source d'&#233;rosion, de corrosion, de d&#233;gradation ; je peux lutter contre ce ph&#233;nom&#232;ne, je peux prot&#233;ger ma voiture mais &#224; plus ou moins long terme rien n'y fera.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais naturellement elle vieillira plus vite si je roule 50 000 km par an que si j'en fais 10 000.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Et si j'ai deux accidents tous les ans elle vieillira encore plus vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me mani&#232;re le vieillissement d'un organe ou d'une fonction est li&#233; &#224; trois param&#232;tres : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a ce qui r&#233;sulte de l'action du temps sur l'organe : processus cellulaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Avec le temps l'hydratation de ma peau se perturbe.' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, anomalies de la r&#233;g&#233;n&#233;ration&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Avec le temps fleurissent sur ma peau des taches, des kystes, des l&#233;sions (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, apoptose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-3' class='spip_note' rel='appendix' title='De toute mani&#232;re les cellules de ma peau sont programm&#233;es pour mourir un jour (...)' id='nh3-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ce qu'on appelle commun&#233;ment vieillir ; pourtant dans les faits c'est le ph&#233;nom&#232;ne le moins important : par eemple, laiss&#233; aux seules forces de ce vieillissement, un poumon humain n'a pas de raison de poser de probl&#232;me avant 140 ans, celui d'un trompettiste comme celui d'un mime.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a ce qui r&#233;sulte de l'utilisation de l'organe ; et les efforts respiratoires consentis par le trompettiste vont faire que le moindre point de fragilit&#233; va se transformer en l&#233;sion plus ou moins irr&#233;versible, ce qui acc&#233;l&#232;re consid&#233;rablement le vieillissement. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Et si le trompettiste fume, ou s'il accumule les bronchites, les choses iront encore plus vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pratique, cela signifie que le vieillissement biologique, celui qui est li&#233; &#224; la simple action du temps, est un processus &lt;i&gt;marginal&lt;/i&gt; dans le vieillissement humain : aucun poumon humain n'a jamais atteint sa date limite d'utilisation. Les deux causes de vieillissement sont le mode de vie et les al&#233;as de l'existence. Naturellement plus on avance en &#226;ge plus les cons&#233;quences des ces deux derniers facteurs se font sentir. Mais il reste que le vieillissement naturel va bien plus vite que le vieillissement biologique. On ne meurt pas de vieillesse, on meurt de ce qu'on a fait de sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc que pour la plupart des organes le vieillissement est d'abord une affaire non point biologique mais &lt;i&gt;sociale et culturelle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a tout de m&#234;me bien un certain nombre de fonctions et d'organes qui sont influenc&#233;s par la pr&#233;sence ou non des hormones sexuelles. C'est en cela que l'homme et la femme, biologiquement, diff&#232;rent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-4' class='spip_note' rel='appendix' title='Allons plus loin : il serait totalement exact de dire que l'impr&#233;gnation (...)' id='nh3-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses sont d'ailleurs m&#234;l&#233;es d'une mani&#232;re tr&#232;s questionnante du point de vue symbolique : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'absence de testost&#233;rone conduit &#224; un d&#233;veloppement de type f&#233;minin : il y a des hommes qui ne savent pas fabriquer la testost&#233;rone, ou qui ne savent pas l'utiliser ; ils se d&#233;veloppent comme des femmes. On peut donc dire que la femme est un homme &#224; qui il manque quelque chose. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais en r&#233;alit&#233; la femme fabrique de la testost&#233;rone ! Simplement chez elle le processus ne s'arr&#234;te pas l&#224;, et elle s'en sert sert pour fabriquer des estrog&#232;nes. Et de ce point de vue on peut tout aussi bien dire que la femme est un homme qui a appris &#224; faire de sa testost&#233;rone autre chose que la consommer b&#234;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Biologiquement, les hormones sexuelles ont d'abord des effets sur la reproduction et les organes sexuels ; elles ont aussi des effets annexes. Mais il vaut le peine de regarder les choses d'un peu plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La testost&#233;rone est indispensable &#224; la fabrication des spermatozo&#239;des et au d&#233;veloppement des organes g&#233;nitaux, donc &#224; la fertilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la question se complique d&#232;s qu'on aborde les &#171; caract&#232;res sexuels secondaires &#187; : car tout de m&#234;me la moustache joue un r&#244;le relativement effac&#233; dans la reproduction humaine. Les &#171; caract&#232;res sexuels secondaires &#187; ne sont sexuels que pour des raisons culturelles : ils servent &#224; signaler la pr&#233;sence de testost&#233;rone chez le porteur de moustache (et c'est si relatif que, contrairement &#224; ce qu'on croit, il n'y a aucun rapport entre l'abondance de la pilosit&#233; et le taux de testost&#233;rone).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs la testost&#233;rone favorise le d&#233;veloppement des muscles et des os, et intervient &#233;galement dans le m&#233;tabolisme des lipides et des glucides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on l'estradiol est indispensable &#224; la fabrication des ovules et au d&#233;veloppement des organes g&#233;nitaux, donc &#224; la fertilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me des &#171; caract&#232;res sexuels secondaires &#187; est encore plus d&#233;licat ; il y a des &#171; caract&#232;res sexuels secondaires &#187; qui sont li&#233;s &#224; la pr&#233;sence d'estradiol : c'est le cas du d&#233;veloppement mammaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-5' class='spip_note' rel='appendix' title='Mais est-ce vraiment un caract&#232;re &#171; secondaire &#187; ? Dans la nature la (...)' id='nh3-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais aussi de la texture de la peau ; il y en a d'autres qui sont li&#233;s &#224; l'absence de testost&#233;rone, et c'est le cas de la voix, ou de la pilosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin l'estradiol a un effet sur le d&#233;veloppement des os, et joue un r&#244;le protecteur par rapport au m&#233;tabolisme des lipides et des glucides, ainsi qu'&#224; l'hypertension art&#233;rielle. La question de ses effets sur le cerveau reste floue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors que se passe-t-il quand on vieillit ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un vieillissement m&#233;tabolique, mais il ne se voit pratiquement pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans les deux sexes une diminution de la performance sexuelle ou reproductive, avec cette diff&#233;rence, capitale, induite par la m&#233;nopause, qui fait de l'entr&#233;e en vieillissement un processus datable chez la femme alors qu'il est consid&#233;r&#233; comme plus progressif chez l'homme : on parle p&#233;riodiquement de l'andropause, mais la r&#233;alit&#233; est que la diminution des s&#233;cr&#233;tions hormonales ches le m&#226;le est tr&#232;s progressive ; il n'y a pas l'&#233;quivalent de ce saut qualitatif qu'est l'arr&#234;t des cycles menstruels ; l'id&#233;e d'andropause semble tr&#232;s culturelle, et pour tout dire tr&#232;s f&#233;ministe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'essentiel se passe tout de m&#234;me bien au niveau des &#171; caract&#232;res sexuels secondaires &#187;. Les cons&#233;quences observables &#171; &#224; l'oeil nu &#187; sont chez l'homme une diminution de la performance physique, chez la femme une alt&#233;ration des structures qui supportent son pouvoir de s&#233;duction&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-6' class='spip_note' rel='appendix' title='Essentiellement la peau et les seins.' id='nh3-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du moins est-ce ce qu'on dit habituellement. Car disant cela que dit-on ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On laisse entendre que l'homme n'a pas de probl&#232;me avec son pouvoir de s&#233;duction. Tout de m&#234;me cela demanderait nuance, d'autant plus que dans notre civilisation occidentale la performance physique n'est plus une question de vie ou de mort, et qu'elle a de fortes chances de ne plus correspondre &#224; rien d'autre qu'&#224; une arme de s&#233;duction. En r&#233;alit&#233; la perte du pouvoir de s&#233;duction &lt;i&gt;affecte aussi l'homme&lt;/i&gt; : la position de ce probl&#232;me est purement culturelle, elle implique avant tout le regard que l'homme porte sur le regard que la femme porte sur l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conclusion qui s'impose &#224; ce stade est donc que dans notre civilisation le vieillissement n'est pas un processus biologique, mais un processus social et culturel. On vieillit &#224; proportion de ce qu'on a fait de son corps, et les marques les plus visibles portent sur la mani&#232;re dont l'homme et la femme pensent leurs relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire la plus &#233;difiante de ce point de vue est sans conteste celle du traitement hormonal de la m&#233;nopause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant longtemps les estrog&#232;nes, on l'a vu, ont &#233;t&#233; r&#233;put&#233;s avoir un effet protecteur contre l'ost&#233;oporose, mais aussi l'ath&#233;roscl&#233;rose, l'hypertension art&#233;rielle, le diab&#232;te, l'ob&#233;sit&#233; ; &#224; ces effets b&#233;n&#233;fiques s'en ajoutaient d'autres, non n&#233;gligeables, sur la peau, les muqueuses, la d&#233;pression et la libido ; des &#233;tudes datant du milieu des ann&#233;es 90 leur attribuaient m&#234;me un effet pr&#233;ventif spectaculaire sur la maladie d'Alzheimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions il n'y avait aucun doute : ne pas donner de traitement hormonal &#224; une femme m&#233;nopaus&#233;e relevait autant dire de la faute professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que depuis la probl&#233;matique s'est invers&#233;e : on a publi&#233; des &#233;tudes montrant que le traitement hormonal est responsable d'une augmentation significative du nombre de cancers du sein, et que les pr&#233;tendus effets positifs n'existent pas. Il est donc d&#233;conseill&#233; de traiter les femmes m&#233;nopaus&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelque temps on revient &#224; la premi&#232;re proposition : il para&#238;t que les &#233;tudes am&#233;ricaines portaient sur des femmes et des produits qui n'ont pas de rapport avec la r&#233;alit&#233; fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait &#234;tre &#233;pid&#233;miologiste ou endocrinologue, et de pr&#233;f&#233;rence les deux &#224; la fois, pour dire s'il faut ou non traiter les femmes m&#233;nopaus&#233;es. Mais le logicien, lui, rel&#232;ve dans cette histoire d'&#233;tranges anomalies. Et la moindre de ces anomalies n'est pas le manque d'&#233;tonnement de la communaut&#233; scientifique. Car, tout de m&#234;me, l'ardente obligation du traitement hormonal &#233;tait ce qu'on enseignait encore aux &#233;tudiants en g&#233;riatrie pendant les ann&#233;es 1990-1995. D&#233;cider qu'il fallait inverser la probl&#233;matique, c'&#233;tait dire qu'on avait commis une monumentale erreur statistique, et il y avait lieu avant tout de s'interroger sur la mani&#232;re dont on avait pu la commettre. Il y a toujours lieu d'&#234;tre circonspect devant de tels retournements de situation ; pour ne citer qu'un exemple, une &#233;tude montrait que le traitement hormonal &lt;i&gt;diminuait de 90%&lt;/i&gt; le risque de maladie d'Alzheimer. Si cette &#233;tude &#233;tait fausse, il aurait &#233;t&#233; instructif de savoir comment une erreur aussi massive avait pu &#234;tre commise. Or on ne nous a rien dit sur ce point, pas plus que sur les autres effets pr&#233;ventifs des estrog&#232;nes naturels. Il est &#233;trange qu'&#224; l'&#233;poque on n'ait pas relev&#233; ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y avait bien d'autrs anomalies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les &#233;tudes dont on nous parlait ont toutes &#233;t&#233; men&#233;es avec des estrog&#232;nes de synth&#232;se, qui sont utilis&#233;s dans les pays anglo-saxons, alors qu'en France nous utilisions des estrog&#232;nes naturels. Il a toujours &#233;t&#233; dit que les estrog&#232;nes de synth&#232;se n'ont aucun des effets positifs des estrog&#232;nes naturels ; et les &#233;tudes qui ont &#233;t&#233; men&#233;es r&#233;cemment en France avec les estrog&#232;nes naturels contredisent, comme on pouvait s'y attendre, les r&#233;sultats anglo-saxons ; mais on n'en a gu&#232;re parl&#233;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les estrog&#232;nes augmentent le risque de cancer du sein, mais personne n'a jamais propos&#233; une castration &#224; une femme ayant eu un cancer du sein (alors que cette castration est un pr&#233;alable &#224; certains traitements du cancer de la prostate).
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le risque de cancer du sein augmente, mais dans de tr&#232;s faibles proportions, alors que le risque de cancer du c&#244;lon, lui, baisse fortement.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Au fond le seul chiffre int&#233;ressant serait celui de la mortalit&#233; avec et sans traitement. Ce chiffre n'a jamais &#233;t&#233; fourni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pourquoi y a-t-il eu cette lev&#233;e de boucliers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;barrassons-nous des &#233;vidences : D'abord le sang contamin&#233; est pass&#233; par l&#224;, et les hommes politiques n'ont pas voulu courir le risque d'une autre affaire de sant&#233; publique ; ensuite le march&#233; des bisphosphonates, solution alternative aux estrog&#232;nes dans la lutte contre l'ost&#233;oporose, est incomparablement plus lucratif que celui des hormones. Reste deux choses frappantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est que les femmes, dans cette affaire, ont &#233;t&#233; pri&#233;es de se soumettre aux d&#233;cisions de la science, m&#234;me quand, comme on l'a vu, l'argumentation de cette derni&#232;re pr&#233;sentait quelques failles. Certes on a bien rectifi&#233; le tir en disant que la femme resterait libre de choisir son risque, mais on voit bien qu'il s'agit l&#224; de la libert&#233; qu'on accorde aux fumeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est que le traitement hormonal de la m&#233;nopause est tr&#232;s &lt;i&gt;d&#233;rangeant&lt;/i&gt;. Car la m&#233;nopause &#233;tait pour tout le monde le signe de l'entr&#233;e de la femme en vieillissement. &#192; cause de la m&#233;nopause la femme vieillissait, du moins au d&#233;but, plus vite que l'homme. Et voici que le traitement hormonal permettait &#224; la femme de vieillir moins vite que l'homme. L'eau de jouvence existait, et les hommes en &#233;taient exclus. Cela ne pouvait durer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cid&#233;ment, le vieillissement n'est pas d'abord une question de biologie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb3-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec le temps l'hydratation de ma peau se perturbe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec le temps fleurissent sur ma peau des taches, des kystes, des l&#233;sions pr&#233;canc&#233;reuses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-3' class='spip_note' title='Notes 3-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De toute mani&#232;re les cellules de ma peau sont programm&#233;es pour mourir un jour sans pouvoir se diviser.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-4' class='spip_note' title='Notes 3-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Allons plus loin : il serait totalement exact de dire que l'impr&#233;gnation hormonale affecte en r&#233;alit&#233; la quasi totalit&#233; des organes ; mais les cons&#233;quences de ce fait sont loin d'&#234;tre aussi importantes qu'on le croit.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-5' class='spip_note' title='Notes 3-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mais est-ce vraiment un caract&#232;re &#171; secondaire &#187; ? Dans la nature la possibilit&#233; d'allaiter est un &#233;l&#233;ment fondamental de la f&#233;condit&#233; d'une femelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-6' class='spip_note' title='Notes 3-6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Essentiellement la peau et les seins.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Plan de soins ou contrat de soins</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article30</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article30</guid>
		<dc:date>2005-11-13T16:08:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Nous connaissons tous les besoins de la personne &#226;g&#233;e, et si nous les ignorions V. Henderson suffirait &#224; nous les rappeler. Mais sommes-nous conscients du foss&#233; qui peut exister entre notre d&#233;sir et celui de la personne ?&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique8" rel="directory"&gt;D&#233;pendance, perte d'autonomie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;EN FIN DE VIE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on s'occupe de m&#233;decine palliative on est n&#233;cessairement conduit &#224; d&#233;velopper certaines conceptions qui s'av&#232;rent fort utiles pour aborder la probl&#233;matique des personnes &#226;g&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut certes se demander en quoi. L'air du temps au contraire nous montre un troisi&#232;me &#226;ge en pleine forme, dont la relation &#224; la mort se limite &#224; un contrat Norwich Union. Et pourtant... il n'y a ni cynisme ni humour noir &#224; faire observer que les personnes &#226;g&#233;es sont en fin de vie !&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce donc que le regard de la m&#233;decine palliative peut apporter &#224; la g&#233;rontologie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;decine des personnes &#226;g&#233;es se trouve prise dans deux discours contradictoires. D'un c&#244;t&#233; il est indiscutable que les progr&#232;s de notre art nous autorisent une audace nouvelle et des espoirs nouveaux : de plus en plus on vise &#224; la gu&#233;rison de la personne, quel que soit son &#226;ge. Mieux : on s'aper&#231;oit que la part du vieillissement naturel dans la d&#233;ch&#233;ance li&#233;e &#224; l'&#226;ge n'est pas aussi grande qu'on le pensait : le vieillissement pulmonaire, c'est la pollution et la bronchite bien plus que les ann&#233;es (m&#234;me s'il est clair que plus il y a d'ann&#233;es plus il y a de bronchites). Mais de l'autre, il est tout aussi indiscutable que la personne &#226;g&#233;e se pose le probl&#232;me de la mort dans d'autres termes que le sujet plus jeune, et que cette probl&#233;matique n'est pas sans rapport avec celle des malades en fin de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un malade grave, mettons un canc&#233;reux, se trouve &#224; un stade o&#249; il est devenu illusoire de chercher &#224; le gu&#233;rir, on dit (&#233;conomisons les querelles s&#233;mantiques) qu'il entre en phase palliative. On va alors prendre du champ vis-&#224;-vis des strat&#233;gies curatives, et on va faire porter l'effort sur la prise en charge pr&#233;cise et &#233;nergique des sympt&#244;mes pr&#233;sent&#233;s. La mort se rapprochant, les questions changent de sens : chaque sympt&#244;me va faire l'objet d'une analyse attentive, on va se demander en quoi les soins vont permettre de pr&#233;server la capacit&#233; du sujet &#224; vivre pleinement le temps qui lui reste, et en fonction de la r&#233;ponse on d&#233;cidera de l'opportunit&#233; et de l'agressivit&#233; du traitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, la probl&#233;matique de la g&#233;rontologie est la m&#234;me. Quand elle tombe malade, la personne &#226;g&#233;e a absolument besoin de soins &#233;nergiques : c'est un des gros apports de la g&#233;riatrie que d'avoir incit&#233; les m&#233;decins &#224; ne pas se r&#233;signer hors de propos. Mais avant de d&#233;cider du traitement on va peser le rapport b&#233;n&#233;fice/risque. On va consid&#233;rer l'&#233;tat de la personne, on va se demander si l'&#233;tat ant&#233;rieur, l'autonomie de la personne, ses possibilit&#233;s de r&#233;cup&#233;ration, son esp&#233;rance de vie escompt&#233;e, justifient cet activisme, et on agira en fonction des conclusions. En somme ce qui fait la diff&#233;rence entre le mourant et le vieillard, c'est le changement d'&#233;chelle : on aborde les maladies du second comme on aborde les sympt&#244;mes du premier. Mais dans les deux cas le raisonnement se fonde sur la dur&#233;e et la qualit&#233; de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc possible, apr&#232;s tout, qu'il il y ait pour les g&#233;riatres quelque chose &#224; glaner aupr&#232;s des palliativologues. A condition de ne pas se m&#233;prendre : il est hors de question de se r&#233;signer ; mais au fait ce serait un contresens que de s'imaginer que la m&#233;decine palliative est une m&#233;decine de r&#233;signation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QU'EST-CE QU'UN R&#201;SULTAT ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une image insupportable : celle de cette grand-m&#232;re grabataire autour de laquelle se pressent m&#233;decin, infirmi&#232;re, kin&#233;sith&#233;rapeute, auxiliaire de vie : ils y mettent tout leur c&#339;ur, ils s'y acharnent, et puis c'est le miracle : &#231;a y est ! Elle se l&#232;ve ! Nous l'avons mise au fauteuil. Six mois apr&#232;s, nouvelle victoire : elle fait le tour de sa table ; mais c'est bien tout ce qu'on peut lui demander. Cette victoire dont les soignants sont si fiers, qui leur a co&#251;t&#233; tant de courage et d'abn&#233;gation, est en r&#233;alit&#233; un &#233;chec cuisant : il n'y a pas de victoire tant qu'elle ne peut pas faire le tour de son jardin. Ce que l'&#233;quipe a oubli&#233;, c'est que marcher ne sert &#224; rien : ce qui est utile, c'est d'aller quelque part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous &#233;tablissons un programme de soins, nous devons nous demander quel en sera le b&#233;n&#233;fice pour la personne. Probl&#232;me qui ne se pose gu&#232;re chez le sujet jeune, chez qui l'objectif est d'embl&#233;e maximum : il n'est pas question de limiter l'ambition th&#233;rapeutique, notamment parce que le &lt;i&gt;temps&lt;/i&gt; n'est pas limit&#233;. Rien de tel chez la personne &#226;g&#233;e. Cette grand-m&#232;re fait le tour de sa table, soit. Qu'en a-t-elle de plus en termes de joie de vivre ? De quel prix, de quelles souffrances a-t-elle pay&#233; ce progr&#232;s qui ne lui sert &#224; rien ? A-t-on song&#233; &#224; v&#233;rifier qu'elle adh&#233;rait au projet ? Si oui, pas de probl&#232;me, bien s&#251;r ! Mais n'a-t-on pas simplement voulu &lt;i&gt;la conformer &#224; une norme&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question difficile ! Je ne suis pas pr&#232;s d'oublier mon stage dans ce service de r&#233;&#233;ducation o&#249; on faisait des merveilles. Il y avait l&#224; une tr&#232;s vieille dame, fra&#238;chement proth&#233;s&#233;e de la hanche, que nous nous &#233;puisions &#224; faire marcher, et qui se laissait faire gentiment. Mais dans son regard il y avait une lueur tendrement narquoise par o&#249; elle nous disait : &#034;vous &#234;tes tous adorables, mais... si c'&#233;tait moi qui d&#233;cidais, je n'en ferai pas tant. Enfin, puisque &#231;a vous fait tellement plaisir...&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu le service ne pouvait entendre un tel discours, et on lui a prescrit des antid&#233;presseurs. Telle est la loi : notre civilisation repose sur un certain nombre de dogmes qu'elle ne peut voir transgresser sans se trouver menac&#233;e d'effondrement. Par exemple il n'existe pas de plaisir sup&#233;rieur au plaisir h&#233;t&#233;rosexuel, et il n'est pas question d'envisager que les toxicomanes en &#233;prouvent vraiment (apr&#232;s quoi on vient s'&#233;tonner de ne pouvoir communiquer avec eux). De m&#234;me tout &#234;tre humain d&#233;sire vivre le plus longtemps possible et &#224; n'importe quel prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que fait-on alors de toutes ces personnes &#226;g&#233;es qui nous r&#233;p&#232;tent : &#034;J'ai fait mon temps&#034; ? Suffit-il vraiment de dire qu'elles d&#233;priment, ou qu'elles manquent d'un entourage aimant ? A-t-on vraiment raison de dire que jamais la d&#233;mence n'est un refuge ? Si la question de l'euthanasie me semble r&#233;gl&#233;e en &#233;thique, il est loin d'en aller de m&#234;me du droit au suicide, auquel la seule objection me semble &#234;tre que l'Homme, animal social, n'est pas si libre que cela de sa vie, et qu'il en doit compte &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MAIS OU DIABLE EST LE JUSTE MILIEU ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chose est bien plus difficile &#224; trancher qu'on ne pourrait le croire. Car s'entrem&#234;lent de multiples facteurs.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le premier, certes, est le d&#233;sir de la personne. Mais nous savons que ce d&#233;sir peut &#234;tre difficile &#224; analyser, notamment parce que la d&#233;pression est fr&#233;quente chez le sujet &#226;g&#233;, et que la d&#233;pression est une maladie.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le second est celui sur lequel j'insiste ici : la notion de b&#233;n&#233;fice pour la personne. La r&#233;&#233;ducation est une bonne chose, &#224; condition qu'elle aboutisse &#224; une augmentation de l'aptitude au plaisir, faute de quoi on reste dans le dressage d'animal de cirque.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais il faut aussi consid&#233;rer que le respect que j'&#233;prouve pour autrui implique n&#233;cessairement un &lt;i&gt;d&#233;sir&lt;/i&gt; : les gens dont je n'attends rien sont ceux que je m&#233;prise. Et le soignant ne remplirait qu'imparfaitement son r&#244;le s'il n'&#233;tait pas anim&#233; d'un d&#233;sir sur la personne.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais par ailleurs on sait parfaitement que ce d&#233;sir du soignant se fonde en partie seulement sur cette exigence ; pour le reste il s'agit d'un d&#233;sir infiniment plus suspect, dans lequel entrent surtout l'inaptitude du soignant &#224; ne rien faire, et plus encore la terreur de voir s'effondrer les rep&#232;res dont j'ai parl&#233; plus haut, et qui tiennent lieu de consensus social.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais encore, il se trouve que les professionnels, en raison notamment de la p&#233;nurie de l'offre de soins, sont en situation de g&#233;rer cette offre. Et si la personne &#226;g&#233;e en institution d&#233;sire &#234;tre totalement assist&#233;e alors qu'elle a tout &#224; fait les moyens de se prendre en charge, les soignants, dont le temps est compt&#233; pour s'occuper des r&#233;sidents les plus lourds, ont tout de m&#234;me bien pour fonction de refuser &#224; cette personne les soins qu'elle demande. Position odieuse, assur&#233;ment ; mais &#224; quoi sert de se bercer d'histoires ? N'est-ce pas un professionnel qui choisit, parmi toutes les demandes d'entr&#233;e en maison de retraite, celle qu'il va accepter ? Et n'est-ce pas l&#224; le premier d&#233;ni des principes de la Charte des droits et libert&#233;s de la personne &#226;g&#233;e d&#233;pendante, qui proclame sa libert&#233; de choix alors que la situation ne lui permet en rien de l'exercer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, il n'est pas simple pour le soignant de trouver une position adapt&#233;e. Et cette difficult&#233; vient surtout du fait que les principes qu'il devrait observer ne sont applicables que dans une conjoncture o&#249; le niveau de la pression &#233;conomique le permettrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;RESPECTER LA PERSONNE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut jamais perdre de vue cette probl&#233;matique. Mais il faut aussi corriger imm&#233;diatement ce qui vient d'&#234;tre dit : si la contrainte &#233;conomique rend quelque part d&#233;risoire l'exercice de la libert&#233; de la personne, pour autant elle n'interdit pas tout progr&#232;s, et le combat pour le respect des droits de la personne est un imp&#233;ratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il fait en finir avec ces prises en charge qui font liti&#232;re de la volont&#233; de la personne. L'usage courant d&#233;finit la d&#233;pendance comme l'oppos&#233; de l'autonomie. C'est aller un peu vite : on sait que le mot autonomie vient de deux racines grecques : &#034;auto&#034;, r&#233;flexif, et &#034;nomos&#034; : la loi. Etre autonome, c'est pouvoir se conduire selon sa propre loi. Le sujet d&#233;pendant qui choisit ses aides, qui les r&#233;tribue, qui les g&#232;re et les contr&#244;le, ce sujet-l&#224; n'est-il donc pas autonome ? Ne conna&#238;t-on pas des handicap&#233;s embl&#233;matiques, dont la vie montre combien ils sont autonomes ? A l'inverse, l'institution sanitaire et sociale s'&#233;tablit dans la maison ; et elle a un programme : il faut une douche par semaine, une toilette par jour, les draps chang&#233;s et le repas chaud. Oh, elle ne le fera pas de force, mais elle emploiera les douces sollicitations, on appelle cela &#034;stimuler&#034;, jusqu'&#224; ce qu'elle obtienne gain de cause ; la vieille dame est somm&#233;e de se conformer au mod&#232;le Norwich Union. Mais &#233;tait-ce le sien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai connu une vieille dame qui vivait seule, dans un capharna&#252;m abominable, la robe de chambre fr&#244;lant &#224; tout instant le radiateur &#224; gaz. Elle voulait &#224; toute force mourir chez elle. J'avais fini par me dire que la maison &#233;tait ind&#233;pendante, et que si elle explosait elle exploserait toute seule, et j'avais donc d&#233;cid&#233; de courir le risque. Je venais la voir, craignant &#224; chaque fois de me trouver devant des d&#233;combres fumantes. Mais les voisins n'ont pas support&#233; et ont exig&#233; que je l'hospitalise. J'ai refus&#233; ; ils l'ont fait de force ; elle est morte en trois semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il y a un malentendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tous une id&#233;e sur la mort, et devant le mourant nous nous comportons en fonction de cette id&#233;e. Mais c'est le mourant qui meurt, et non point nous. Comment peut-on se pr&#233;parer &#224; la mort ? Avec Montaigne nous avons collectionn&#233; les exp&#233;riences personnelles de renoncement, de mort symbolique, et nous nous servons de ces exp&#233;riences pour nous repr&#233;senter ce que cela peut faire que d'&#234;tre mort. C'est na&#239;vement oublier que la mort, la vraie mort, celle des ath&#233;es, ne &lt;i&gt;fait&lt;/i&gt; rien, parce qu'il n'y a rien ni personne pour savoir ce que cela fait que d'&#234;tre mort. Il n'y a donc &lt;i&gt;aucun&lt;/i&gt; moyen de se pr&#233;parer &#224; la mort : toutes nos exp&#233;riences sont non avenues, parce que, pr&#233;cis&#233;ment, nous y survivons. S'entra&#238;ne-t-on &#224; la roulette russe ? Non : s'il y a une balle ce n'est pas de l'entra&#238;nement, et s'il n'y en a pas ce n'est pas de la roulette russe. De la m&#234;me fa&#231;on nous voyons la vieillesse avec nos yeux de jeunes. Mais ce que cela fait que d'&#234;tre vieux, nous ne le savons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je me demande si tous nos efforts pour prolonger la vie, efforts qu'il faut poursuivre et approfondir, bien s&#251;r, ne mettent pas, &#224; un moment, la personne &#226;g&#233;e en porte-&#224;-faux. Il faudrait &#233;tudier toutes ces morts &#233;tranges de personnes &#226;g&#233;es qui semblent, un beau jour, d&#233;cider que c'est fini, qu'elles ne veulent plus. Comme le vieillard s'y prend-il, parfois, pour mourir ? Germaine a 86 ans ; elle va bien, mais je sens qu'elle d&#233;cline. L'autre jour elle a fait une chute sans aucune gravit&#233;. Depuis elle ne veut plus se lever, pr&#233;textant qu'elle a mal. Je l'ai hospitalis&#233;e. Mais qui me dira si elle veut mourir, ou si elle en a peur ? Ou les deux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais nullement r&#233;pondre &#224; toutes ces questions. Je ne sais m&#234;me pas tr&#232;s bien si elles ont un sens. Mais je sais que nos projets de soins, dans l'immense majorit&#233; des cas, ne tiennent &lt;i&gt;aucun&lt;/i&gt; compte du projet de vie de la personne &#226;g&#233;e. Sauf, bien s&#251;r, s'il correspond au n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, &#224; l'heure o&#249; on parle tant de l'aide aux personnes &#226;g&#233;es, je crois que nous devons beaucoup r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, je me trouvais r&#233;cemment dans une r&#233;union o&#249; on projetait de cr&#233;er un service de portage des repas &#224; domicile. Voil&#224; une entreprise dont l'int&#233;r&#234;t tombe sous le sens. Mais avant de se prononcer &#224; ce sujet, je voudrais qu'on examine les points suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ce projet correspond-il &#224; notre vision des besoins de la personne &#226;g&#233;e ou aux siens ?
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Combien de personnes d&#233;nutries &lt;i&gt;au sens m&#233;dical du terme&lt;/i&gt; va-t-on secourir ?
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Quels moyens va-t-on se donner pour mesurer m&#233;dicalement l'impact du service sur l'&#233;tat nutritionnel des clients ?
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un service de portage des repas est-il un instrument adapt&#233; pour am&#233;liorer (dans des d&#233;lais compatibles avec la s&#233;curit&#233;) le statut nutritionnel des personnes &#226;g&#233;e d&#233;nutries ? &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Peut-on attendre d'un service de portage des repas qu'il r&#232;gle la question du plaisir de manger ?
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Peut-on attendre d'un service de portage des repas qu'il am&#233;liore la socialisation des personnes &#226;g&#233;es ?
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Combien de personnes &#226;g&#233;es vont-elles, du fait que ce service existe, l'appeler, cessant de se faire la cuisine, et entrant ainsi dans une d&#233;pendance &#224; laquelle elles n'auraient pas song&#233; ?
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Et cependant, si c'est l&#224; leur d&#233;sir, pourquoi irait-on critiquer ce choix d'entrer en d&#233;pendance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit que ce projet de service, qui para&#238;t totalement indiscutable, soul&#232;ve une foule de questions, et qu'il pourrait bien s'av&#233;rer &#234;tre une fausse bonne id&#233;e. C'est qu'il est typiquement &#233;labor&#233; en fonction de nos crit&#232;res normatifs. Cela fait penser &#224; ces campagnes d'aide aux pays du Tiers-Monde, o&#249; l'on recherche des v&#234;tements et des vivres : les organisations humanitaires savent toutes qu'au prix o&#249; est le transport la seule chose dont les pays pauvres ont besoin, c'est d'argent. La charit&#233; ne se fait pas avec le coeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, il faut se demander de quoi la personne &#226;g&#233;e a r&#233;ellement besoin et envie. Dans les projets de prise en charge, on parle d'&#233;laborer des plans de soins ; je serais plus rassur&#233; d'entendre parler de contrat de soins. Et il faut se demander ce qu'on &#233;lude en lui proposant de l'argent. Que compense l'allocation ? La perte de revenu li&#233;e &#224; l'embauche d'une aide, comme le disent les textes ? Ou le fait d'&#234;tre malade, comme le pensent si souvent les vieux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas qu'il ne faille pas des services de portage des repas. Mais il faut &#234;tre circonspect. Ce n'est pas qu'il ne faille pas un effort financier. Mais... Ne serait-on pas en train d'acheter le silence ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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