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	<title> G&#233;riatrie, soins palliatifs - Michel Cavey </title>
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	<description>Pratiquer la m&#233;decine g&#233;riatrique, c'est se confronter tous les jours avec des humains qui vivent leurs derniers temps. On ne peut pas faire ce m&#233;tier sans se questionner, non seulement sur la mort mais plus largement sur le sens m&#234;me de l'existence. Que valent ces r&#233;flexions ? Je ne sais pas. En voici quelques-unes, juste pour les partager.</description>
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		<title> G&#233;riatrie, soins palliatifs - Michel Cavey </title>
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		<title>Malice, ruse, mensonge</title>
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		<dc:date>2020-07-28T06:48:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Que faire quand un patient refuse les soins ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les armes dont les soignants disposent, il y a la ruse, le mensonge, la malice. Mais ces stratag&#232;mes sont-ils l&#233;gitimes ? Et si oui, &#224; quelles conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai re&#231;u sur le forum un message d'une jeune infirmi&#232;re. Nous nous sommes mis d'accord pour que je lui r&#233;ponde sous forme d'un article.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Ethique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je suis actuellement &#233;tudiante de 3&#232;me ann&#233;e en soins infirmiers et mon travail de fin d'&#233;tudes traite de la place que prennent malice, la ruse et le mensonge dans les soins.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En effet lors de mes stages, j'ai observ&#233; le personnel soignant utilisant des stratag&#232;mes plus ou moins &#233;thiques, pour parvenir &#224; leur fin. Comme : &#171; Si vous ne voulez pas vous laver, je le dis &#224; votre fille et elle ne voudra plus venir vous voir &#187;, ou piler les traitements dans un yaourt et le dissimuler au patient refusant de les prendre autrement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que pensez-vous de ces pratiques ? Comment faire autrement ? Je veux devenir une bonne infirmi&#232;re mais qu'est ce que cela veut dire &#171; bonne infirmi&#232;re &#187; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si Mme X ne prend pas ses traitements, elle d&#233;compensera. Si elle ne se lave pas, des affections cutan&#233;es se pr&#233;senteront. Que faire ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonjour, St&#233;phanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aurais bien pr&#233;f&#233;r&#233; que vous me posiez cette question voici quelques ann&#233;es ; &#224; cette &#233;poque j'avais des certitudes, maintenant je n'en ai plus aucune. C'est l'une des singularit&#233;s de ce m&#233;tier : plus on avance et moins on comprend. N'importe. Je vais essayer de vous r&#233;pondre, en t&#226;chant, ce qui ne sera pas une mince affaire, d'&#234;tre un peu moins pagailleux que d'habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demande si le plus simple n'est pas d'attirer votre attention sur quelques impr&#233;cisions de votre propos. Car il me semble que vous n'avez pas une conception totalement exacte de ce qu'est l'&#233;thique. Bien s&#251;r je pourrais vous renvoyer &#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb1' class='spip_note' rel='appendix' id='nh1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article62&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article62&lt;/a&gt;, mais le plus court est sans doute que je reprenne l'essentiel de mon expos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui vous choque, ce sont les &lt;i&gt;stratag&#232;mes plus ou moins &#233;thiques&lt;/i&gt;. Je le comprends, ils me choquent aussi. Mais je crains que vous n'ayez de l'&#233;thique qu'une vision partielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux grandes mani&#232;res de concevoir la r&#233;flexion &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est l'&#233;thique dite d&#233;ontologique, qui est grossi&#232;rement celle de l'Europe continentale, et dont le repr&#233;sentant majeur est Emmanuel Kant (Kant qui parle de &lt;i&gt;morale&lt;/i&gt;, mais peu importe). Il s'agit de consid&#233;rer qu'il y a des &lt;i&gt;principes&lt;/i&gt;, et que ces principes doivent s'appliquer. Il est interdit de mentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est l'&#233;thique dite t&#233;l&#233;ologique, qui est, toujours grossi&#232;rement, l'&#233;thique anglo-saxonne, et dont le repr&#233;sentant majeur est Jeremy Bentham. Il s'agit l&#224; de consid&#233;rer que les actions ont des &lt;i&gt;cons&#233;quences&lt;/i&gt;, et que ce sont ces cons&#233;quences qui doivent guider les choix. Une chose est bonne si elle fait le plus de bien possible au plus de monde possible (ce qui implique qu'elle peut &#234;tre bonne alors qu'elle fait un peu de mal &#224; quelques personnes, si du moins ce mal est n&#233;cessaire pour atteindre le but).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux observations sont n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est que ces deux conceptions ne s'opposent qu'en apparence. Car si Kant pose qu'il est interdit de mentir, c'est parce que la vie sociale repose sur la confiance, et que si on transige avec la confiance on d&#233;truit la vie sociale.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2' class='spip_note' rel='appendix' title='Et il a raison : une fois que L&#233;nine a &#233;crit que pour parvenir &#224; la R&#233;volution (...)' id='nh2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Reste que si Kant pose le &lt;i&gt;principe&lt;/i&gt;, c'est en raison des &lt;i&gt;cons&#233;quences&lt;/i&gt;. Inversement, quand Bentham dit qu'une chose est bonne si ses &lt;i&gt;cons&#233;quences&lt;/i&gt; sont bonnes, il &#233;nonce un &lt;i&gt;principe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est que, prises isol&#233;ment, chacune de ces conceptions aboutit &#224; des catastrophes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est interdit de mentir. Soit. Votre ami est un r&#233;sistant, il est poursuivi par la Gestapo ; il vient se r&#233;fugier chez vous ; la Gestapo frappe &#224; votre porte et demande si votre ami est l&#224;. Au regard de l'exigence kantienne, vous n'&#234;tes pas sans solution : vous pouvez prendre un fusil et tirer ; vous pouvez aussi faire remarquer que votre ami se bat pour un monde o&#249; il n'y a pas de mensonge, et que vous ne pouvez pas sauver sa vie si le prix &#224; payer pour cela est la destruction de sa raison de vivre. Tout de m&#234;me ce n'est pas satisfaisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose est bonne si elle fait le plus de bien possible au plus de monde possible. Soit. Encore faudrait-il d&#233;finir un peu plus pr&#233;cis&#233;ment ce qu'est le bien : c'est une notion dont la g&#233;om&#233;trie est particuli&#232;rement variable. Allons plus loin : dans une civilisation qui admettrait, par exemple, que tous les hommes ne sont pas &#233;gaux il est facile de justifier un esclavage raisonn&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3' class='spip_note' rel='appendix' title='Bentham &#233;tait contre l'esclavage, mais cela ne l'exon&#232;re pas.' id='nh3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans lequel les esclaves souffriraient mod&#233;r&#233;ment, cette souffrance &#233;tant justifi&#233;e par la prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique qui en r&#233;sulterait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi une r&#233;flexion &#233;thique suppose trois temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit un probl&#232;me. Dans un premier temps il faut rep&#233;rer les principes qui le r&#233;gissent. Ensuite il faut se demander si les cons&#233;quences r&#233;sultant de l'application des principes sont acceptables. Si c'est le cas, alors la question est r&#233;solue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il peut se faire que les principes ne soient pas applicables. Soit parce qu'il y a des principes qui se contredisent (la femme est libre de disposer de son corps/Il arrive que dans certaines circonstances elle h&#233;berge le corps d'un autre) ; soit parce que les cons&#233;quences de l'application des principes soient d&#233;raisonnables (il est interdit de voler ; mais si c'est pour sauver une vie&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cas le probl&#232;me n'a pas de solution. Ce qui caract&#233;rise les probl&#232;mes &#233;thiques, c'est qu'ils n'ont pas de solution. Il s'agit alors de trouver la solution la moins mauvaise possible, ce qui le plus souvent revient &#224; se r&#233;soudre &#224; violer un principe. Au moins saura-t-on dire quels principes on viole, et pourquoi on le fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi &lt;i&gt;Il arrive que dans certaines circonstances la femme h&#233;berge le corps d'un autre&lt;/i&gt;, mais si on n&#233;glige le fait que &lt;i&gt;la femme est libre de disposer de son corps&lt;/i&gt;, le risque est de mettre cet autre dans une situation catastrophique. La moins mauvaise solution est donc de privil&#233;gier le premier principe aux d&#233;pens du second, ce qui est d'autant plus ais&#233; qu'il n'y a pas de sens &#224; parler d'&lt;i&gt;un autre&lt;/i&gt; avant une certaine dur&#233;e de d&#233;veloppement f&#339;tal. Reste &#224; se souvenir que c'est une mauvaise solution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4' class='spip_note' rel='appendix' title='C'est ce qu'exige avec raison Hannah Arendt : &#034; Politiquement, la faiblesse (...)' id='nh4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit que le fonctionnement de l'&#233;thique est d'ordre judiciaire. Le juge n'est pas l&#224; pour appliquer la loi : ce qui applique la loi, c'est le radar. Le juge est l&#224; pour &lt;i&gt;ne pas&lt;/i&gt; appliquer la loi. Il est l&#224; pour dire : &#171; Il y a des textes, qui &#233;dictent ceci et cela ; mais dans ce cas particulier nous allons faire autrement, et voici pourquoi &#187;. Et le corpus de l'&#233;thique, comme le judiciaire, comporte trois volets :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un volet l&#233;gislatif : ce sont les principes sur lesquels tout le monde s'accorde. On verra vite que ces principes sont bien peu nombreux. Cela pose m&#234;me le probl&#232;me d'une hypoth&#233;tique universalit&#233; de l'&#233;thique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5' class='spip_note' rel='appendix' title='Et pour la m&#234;me raison on peut se demander si le projet de r&#233;diger des lois (...)' id='nh5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un volet jurisprudentiel : il est de r&#232;gle dans une discussion &#233;thique de ne consid&#233;rer que le cas pr&#233;cis dont on a &#224; d&#233;battre ; mais tout de m&#234;me on finit par apprendre des choses, et il n'est sans doute pas n&#233;cessaire, devant chaque demande d'avortement, de refaire l'int&#233;gralit&#233; du raisonnement ; on doit pouvoir s'inspirer de cas d&#233;j&#224; r&#233;solus.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Un volet proc&#233;dural : il y a une &#233;thique de l'&#233;thique, qui impose des r&#232;gles de discussion pour aboutir &#224; une d&#233;cision droite (&#233;coute absolue de tous les participants, secret des d&#233;bats, absence de chef, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous dis cela parce qu'il y a dans votre propos quelque chose d'excessif. Bien s&#251;r l'&#233;thique d&#233;ontologique affirme qu'il n'est pas permis de mentir &#224; un patient, f&#251;t-il d&#233;ment. Mais il faut aussi, en &#233;thique t&#233;l&#233;ologique, consid&#233;rer :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le but poursuivi.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La gravit&#233; du pr&#233;judice &#233;ventuel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le but poursuivi est toujours louable ; quant au pr&#233;judice il est n&#233;gligeable ; cela me fait penser &#224; ces questions qu'on me pose sur l'opportunit&#233; de maintenir une perfusion en fin de vie : oui, dans son principe, cette perfusion est une mesure d'acharnement th&#233;rapeutique ; mais quand on n'aura plus que ces acharnements-l&#224; &#224; combattre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me para&#238;t donc essentiel de ne pas surestimer l'importance de la question que vous posez. Mais&#8230; cela veut-il dire qu'elle ne se pose pas ? Si, elle se pose. Elle est &#224; la fois, au fond, futile et fondamentale. Futile parce qu'elle traite de d&#233;tails ; fondamentale parce qu'elle met en lumi&#232;re la conception que le soignant se fait de son r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les deux exemples que vous donnez ne sont pas de m&#234;me nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si vous ne voulez pas vous laver, je le dis &#224; votre fille et elle ne voudra plus venir vous voir&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un probl&#232;me &#233;thique, mais une faute professionnelle. Un soignant n'a aucunement le droit d'impliquer la famille dans ses strat&#233;gies de soin, encore moins de lui pr&#234;ter des attitudes, des comportements, des r&#233;ponses, des sanctions. &#192; la rigueur je pourrais tol&#233;rer qu'on dise : &lt;i&gt;je crois que votre fille ne serait pas contente&lt;/i&gt;. Il y aurait un probl&#232;me &#233;thique si la soignante mentait. En l'&#233;tat elle ne fait que menacer. En somme s'il y a une question &#233;thique elle est l&#224; : un soignant peut-il s'autoriser &#224; menacer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Approfondissons encore. La strat&#233;gie de la soignante est tout simplement fautive, mais la question pos&#233;e a bel et bien, elle, un volet &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La patiente qui ne veut pas se laver, nous l'avons tous connue. Et nous savons :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Qu'il y a presque toujours moyen de n&#233;gocier.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Que face &#224; ces personnes nous avons tous notre lot d'&#233;checs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons aussi qu'il s'agit pour les soignants d'un probl&#232;me crucial, mais aussi d'un probl&#232;me irrationnel. Je vous renverrais bien &#224; &lt;a href=&#034;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article124&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article124&lt;/a&gt;, mais faisons plus simple et r&#233;sumons. Vous &#233;crivez : &lt;i&gt;si Mme X ne se lave pas, des affections cutan&#233;es se pr&#233;senteront&lt;/i&gt;. Je vous mets au d&#233;fi de trouver un seul cas de patient qui ait d&#233;velopp&#233; une affection cutan&#233;e en ne se lavant pas :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ce qui est exact c'est que dans notre soci&#233;t&#233; les personnes qui ne se lavent pas sont souvent des personnes qui n'ont tout simplement pas les moyens de se laver, ce qui fait qu'elles sont plus que les autres expos&#233;es &#224; des affections parasitaires, infectieuses, etc. Mais ce qui les met en danger, ce ne sont pas les pratiques d'hygi&#232;ne, ce sont les conditions sociales.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ce qui est exact, c'est que la toilette est l'occasion d'un contr&#244;le visuel de la peau, qui permet de rep&#233;rer des anomalies.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais vous savez aussi bien que moi que, par d&#233;finition, on rep&#232;re ces anomalies chez les personnes que, pr&#233;cis&#233;ment, on est en train de laver. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il n'y a aucun argument pour dire que ces anomalies en sont vraiment. On les constate, on les traite, elles s'estompent, sans qu'on sache ce qui se serait pass&#233; si on n'avait rien fait. Par contre on conna&#238;t les effets ind&#233;sirables, surtout sur la peau &#226;g&#233;e, des exc&#232;s de lavage et des applications irraisonn&#233;es de topiques de tous ordres.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Etc. Mais pour le soignant l'acte de toilette est un symbole, le c&#339;ur du m&#233;tier. Que ce soit totalement irrationnel ne change rien &#224; l'affaire, cela suffit &#224; expliquer les d&#233;rapages que vous avez constat&#233;s. On peut justifier un passage en force quand il s'agit d'une question de vie ou de mort ; ici ce n'est pas le cas, &lt;i&gt;mais le soignant n'est pas en &#233;tat de supporter l'id&#233;e que, r&#233;flexion faite, cette toilette qui accapare la moiti&#233; de son temps de travail n'est pas une chose si importante que &#231;a&lt;/i&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ajoutons que cette strat&#233;gie n'a pas beaucoup de chance de fonctionner ; si elle marche c'est qu'on pouvait en utiliser une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, comment pouvons-nous formuler cette question ? Raisonnons en th&#233;orie. La premi&#232;re &#233;tape de la d&#233;marche &#233;thique est kantienne : quels sont les principes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons une dame qui refuse de se laver. C'est un comportement qui s'&#233;carte de la norme sociale habituellement accept&#233;e en France. Il y a donc une anomalie, que je peux choisir d'appeler ou non, peu importe, une pathologie. Mais il se peut aussi que cette dame ait, au fil des ans, ou de tout temps, adopt&#233; une attitude d'incurie qui la conduit &#224; ne pas se laver comme les autres personnes. Ce n'en est pas moins une citoyenne libre de ses choix. La situation est r&#233;gie par l'article 4 de la D&#233;claration des Droits de l'Homme et du Citoyen : &lt;i&gt;La libert&#233; consiste &#224; pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas &#224; autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Soci&#233;t&#233; la jouissance de ces m&#234;mes droits.&lt;/i&gt; Et la seule limite que nous pouvons imposer &#224; cette dame est celle des nuisances qu'elle peut engendrer pour son entourage. Ici c'est tr&#232;s simple : elle vit, bon gr&#233; mal gr&#233;, en collectivit&#233;, et la vie en collectivit&#233; ob&#233;it &#224; des r&#232;gles. Elle peut donc choisir de se laver ou non, mais si cela induit des d&#233;sagr&#233;ments pour les autres r&#233;sidents elle devra quitter l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais choisit-elle de ne pas se laver ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas faire ici l'analyse des refus de toilette, me bornant &#224; remarquer qu'&#224; tout le moins ils appellent un minimum de n&#233;gociation. La personne qui refuse de se laver le fait pour une raison, et le refus de toilette impose l'intervention du psychologue. Et c'est encore plus vrai chez le malade d&#233;ment : chez le d&#233;ment l'opposition, &#233;ventuellement l'agressivit&#233;, sont l'ultime moyen dont il dispose pour manifester sa libert&#233;, son pouvoir sur les &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref la personne qui refuse la toilette ne fait pas qu'exercer une libert&#233; ; elle est aussi la victime de forces qu'elle ne ma&#238;trise pas. Or nous savons bien que face &#224; une situation donn&#233;e nous ne sommes libres que dans la mesure o&#249; nous disposons des &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires : on ne peut pas dire que j'exerce ma libert&#233; si on me fait signer un contrat que je n'ai pas lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc un conflit entre deux principes : le respect de la norme sociale d'un c&#244;t&#233;, le refus d'exercer une contrainte de l'autre. Parce qu'il y a ce conflit la d&#233;marche kantienne ne suffit pas : il n'y a pas de bonne solution. Cela nous conduit &#224; passer &#224; la seconde &#233;tape : celle de Bentham. Quelles sont les cons&#233;quences des diverses attitudes ? &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Si on ne fait rien, la dame risque des troubles cutan&#233;s ; mais, je le redis, c'est anecdotique.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Plus gravement elle risque l'exclusion sociale, voire l'exclusion de l'&#233;tablissement ; c'est beaucoup plus lourd de cons&#233;quences. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a d'autres cons&#233;quences en termes de d&#233;stabilisation, notamment de l'&#233;quipe soignante ; il faut se demander ce qu'on fait quand on reconna&#238;t &#224; un r&#233;sident un statut particulier, etc. &lt;br class='autobr' /&gt;
Peu importe. Il suffit de noter l'existence d'une cons&#233;quence redoutable : si la personne ne se lave pas elle va devoir quitter l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bentham nous invite donc &#224; d&#233;cider ce qui est le moins mauvais pour la personne ; et il y a trois solutions :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le passage en force pur et simple.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'utilisation d'une ruse.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La mise &#224; la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on voit tr&#232;s vite que le passage en force et la mise &#224; la porte sont des solutions qui ont pour elles le m&#233;rite de la clart&#233; : elles respectent l'exigence kantienne, qui est ici de ne pas dissimuler les choses (c'est bien cette dissimulation qui vous a choqu&#233;e, n'est-ce pas ?). Mais dans l'un et l'autre cas le prix &#224; payer pour respecter cette exigence appara&#238;t totalement d&#233;mesur&#233; : violence du premier, d&#233;sastre social pour le second. La seule solution r&#233;aliste est donc la ruse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; quelles conditions cette ruse est-elle l&#233;gitime ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord s'assurer qu'elle est n&#233;cessaire. Cela suppose notamment qu'on ait compris autant que possible la raison du refus, et qu'on ait &#233;puis&#233; toutes les ressources de la n&#233;gociation. Il faut donc une prise en charge psychologique de la situation. Ce qui serait &#233;thiquement inacceptable, c'est que la strat&#233;gie soit d&#233;cid&#233;e par une seule soignante, ou chacune pour son compte. On va consentir quelque chose de grave : violer un principe &#233;thique. On ne peut violer un principe &#233;thique que si :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On sait quel principe on viole.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On est conscient de le violer.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On sait pourquoi on le viole.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On sait dire tout ce qu'on va mettre en &#339;uvre pour le violer le moins possible.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On sait dire ce qu'on va faire pour le violer le moins longtemps possible.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On met en place les outils permettant d'&#233;valuer la pertinence de la strat&#233;gie.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Et bien s&#251;r la strat&#233;gie mise en place est &#233;thiquement acceptable ; je vous redis que celle de la soignante, &lt;i&gt;&#224; moins qu'il ne soit av&#233;r&#233; qu'il n'y en a pas d'autre&lt;/i&gt;, me semble une faute professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant dire qu'une telle infraction aux principes kantiens ne peut &#234;tre qu'une d&#233;cision d'&#233;quipe, &#233;tudi&#233;e, valid&#233;e, r&#233;&#233;valu&#233;e en &#233;quipe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6' class='spip_note' rel='appendix' title='C'est au fond la m&#234;me chose que pour le tutoiement : nous savons tous qu'il y (...)' id='nh6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reste donc avec deux options :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; La dame est r&#233;put&#233;e parfaitement lucide, libre et consciente, et aucun compromis r&#233;aliste n'est possible : elle quitte l'institution.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ce n'est pas le cas : on ruse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le recours &#224; cette ruse suppose qu'on ait fait l'effort de parcourir tout le raisonnement &#233;thique. Et il faut tenir ferme (c'est bien ce qui vous tracasse) que mentir &#224; un d&#233;ment, c'est mentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'&#233;limine pas Kant si ais&#233;ment ; l'argument par lequel les soignants ont coutume de justifier leur strat&#233;gie est : &#171; De toute mani&#232;re c'est un d&#233;ment, il ne comprend pas, il oublie &#187; ; c'est oublier deux choses :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On m&#233;conna&#238;t que, m&#234;me profond, le d&#233;ment ne sait pas si peu que &#231;a, il ne comprend pas si peu que &#231;a, il n'est pas si dupe que &#231;a ; et il n'oublie pas tant que &#231;a. Il faudra donc &#233;valuer, v&#233;rifier, rechercher&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7' class='spip_note' rel='appendix' title='C'est une des failles de la proposition de Naomi Feil que de prendre ses (...)' id='nh7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Ce que le soignant dit quand il utilise ce stratag&#232;me c'est que l'abus de faiblesse peut devenir une excuse au mensonge. Certes, &#233;nonc&#233; tel quel, le propos est abusif. Mais il faudrait l&#224; aussi &#233;valuer, v&#233;rifier, rechercher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref on part du principe que ni vu ni connu c'est anodin, &#231;a ne laisse pas de traces. Il est probable que &#231;a en laisse, et que &#231;a en laisse &lt;i&gt;aussi bien chez le soignant que chez le patient&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien s&#251;r, Bentham vient &#224; notre secours. Il y vient de deux mani&#232;res : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; En relativisant la gravit&#233; du crime. Il faut le garder soigneusement en t&#234;te ; apr&#232;s tout, quand vous interdisez &#224; votre enfant de mettre ses doigts dans la prise de courant vous ne lui faites pas un expos&#233; sur les effets biologiques de l'&#233;lectricit&#233;, vous argumentez en disant que vous allez vous mettre en col&#232;re. Le glissement de la discussion du terrain biologique au terrain affectif n'en est pas moins tr&#232;s lourd de cons&#233;quences.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8' class='spip_note' rel='appendix' title='Sans que ce soit n&#233;cessairement mauvais, d'ailleurs : en &#233;crivant cela j'en (...)' id='nh8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; En notant que l'intention du soignant est bonne. Et certes elle l'est. Je voudrais seulement qu'on distingue entre le fait que le soignant &#171; a voulu bien faire &#187;, ce qui ne fait pas difficult&#233;, et le fait qu'il agit &#171; pour le bien du patient &#187;, ce qui est beaucoup plus probl&#233;matique : le bien du malade se r&#233;duit volontiers &#224; l'id&#233;e que le soignant se fait de ce que lui-m&#234;me penserait ou voudrait s'il &#233;tait dans une telle situation, ou, pire, &#224; ce dont il a besoin que le malade ait besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois donc pas que vous ayez raison de vous r&#233;volter contre la ruse de la soignante. Mais vous avez totalement raison de dresser l'oreille et d'&#234;tre en alerte : c'est une anomalie, et cette anomalie demande une vigilance de tous les instants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre question me semble diff&#233;rente :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ou piler les traitements dans un yaourt et le dissimuler au patient refusant de les prendre autrement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car je ne crois pas qu'il y ait l&#224; de faute professionnelle. La faute dans le premier cas n'est pas dans la ruse, elle est dans le fait que la soignante a impliqu&#233; une autre personne dans sa strat&#233;gie. &#192; la limite, si la fille de la patiente est d'accord pour qu'on dise : &lt;i&gt;Si vous ne voulez pas vous laver, je le dis &#224; votre fille et elle ne voudra plus venir vous voir&lt;/i&gt;, l'objection tombe, (m&#234;me s'il vaudrait beaucoup mieux que la fille vienne le lui dire elle-m&#234;me, mais l&#224; aussi il faut mesurer si le jeu en vaut la chandelle)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb9' class='spip_note' rel='appendix' title='Et cela suppose, bien s&#251;r, que les choses aient &#233;t&#233; clairement &#233;nonc&#233;es au (...)' id='nh9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diff&#233;rence pos&#233;e, il s'agit d'une ruse, et on raisonnera de la m&#234;me fa&#231;on. Tout au plus faudra-t-il distinguer trois situations :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les psychotropes : par d&#233;finition le patient &#224; qui on prescrit des psychotropes pr&#233;sente un trouble du discernement. Il faut donc &#234;tre prudent avant de dire qu'il est en &#233;tat de juger de ce qui est bon pour lui, et la ruse peut &#234;tre indispensable. L&#224; encore, il faut &#233;valuer les cons&#233;quences ; et la violation du principe n'est pas aussi grave, puisque le malade n'est pas apte &#224; se poser la question en termes de principe, et donc de faire un choix.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les autres traitements : m&#234;me profond, le d&#233;ment est capable d'exprimer des choses importantes sur la vie et la mort, et son refus de soins doit &#234;tre entendu : il se peut qu'il exprime un d&#233;sir de ne plus &#234;tre soign&#233;, et ce d&#233;sir a la m&#234;me valeur que chez tout autre patient.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les exceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; o&#249; j'en suis. J'ai connu une &#233;poque o&#249; je voyais les choses beaucoup plus simplement. &#199;a m'a pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors vous voulez devenir &lt;i&gt;une bonne infirmi&#232;re&lt;/i&gt;. J'ai envie de vous r&#233;pondre que vous ferez comme vous pourrez. Ce qui me semble fondamental, et l&#224; l'infirmi&#232;re, chef d'&#233;quipe dont les aides-soignantes agissent par sa d&#233;l&#233;gation, a tout son r&#244;le, c'est de rappeler :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Qu'il y a des principes, et qu'il est toujours grave de les enfreindre.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Que ce genre de d&#233;cision se prend et se surveille en &#233;quipe.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais aussi qu'une mauvaise d&#233;cision prise en &#233;quipe est souvent plus efficace qu'une bonne d&#233;cision prise par une seule personne. Ce qui est tr&#232;s vexant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh1' class='spip_note' title='Notes 1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article62&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article62&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2' class='spip_note' title='Notes 2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et il a raison : une fois que L&#233;nine a &#233;crit que pour parvenir &#224; la R&#233;volution tous les moyens sont l&#233;gitimes, y compris le mensonge et la trahison, il a d&#233;truit d&#233;finitivement toute possibilit&#233; de faire confiance &#224; un communiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3' class='spip_note' title='Notes 3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bentham &#233;tait contre l'esclavage, mais cela ne l'exon&#232;re pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4' class='spip_note' title='Notes 4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est ce qu'exige avec raison Hannah Arendt : &#034; Politiquement, la faiblesse de l'argument du moindre mal a toujours &#233;t&#233; que ceux qui choisissent le moindre mal oublient tr&#232;s vite qu'ils ont choisi le mal&#034; &lt;i&gt;Responsabilit&#233; et jugement&lt;/i&gt;, Payot, pp. 77-79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5' class='spip_note' title='Notes 5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et pour la m&#234;me raison on peut se demander si le projet de r&#233;diger des lois de bio&#233;thique a un sens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6' class='spip_note' title='Notes 6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est au fond la m&#234;me chose que pour le tutoiement : nous savons tous qu'il y a des tutoiements n&#233;cessaires, des tutoiements qui sont es actes de soin ; tout ce que je veux est que, s'agissant d'une d&#233;cision th&#233;rapeutique, elle soit prise par l'&#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7' class='spip_note' title='Notes 7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est une des failles de la proposition de Naomi Feil que de prendre ses aises avec ce probl&#232;me. Cela dit on accorde sans peine que c'est toute la question de la relation avec le d&#233;ment : est-on davantage dans la v&#233;rit&#233; quand on le rejoint dans son monde ou quand on essaie de le raccrocher &#224; la r&#233;alit&#233; ? En termes d'efficacit&#233; (donc en &#233;thique t&#233;l&#233;ologique) la question ne se pose pas. En termes de principes c'est plus compliqu&#233; ; au minimum on doit s'astreindre &#224; ne jamais perdre de vue qu'on est en train de mentir &#224; un citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8' class='spip_note' title='Notes 8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans que ce soit n&#233;cessairement mauvais, d'ailleurs : en &#233;crivant cela j'en viens &#224; me demander si ce m&#233;canisme n'est pas une des racines de la constitution du surmoi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh9' class='spip_note' title='Notes 9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Et cela suppose, bien s&#251;r, que les choses aient &#233;t&#233; clairement &#233;nonc&#233;es au d&#233;part ; un peu comme ce que je faisais quand, &#224; l'entr&#233;e dans l'institution, les familles signaient un document dans lequel il &#233;tait &#233;crit que dans la maison il n'y avait pas de contentions, pas de somnif&#232;res, etc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Vincent Lambert : Enfin</title>
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		<dc:creator>Michel</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le silence s'est fait autour de Vincent Lambert. On va donc pouvoir en parler un peu plus sainement. Et rappeler quelques &#233;vidences. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'abord le respect. &lt;br class='autobr' /&gt;
Respect pour ses parents, pour sa m&#232;re surtout : les invectives dont ils auront fait l'objet ont quelque chose d'insupportable, car les bonnes &#226;mes qui yaka&#239;sent oublient que ce sont d'abord des parents en deuil, avec tout ce que cela comporte de souffrance et d'irrationalit&#233;. O&#249; est la compassion ? J'observe au reste qu'on ne les entend plus ; ce (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Ethique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le silence s'est fait autour de Vincent Lambert. On va donc pouvoir en parler un peu plus sainement. Et rappeler quelques &#233;vidences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord le respect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Respect pour ses parents, pour sa m&#232;re surtout : les invectives dont ils auront fait l'objet ont quelque chose d'insupportable, car les bonnes &#226;mes qui yaka&#239;sent oublient que ce sont d'abord des parents en deuil, avec tout ce que cela comporte de souffrance et d'irrationalit&#233;. O&#249; est la compassion ? J'observe au reste qu'on ne les entend plus ; ce silence est celui qu'on rencontre quand, l&#226;chant prise dans sa douleur, le proche se rend &#224; l'&#233;vidence, relisons K&#252;bler-Ross.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Respect tout autant pour son &#233;pouse, qui a &#233;t&#233; d'une dignit&#233; exemplaire. Oh, on peut certes soup&#231;onner qu'elle a besoin de refaire sa vie. Mais il est inf&#226;me de la disqualifier &#224; ce titre, alors que c'est pr&#233;cis&#233;ment une bonne part du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons-le, ce probl&#232;me. Un principe &#233;thique est s&#251;r : il n'est pas envisageable de prendre une d&#233;cision sur Pierre au motif que Paul a besoin qu'on en prenne une. On ne peut donc pas arr&#234;ter les soins de Vincent Lambert dans le but de permettre &#224; Rachel Lambert de poursuivre sa route. Mais&#8230; que fait-on de Rachel ? Doit-on s'en tenir au principe qu'ils ont &#233;t&#233; mari&#233;s pour le meilleur et pour le pire ? &lt;i&gt;Ils lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les &#233;paules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigt&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce probl&#232;me n'a pas de solution. C'est pourquoi il s'agit d'une question &#233;thique : les questions &#233;thiques n'ont jamais de solution ; elles naissent quand, dans une situation donn&#233;e, il faut appliquer un principe, mais que si on l'applique on va provoquer un d&#233;sastre ; force est donc de r&#233;fl&#233;chir, et de choisir une mauvaise solution, en esp&#233;rant que ce sera la moins mauvaise. Je ne sais pas quelle solution il fallait choisir, mais je sais qu'on n'en a gu&#232;re propos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; savoir qui, des parents ou de l'&#233;pouse, est qualifi&#233; pour d&#233;cider, je suis surpris d'apprendre que la question se pose en droit : j'ai toujours cru que le mariage cr&#233;ait un lien plus fort que tout le reste ; si ce n'est pas clair il est urgent de le pr&#233;ciser, comme on a fait en Belgique. Par contre tous les chr&#233;tiens savent que &lt;i&gt;l'homme quittera son p&#232;re et sa m&#232;re, et s'attachera &#224; sa femme, et ils deviendront une seule chair&lt;/i&gt; ; la question n'a donc jamais exist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne comprends pas qu'on ait perdu de vue le point de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est &#233;charp&#233; sur la question de savoir si Vincent Lambert &#233;tait ou non en fin de vie. Il ne l'&#233;tait pas, mais ce n'est pas le sujet : les lois L&#233;onetti, mais aussi, plus t&#244;t, la loi Kouchner, ne sont pas limit&#233;es aux questions de fin de vie, comme l'a bien rappel&#233; la Cour Europ&#233;enne des Droits de l'Homme dans son arr&#234;t du 25 juin 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet, c'est l'observation des soignants : ils &#233;taient arriv&#233;s &#224; la conclusion que Vincent Lambert refusait cette situation. Le sujet ; le seul, &#233;tait de savoir si oui ou non le malade souffrait. Et c'est l'avis des soignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire qu'ils se trompaient. Pour ma part je n'aurai pas cette outrecuidance, me souvenant (et la moindre des honn&#234;tet&#233;s intellectuelles, des honn&#234;tet&#233;s tout court, aurait &#233;t&#233; de ne pas pontifier &#224; tort et &#224; travers sur un patient qu'on ne conna&#238;t pas) que je ne l'ai pas vu. La seule issue acceptable est donc de s'en tenir &#224; ce que pensent ceux qui l'ont en charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut dire qu'ils outrepassaient leur r&#244;le en pr&#233;sumant de la souffrance du malade. Sauf qu'en disant cela on montre qu'on ne conna&#238;t rien aux soins palliatifs. Car il n'est pas possible de les pratiquer si on n'a pas acquis cette comp&#233;tence tr&#232;s particuli&#232;re qui est de savoir &#233;valuer la souffrance de l'autre. C'est un m&#233;tier. Douter de cela c'est douter de la comp&#233;tence des professionnels. Je suis bien plac&#233; pour savoir qu'il faut douter de la comp&#233;tence des m&#233;decins, mais si on le fait, alors le plus sage est de ne pas recourir &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule question &#233;tait de savoir si Vincent Lambert souffrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste les questions de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#224; l'ONU un Comit&#233; des Droits des Handicap&#233;s. Ce Comit&#233; n'a nullement pris position, il a seulement dit que si on voulait qu'il donne son avis il fallait que le sujet soit vivant. Simple truisme. Mais ceux qui brandissent cet argument oublient de se demander une chose : si vraiment on consid&#232;re que Vincent Lambert n'est pas malade, qu'il est &#171; simplement &#187; handicap&#233;, alors on se demande un peu pourquoi les avocats des parents n'ont pas pens&#233; plus t&#244;t &#224; saisir le Comit&#233; en question. Probl&#232;me de comp&#233;tence professionnelle, sans doute, je n'ose pas penser qu'ils auraient song&#233; &#224; distiller les recours dans le seul but de faire durer la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cour d'Appel de Paris avait ordonn&#233; la poursuite des soins. Mais le Tribunal n'a pas &#224; &#233;crire les ordonnances des m&#233;decins. Dans le cas d'esp&#232;ce son r&#244;le se limite &#224; dire si les conditions pr&#233;vues par les lois L&#233;onetti ont &#233;t&#233; ou non respect&#233;es. C'est ce qu'a dit le Conseil d'&#201;tat le 24 avril dernier. J'ai dit et r&#233;p&#233;t&#233; que je n'aime pas la loi L&#233;onetti I, et encore moins la loi Claeys-L&#233;onetti ; mais mes r&#233;ticences ne portent pas sur leur aspect proc&#233;dural, qui me para&#238;t plut&#244;t bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a la menace de poursuites au p&#233;nal. Le beau recours, dira-t-on, quand Vincent Lambert sera mort. Mais&#8230; c'est ainsi que le droit fonctionne : quand je pose un acte, quel qu'il soit, je dois savoir qu'un juge pourra d&#233;cider que j'ai enfreint le Code P&#233;nal, et c'est ce garde-fou qui rend la vie en soci&#233;t&#233; possible. Les parents pourront, s'ils le veulent, porter plainte, et leur plainte sera instruite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une solution n'a pas &#233;t&#233; envisag&#233;e, je ne sais pas pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il n'y avait pas urgence &#224; arr&#234;ter l'alimentation de Vincent Lambert.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y avait urgence &#224; traiter sa souffrance.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y avait un doute l&#233;gitime sur ses volont&#233;s (dans le Figaro du 2 juillet, Emmanuel Hirsch &#233;crit : &lt;i&gt;Nous ne pouvons pas nous satisfaire de cette l&#233;galisation de la mort donn&#233;e&lt;/i&gt; ; il a raison, et nous devrons tirer toutes les cons&#233;quences de cette dangereuse affaire. Mais quand il ajoute : &lt;i&gt;Jusqu'&#224; ce jour M. Vincent Lambert a t&#233;moign&#233;, r&#233;solu &#224; vivre dans le confinement d'une chambre d'h&#244;pital, d'un non-abandon, d'un non-renoncement &#224; son existence. Personne ne peut affirmer que cet acte de r&#233;sistance est d&#233;nu&#233; de signification et que, sans &#234;tre en capacit&#233; de l'exprimer, il manifeste ainsi son attachement &#224; &#234;tre toujours pr&#233;sent&lt;/i&gt;, il pousse le bouchon : comme s'il n'avait jamais vu ces malades qui, en toute lucidit&#233;, souhaitent une mort qui ne vient pas, ambivalence, sans doute&#8230; ; ou &#224; l'inverse ces malades qui luttent pour vivre et n'en sont pas moins fauch&#233;s quoi qu'ils fassent ; comme s'il &#233;tait raisonnable d'&#233;crire que je ma&#238;trise ma mort).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref. On pouvait endormir Vincent Lambert et poursuivre son alimentation : contrairement &#224; tout ce qu'on raconte une s&#233;dation bien faite n'a aucune influence sur la dur&#233;e de vie. De cette mani&#232;re on r&#233;glait la question, je le r&#233;p&#232;te, la seule question qui se posait, de sa souffrance, et on &#233;ludait la question de sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aurait simplement cr&#233;&#233; une situation absurde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vincent Lambert : La honte</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article134</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article134</guid>
		<dc:date>2019-05-21T05:59:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Que faire devant cette affaire Vincent Lambert qui, de toute mani&#232;re, tourne au d&#233;sastre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se recueillir tout d'abord : rappelons que l'affaire na&#238;t d'un constat : dans une unit&#233; de soins palliatifs, dont on a tout lieu de pr&#233;sumer que, comme toutes les unit&#233;s de soins palliatifs, elle est attach&#233;e au respect de la vie, les soignants rapportent que le malade s'oppose aux soins. Tout le reste est accessoire. Si c'est vrai, alors le supplice qui lui est inflig&#233; n'a pas de nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifester sa solidarit&#233;, son estime, son affection, avec l'&#233;quipe de soins palliatifs de Reims, qui continue sa prise en charge malgr&#233; les insultes, au moins implicites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifester son soutien &#224; son &#233;pouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifester ma honte de m&#233;decin, et plus encore peut-&#234;tre ma honte de chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, tout de m&#234;me, crier. J'ai trouv&#233; sur FaceBook cette lettre ouverte. Peu importe son auteur, elle r&#233;sume parfaitement les positions des adversaires de Vincent Lambert. Je la publie int&#233;gralement, puis je donne mes commentaires.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LE COURRIER :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Lettre d'un courageux docteur &#224; l'attention de Madame la Ministre de la Sant&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dr Agn&#232;s BUZYN&lt;br class='autobr' /&gt;
objet : Cas de Mr Vincent LAMBERT&lt;br class='autobr' /&gt;
double &#224; Mr Jean LEONETTI&lt;br class='autobr' /&gt;
Madame la Ministre et Ch&#232;re Cons&#339;ur,&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre que cette lettre ne sera qu'un coup d'&#233;p&#233;e dans l'eau. Tant pis, je tente ma chance car je suis, en tant que m&#233;decin, bien pr&#233;occup&#233;e par la situation de Monsieur Vincent Lambert. Je ne souhaite pas manquer l'ultime tentative de vous convaincre sur ce sujet, particuli&#232;rement sensible. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'apr&#232;s les donn&#233;es que j'ai, cet homme de 42 ans, traumatis&#233; cr&#226;nien lors d'un accident de la route, sauv&#233; et r&#233;anim&#233; il y a 10 ans, est actuellement lourdement handicap&#233;, t&#233;trapl&#233;gique et d&#233;pendant dans un lit au CHU de Reims. Depuis de nombreux mois, voire des ann&#233;es, il est question lui dans les media, car son cas complexe et d&#233;licat s&#232;me le doute dans les esprits et la discorde dans sa famille. Et l'on tremble r&#233;guli&#232;rement sous la menace de l'arr&#234;t de ses soins. &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que cela veut dire ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne peux que comparer son cas &#224; celui de Micha&#235;l Schumacher, &#233;galement traumatis&#233; cr&#226;nien avec de lourdes l&#233;sions c&#233;r&#233;brales, en &#233;tat pauci-relationnel, et dont la sant&#233; apr&#232;s son hospitalisation fait d&#233;sormais l'objet de soins sp&#233;cialis&#233;s tr&#232;s attentifs en milieu priv&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je souhaite attirer votre attention sur plusieurs points qui me semblent essentiels &#224; la prise de d&#233;cision le concernant. Je me permets d'argumenter car je suis Sp&#233;cialiste en M&#233;decine G&#233;n&#233;rale, dipl&#244;m&#233;e de Paris, Necker-Enfants-Malades&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb2-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Un sp&#233;cialiste de m&#233;decine g&#233;n&#233;rale, c'est un m&#233;decin g&#233;n&#233;raliste comme les (...)' id='nh2-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et j'ai surtout &#233;t&#233; pendant plusieurs ann&#233;es m&#233;decin coordinateur en HAD au CHU de Grenoble, prodiguant des soins palliatifs. De ce fait, j'ai souvent &#233;t&#233; amen&#233;e &#224; prendre des d&#233;cisions, apr&#232;s concertation coll&#233;giale, sur l'arr&#234;t des soins, pour &#233;viter l'obstination d&#233;raisonnable dans les cas lourds de fin de vie. Cette exp&#233;rience me permet d'avoir, &#224; ma petite place, un regard critique sur ce qui se vit autour de Vincent Lambert.&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;cision r&#233;cente d'interrompre l'alimentation et l'hydratation de Vincent Lambert et le laisser mourir devrait &#234;tre coll&#233;giale et correspondre &#224; la loi L&#233;onetti II. Or il me semble que sa situation ne r&#233;pond absolument pas aux crit&#232;res de cette loi, et ce, sur de nombreux points. Je m'explique :&lt;br class='autobr' /&gt;
1/ Il me semble que Mr Vincent LAMBERT n'a pas sign&#233; de son vivant de directives anticip&#233;es, puisque cela n'&#233;tait pas en vigueur &#224; l'&#233;poque de son accident. &lt;br class='autobr' /&gt;
Seul le t&#233;moignage verbal de son &#233;pouse tendrait &#224; croire qu'il d&#233;sapprouverait cette situation de d&#233;pendance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le monde sait que lorsque l'on est fort et bien portant, l'on peut lancer &#224; la vol&#233;e, &#224; qui veut l'entendre et avec conviction, qu'on ne supporterait pas d'&#234;tre un l&#233;gume, et qu'il ne faudrait pas en cas d'accident insister pour &#234;tre maintenu en vie...Or nous le constatons bien, nous m&#233;decins exp&#233;riment&#233;s dans ces questions de fin de vie, que la plupart des malades, une fois la maladie ou le handicap pr&#233;sents, trouvent d'autres ressources insoup&#231;onn&#233;es, physiques, morales et spirituelles, pour lutter contre la maladie et partent souvent contre toute attente lorsqu'ils ont accompli ce qu'ils avaient &#224; faire. &lt;br class='autobr' /&gt;
2/ Depuis 10 ans, s'il n'avait pas eu envie de vivre, Vincent Lambert se serait d&#233;brouill&#233; pour contracter une pneumopathie ou une infection nosocomiale. Il serait d&#233;c&#233;d&#233; depuis longtemps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or, il tient toujours, il a les yeux ouverts sur les photos ou les extraits de vid&#233;o le concernant, il respire de mani&#232;re autonome, il est dans un &#233;tat stable, il est par cons&#233;quent bien vivant et absolument pas en fin de vie. Ce que des dizaines d'experts ont rappel&#233; &#224; vos services depuis ces derniers mois. Donc on ne peut argumenter sur la fin de vie imminente qui n&#233;cessiterait son euthanasie passive puis active.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est bien ce qui d&#233;range aujourd'hui et qui s&#232;me le doute dans la soci&#233;t&#233;. Vincent Lambert ne souffre pas d'abandon car il est r&#233;guli&#232;rement visit&#233; par ses parents et certains fr&#232;res et s&#339;urs, il est entour&#233; et d&#233;fendu avec ardeur par ses parents...Vincent Lambert garderait m&#234;me de mani&#232;re minime et subtile une vie de relation avec eux, il se sent s&#251;rement aim&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pour cela qu'il tient encore ! Pourquoi ne pas prendre le risque de le transf&#233;rer dans une unit&#233; sp&#233;cialis&#233;e m&#234;me priv&#233;e pour permettre &#224; ses parents, qui lui ont donn&#233; la vie, de le garder en vie avec tout leur amour ? Quel b&#233;n&#233;fice en retirent-ils, autre que celui de choyer et pr&#233;server celui qu'ils aiment, &#224; qui ils donnent tout ? Pourquoi leur voler leur dernier combat de parents alors que rien n'est encore perdu ? Pourquoi critiquer leur foi chr&#233;tienne, alors qu'ils ne causent de tort &#224; personne ? C'est une forme de discrimination envers eux. Pourquoi l'&#233;pouse n'abandonne-t-elle pas la tutelle si elle n'en peut plus, a d&#233;j&#224; fait son deuil et souhaite refaire sa vie ? Le cas de Vincent Lambert ne doit pas &#234;tre un porte-&#233;tendard id&#233;ologique pour la l&#233;galisation de l'euthanasie des personnes vuln&#233;rables ou non productives. Nous sommes au Pays des Droits de l'Homme, et la vie doit &#234;tre prot&#233;g&#233;e lorsqu'elle est encore l&#224;. Lorsqu'il y a un doute, il faut privil&#233;gier la vie ! &lt;br class='autobr' /&gt;
3/ S'il s'agit d'un probl&#232;me de place &#224; l'h&#244;pital, ou de budget transf&#233;rons-le dans une unit&#233; priv&#233;e ! Il y a s&#251;rement des consid&#233;rations financi&#232;res, mais quelles sont-elles ? Il n'est pas canc&#233;reux, pas atteint de VIH ou de maladie auto-immune avec bioth&#233;rapie, qui co&#251;tent quand m&#234;me bien plus cher et n'a vraisemblablement pas besoin d'imagerie complexe, il n'a pas d'assistance cardio-respiratoire, il est juste nourri et hydrat&#233; dans un &#233;tat stable. ( d'o&#249; le fait que l'on ressasse toujours les m&#234;mes menaces depuis des ann&#233;es) Il a logiquement besoin d'une aide-soignante et d'une infirmi&#232;re qui assurent le nursing et le changement de position, de la kin&#233; pour &#233;viter les escarres...L'administration de la nutrition et de l'hydratation par gastrostomie ou sonde naso-gastrique...Un lit m&#233;dicalis&#233; avec matelas anti-escarres et une potence...Bref : L'argument de la difficult&#233; technique ou financi&#232;re ne tient pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
4/ Il n'est pas non plus mentionn&#233; qu'il pr&#233;sente des souffrances insupportables qui n&#233;cessiteraient une s&#233;dation profonde, sauf si l'on ne veut pas voir en face des souffrances affreuses g&#233;n&#233;r&#233;es par l'arr&#234;t m&#234;me de la nutrition et de l'hydratation, qui entra&#238;nent la douleur cruelle de mourir de soif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc cet argument de soulager d'hypoth&#233;tiques souffrances pour abr&#233;ger sa vie ne tient pas non plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
5/ S'il devait y avoir la question de l'obstination th&#233;rapeutique, elle se serait pos&#233;e il y a 10 ans, quand Vincent &#233;tait entre la vie et la mort. Il a finalement choisi de vivre, avec l'aide et le d&#233;vouement des &#233;quipes m&#233;dicales. Il ne s'agit pas non plus dans son cas pr&#233;sent d'une obstination d&#233;raisonnable car il ne s'agit pas de soins curatifs d'une maladie incurable, mais du soin corporel et nutritionnel de base d'une personne lourdement handicap&#233;e et sans d&#233;fense.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si le probl&#232;me est la survie artificielle du simple fait de la nutrition, car ce patient est incapable de se nourrir par lui-m&#234;me du fait de ses paralysies, alors nous pourrions tirer la m&#234;me conclusion au sens large pour les personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes, h&#233;mipl&#233;giques, sans parler des b&#233;b&#233;s qui ne sont pas autonomes ! La nourriture est vitale pour tous, et un droit incontestable, m&#234;me pour ceux qui ne peuvent se nourrir par eux-m&#234;mes !&lt;br class='autobr' /&gt;
6/ Le m&#233;decin n'est pas le ma&#238;tre de la vie et de la mort et peut tout &#224; fait se tromper dans son appr&#233;ciation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque ma propre m&#232;re a eu un grave accident de la route, alors qu'elle m'attendait, enceinte de 5 mois, l'&#233;quipe m&#233;dicale de neurochirurgie au 5e &#233;tage du CHU de Grenoble ( unit&#233; o&#249; a d'ailleurs &#233;t&#233; admis Micha&#235;l Schumacher apr&#232;s son accident de ski ) avait pr&#233;conis&#233; de pratiquer un avortement sur ma maman, traumatis&#233;e cr&#226;nienne, pour tenter de la sauver.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re, &#224; l'&#233;poque interne en M&#233;decine s'y est oppos&#233; farouchement, et finalement, ma m&#232;re et moi avons eu la vie sauve, contre toute attente. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'accident avait plong&#233; ma m&#232;re dans un coma profond, et lorsqu'elle a repris conscience, elle a &#233;t&#233; capable de r&#233;p&#233;ter tout ce qui a &#233;t&#233; dit &#224; son sujet autour d'elle, et m&#234;me par les infirmi&#232;res dans le couloir d'&#224;-c&#244;t&#233; !&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est la raison pour laquelle nous devons avoir le plus grand respect pour la vie de tout patient dont la conscience est alt&#233;r&#233;e. Il faut &#224; tout prix &#233;viter l'orgueil et la toute-puissance de la M&#233;decine car nous ne d&#233;tenons pas la V&#233;rit&#233; absolue sur la vie et son myst&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aurais pu &#234;tre victime d'une erreur d'appr&#233;ciation m&#233;dicale. Je n'ai heureusement pas de s&#233;quelles et ma m&#232;re a parfaitement r&#233;cup&#233;r&#233; ses facult&#233;s. M&#234;me si Vincent Lambert a des s&#233;quelles c&#233;r&#233;brales irr&#233;versibles, il vit toujours, et nul ne peut dire ce qu'il pense et pourquoi il s'accroche. Cela &#233;chappe &#224; tout le monde. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le doute, laissons Vincent en vie. Une partie de sa famille tient &#224; lui et s'en occupe. C'est une chance pour lui, et non une maltraitance ! Il ne faudrait pas que la loi s'oppose &#224; l'&#233;thique et &#224; l'int&#233;r&#234;t-m&#234;me de l'&#234;tre humain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas parce que quelque chose est l&#233;gal qu'il est forc&#233;ment moral et bon. Nous l'avons observ&#233; dans de nombreux pays autoritaires, o&#249; la loi a men&#233; &#224; des pertes humaines innombrables. L'Holocauste en est un exemple criant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, aucune religion ne permet de donner la mort, il faut aussi en tenir compte. Dans notre monde en manque de rep&#232;res moraux, culturels et &#233;ducatifs, quand on est en responsabilit&#233;, il faut bien discerner pour agir dans le sens du bien !&lt;br class='autobr' /&gt;
En conclusion, je pense qu'une d&#233;cision soi-disant l&#233;gale d'interrompre les soins de confort et de nutrition de base chez un patient handicap&#233;, va contre le caract&#232;re l&#233;gal de la loi L&#233;onetti, ce que j'ai d&#233;taill&#233; plus haut. Le CHU de Reims ne peut pas se r&#233;fugier derri&#232;re cette loi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce serait tout &#224; votre honneur de prendre une d&#233;cision sage, conforme &#224; votre conscience et au Serment d'Hippocrate. C'est la confiance de l'opinion vis-&#224;-vis du corps m&#233;dical qui est en jeu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Car la M&#233;decine est l&#224; pour soigner, pas pour donner la mort, surtout dans ce cas tellement pol&#233;mique. La Loi L&#233;onetti II suffit amplement &#224; r&#233;pondre &#224; la majorit&#233; des vrais cas de fin de vie qui se pr&#233;sentent et prot&#232;ge ainsi les soignants comme les familles dans leurs d&#233;cisions. Ce n'est pas le cas de Vincent Lambert qui n'est pas mourant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si Vincent Lambert vit toujours, alors je vous en supplie, respectez sa vie !&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vous prie d'agr&#233;er, Madame et Ch&#232;re Cons&#339;ur, l'expression de mes sentiments respectueux et d&#233;vou&#233;s,&lt;br class='autobr' /&gt;
Dr Sabine PALIARD-FRANCO&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MON COMMENTAIRE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madame et ch&#232;re Cons&#339;ur,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai lu avec attention le courrier que vous avez adress&#233; &#224; notre Ministre de la Sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis-je ajouter quelques commentaires personnels ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#233;crivez :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'apr&#232;s les donn&#233;es que j'ai, cet homme de 42 ans, traumatis&#233; cr&#226;nien lors d'un accident de la route, sauv&#233; et r&#233;anim&#233; il y a 10 ans, est actuellement lourdement handicap&#233;, t&#233;trapl&#233;gique et d&#233;pendant dans un lit au CHU de Reims. (&#8230;)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je ne peux que comparer son cas &#224; celui de Micha&#235;l Schumacher, &#233;galement traumatis&#233; cr&#226;nien avec de lourdes l&#233;sions c&#233;r&#233;brales, en &#233;tat pauci-relationnel, et dont la sant&#233; apr&#232;s son hospitalisation fait d&#233;sormais l'objet de soins sp&#233;cialis&#233;s tr&#232;s attentifs en milieu priv&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh, comme vous avez raison ! Mais&#8230; dites-moi : il me semble qu'un m&#233;decin digne de ce nom ne s'occupe pas d'&#233;tats pauci-relationnels. Un m&#233;decin digne de ce nom s'occupe de personnes. Michael Schumacher est Michael Schumacher, Vincent Lambert est Vincent Lambert ; sauf &#224; se figurer qu'on a le droit de les consid&#233;rer comme des cas interchangeables, ce qui s'applique &#224; l'un ne peut &#234;tre la norme de ce qui s'applique &#224; l'autre. Mais non : pour vous, il n'y a pas d'humains, il n'y a que des &#233;tats v&#233;g&#233;tatifs chroniques. Ce n'est pas ainsi que je vois la m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons plus loin, si vous permettez : je n'ai jamais rencontr&#233; Vincent Lambert. J'ai cru comprendre que vous non plus. Or, dans ma mani&#232;re de concevoir l'honn&#234;tet&#233; intellectuelle, pardon : l'honn&#234;tet&#233; tout court, si un m&#233;decin ne peut jamais s'autoriser &#224; parler des malades qu'il a vus, il peut encore moins s'autoriser &#224; parler de ceux qu'il n'a pas vus. De quel droit osez-vous trancher ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, oui. Vous parlez &#171; D'apr&#232;s les donn&#233;es que j'ai &#187;. Je parie que j'ai les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pathologie de Vincent Lambert n'a, pour faire court, aucune importance. Peu importe qu'il soit ou non dans un &#233;tat v&#233;g&#233;tatif chronique, peu importe qu'il soit ou non en fin de vie, peu importe la loi L&#233;onetti I ou II. Le probl&#232;me na&#238;t, et si cela ne figure pas dans les &#171; donn&#233;es que vous avez &#187; je vous invite &#224; les compl&#233;ter, que selon l'&#233;quipe qui l'a en charge Vincent Lambert a manifest&#233; son opposition aux soins. L'&#233;quipe a-t-elle raison ? Je n'en sais rien. Mais la d&#233;cence nous interdit de mettre son t&#233;moignage en doute. Or la loi du 4 mars 2002 est formelle, et interdit de soigner les gens contre leur gr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que Vincent Lambert est hors d'&#233;tat d'exprimer sa volont&#233; de mani&#232;re indiscutable. Il n'y a pas d'autre ressource que de d&#233;cider &#224; sa place. Mais qui est comp&#233;tent pour d&#233;cider ? Vous parlez de Michael Schumacher : il semble que pour lui le consensus se soit fait pour le maintenir en vie. Est-ce la bonne d&#233;cision ? Je ne peux pas le savoir. Mais pour Vincent Lambert il y a conflit. Vous voudrez bien observer que la loi fran&#231;aise dispose que quand la personne est mari&#233;e il revient &#224; son conjoint de prendre les d&#233;cisions n&#233;cessaires. Et vous voudrez bien observer que l'&#201;glise ne dit pas autre chose : &#171; C'est pourquoi l'homme quittera son p&#232;re et sa m&#232;re, et s'attachera &#224; sa femme, et ils deviendront une seule chair &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis tr&#232;s sinc&#232;rement constern&#233; par le niveau de votre argumentation. Par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il me semble que Mr Vincent Lambert n'a pas sign&#233; de son vivant de directives anticip&#233;es, &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son vivant ? Tiens&#8230; Pour vous il est d&#233;j&#224; mort ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
puisque cela n'&#233;tait pas en vigueur &#224; l'&#233;poque de son accident.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre la profondeur de votre ignorance : la loi L&#233;onetti I date de 2005, l'accident de Vincent Lambert de 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus sid&#233;rant est dans la suite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tout le monde sait que lorsque l'on est fort et bien portant, l'on peut lancer &#224; la vol&#233;e, &#224; qui veut l'entendre et avec conviction, qu'on ne supporterait pas d'&#234;tre un l&#233;gume, et qu'il ne faudrait pas en cas d'accident insister pour &#234;tre maintenu en vie... Or nous le constatons bien, nous m&#233;decins exp&#233;riment&#233;s dans ces questions de fin de vie, que la plupart des malades, une fois la maladie ou le handicap pr&#233;sents, trouvent d'autres ressources insoup&#231;onn&#233;es, physiques, morales et spirituelles, pour lutter contre la maladie et partent souvent contre toute attente lorsqu'ils ont accompli ce qu'ils avaient &#224; faire.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait mieux dire que pour vous les directives anticip&#233;es, dont pourtant vous regrettez que Vincent Lambert ne les ait pas &#233;crites, sont de toute mani&#232;re nulles et de nul effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Depuis 10 ans, s'il n'avait pas eu envie de vivre, Vincent Lambert se serait d&#233;brouill&#233; pour contracter une pneumopathie ou une infection nosocomiale.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous croyez r&#233;ellement &#224; ce que vous &#233;crivez ? Mais alors que faites-vous du t&#233;moignage de l'&#233;quipe soignante qui dit que Vincent Lambert s'oppose aux soins ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'argument de la difficult&#233; technique ou financi&#232;re ne tient pas.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous rassure : personne, &#224; part vous, ne songe &#224; cet argument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il n'est pas non plus mentionn&#233; qu'il pr&#233;sente des souffrances insupportables qui n&#233;cessiteraient une s&#233;dation profonde, sauf si l'on ne veut pas voir en face des souffrances affreuses g&#233;n&#233;r&#233;es par l'arr&#234;t m&#234;me de la nutrition et de l'hydratation, qui entra&#238;nent la douleur cruelle de mourir de soif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Donc cet argument de soulager d'hypoth&#233;tiques souffrances pour abr&#233;ger sa vie ne tient pas non plus.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, on touche le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On touche le fond parce qu'il n'est pas digne d'un m&#233;decin comp&#233;tent de brandir ce mensonge de &#171; souffrances affreuses g&#233;n&#233;r&#233;es par l'arr&#234;t m&#234;me de la nutrition et de l'hydratation, qui entra&#238;nent la douleur cruelle de mourir de soif, &#187; quand il sait aussi bien que moi que ces malades n'ont ni faim ni soif, et que si c'&#233;tait le cas la s&#233;dation suffirait &#224; assurer leur confort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On touche le fond parce que si, comme les soignants le disent, le malade s'oppose aux soins, c'est faire bon march&#233; de la souffrance d'autrui que de ne pas le prendre en compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il ne s'agit pas non plus dans son cas pr&#233;sent d'une obstination d&#233;raisonnable car il ne s'agit pas de soins curatifs d'une maladie incurable, mais du soin corporel et nutritionnel de base d'une personne lourdement handicap&#233;e et sans d&#233;fense.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si vous aviez fait un peu de m&#233;decine vous sauriez parfaitement faire la diff&#233;rence entre une alimentation artificielle et une autre qui ne l'est pas. Si vous aviez un peu de bon sens vous n'auriez, comme moi, que faire de cette absurde diff&#233;rence entre soin et traitement, &#224; laquelle au reste personne ne comprend plus rien : si un jour je refuse les traitements, il faudra se lever matin pour m'imposer un soin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Si le probl&#232;me est la survie artificielle du simple fait de la nutrition, car ce patient est incapable de se nourrir par lui-m&#234;me du fait de ses paralysies, alors nous pourrions tirer la m&#234;me conclusion au sens large pour les personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes, h&#233;mipl&#233;giques, sans parler des b&#233;b&#233;s qui ne sont pas autonomes ! La nourriture est vitale pour tous, et un droit incontestable, m&#234;me pour ceux qui ne peuvent se nourrir par eux-m&#234;mes !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, vous m'int&#233;ressez : alors comme &#231;a, si entre deux choses il y a une zone de flou, c'est qu'il n'y a pas de diff&#233;rence entre ces deux choses, n'est-ce pas ? Il y a des mulets, donc les chevaux et les &#226;nes n'existent pas. Mais dites-moi : vous avez entendu parler de ces sujets qui pr&#233;sentent une ambigu&#239;t&#233; sexuelle, n'est-ce pas ? Dois-je en conclure que vous validez aussi les r&#233;sultats des &#233;tudes de genre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pire est que ce n'est pas le sujet. Pour la troisi&#232;me fois le probl&#232;me est que le malade, selon ce qui nous est dit (et qui d&#233;range tant qu'on se garde bien de le rappeler), refuse les soins. C'est cela qui fait la diff&#233;rence avec &lt;i&gt;les personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes, h&#233;mipl&#233;giques, sans parler des b&#233;b&#233;s qui ne sont pas autonomes&lt;/i&gt;. C'est de cela dont vous n'avez que faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste est pur d&#233;lire. Et&#8230; vous n'avez pas honte ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb2-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh2-1' class='spip_note' title='Notes 2-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Un sp&#233;cialiste de m&#233;decine g&#233;n&#233;rale, c'est un m&#233;decin g&#233;n&#233;raliste comme les autres ; on se d&#233;voile en arguant de ces titres ronflants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les volont&#233;s de la famille</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article120</link>
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		<dc:date>2015-08-09T17:27:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Voici quelque temps je recevais le courrier suivant : &lt;br class='autobr' /&gt;
Pouvez-vous nous dire quelle lettre nous pouvons r&#233;diger pour qu'il n'y ait pas d'acharnement th&#233;rapeutique ni d'alimentation artificielle pour notre m&#232;re atteinte de la maladie d'Alzheimer a un stade avanc&#233; et lorsqu'elle ne pourra plus d&#233;glutir. Elle est actuellement en EHPAD. Nous sommes 7 enfants et tous d'accord pour ne pas prolonger sa vie inutilement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Sous sa forme lapidaire, ce courrier pose magnifiquement l'ensemble des questions (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Ethique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voici quelque temps je recevais le courrier suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pouvez-vous nous dire quelle lettre nous pouvons r&#233;diger pour qu'il n'y ait pas d'acharnement th&#233;rapeutique ni d'alimentation artificielle pour notre m&#232;re atteinte de la maladie d'Alzheimer a un stade avanc&#233; et lorsqu'elle ne pourra plus d&#233;glutir. Elle est actuellement en EHPAD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes 7 enfants et tous d'accord pour ne pas prolonger sa vie inutilement.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous sa forme lapidaire, ce courrier pose magnifiquement l'ensemble des questions relatives aux d&#233;cisions de fin de vie. J'ai donc r&#233;pondu comme je pouvais (et&lt;i&gt; stricto sensu&lt;/i&gt; la r&#233;ponse est assez simple), mais en me promettant d'y revenir ; c'est ce que je fais ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dis que la r&#233;ponse est assez simple parce que, quoi qu'on &#233;crive, le texte n'aura aucune valeur juridique opposable. La seule chose qui soit pr&#233;vue par la loi, ce sont les directives anticip&#233;es ; or les directives anticip&#233;es sont par nature un texte &#233;tabli par le malade lui-m&#234;me ; encore la loi l'enserre-t-elle dans d'&#233;troites limites&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Limites dont, comme je l'ai d&#233;j&#224; &#233;crit, je conteste la pertinence, mais (...)' id='nh3-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce que mon correspondant envisage de faire ne peut s'inscrire dans ce cadre, et du coup ne peut avoir de valeur en droit : ce ne sont pas des directives anticip&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PAS DE VALEUR JURIDIQUE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N' y a-t-il donc aucun moyen de donner une autorit&#233; au point de vue de la famille ? Non, &lt;i&gt;et c'est heureux&lt;/i&gt;. Car la seule personne pouvant d&#233;cider quelque chose est le malade lui-m&#234;me ; il est d&#233;j&#224; bien assez compliqu&#233; comme cela de tenir l'indispensable &#233;quilibre entre le fait que le malade a un savoir de son cas particulier (ce que le m&#233;decin n'a pas) et le fait que le m&#233;decin a un savoir du cas g&#233;n&#233;ral (ce que le malade n'a pas) ; ou, pour le dire autrement, que si le malade est seul &#224; savoir &lt;i&gt;ce qu'il veut&lt;/i&gt; le m&#233;decin est seul &#224; savoir &lt;i&gt;ce qu'il peut&lt;/i&gt; ; bref que l'un et l'autre dispose de sa moiti&#233; de l'information n&#233;cessaire, comme deux banquiers ont chacun une cl&#233; du coffre-fort. Et c'est se moquer du monde que de feindre de croire que chacun peut transmettre &#224; l'autre sa moiti&#233; d'information ; on peut essayer, on peut s'approcher, mais quoi qu'on fasse on arrivera au mieux &#224; un consensus &#233;labor&#233; &#224; t&#226;tons sous la forme d'une aimantation r&#233;ciproque, ce qui au demeurant ne sera pas si mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le malade ne peut pas exprimer sa volont&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne prend pas la loi au d&#233;pourvu, qui dispose que quand la personne ne peut exprimer sa volont&#233; il y a lieu de la mettre sous protection judiciaire. Je ne reviens pas sur ce que j'ai dit ailleurs : la loi sur la tutelle est fort mal adapt&#233;e &#224; la r&#233;solution de ces probl&#232;mes, et il faut qu'elle &#233;volue ; toutefois elle offre un cadre juridique int&#233;ressant, et je dois conseiller &#224; mon correspondant de faire une telle demande, qui lui conf&#232;rera le statut de personne de confiance ; ce statut ne lui donnera toujours pas l'arme de d&#233;cision qu'il souhaite, mais ce sera beaucoup mieux que rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc s'inscrire dans l'un ou l'autre cadre : ou bien le malade n'est pas en &#233;tat de dire ce qu'il veut, et alors il a besoin d'&#234;tre assist&#233; dans une foule d'autres d&#233;cision, ce qui impose une tutelle ; ou bien le malade n'est pas sous tutelle et il n'y a aucune l&#233;gitimit&#233; &#224; pr&#233;tendre parler &#224; sa place. Bien entendu je me fais ici encore plus b&#234;te que je ne suis : les choses ne sont pas binaires, il y a des exceptions et des cas particuliers ; mais ce serait ne rien comprendre &#224; la nature m&#234;me de la loi que de lui demander de traiter les cas particuliers et les exceptions (raison pour laquelle il est absurde de brandir des situations exceptionnelles pour revendiquer un quelconque droit &#224; l'euthanasie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, libell&#233;e telle qu'elle l'est, la question de mon correspondant : &lt;i&gt;Pouvez-vous nous dire quelle lettre nous pouvons r&#233;diger pour qu'il n'y ait pas&lt;/i&gt; n'admet aucune r&#233;ponse : la seule question qui en admettrait une serait : &lt;i&gt;Pouvez-vous nous dire quelle lettre nous pouvons r&#233;diger pour sugg&#233;rer qu'il n'y ait pas&lt;/i&gt;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien s&#251;r une autre voie pour faire entendre la parole de l'entourage ; c'est celle qui est pr&#233;vue par la loi L&#233;onetti, qui dispose que le m&#233;decin qui envisage de prendre une d&#233;cision de limitation ou d'arr&#234;t de soins ne peut le faire qu'&#224; la condition de s'entourer d'un certain nombre d'avis, dont celui de la famille. Et il y a ici trois points &#224; pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le malade qui d&#233;cide :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point n'est pas n&#233;gociable : tant qu'il est en mesure d'exprimer sa volont&#233;, c'est le malade qui d&#233;cide pour lui-m&#234;me. Cette libert&#233; est un absolu, consacr&#233; par la loi du 4 mars 2002&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Qui, au vrai, ne fait que commenter la D&#233;claration des Droits de l'Homme et (...)' id='nh3-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et il faut pousser cet absolu jusqu'&#224; ses ultimes cons&#233;quences, notamment lorsqu'il arrive que les choix du malade apparaissent irr&#233;alistes ou dommageables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort est un &#233;v&#233;nement unique, inexplorable, dont personne n'a d'exp&#233;rience sinon celui qui s'y trouve affront&#233; ; il est donc logique que dans cette p&#233;riode au sens strict extraordinaire, les options choisies par le malade apparaissent extraordinaires ; rien ne permet de d&#233;cider qu'il se fourvoie. Il est fr&#233;quent de voir les professionnels les mieux intentionn&#233;s prendre leurs aises avec les choix du malade, au motif que &#171; c'est pour son bien &#187;, en m&#233;connaissant que dans cette p&#233;riode, pr&#233;cis&#233;ment, les crit&#232;res du bien et du mal ne sont pas assur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de vie n'a de sens que si elle est un temps de libert&#233;, que la maladie restreint d&#233;j&#224; suffisamment pour qu'il ne soit pas n&#233;cessaire d'y ajouter. Or la libert&#233; ne se limite pas &#224; celle de faire les bons choix, encore moins &#224; celle de faire les choix qui conviennent &#224; l'autre ; la libert&#233;, c'est celle de prendre des risques, et en tout premier lieu le risque de se tromper, de se nuire ou de nuire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Il y a bien longtemps que les th&#233;ologiens lient l'existence du mal &#224; celle de (...)' id='nh3-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, devant le malade qui &#224; cor et &#224; cri exige qu'on lui explique ce qui se passe, alors qu'il y a de solides raisons de penser qu'il n'est pas pr&#234;t &#224; l'entendre, le m&#233;decin peut louvoyer, att&#233;nuer, enjoliver ; mais il ne peut en aucun cas mentir ni se taire. Il arrive que ce faisant on provoque des drames ; mais ces drames sont le prix &#224; payer pour la libert&#233; de l'autre et il n'y a aucun sens &#224; vouloir que la mort soit un &#233;v&#233;nement lisse. Et s'il arrive en effet que l'application de ce principe aboutisse &#224; des tr&#233;pas tr&#232;s p&#233;nibles, la liste est beaucoup plus souvent de ces malades qui d&#233;c&#232;dent, certes sans bruit, mais la rage au c&#339;ur de s'&#234;tre, faute de sinc&#233;rit&#233;, fait voler leur mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions le r&#244;le du professionnel est de discuter, plaider, n&#233;gocier. Mais in fine il ne peut que se soumettre, ou alors se retirer. C'est ce qu'il fera par exemple si le malade, contre tout r&#233;alisme, exige des soins qui rel&#232;veraient manifestement de l'acharnement th&#233;rapeutique. Ici encore il doit t&#226;cher de persuader, mais il peut se faire qu'il ne parvienne pas &#224; convaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question, si difficile, de l'entourage ; car les d&#233;cisions que prend le malade, et qui sont l'expression de sa libert&#233;, n'arrangent pas toujours ses proches. Or il faut consid&#233;rer qu'en fin de vie ce n'est pas un malade qu'on soigne mais une sorte d'unit&#233; fonctionnelle compos&#233;e du malade et de ses proches (voire de l'&#233;quipe soignante elle-m&#234;me) ; non seulement, donc, il est indispensable d'accompagner l'entourage, mais on commettrait une grave erreur en oubliant cette dimension syst&#233;mique de la prise en soin. Pour autant, c'est le malade qui meurt, et en cas de d&#233;saccord sa d&#233;cision ne peut &#234;tre que pr&#233;pond&#233;rante ; on doit &#234;tre m&#233;fiant devant la tentation de faire droit prioritairement &#224; la volont&#233; de la famille, tentation d'autant plus forte que cette volont&#233; est bien souvent plus r&#233;aliste, qu'il est moins douloureux pour le soignant de s'identifier au parent en bonne sant&#233; (et souvent plus jeune) qu'au malade, et que, &lt;i&gt;last but not least&lt;/i&gt;, ce sont les survivants qui rempliront le questionnaire de fin de s&#233;jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le m&#233;decin qui d&#233;cide :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second point est que, lorsque le malade n'est pas en &#233;tat de faire un choix, c'est le m&#233;decin qui d&#233;cide. Privil&#232;ge d'autant plus exorbitant que c'est &#233;galement lui d&#233;cide si le malade est en &#233;tat de d&#233;cider&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-4' class='spip_note' rel='appendix' title='Notons que les partisans de la mort pour tous n'&#233;chappent pas &#224; ce non-sens (...)' id='nh3-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais contrairement &#224; ce qu'on entend souvent, ce privil&#232;ge du m&#233;decin est in&#233;vitable, et c'est tout compte fait une bonne chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est facile, mais totalement irresponsable, de se draper derri&#232;re l'argument selon lequel chacun a le droit de d&#233;cider pour lui-m&#234;me ; c'est irresponsable tout simplement parce qu'il s'agit de prendre une d&#233;cision &#233;clair&#233;e. Et la question se pose ici comme elle se pose chaque fois qu'il est n&#233;cessaire de recourir &#224; un expert : il s'agit d'associer deux savoirs qui ne sont pas du m&#234;me ordre : le savoir personnel, intime, singulier du malade, pour qui le cancer est d'abord &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; cancer, irr&#233;ductible &#224; tous les autres cancers, et le savoir g&#233;n&#233;ral, ext&#233;rieur, statistique du m&#233;decin, qui lui donne une vision plus perspective mais moins pr&#233;cise. Ces deux savoirs ne peuvent pas se m&#234;ler, et pourtant il le faut(&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-5' class='spip_note' rel='appendix' title='Bien entendu dans la pratique il y a tant &#224; faire pour que soit correctement (...)' id='nh3-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref on ne peut faire l'&#233;conomie du fait que le m&#233;decin sait des choses, et que ce savoir a plus de chances d'&#234;tre relativement proche d'un savoir objectif que celui de l'entourage. Redisons-le : il ne s'agit pas de d&#233;valoriser l'un ou l'autre de ces savoirs, mais seulement de se demander, en cas de d&#233;saccord, lequel des deux est le moins risqu&#233; quand il s'agit de d&#233;cider pour un tiers ; comme je l'ai d&#233;j&#224; rapport&#233; ailleurs, cette question est illustr&#233;e par la phrase : &lt;i&gt;Madame, je n'ai jamais perdu ma m&#232;re ; et si je l'avais perdue, ce ne serait pas la v&#244;tre . C'est pourquoi vous savez sur cette situation des choses que je ne sais pas. Mais j'ai vu tant de personnes perdre leur m&#232;re que je sais sur cette situation des choses que vous ne savez pas.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi dispose donc que le m&#233;decin doit s'entourer de tous les avis possibles avant de d&#233;cider, mais que la d&#233;cision est la sienne :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Parce que c'est lui qui dispose des outils pour &#233;valuer la situation.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Parce que c'est lui qui (pour le dire vite) a d&#233;j&#224; v&#233;cu ce qui s'est pass&#233; apr&#232;s.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Parce qu'il n'est pas n&#233;cessairement tr&#232;s humain de faire porter &#224; l'entourage le poids de la d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hi&#233;rarchie dans la famille :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me point est de savoir comment on organise la consultation des proches. La loi n'en dit rien, et c'est un probl&#232;me. On le r&#232;gle par la d&#233;signation d'une personne de confiance, mais pr&#233;cis&#233;ment cette solution est rarement adopt&#233;e. Il faudra donc une jurisprudence permettant de d&#233;gager les r&#232;gles permettant d'&#233;valuer le poids respectif de chacun des points de vue. Il faut croire que ce n'est pas si simple, &#224; en juger par l'affaire Vincent Lambert, qui repose largement sur un d&#233;saccord familial ; pourtant on pourrait se contenter du principe du devoir d'assistance, qui contraint le conjoint, avant toute autre personne, &#224; veiller sur le malade(&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-6' class='spip_note' rel='appendix' title='Tout comme il serait simple de remarquer que les chr&#233;tiens sont quelque peu (...)' id='nh3-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le courrier envisag&#233; par mon correspondant n'a donc pas de valeur juridique assignable puisque le seul document pr&#233;vu par la loi concerne les directives anticip&#233;es, qui doivent &#234;tre &#233;crites de la main du malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ACHARNEMENT TH&#201;RAPEUTIQUE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'en a pas pour une seconde raison : les directives anticip&#233;es doivent se rapporter aux questions de fin de vie (ce qui me semble une limite absurde). Et la question qui se pose ici est de savoir si on se trouve en fin de vie. Je crois comprendre que non : il s'agit d'une d&#233;mente &#226;g&#233;e, &#233;volu&#233;e, lourdement d&#233;pendante, qui a pr&#233;sent&#233;, ou chez qui on pr&#233;voit, des troubles de la d&#233;glutition. La demande est une demande de pr&#233;caution, qu'il faut analyser dans toute sa complexit&#233;. Et cette complexit&#233; est &#233;pouvantable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne reviens pas sur ce que j'ai d&#233;j&#224; dit assez souvent : la question de l'acharnement th&#233;rapeutique n'est simple que pour les ignorants. Essayons seulement de regarder ce qu'il en est dans ce cas pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon correspondant &#233;crit : &lt;i&gt;pas d'acharnement th&#233;rapeutique ni d'alimentation artificielle&lt;/i&gt;. Je me demande si l'alimentation artificielle ne r&#233;sume pas pour lui la question de l'acharnement. J'imagine cette dame ayant fait quelques fausses routes, voire une pneumonie d'inhalation, de sorte que l'&#233;quipe soignante a &#233;voqu&#233; la solution d'une alimentation artificielle, sans doute par gastrostomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe est l&#224; : Si c'est le cas, alors tout le monde comprend ce que mon correspondant a en vue ; on peut m&#234;me parler d'une sorte de &lt;i&gt;common sense&lt;/i&gt; qui probablement fait l'unanimit&#233; : oui, chez une vieille dame d&#233;mente et tr&#232;s d&#233;pendante, l'id&#233;e de pallier des fausses routes par une gastrostomie serait d&#233;raisonnable&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-7' class='spip_note' rel='appendix' title='Je ne rappelle m&#234;me pas qu'en outre la gastrostomie est loin d'&#234;tre souveraine (...)' id='nh3-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est la r&#233;action que j'aurais moi aussi. Mais d'un autre c&#244;t&#233; on ne tarde pas &#224; voir que les choses se compliquent d&#232;s qu'on creuse un peu. On retrouve l&#224; en effet deux questions cruciales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est de savoir en quoi l'alimentation artificielle est une mesure d'acharnement th&#233;rapeutique. L'essentiel de ce que je pense au plan th&#233;orique se trouve &#224; &lt;a href=&#034;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article68&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article68&lt;/a&gt;, mais cela ne concerne que les malades en fin de vie. Et la r&#233;ponse ne va pas de soi, c'est notamment la question pos&#233;e par les parents de Vincent Lambert, dont la situation d&#233;cid&#233;ment semble fascinante, et que j'aurais tendance, &lt;i&gt;vu de ma fen&#234;tre&lt;/i&gt; (oh ! qu'on lise le &lt;a href=&#034;http://hudoc.echr.coe.int/sites/fra/pages/search.aspx?i=001-155264#&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;texte du jugement&lt;/a&gt; : cela dissuade des simplismes), &#224; r&#233;sumer en trois points :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Vincent Lambert n'est pas en fin de vie, ce qui est exact. Il n'est pas plus en fin de vie que n'importe quel autre malade en &#233;tat v&#233;g&#233;tatif chronique, ou n'importe quel d&#233;ment grabataire. De ce point de vue il y a effectivement un risque &#224; consid&#233;rer, comme l'ont fait les juges, que la loi L&#233;onetti est un cadre ad&#233;quat, alors qu'elle ne vise explicitement que les situations de fin de vie. Et ce point devra &#234;tre tranch&#233; : si on veut que les dispositions de la loi L&#233;onetti puissent s'appliquer dans un cadre plus large, il faut le sp&#233;cifier par une nouvelle loi. Extension que pour ma part je serais plut&#244;t enclin &#224;, souhaiter, &#224; cause par exemple de situations comme celle de Vincent Humbert (&#224; supposer que son d&#233;sir de ne plus vivre soit ce qu'on nous en a dit) ou de &lt;a href=&#034;http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article86&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Hannah Jones ou d'Eluana Engaro&lt;/a&gt;. Encore cela ne pr&#233;munira-t-il pas contre le risque d'abus.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'alimentation artificielle n'est pas une mesure d'acharnement th&#233;rapeutique, ce qui est &#233;galement exact : prise isol&#233;ment il s'agit bel et bien d'une mesure &#171; dont le seul but est de prolonger artificiellement la vie &#187;, mais il existe une quantit&#233; d'autres mesures qui r&#233;pondent &#224; cette d&#233;finition sans qu'on songe le moins du monde &#224; les remettre en cause : pour ne prendre que cet exemple c'est le cas de tous les d&#233;fibrillateurs cardiaques implantables. Certes la diff&#233;rence tombe sous le sens, mais il faudra bien qu'un jour on fasse mieux que de se contenter de ce qui tombe sous le sens.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il n'y a rien d'autre &#224; consid&#233;rer, et c'est l&#224;, l&#224; seulement, que les choses se compliquent. Car Vincent Lambert ne peut rien dire, et la seule indication dont nous disposons est qu'il a manifest&#233; son opposition aux soins ; c'est pour cette seule raison, mais elle est capitale, qu'il faut envisager une application &#224; son cas de la loi L&#233;onetti. Et si cette impression est fausse ? Ce serait dramatique, bien s&#251;r, et il faut tout faire pour v&#233;rifier ce qu'il en est ; mais cela ne change pas la probl&#233;matique, qui est celle d'une communaut&#233; humaine entourant l'un des siens et qui est amen&#233;e &#224; d&#233;cider pour lui ; elle court l'&#233;norme risque de se tromper, mais ce qu'elle lui doit c'est d'agir en conscience. Or il n'y a pas de position neutre : ou on ne continue pas les soins, et cela revient &#224; lui imposer notre volont&#233; qu'il ne vive plus, ou on les continue, et cela revient &#224; lui imposer notre volont&#233; qu'il vive. Dans les deux cas le risque est majeur et ind&#233;cidable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la dame dont nous parle notre correspondant, l'alimentation artificielle n'est donc pas une mesure d'acharnement th&#233;rapeutique, sauf si d'autres &#233;l&#233;ments nous incitent &#224; penser que l'&#233;volution de fond pose une &#233;ch&#233;ance assez proche. Ce qui nous trouble c'est qu'il s'agit souvent de malades qui n'ont plus gu&#232;re de vie de relation, de sorte qu'on se demande &#224; quoi sert de prolonger cette vie, &#224; quoi sert de manifester, ou pour mieux dire d'imposer notre volont&#233; que cette vie se prolonge. Le probl&#232;me vient de ce que nous d&#233;finissons la mort comme la perte d&#233;finitive de toute capacit&#233; de relation, et qu'il y a des malades qui perdent cette capacit&#233; trop longtemps avant l'arr&#234;t des autres fonctions vitales. D'o&#249; le danger majeur de d&#233;rapages de tous ordres ; mais danger qu'il n'en faut pas moins assumer. Et d'o&#249; le bien-fond&#233; de la question pos&#233;e par mon correspondant ; et d'o&#249; le fait que, si je connaissais le cas, il se pourrait que je partage ce point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde question est encore plus importante, mais au vrai nous venons de la traiter largement : &lt;i&gt;Nous sommes 7 enfants et tous d'accord pour ne pas prolonger sa vie inutilement&lt;/i&gt;. Ici encore, tout le monde comprend. Mais&#8230; que serait &#171; prolonger sa vie utilement &#187; ? Comment juge-t-on de l'utilit&#233; d'une vie ? Et utilit&#233; pour qui ? Je me tais : ce sont des questions insondables. Elles n'en font pas moins le quotidien du g&#233;riatre, et je me les suis pos&#233;es chaque fois que j'ai d&#251; d&#233;cider, pour des d&#233;ments &#224; bout de course, que cette fois, non, je ne les ferais pas transf&#233;rer en m&#233;decine pour soigner leur &#233;ni&#232;me pneumonie. Ces d&#233;cisions, je les ai prises, mais je ne permettrai plus &#224; personne de venir me raconter que l'acharnement th&#233;rapeutique est une question simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PROPOSITION :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, que peut-il faire, ce correspondant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je le lui ai r&#233;pondu : dans la pratique, s'il se borne &#224; adresser &#224; l'&#233;quipe soignante le courrier m&#234;me qu'il m'a post&#233;, il y a de fortes chances pour qu'elle s'en empare&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb3-8' class='spip_note' rel='appendix' title='D'autant qu'il s'agit d'un avis unanime de la famille.' id='nh3-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et lui donne largement force de loi. Il vaudrait seulement mieux qu'il fasse une demande de tutelle. Mais il faut qu'il garde &#224; l'esprit quatre points :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le premier est que de tels courriers sont effectivement pain b&#233;nit pour l'&#233;quipe, qui doit souvent d&#233;cider de la poursuite ou de l'arr&#234;t des soins sans aucune indication. Ici il ne s'agit que de l'avis de la famille, mais c'est infiniment mieux que rien.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le second est que si la discussion en reste l&#224; il se pourrait que les enfants de cette dame ne se fassent ainsi que simplement refiler le mistigri de la sale d&#233;cision. Au contraire un tel courrier doit &#234;tre le d&#233;clic qui va permettre un dialogue permanent avec l'&#233;quipe, aboutissant &#224; une d&#233;cision commune.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le troisi&#232;me est encore plus d&#233;licat : cette entr&#233;e en coop&#233;ration avec l'&#233;quipe est fondamentale, mais il n'est pas dans l'esprit de la loi L&#233;onetti de faire, par exemple, des directives anticip&#233;es une sorte de contrat pass&#233; entre le malade et tel ou tel m&#233;decin. Cet aspect contractuel est m&#233;connu, il va pourtant de soi : quand le malade arrive dans le service, il pr&#233;sente (enfin, id&#233;alement) ses directives et la premi&#232;re t&#226;che du m&#233;decin est de se les faire pr&#233;ciser. S'il ne le fait pas, tout laisse &#224; penser qu'il les appliquera fort mal, car elles ne sauraient &#234;tre suffisamment pr&#233;cises pour d&#233;clencher une application automatique. Mais s'il le fait, alors leur statut change, et il s'agit bel et bien de ce sur quoi le malade et lui se sont entendus&#8230;
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le quatri&#232;me est dans la loi, et j'ai dit combien il est incontournable : dans la pratique la d&#233;cision sera celle du m&#233;decin, c'est lui qui est juge en dernier ressort. Il se pourra donc qu'il &#233;value autrement la question de savoir s'il &lt;i&gt;prolonge sa vie inutilement&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb3-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-1' class='spip_note' title='Notes 3-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Limites dont, comme je l'ai d&#233;j&#224; &#233;crit, je conteste la pertinence, mais laissons cela.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-2' class='spip_note' title='Notes 3-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Qui, au vrai, ne fait que commenter la D&#233;claration des Droits de l'Homme et du Citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-3' class='spip_note' title='Notes 3-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il y a bien longtemps que les th&#233;ologiens lient l'existence du mal &#224; celle de la libert&#233; ; non que la libert&#233; soit le mal, mais elle n'a pas de sens si elle n'implique pas la libert&#233; de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-4' class='spip_note' title='Notes 3-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notons que les partisans de la mort pour tous n'&#233;chappent pas &#224; ce non-sens quand ils proposent que les candidats &#224; l'euthanasie subissent un examen psychiatrique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-5' class='spip_note' title='Notes 3-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bien entendu dans la pratique il y a tant &#224; faire pour que soit correctement jou&#233; le jeu de l'information du malade que ce probl&#232;me ne se pose que rarement ; il n'en faut pas moins se souvenir que l'incompatibilit&#233; est de fond.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-6' class='spip_note' title='Notes 3-6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tout comme il serait simple de remarquer que les chr&#233;tiens sont quelque peu li&#233;s par cette parole de la Bible :&lt;i&gt; l'homme quittera son p&#232;re et sa m&#232;re, il s'attachera &#224; sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un&lt;/i&gt;, Gen&#232;se, II, 24.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-7' class='spip_note' title='Notes 3-7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je ne rappelle m&#234;me pas qu'en outre la gastrostomie est loin d'&#234;tre souveraine en mati&#232;re de pr&#233;vention des fausses routes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb3-8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh3-8' class='spip_note' title='Notes 3-8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D'autant qu'il s'agit d'un avis unanime de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Saint Vincent de Paul et l'hormone de croissance</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article89</link>
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		<dc:date>2009-01-24T20:54:52Z</dc:date>
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		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Les professionnels impliqu&#233;s dans l'affaire de l'hormone de croissance viennent d'&#234;tre acquitt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s r&#233;cemment une infirmi&#232;re a &#233;t&#233; mise en cause pour une erreur de flacon dans une pharmacie hospitali&#232;re.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Ethique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les professionnels impliqu&#233;s dans l'affaire de l'hormone de croissance viennent d'&#234;tre acquitt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s r&#233;cemment une infirmi&#232;re a &#233;t&#233; mise en cause pour une erreur de flacon dans une pharmacie hospitali&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieux entrechoc de l'actualit&#233;, qui nous met ainsi sous les yeux une si scandaleuse in&#233;galit&#233; de traitement. Voil&#224; une magnifique occasion de nous r&#233;volter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ne soyons pas na&#239;fs : cette in&#233;galit&#233; de traitement est une &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si nous allions un peu plus loin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs choses qu'il convient de relever dans ces histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UNE SUITE INT&#201;RESSANTE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai certes aucune envie de me trouver mis en cause pour des erreurs de ce type. Et je n'ai pas le souvenir que Mme Bachelot, dont il est vrai je ne passe pas mon temps &#224; suivre les interventions, ait eu un mot personnel pour l'infirmi&#232;re, qui se trouve mise en examen, plac&#233;e sous contr&#244;le judiciaire et interdite d'exercer. Il est vrai que la justice est ind&#233;pendante, au point que le Parquet n'a pas jug&#233; utile de faire appel de ces mesures. A ma connaissance la ministre s'est born&#233;e &#224; dire qu'elle est fi&#232;re du service public hospitalier, qu'elle est aux c&#244;t&#233;s du personnel, bref du vent, et que l'h&#244;pital ne manque pas de moyens ; sans oublier de d&#233;noncer une r&#233;cup&#233;ration politicienne. Triste comportement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant il faut se souvenir : il n'y a pas si longtemps l'affaire aurait &#233;t&#233; mise au rancart au motif, par ailleurs tous &#224; fait logique, que c'&#233;tait une erreur, que les erreurs sont in&#233;vitables et que c'est la faute &#224; pas de chance ; c'est comme cela que je pensais il y a trente ans, et je n'&#233;tais s&#251;rement pas le seul. Or la suite semble avoir montr&#233; qu'il y avait une faille dans le syst&#232;me de distribution des solut&#233;s. On aurait certes pu arriver &#224; ce r&#233;sultat par des moyens moins scandaleux, mais n'oublions pas tout de m&#234;me qu'il fut un temps o&#249; on n'y serait jamais arriv&#233;. Je suppose qu'une cellule est charg&#233;e de rem&#233;dier &#224; cet &#233;tat de choses. En passant il sera bon d'&#233;tendre son champ d'investigations : l'autre jour je suis all&#233; au supermarch&#233; acheter de l'alcool &#224; br&#251;ler ; je me suis retrouv&#233; avec une bouteille d'ammoniaque : m&#234;me rayon, m&#234;me forme de bouteille, m&#234;me couleur d'&#233;tiquette et le nom commence par ALC(ali volatil). Le probl&#232;me est que cela me met en &#233;vidence &#224; quel point je ne suis pas &#224; l'abri d'une telle erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UN CHANGEMENT D'AMBIANCE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette inflexion qui nous a rendus plus exigeants sur les questions de s&#233;curit&#233;, il y a d'excellentes choses. Mais peut-&#234;tre serait-il bon de s'interroger l&#224; aussi sur les cons&#233;quences. Et j'en vois deux au moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re concerne le regard que nous portons sur les choses. On sait que les d&#233;g&#226;ts de l'amiante sont devenus une source de proc&#232;s. Je crois qu'il va &#234;tre tr&#232;s difficile de trouver le point d'&#233;quilibre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car cette question des d&#233;g&#226;ts de l'amiante est tout sauf nouvelle. J'ai le parfait souvenir que l'asbestose et ses cons&#233;quences &#233;taient d&#233;crites dans les cours de s&#233;miologie que j'apprenais en premi&#232;re ann&#233;e de m&#233;decine, c'&#233;tait en 1967. Tout le monde savait. Alors, &#233;videmment, l'inertie arrangeait bien les industriels, et il y a l&#224; question. Il faut cependant garder en m&#233;moire que les conceptions &#224; l'&#233;poque &#233;taient diff&#233;rentes, et que c'est notre regard qui a chang&#233;. En bien, certes. Mais il a chang&#233;. Je veux dire qu'&#224; cette &#233;poque bien peu se demandaient si les maladies professionnelles &#233;taient autre chose qu'une fatalit&#233;. Il y avait m&#234;me chez les mineurs une sorte d'&#233;vidence que la silicose faisait partie du m&#233;tier. Redisons-le : il est bon que ces temps soient r&#233;volus. Toujours est-il que j'&#233;prouve quelque malaise &#224; voir ce m&#233;decin du travail poursuivi pour des faits qui, &#224; l'&#233;poque o&#249; ils se sont produits, faisaient l'objet d'un consensus, m&#234;me tacite, m&#234;me mauvais. J'&#233;prouve quelque malaise &#224; voir ce m&#233;decin poursuivi pour n'avoir pas anticip&#233; un changement de regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde concerne la notion m&#234;me de s&#233;curit&#233;. Je connais des jeunes qui s'occupent d'une troupe d'&#233;claireurs. Et j'observe la mani&#232;re dont ils se d&#233;battent avec les r&#232;gles de s&#233;curit&#233;. Mais je n'oublie pas que j'ai &#233;t&#233; moi-m&#234;me &#233;claireur, et qu'&#224; l'&#233;poque absolument personne ne se posait la question de la s&#233;curit&#233;. Changement de regard. Salutaire, sans doute. Mais pas sans profondes cons&#233;quences sur la conception m&#234;me de la vie. Tout ce que je sais, c'est qu'on m'envoyait, moi, marcher la nuit &#224; la boussole, sous la pluie au besoin, et qu'il n'y avait pas de t&#233;l&#233;phone portable. Souvenons-nous de ce cur&#233; breton, un peu extr&#234;me droite, certes, un peu irresponsable sans doute, condamn&#233; &#224; la suite d'un accident lors d'une sortie en mer ; en son temps, je l'ai faite, cette sortie en mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se joue autour de la s&#233;curit&#233; est plus complexe qu'on ne dit, et les enjeux culturels et sociaux en sont bien plus profonds qu'on ne pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA DOULEUR DES FAMILLES :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que le probl&#232;me essentiel est la question de la douleur des familles. Au fond, et une fois qu'on a mis en place les processus qui vont permettre d'analyser calmement les erreurs et de mettre en place les proc&#233;dures ad&#233;quates, c'est m&#234;me la seule importante. Reste &#224; savoir ce qu'on fait de cette douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;nalisation automatique est la pire des r&#233;ponses ; notamment parce qu'on n'est jamais sorti de la probl&#233;matique d&#233;crite en son temps par Foucault au sujet de la prison. Il disait que la prison a un double objectif : surveiller et punir, et que ces deux fonctions ne cohabitent pas bien. Ajoutons que les choses sont encore plus compliqu&#233;es, puisqu'il s'agit aussi de r&#233;ins&#233;rer (quelque chose comme racheter), et que Foucault &#233;tait bien gentil d'insister si peu sur le fait qu'elle sert aussi non seulement &#224; dissuader mais encore &#224; venger (Guantanamo n'a pas d'autre utilit&#233;). La question qui se pose l&#224; est celle de la sagesse : je suis contre la peine de mort ; et si on tuait mon enfant ? alors je serais comme tout le monde : je deviendrais fou ; c'est bien pourquoi il faut supprimer la peine de mort. Tel qu'il est con&#231;u, tel qu'il est per&#231;u, le syst&#232;me judiciaire ne peut en aucune mani&#232;re apporter une solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le probl&#232;me est que, du fait qu'il existe des recours p&#233;naux, on dirige les familles, d&#233;j&#224; tellement &#233;prouv&#233;es, vers des fausses pistes dont j'ai bien peur qu'elles ne retirent qu'un surcro&#238;t de souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire qu'il y a un recours p&#233;nal, c'est dire que les choses ne peuvent se parler qu'avec les mots du crime et de la faute. Il y a des coupables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas s'il y a eu des fautes dans l'affaire de l'hormone de croissance. Il para&#238;t que les pr&#233;leveurs n'&#233;taient pas tr&#232;s regardants. Soit. Mais on leur reproche notamment d'avoir pr&#233;lev&#233; des hypophyses sur des malades mentaux et des sujets &#226;g&#233;s. On ne m'a pas montr&#233; les statistiques &#233;tablissant que la maladie de Creutzfeldt-Jakob est significativement plus fr&#233;quente chez les malades mentaux d&#233;c&#233;d&#233;s en institution, et je n'ai entendu aucun g&#233;riatre (m&#234;me pas moi) se choquer de voir m&#233;langer maladie mentale, Alzheimer et Creutzfeldt-Jakob. Par contre je vois bien les implications symboliques d'une telle assimilation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans cette r&#233;action quelque chose qui d&#233;pend de nous : certes la douleur pousse &#224; dire n'importe quoi, mais ce n'importe quoi advient plus facilement quand l'information n'a pas &#233;t&#233; transparente. Mais il y a quelque chose qui ne d&#233;pend pas de nous, et c'est pr&#233;cis&#233;ment cette douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le redis : je reste avec la crainte que cette p&#233;nalisation syst&#233;matique ne soit la pire chose qu'on puisse faire pour ces familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que le deuil est un processus complexe, et que dans le deuil normal il y a toujours une p&#233;riode de culpabilit&#233; et de r&#233;volte. Reprenons bri&#232;vement les d&#233;couvertes de K&#252;bler-Ross qui, si elles ne parlent pas exactement du deuil sont ici parfaitement transposables. Quand on m'annonce une mauvaise nouvelle, ma premi&#232;re r&#233;action est de ne pas y croire. C'est ensuite que je me mets &#224; cheminer vers l'acceptation, et la culpabilit&#233;/r&#233;volte est un premier pas : quand je dis que mon proche est mort et que c'est ma faute, ou la faute au m&#233;decin, je dis du m&#234;me coup que j'ai admis le fait que mon proche est mort ; mais j'att&#233;nue cette d&#233;couverte en disant que cette mort aurait tr&#232;s bien pu ne pas se produire. Ce qui m'est le plus difficile en effet, c'est en premier lieu sans doute de constater que mon amour pour l'autre n'est pas tout-puissant, et aussi, m&#234;me si c'est &#224; voix plus basse, d'admettre que mon proche est mort parce qu'il est mort, que la mort est in&#233;luctable, et notamment que la mienne l'est tout autans. &#192; telle enseigne que je pr&#233;f&#232;re m'en sentir coupable plut&#244;t que d'accepter qu'il n'y ait pas de coupable. La mauvaise nouvelle est totalement int&#233;gr&#233;e quand j'ai accept&#233; qu'elle soit et qu'elle ne pouvait pas ne pas &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, si la culpabilit&#233;/r&#233;volte est un &#233;l&#233;ment in&#233;vitable du deuil, si m&#234;me on peut dire que c'est un &#233;v&#233;nement moteur, et quelque part b&#233;n&#233;fique, c'est &#224; condition qu'on ne s'y attarde pas d&#233;mesur&#233;ment. Je ne suis pas s&#251;r que les proc&#233;dures p&#233;nales soient propices &#224; cette &#233;volution, surtout qu'elles vont se terminer soit par un non-lieu, ce qui a toute chance d'aboutir &#224; un deuil interminable, soit par une confirmation (pas si souvent que cela l&#233;gitime) de la culpabilit&#233; d'un tiers, ce qui a toute chance d'aboutir &#224; un non-d&#233;passement de cette r&#233;volte. En somme, quand les avocats des parties civiles proclament &#224; la fin du proc&#232;s que les familles vont enfin pouvoir faire leur deuil, ou qu'&#224; l'inverse elles ne vont pas pouvoir le faire, ils ne se demandent pas si, au lieu d'&#234;tre la solution du deuil difficile, la proc&#233;dure n'en est pas la cause. Mais je ne demande qu'&#224; &#234;tre d&#233;tromp&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que la plainte aboutit immanquablement &#224; une proc&#233;dure civile qui ouvre sur des dommages et int&#233;r&#234;ts. Il se peut que ce soit une bonne chose, mais je reste perplexe : lorsque mon fils est mort et qu'on m'a indemnis&#233;, il me reste &#224; vivre avec le souvenir d'un fils dont on m'a fix&#233; le prix ; et je crois qu'il serait utile d'&#233;tudier ce que les familles ainsi indemnis&#233;es font de leurs indemnisations, et comment elles vivent avec : je n'arrive pas &#224; imaginer ce que je ferais de cette indemnit&#233; (m&#234;me s'il est entendu qu'une bonne part sert &#224; payer les frais de proc&#233;dure). Ce qui ressort l&#224;, c'est qu'une civilisation qui n'a que l'argent comme r&#233;ponse &#224; la douleur (et quelle autre r&#233;ponse ?) n'a tout simplement pas de r&#233;ponse &#224; la douleur. Peut-&#234;tre conviendrait-il de se demander s'il peut y avoir une r&#233;ponse &#224; la douleur. En tout cas il faut surtout se demander ce qu'il en est de cette civilisation qui ne sait rien d'autre que monnayer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES JUGEMENTS H&#194;TIFS :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re remarque est que nous ne connaissons pas les faits. Nous n'y &#233;tions pas, nous ne savons pas tr&#232;s bien ce qui s'est pass&#233;. Moi en tout cas. Je n'&#233;tais pas &#224; l'h&#244;pital saint Vincent de Paul. Et je ne me souviens plus tr&#232;s bien de ce qui se disait au moment o&#249; on commen&#231;ait les traitements avec l'hormone de croissance. Le seul souvenir que j'aie c'est d'avoir &#233;t&#233;, &#224; cette &#233;poque-l&#224;, menac&#233; par une famille d'une plainte parce que je n'avais m&#234;me pas &#233;voqu&#233; la possibilit&#233; de ce traitement &#224; propos d'un enfant (qui par ailleurs ne remplissait absolument pas les crit&#232;res d'&#233;ligibilit&#233;). Je dis cela pour rappeler qu'&#224; l'&#233;poque les traitements par hormone de croissance avaient fait l'objet d'une certaine m&#233;diatisation ; il y aurait lieu peut-&#234;tre de s'interroger sur elle, et de se demander ce qu'on manie quand on fait ainsi surgir des esp&#233;rances incontr&#244;l&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que savait-on r&#233;ellement des dangers ? C'est bien difficile &#224; dire, surtout r&#233;trospectivement. Il est assez facile de pr&#233;dire le pass&#233; ; mais&#8230; on lit &#231;&#224; et l&#224; que le Pr Montagnier avait pr&#233;venu d&#232;s 1980, et on lui fait totalement confiance sur ce point ; mais cela ne g&#234;ne personne de douter de lui quand il dit le contraire le jour de son audition au proc&#232;s. Et de toute mani&#232;re les choses sont bien plus compliqu&#233;es : on montrerait facilement que les craintes des pessimistes se r&#233;alisent assez rarement, et que s'il avait fallu tenir compte de tous les dangers qu'on nous a signal&#233;s sur tout on aurait &#233;vit&#233; des catastrophes mais serait surtout pass&#233; &#224; c&#244;t&#233; d'immenses progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on en juge : imaginez-vous en 1795, avec les connaissances scientifiques de l'&#233;poque, mais avec simplement une loi Huriet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Il s'agit de la loi qui r&#233;glemente les essais th&#233;rapeutiques, voir.' id='nh4-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un comit&#233; consultatif national d'&#233;thique, une IGAS&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Inspection G&#233;n&#233;rale des Affaires Sociales.' id='nh4-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et un juge d'instruction. Comment argumentez-vous un projet consistant &#224; inoculer un virus &#224; des sujets bien portants pour les pr&#233;munir contre une hypoth&#233;tique autre maladie virale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas une seconde qu'il se trouverait de nos jours une seule autorit&#233; pour accepter la mise sur le march&#233; du vaccin antivariolique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peu importe : ce que je voulais dire, c'est que nous ne connaissons pas les dossiers. Pas assez pour en parler. Et pourtant nous en parlons. Et nous nous indignons. Nous jugeons. Quelle est la fonction de cette posture ? Ce serait &#224; explorer. Je persiste &#224; penser qu'elle a notamment pour r&#233;sultat de nous mettre en sc&#232;ne comme des professionnels diff&#233;rents, qu'on ne peut suspecter des m&#234;mes travers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons ce qui s'est pass&#233; lors de l'&#233;pisode de l'&#233;mission &#171; Les infiltr&#233;s &#187; sur les maisons de retraite. Sur une liste de discussion &#224; laquelle je suis abonn&#233;, beaucoup se sont r&#233;volt&#233;s contre les responsables de l'&#233;tablissement. Or il s'est trouv&#233; que, cet &#233;tablissement, je le connaissais, et que ces responsables je les connaissais ; j'&#233;tais bien le seul. Et j'ai essay&#233; de faire valoir que, peut-&#234;tre, les choses n'&#233;taient pas si simples. Peine perdue. Il a fallu une bonne dizaine de jours avant que, tout doucement, on arrive &#224; l'&#233;vidence qu'il aurait fallu, avant de se scandaliser, regarder l'&#233;tat du march&#233; de l'emploi chez les professionnels de sant&#233; &#224; la Fert&#233;-sous-Jouarre. J'ai travaill&#233; dix ans dans un h&#244;pital du fin fond du Loiret, j'ai quelques souvenirs de ce genre de difficult&#233;. Cette indignation faisait &#233;cho &#224; celle de la petite L&#233;tard, qui a d'embl&#233;e proclam&#233; qu'elle allait porter plainte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb4-3' class='spip_note' rel='appendix' title='au fait, o&#249; en est-on ?' id='nh4-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, montrant par l&#224; m&#234;me qu'elle d&#233;couvrait l'existence de telles situations ; terrible aveu d'incomp&#233;tence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette posture fait irr&#233;sistiblement penser &#224; la notion de &lt;i&gt;bientraitance&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois qu'on a mis en place le concept de &lt;i&gt;maltraitance&lt;/i&gt;, il est pratiquement impossible de positionner un autre concept nomm&#233; &lt;i&gt;bientraitance&lt;/i&gt; autrement que comme son oppos&#233;, et toutes les protestations et mises au point sont inop&#233;rantes ; il y a les &lt;i&gt;maltraitants&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;bientraitants&lt;/i&gt;. Comment s'&#233;tonner alors que ceux qui manient ces concepts, et qui se per&#231;oivent (avec de solides motifs, l&#224; n'est pas la question) comme &lt;i&gt;bientraitants&lt;/i&gt; ou tout au moins &lt;i&gt;mieuxtraitants&lt;/i&gt; que d'autres, apparaissent comme des convertis, comment &#233;chapper &#224; ces (ridicules par ailleurs) accusations de secte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que, tr&#232;s imprudemment &#224; mon sens, nous jugeons ; je dis bien &#171; nous &#187;, car je connais ma propension &#224; me conduire moi aussi de cette mani&#232;re. Et qu'il serait utile de s'interroger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;MAUDIRE LE HASARD :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il y a de commun entre tous ces &#233;l&#233;ments, c'est qu'ils soulignent la tendance manich&#233;enne inscrite au c&#339;ur de l'humain. Tous nous avons besoin de s&#233;parer le bon grain de l'ivraie, et de couper le monde entre bons et m&#233;chants (oh, je sais qu'il y a des nuances), &#224; discerner le bien et le mal. Probl&#233;matique connaturelle &#224; l'humain : car le bien et le mal n'existent pas dans la nature, o&#249; rien n'advient parce que c'est bien ou mal. On peut m&#234;me dire que la pens&#233;e scientifique na&#238;t &#224; partir du moment o&#249; on admet que les ph&#233;nom&#232;nes ont des m&#233;canismes, des origines, mais pas des causes. C'est la religion qui introduit le bien et le mal (&#224; moins que ce ne soit l'inverse, mais passons). La seule causalit&#233; du monde, c'est le hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a l'homme, et l'homme est l'animal qui sait. Penser, agir, c'est lutter contre le hasard, c'est discerner le bien et le mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons pour finir qu'il y a deux grandes mani&#232;res d'envisager le bien et le mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a la mani&#232;re d&#233;ontologique, celle qui va, pour le dire d'un mot, de Platon &#224; Kant, pour qui il y a un bien en soi, et un mal en soi. Est bien ce qui est conforme aux principes que l'homme peut d&#233;terminer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a la mani&#232;re t&#233;l&#233;ologique, celle de Hobbes et Locke, pour qui est bien ce qui est bien pour l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la difficult&#233; dont nous ne nous sortons pas depuis deux si&#232;cles est que ces deux conceptions s'opposent alors qu'elles sont aussi indispensables l'une que l'autre. Et que chacune aboutit presque in&#233;luctablement &#224; des d&#233;rives majeures : c'est en poussant jusqu'&#224; ses ultimes cons&#233;quences la croyance en un bien en soi qu'on invente le totalitarisme ; c'est en poussant jusqu'&#224; ses ultimes cons&#233;quences la croyance en l'homme comme mesure de toute chose qu'on invente le reaganisme. Et nous n'avons su jusqu'ici ni fixer les limites de ces deux voies, ni choisir entre les deux, encore moins en trouver une troisi&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait plus prudent, et sans doute plus humain, de se souvenir que si tout l'effort du savoir, de la science, de la culture, de la civilisation, est de lutter contre le hasard, si &#234;tre humain c'est r&#233;duire le hasard, nous n'avons pas, nous n'aurons jamais les moyens de l'annuler, et qu'au reste si nous y parvenions je gage que nous se serions pas &#224; l'aise tr&#232;s longtemps dans le monde que nous aurions ainsi cr&#233;&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb4-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-1' class='spip_note' title='Notes 4-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit de la loi qui r&#233;glemente les essais th&#233;rapeutiques, &lt;a href=&#034;http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000005616269&amp;dateTexte=20090118&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;voir&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-2' class='spip_note' title='Notes 4-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Inspection G&#233;n&#233;rale des Affaires Sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb4-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh4-3' class='spip_note' title='Notes 4-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;au fait, o&#249; en est-on ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La &#034;r&#232;gle du double effet&#034;</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article87</link>
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		<dc:date>2009-01-12T20:21:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Ce texte ne vise absolument pas &#224; donner une description compl&#232;te de la r&#232;gle du double effet : le concept est trop riche pour &#234;tre pr&#233;sent&#233; en si peu de mots. Il s'agit simplement de dire de quoi, grossi&#232;rement, il s'agit.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Ethique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La r&#232;gle du double effet est l'un des points sensibles du d&#233;bat sur l'euthanasie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus en plus on voit appara&#238;tre dans le processus de prise de d&#233;cision m&#233;dicale la notion de &#034;discussion b&#233;n&#233;fice/risque&#034;. Les m&#233;decins sont en effet amen&#233;s de mani&#232;re non rare &#224; adopter des strat&#233;gies risqu&#233;es. Et il existe une r&#232;gle qui impose de proportionner le risque pris au b&#233;n&#233;fice escompt&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Les tribunaux font la m&#234;me chose quand ils examinent une affaire de (...)' id='nh5-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais comment se pose la question du rapport b&#233;n&#233;fice/risque chez le sujet en fin de vie ? Comment &#233;viter de dire : &#034;Au point o&#249; en sont les choses, peu importe les risques&#034; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QU'EST-CE QUE LA R&#200;GLE DU DOUBLE EFFET ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les actes de soins ont des avantages et des inconv&#233;nients : il y a une efficacit&#233;, mais il y a des effets secondaires (ne serait-ce que le risque de surdosage). La raison en est simple : un m&#233;dicament est une substance qui modifie le fonctionnement actuel de l'organisme : c'est l&#233; d&#233;finition m&#234;me de l'efficacit&#233; ; il s'ensuit que le risque de d&#233;passer le but est toujours pr&#233;sent, et qu'il n'est jamais possible de calculer ce risque avec une telle pr&#233;cision qu'il deviendrait nul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Un traitement sans effets secondaires est un traitement sans effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#034;traitements l&#233;gers&#034; ne sont que l&#233;g&#232;rement efficaces.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe fondamental de l'activit&#233; m&#233;dicale est connu de tous :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Primum non nocere&lt;/i&gt;, d'abord ne pas nuire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On examine d'abord les dangers, puis seulement l'efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; l'approche de la fin de vie ce raisonnement tend &#224; s'inverser, parce que le malade a moins &#224; perdre. Par contre le confort devient un &#233;l&#233;ment essentiel. Du coup on examine d'abord l'efficacit&#233;, puis seulement les dangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce point que survient la r&#232;gle du double effet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos actes de soins ont toujours deux effets : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Une efficacit&#233; : C'est l'effet bon.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Des inconv&#233;nients : C'est l'effet mauvais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#232;gle du double effet &#233;nonce qu'&lt;i&gt;en fin de vie&lt;/i&gt; on a le droit de prendre le risque, m&#234;me si ce risque est &#233;norme, de l'effet mauvais, si l'effet bon est indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UNE R&#200;GLE EXIGEANTE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'appuyer sur la r&#232;gle du double effet ne revient pas &#224; dire qu'au point o&#249; le malade en est le risque n'a pas d'importance. &lt;i&gt;M&#234;me en fin de vie le risque a toujours une &#233;norme importance.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#232;gle du double effet a une origine religieuse. Elle date du XIIIe si&#232;cle, et a &#233;t&#233; &#233;nonc&#233;e par saint Thomas d'Aquin &#224; propos de la l&#233;gitime d&#233;fense. La probl&#233;matique est celle-ci :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; 1.	Si un monast&#232;re est attaqu&#233; par des brigands, les moines n'ont pas le droit de se battre et doivent se laisser massacrer.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; 2.	Mais si le monast&#232;re abrite des enfants qui s'y sont r&#233;fugi&#233;s, les moines doivent tout faire pour &#233;viter le massacre des enfants.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; 3.	Mais cela fait courir le risque de tuer des brigands ; or toute vie est sacr&#233;e, celle des enfants comme celle des brigands. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; 4.	Il y a donc un effet bon (sauver la vie des enfants), et un effet mauvais (menacer la vie des brigands).
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; 5.	Les moines doivent donc sortir tout ce qui peut leur servir d'armes, et les pointer vers les brigands. &lt;i&gt;Ils n'ont pas le droit d'attaquer les brigands&lt;/i&gt;, mais ils peuvent pointer leurs armes de telle sorte que si les brigands attaquent ils risquent de s'empaler dessus. Le risque est alors pris par les seuls brigands, qui peuvent s'y soustraire en renon&#231;ant &#224; attaquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ainsi ce qui fait l'essentiel : la r&#232;gle du double effet ne permet d'agir que moyennant un strict contr&#244;le du risque. &lt;i&gt;M&#234;me quand le risque n'est pas contr&#244;lable, tout doit &#234;tre fait pour le contr&#244;ler.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QUATRE PRINCIPES :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#232;gle du double effet est encadr&#233;e par quatre principes essentiels, et difficiles &#224; appliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut que la situation soit d&#233;sesp&#233;r&#233;e :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que de toute mani&#232;re le malade soit en danger : ce qu'on va faire pr&#233;sente des risques, et on n'aurait pas le droit de le faire si le malade ne courait pas de toute mani&#232;re un risque.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Mais comment d&#233;finit-on une &#171; situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e &#187; ?
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Et &#224; l'inverse que fait-on dans le cas de Vincent Humbert, qui n'&#233;tait pas en danger de mort ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut que l'effet bon soit absolument n&#233;cessaire :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le malade est dans un coma profond, les donn&#233;es scientifiques en notre possession imposent de consid&#233;rer que sa situation est la m&#234;me que celle du malade en anesth&#233;sie g&#233;n&#233;rale. Du coup on ne peut invoquer la r&#232;gle du double effet pour traiter ses sympt&#244;mes (mais on peut invoquer d'autres motifs) : &lt;i&gt;il faut des raisons de penser que l'action est n&#233;cessaire&lt;/i&gt;. Et on ne peut se r&#233;fugier derri&#232;re une fausse (et peu courageuse) argumentation du type : &#034;on ne sait jamais&#034;. Car si on ne sait jamais, alors il n'y a plus de savoir possible, il n'y a plus de connaissance possible, il n'y a plus de soin possible, et on se demande pourquoi dans ces conditions on compte encore sur les m&#233;decins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut qu'il n'y ait pas d'autre solution :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solution la moins risqu&#233;e doit toujours &#234;tre privil&#233;gi&#233;e. On sait par exemple que la morphine peut, et doit &#234;tre utilis&#233;e chez l'insuffisant respiratoire. La condition absolue est qu'on ait montr&#233; qu'elle &#233;tait absolument n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut tout faire pour &#233;viter l'effet mauvais :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Tout doit &#234;tre fait pour limiter le risque. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; M&#234;me si c'est tr&#232;s difficile, m&#234;me si c'est pratiquement impossible. C'est le cas, par exemple, d'une s&#233;dation pharmacologique d&#233;cid&#233;e chez un patient souffrant de scl&#233;rose lat&#233;rale amyotrophique : les s&#233;datifs vont rapidement aggraver l'&#233;tat respiratoire, et on sait parfaitement que si on en prescrit on va h&#226;ter la fin. il est cependant permis de le faire si l'&#233;quipe s'impose de surveiller la situation, de mani&#232;re &#224; travailler avec les doses strictement n&#233;cessaires et en veillant autant que possible &#224; pr&#233;server une ventilation efficace, la question &#233;tant seulement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Si on ose dire.' id='nh5-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de ne pas mettre en &#339;uvre des moyens d'acharnement th&#233;rapeutique.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; En particulier l'effet bon ne doit pas &#234;tre la cons&#233;quence de l'effet mauvais : &lt;i&gt;si le malade est soulag&#233; parce qu'il est mort, ce n'est plus la r&#232;gle du double effet, c'est l'euthanasie&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb5-3' class='spip_note' rel='appendix' title='On peut trouver un &#233;quivalent dans le droit de la guerre, qui tol&#232;re les (...)' id='nh5-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA R&#200;GLE DU DOUBLE EFFET EST DIFFICILE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est la seule qui permette de r&#233;soudre les cas de conscience.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb5-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-1' class='spip_note' title='Notes 5-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les tribunaux font la m&#234;me chose quand ils examinent une affaire de &#034;l&#233;gitime d&#233;fense&#034; : chacun a le droit de se d&#233;fendre mais &#224; condition d'utiliser des moyens proportionn&#233;s &#224; l'agression dont on est victime&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-2' class='spip_note' title='Notes 5-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si on ose dire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb5-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh5-3' class='spip_note' title='Notes 5-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On peut trouver un &#233;quivalent dans le droit de la guerre, qui tol&#232;re les dommages collat&#233;raux mais pas les bombardements de terreur&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'acharnement th&#233;rapeutique</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article78</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article78</guid>
		<dc:date>2008-06-17T17:30:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Quelques r&#233;flexions au sujet d'une notion que tout le monde rejette, mais qui reste bien difficile &#224; d&#233;finir.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Ethique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;S'il est un point sur lequel tout le monde est d'accord, c'est bien le rejet de l'acharnement th&#233;rapeutique. L'unanimit&#233; est m&#234;me si totale qu'on se demande un peu &#224; quoi sert d'&#233;crire encore dessus. Et pourtant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un probl&#232;me : c'est que le rejet de l'acharnement th&#233;rapeutique fonctionne largement comme une incantation : quand la famille du malade se pr&#233;sente, elle ne manque pas de dire deux choses : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Surtout qu'il ne souffre pas.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Nous ne voulons pas d'acharnement th&#233;rapeutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi s'en &#233;tonner, Pourquoi ironiser ? La moindre des choses apr&#232;s tout est qu'elle les dise. Mais ce faisant elle ne se rend pas compte que ces propos, qu'elle &#233;nonce comme des prises de position fortes et originales, sont totalement vides de contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou plut&#244;t que leur contenu pourrait bien s'av&#233;rer redoutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Surtout, qu'il ne souffre pas&#034; ; exigence &#233;mouvante, mais par plus d'un c&#244;t&#233; totalement na&#239;ve ; d'abord parce qu'on n'a jamais entendu une famille dire : &#034;Surtout, qu'il souffre&#034; ; mais aussi parce que, malheureusement, et quoi que fassent les soignants, de la souffrance il y en aura : la pratique, m&#234;me optimale, des soins palliatifs rend la fin de vie convenable, elle n'en fera jamais une partie de plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus encore le propos est ambigu. Car &#034;Surtout, qu'il ne souffre pas&#034; dit aussi : &#034;Je ne veux pas voir cette souffrance&#034;, et on arrive l&#224; bien vite aux portes de l'abandon ; ou encore &#034;Surtout, qu'il ne souffre pas&#034; dit aussi : &#034;D&#233;brouillez-vous comme vous voulez&#034;, et on est l&#224; aux portes de l'euthanasie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va de m&#234;me de l'acharnement th&#233;rapeutique : jamais on n'entend dire : &#034;Nous voulons de l'acharnement th&#233;rapeutique&#034; ; par contre on a plus d'une fois le sentiment que cette position n'est pas aussi r&#233;fl&#233;chie qu'elle en a l'air. Quelque chose comme si elle signifiait un &#034;N'en faites pas trop&#034; qui pourrait bien s'entendre de plusieurs mani&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6-1' class='spip_note' rel='appendix' title='On retrouve ici une difficult&#233; identique &#224; celle concernant les directives (...)' id='nh6-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#201;FINIR L'ACHARNEMENT TH&#201;RAPEUTIQUE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi y a-t-il un probl&#232;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simplement parce que le mot, peut-&#234;tre, n'est pas tr&#232;s bien d&#233;fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le professeur Jean Bernard, dont on se souvient que non seulement il fut l'un des grands sp&#233;cialistes des maladies du sang chez l'enfant, mais qu'il fut en son temps l'une des grandes consciences de la profession, disait qu'il fallait distinguer l'acharnement th&#233;rapeutique, qui est une mauvaise attitude, de l'obstination th&#233;rapeutique, qui est une bonne attitude. Il voulait dire par l&#224; que le bon m&#233;decin est celui qui n'abandonne pas trop vite, et qui sait se battre jusqu'au bout. Disant cela il posait tr&#232;s exactement le probl&#232;me. Car il y a, au fond, trois attitudes : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le d&#233;faitisme fautif.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'obstination l&#233;gitime.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'acharnement th&#233;rapeutique fautif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme le m&#233;decin se doit d'&#234;tre t&#234;tu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis les choses se sont un peu modifi&#233;es, et on ne parle plus de l' &#171; obstination th&#233;rapeutique &#187; ; dans son &lt;a href=&#034;http://www.ccne-ethique.fr/docs/fr/avis063.pdf&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;avis n&#176; 63 du 27 janvier 2000&lt;/a&gt;, le Comit&#233; Consultatif National d'&#201;thique &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'acharnement th&#233;rapeutique se d&#233;finit comme une obstination d&#233;raisonnable, refusant par un raisonnement but&#233; de reconna&#238;tre qu'un homme est vou&#233; &#224; la mort et qu'il n'est pas curable.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela sous-entend qu'il y a une &#171; obstination raisonnable &#187;. Le sch&#233;ma devient donc :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le d&#233;faitisme fautif.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'obstination raisonnable.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'obstination d&#233;raisonnable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais du coup la difficult&#233; saute aux yeux. On la sentait d&#233;j&#224; dans la proposition de Jean Bernard, car comment fait-on pour diff&#233;rencier l'obstination de l'acharnement ? Il n'y a bien entendu aucun moyen. On en vient tr&#232;s vite &#224; soup&#231;onner que les choses se d&#233;cident &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; : quand le m&#233;decin refuse d'abandonner les soins, si le malade gu&#233;rit c'&#233;tait de l'obstination, s'il meurt c'&#233;tait de l'acharnement. Autant dire que c'est une question de chance. Mais dans la pens&#233;e de Jean Bernard, la comp&#233;tence &#233;tait pour le m&#233;decin le premier des devoirs ; notamment le bon m&#233;decin est celui qui est capable de bien pr&#233;voir l'avenir de son malade, celui qui est capable de faire de bons pronostics ; ce n'est donc pas r&#233;ellement une question de chance. Il reste qu'on serait bien en peine de dire ce qui distingue r&#233;ellement l'acharnement de l'obstination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la difficult&#233; est d'autant plus grande qu'on oublie une &#233;vidence : quand je m'obstine, il arrive souvent, h&#233;las, que cette obstination se solde par un &#233;chec. En revanche quand je d&#233;cide d'abandonner la lutte, quand je dis : &#034;Laisse-le, de toute mani&#232;re il va mourir&#034;, il est beaucoup plus rare que je sois d&#233;menti. De la sorte mon observation est fauss&#233;e ; car quand je n'agis pas il est normal que je n'aie pas de r&#233;sultat, et rien ne me permet de dire ce qui se serait pass&#233; si j'avais agi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'avis du Comit&#233; Consultatif National d'&#201;thique, la difficult&#233; est encore plus &#233;vidente : car le texte pr&#233;tend &#171; d&#233;finir &#187; l'acharnement ; on peut donc attendre quelque chose d'un peu pr&#233;cis. Or, que nous dit-on ? - On nous parle d'obstination &#171; d&#233;raisonnable &#187; ; mais qui juge ce qui est raisonnable et ce qui ne l'est pas ? Pr&#233;cis&#233;ment le terme &#034;raisonnable&#034; &#233;voque en r&#233;alit&#233; non le raisonnement mais le jugement, avec tout ce que cela implique de subjectivit&#233;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Il faudrait insister bien plus lourdement sur ce point, mais il va de soi (...)' id='nh6-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On nous parle d'un &#171; raisonnement but&#233; &#187; ; mais un raisonnement est un raisonnement, il est exact ou il ne l'est pas ; un &#171; raisonnement but&#233; &#187;, cela n'a aucun sens ; d'ailleurs l'acharnement th&#233;rapeutique n'a rien &#224; voir avec un raisonnement. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On nous dit qu'il faut &#171; reconna&#238;tre qu'un homme est vou&#233; &#224; la mort &#187; ; mais jamais personne n'a rencontr&#233; un seul professionnel qui s'imagine soigner des immortels ; les gens qui font de l'acharnement th&#233;rapeutique savent fort bien que le malade est vou&#233; &#224; la mort, mais cela ne leur interdit pas d'essayer de retarder le moment. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; On nous dit qu'il faut &#171; reconna&#238;tre (...) qu'il n'est pas curable &#187;. Mais le canc&#233;rologue qui impose une chimioth&#233;rapie &#224; un malade &#224; bout de forces ne s'imagine pas un seul instant que le malade va gu&#233;rir ; il esp&#232;re seulement qu'il va vivre un peu plus longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sent bien qu'il y a quelque chose qui a chang&#233; dans notre perception m&#234;me de cette question. Il n'y a pas trente ans on en tenait pour une pr&#233;tendue &#233;vidence : de tout temps tous les hommes ont toujours voulu vivre le plus longtemps possible, et &#224; n'importe quel prix (alors que l'&#233;vidence au contraire est que cette position est r&#233;cente et occidentale ; et que m&#234;me en Occident elle n'est pas du tout si r&#233;pandue : il faut une &#233;trange obstination pour ne pas entendre ce que nous disent les vieillards). Et voici que de plus en plus, et sans d'ailleurs l'avoir r&#233;ellement exprim&#233;, la position change : ajouter de la vie aux ann&#233;es et non des ann&#233;es &#224; la vie. C'est vrai, mais il faudrait se rendre compte de ce qui a ainsi chang&#233;. Toujours est-il qu'&#224; l'image du malade cramponn&#233; &#224; la vie : &#034;Encore une minute, Monsieur le bourreau&#034;, on a substitu&#233;, presque sans crier gare, l'image paisible du mourant qui &#233;value l'int&#233;r&#234;t qu'il y a &#224; vivre. Evolution b&#233;n&#233;fique, assur&#233;ment, mais il faudrait &#234;tre s&#251;r qu'il n'y a &lt;i&gt;absolument aucun lien&lt;/i&gt; entre cette &#233;volution et celle, plus g&#233;n&#233;rale, de notre civilisation vers une sorte d'apathie molle o&#249; tout se calcule et tout s'&#233;value : la vie n'est plus un absolu, et on applaudirait sans r&#233;serve si tout cela ne se d&#233;roulait pas dans une civilisation qui n'a plus d'absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acharnement th&#233;rapeutique fait l'unanimit&#233; contre lui, mais personne ne sait de quoi il s'agit exactement. Et il est fascinant de voir que c'est au moment m&#234;me o&#249;, pr&#233;cis&#233;ment, l'&#233;volution des techniques fait qu'il devient de plus en plus difficile de dire quelles situations sont r&#233;versibles et quelles ne le sont pas, o&#249; le progr&#232;s de la m&#233;decine rendent de plus en plus mince la fronti&#232;re entre l'obstination et l'acharnement, qu'on se hasarde &#224; l&#233;gif&#233;rer sur une notion aussi mouvante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ACHARNEMENT TH&#201;RAPEUTIQUE ET QUALIT&#201; DE VIE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il ne s'agissait que de mettre en balance les processus de soins et le gain attendu en termes d'esp&#233;rance de vie, on pourrait encore se tirer d'affaire : apr&#232;s tout, le pronostic est juste ou erron&#233;, et c'est toute la raison d'&#234;tre du m&#233;decin que de faire des pronostics, de &lt;i&gt;pr&#233;dire l'avenir&lt;/i&gt;, en somme ; et il y a des m&#233;decins qui sont plus performants que d'autres en termes de pronostic&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Mais rappelons que, comme on l'a dit plus haut, les pessimistes sont moins (...)' id='nh6-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il y a bien pire : car il s'agit en r&#233;alit&#233; de dire que la vie qui reste ne vaut pas la peine d'&#234;tre v&#233;cue. Et de cela il est bien imprudent de juger. Sans compter le danger de cette id&#233;e d'une &#034;vie digne d'&#234;tre v&#233;cue&#034; par opposition &#224; une qui ne le serait pas : c'est elle qui a fond&#233; le mouvement eug&#233;niste allemand d'entre les deux guerres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6-4' class='spip_note' rel='appendix' title='On ne se lassera pas de r&#233;p&#233;ter que ce ne sont pas les nazis qui ont invent&#233; (...)' id='nh6-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la question peut &#234;tre redoutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le docteur Denis De Victor, un sp&#233;cialiste de la r&#233;animation des nouveau-n&#233;s, raconte l'histoire suivante. Il avait &#224; s'occuper d'un b&#233;b&#233; atteint d'une maladie tr&#232;s grave. Il pouvait essayer de le sauver, mais le risque &#233;tait de devoir l'amputer des quatre membres. Peu importe les d&#233;tails : le b&#233;b&#233; a surv&#233;cu, mais il a effectivement fallu l'amputer. Puis le b&#233;b&#233; a grandi, et est devenu avocat international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un grand succ&#232;s, n'est-ce pas ? Et pourtant... Certes cette jeune fille a tir&#233; de sa situation un parti extraordinaire. Mais cela nous permet-il d'affirmer que si on lui avait donn&#233; le choix elle aurait d&#233;cid&#233; de vivre ce qu'elle a v&#233;cu ? On peut professer qu'il existe une obligation de vivre, mais non seulement elle ne doit pas imposer de vivre au prix de souffrances extraordinaires, mais encore nul n'a le moyen d'imposer cette obligation comme une loi pour les autres : c'est une obligation qui ne vaut que pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette question est particuli&#232;rement terrifiante en r&#233;animation p&#233;diatrique, car il s'agit d'une discipline o&#249;, au moment o&#249; on doit choisir d'entreprendre ou non de r&#233;animer, d'une part il n'existe aucun moyen s&#233;rieux de faire un pronostic, d'autre part on n'a pas le temps de se poser la question. La r&#232;gle absolue est donc d'entrer imm&#233;diatement en acharnement th&#233;rapeutique, justement parce que, comme on l'a vu plus haut, si on ne le fait pas la question sera imm&#233;diatement r&#233;gl&#233;e. ce n'est qu'apr&#232;s cet acharnement qu'on aura le loisir de s'interroger ; autant dire qu'on aura bien souvent cr&#233;&#233; des situations inextricables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#201;FINIR AUTREMENT L'ACHARNEMENT TH&#201;RAPEUTIQUE :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment d&#232;s lors peut-on essayer d'avancer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose &#224; faire est de retenir l'exigence de Jean Bernard : Le m&#233;decin a un devoir de comp&#233;tence ; et sa fonction essentielle est de pr&#233;dire l'avenir. Le m&#233;decin n'est pas l&#224; pour dire ce qui se passe, mais pour dire ce qui va se passer, il est l&#224; pour faire des pronostics (et si possible pour trouver le moyen d'infl&#233;chir ce pronostic). Naturellement, le meilleur moyen de dire ce qui va se passer est de comprendre ce qui se passe ; mais le diagnostic est au service du pronostic, non l'inverse : peu importe pour le malade de savoir s'il a une grippe ou un cancer, &#224; telle enseigne qu'il aime cent fois mieux gu&#233;rir d'un cancer que mourir d'une grippe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si l'issue du combat est pr&#233;visible et que le m&#233;decin, n'en tenant pas compte, met en place une strat&#233;gie qui n'a aucune chance d'&#234;tre efficace, alors il ne s'agit pas d'un probl&#232;me d'acharnement th&#233;rapeutique mais d'une banale faute professionnelle. Le m&#233;decin est tenu de soigner son malade dans le respect &#171; des donn&#233;es actuelles de la science &#187;, et pour le moment par exemple on sait qu'il ne faut pas op&#233;rer les cancers pulmonaires &#224; petites cellules ; le m&#233;decin qui proposerait une op&#233;ration serait coupable d'ignorance, et non d'acharnement th&#233;rapeutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne peut donc &#234;tre question d'acharnement th&#233;rapeutique que dans les situations o&#249; les choses sont incertaines. Et il y a donc plusieurs cas &#224; consid&#233;rer : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a le cas des maladies pour lesquels on n'a jamais rien trouv&#233; qui soit r&#233;ellement efficace. Dans ce cas si on essaie de traiter il ne s'agit pas d'acharnement th&#233;rapeutique : on commet tout simplement une faute professionnelle. Certes on peut toujours dire : &#171; On ne sait jamais &#187;. Mais cet &#034;on ne sait jamais&#034; 'est une absurdit&#233; : car si on ne sait jamais, si rien n'est jamais suffisamment s&#251;r pour permettre une d&#233;cision, alors il n'y a pas de savoir, et s'il n'y a pas de savoir il n'y a pas de m&#233;decine du tout. Un m&#233;decin n'a pas le droit de dire : &#171; On ne sait jamais &#187;, car il y a des choses qu'on sait. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a le cas des maladies pour lesquelles il y a des cas de gu&#233;rison ou d'am&#233;lioration, mais pas beaucoup ; c'est le cas par exemple des tumeurs du cerveau. L&#224; il y a un probl&#232;me d'acharnement th&#233;rapeutique, car il y a une chance de gu&#233;rison ou d'am&#233;lioration, mais on sait que dans la quasi-totalit&#233; des cas si on traite on ne fait rien d'autre qu'imposer au malade des souffrances inutiles. L&#224;, on peut se poser la question de l'acharnement th&#233;rapeutique, et on se trouve tr&#232;s vite dans une situation inconfortable, car on voit bien la diff&#233;rence avec l'avis du Comit&#233; Consultatif National d'&#201;thique : refuser l'acharnement th&#233;rapeutique, ce n'est nullement &#171; reconna&#238;tre qu'un homme est vou&#233; &#224; la mort &#187; (s'il l'&#233;tait on serait simplement, redisons-le, en faute professionnelle) c'est au contraire reconna&#238;tre qu'il y a une chance d'&#234;tre efficace et d&#233;cider qu'on ne va pas la tenter.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a le cas des maladies qu'on sait fort bien gu&#233;rir, mais qui surviennent chez des malades qui vont par ailleurs tr&#232;s mal. Supposons par exemple qu'on d&#233;couvre un cancer de l'intestin chez une personne atteinte d'une maladie d'Alzheimer tr&#232;s &#233;volu&#233;e. On peut essayer de la faire op&#233;rer, avec quelques chances de survie prolong&#233;e &#224; condition qu'elle fasse une chimioth&#233;rapie, etc. L&#224; il est n&#233;cessaire de se poser la question : le prix &#224; payer pour obtenir ce r&#233;sultat est tr&#232;s lourd, car il va falloir l'hospitaliser dans un milieu inconnu, ce qui va aggraver sa d&#233;mence, il va falloir lui imposer des traitements p&#233;nibles qu'elle ne va pas comprendre, il va falloir qu'elle vive avec une poche qu'elle ne va pas accepter, bref la qualit&#233; de sa vie va &#234;tre terriblement affect&#233;e, alors que le r&#233;sultat va &#234;tre incertain. Naturellement la perte de ses fonctions intellectuelles est si profonde qu'il ne serait pas r&#233;aliste de lui demander son avis. Refuser l'acharnement th&#233;rapeutique, c'est ici d&#233;cider que le risque de l'action est plus grand que celui de l'abstention.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Il y a enfin le cas de b&#233;b&#233;s qui ont de nombreuses chances de mener une vie normale, mais un pourcentage non n&#233;gligeable de se voir imposer une vie terrible, alors m&#234;me que nous devons d&#233;cider &#224; leur place. Je ne crois pas qu'il s'agisse r&#233;ellement d'acharnement th&#233;rapeutique, mais d'un cas de conscience &#224; vrai dire ind&#233;cidable. Car au fond il n'est pas tr&#232;s diff&#233;rent de celui qui se pose avec le diagnostic pr&#233;natal : par exemple il y a des examens qui permettent de pr&#233;dire qu'un enfant risque d'&#234;tre trisomique. Mais que fait-on ? Car il y a des chances qu'il ne le soit pas, et il y a aussi des chances pour que sa trisomie soit l&#233;g&#232;re. Pourtant la tendance actuelle dans ce cas est de proposer une interruption de grossesse syst&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est donc sur tout cela qu'il faut travailler. Retenons que refuser l'acharnement th&#233;rapeutique c'est renoncer &#224; une chance de gu&#233;rison (car, il faut le r&#233;p&#233;ter, s'il n'y a pas de chance de gu&#233;rison, alors il ne s'agit pas de refus d'acharnement mais de refus de la sottise). Retenons aussi qu'il n'est pas admissible du point de vue scientifique de dire : &#171; On ne sait jamais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ALORS, POUR OU CONTRE ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre &#224; cette question, il faut d'abord se d&#233;cider sur une d&#233;finition de l'acharnement th&#233;rapeutique. S'il s'agit d'insister sur la n&#233;cessit&#233; de ne pas capituler trop vite, alors il faut donner toute sa place &#224; l'obstination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il en est encore qui pensent qu'il faut toujours tout mettre en &#339;uvre pour vivre &#224; tout prix. Cela peut se concevoir, &#224; condition de poser certains crit&#232;res moraux et spirituels : par exemple c'est une position fr&#233;quente dans la culture juive, et &#224; un moindre degr&#233; musulmane. En ce qui concerne les chr&#233;tiens la position est plus nuanc&#233;e, et nous disposons d'avis des Papes qui disent le contraire, par exemple ce texte de Pie XII :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;i&gt;Le devoir de prendre les soins n&#233;cessaires pour conserver la vie et la sant&#233; (...) n'oblige habituellement qu'&#224; l'emploi des moyens ordinaires (...) c'est-&#224;-dire des moyens qui n'imposent aucune charge extraordinaire pour soi-m&#234;me ou pour un autre (...). Le m&#233;decin peut interrompre une tentative qui appara&#238;t comme une charge qu'on ne peut imposer au patient ou &#224; sa famille car il n'y a dans ce cas aucune disposition directe de la vie du patient, ni euthanasie, ce qui ne serait jamais licite, (...) l'interruption des tentatives de r&#233;animation n'est jamais qu'indirectement cause de la cessation de la vie.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb6-5' class='spip_note' rel='appendix' title='Probl&#232;mes religieux et moraux de la r&#233;animation. D&#233;claration aux anesth&#233;sistes (...)' id='nh6-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part je m'en tiens &#224; une position moyenne : d'un c&#244;t&#233; il n'est pas question pour moi de poser une obligation de vivre. De l'autre on a trop tendance, sous pr&#233;texte d'&#233;viter l'acharnement th&#233;rapeutique, &#224; &#233;luder des actes et des traitements qui pourraient &#234;tre simples et efficaces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans compter que le refus de l'acharnement th&#233;rapeutique est en passe de devenir un moyen simple de se d&#233;barrasser des vieux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb6-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6-1' class='spip_note' title='Notes 6-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On retrouve ici une difficult&#233; identique &#224; celle concernant les &lt;a href='http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article74' class='spip_in'&gt;directives anticip&#233;es&lt;/a&gt; : que faut-il faire de ce flou ? On pourrait &#234;tre tent&#233; de penser que le mieux est de saisir l'occasion et de demander : &#034;Qu'entendez-vous par l&#224; ?&#034;. Sans doute faut-il le faire ; reste &#224; savoir s'il faut sauter sur l'occasion, ou s'il ne vaut pas mieux attendre (mais attendre quoi ?) ; reste &#224; savoir aussi si on ne risque pas, en posant le probl&#232;me explicitement, d'aboutir &#224; une solution en forme de contrat qui figerait un peu des choses qui, par nature, ne peuvent l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6-2' class='spip_note' title='Notes 6-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faudrait insister bien plus lourdement sur ce point, mais il va de soi que, justement pour essayer de limiter l'impact de la subjectivit&#233;, ce type de d&#233;cision ne peut gu&#232;re se prendre qu'en &#233;quipe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6-3' class='spip_note' title='Notes 6-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Mais rappelons que, comme on l'a dit plus haut, les pessimistes sont moins souvent d&#233;mentis que les optimistes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6-4' class='spip_note' title='Notes 6-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On ne se lassera pas de r&#233;p&#233;ter que ce ne sont pas les nazis qui ont invent&#233; l'eug&#233;nisme : l'ouvrage fondateur de Binding et Hoche : &lt;i&gt;La libert&#233; de destruction des vies indignes d'&#234;tre v&#233;cues&lt;/i&gt; date de 1920.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb6-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh6-5' class='spip_note' title='Notes 6-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Probl&#232;mes religieux et moraux de la r&#233;animation. D&#233;claration aux anesth&#233;sistes du 24 novembre 1957.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les directives anticip&#233;es</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article74</link>
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		<dc:date>2008-02-28T21:05:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Que sont exactement les directives anticip&#233;es ? Quelle validit&#233; ? Quelle proc&#233;dure ? Quelles difficult&#233;s ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Ethique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On sait bien que parmi les raisons qui conduisent certaines personnes &#224; militer pour la l&#233;galisation de l'euthanasie, l'une des plus fortes est la crainte qu'ils &#233;prouvent &#224; l'id&#233;e qu'en cas de maladie grave ils se trouvent entra&#238;n&#233;s dans des d&#233;rives de prise en charge. Comment &#234;tre assur&#233; que les m&#233;decins ne se livreront pas &#224; des actes d'acharnement th&#233;rapeutique ? Comment &#234;tre assur&#233; de garder la ma&#238;trise de la situation ? Comment &#234;tre assur&#233; que ses d&#233;sirs seront respect&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ces questions que la loi L&#233;onetti a pens&#233; r&#233;pondre en instituant des directives anticip&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LES TEXTES :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par &#171; directives anticip&#233;es &#187; on entend un texte r&#233;dig&#233; par le malade et dans lequel il donne un certain nombre d'indications sur la mani&#232;re dont il souhaite &#234;tre pris en charge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces directives anticip&#233;es sont pr&#233;vues par l'article L. 1111-11 du Code de la Sant&#233; Publique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7-1' class='spip_note' rel='appendix' title='Texte ins&#233;r&#233; par la loi L&#233;onetti.' id='nh7-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui dispose :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Toute personne majeure peut r&#233;diger des directives anticip&#233;es pour le cas o&#249; elle serait un jour hors d'&#233;tat d'exprimer sa volont&#233;. Ces directives anticip&#233;es indiquent les souhaits de la personne relatifs &#224; sa fin de vie concernant les conditions de la limitation ou l'arr&#234;t de traitement. Elles sont r&#233;vocables &#224; tout moment.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A condition qu'elles aient &#233;t&#233; &#233;tablies moins de trois ans avant l'&#233;tat d'inconscience de la personne, le m&#233;decin en tient compte pour toute d&#233;cision d'investigation, d'intervention ou de traitement la concernant.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un d&#233;cret en Conseil d'&#201;tat d&#233;finit les conditions de validit&#233;, de confidentialit&#233; et de conservation des directives anticip&#233;es. &#187;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7-2' class='spip_note' rel='appendix' title='Voir par exemple' id='nh7-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit sans peine que l'id&#233;e de ces directives anticip&#233;es rejoint celle du &#171; testament de vie &#187; tel qu'il est en vigueur dans certains pays, nordiques notamment, et se rapproche de ce que pr&#233;conise l'ADMD depuis assez longtemps. Il est d'ailleurs significatif de noter que le champ des directives anticip&#233;es se d&#233;crit de mani&#232;re un peu n&#233;gative : il s'agit des &#171; conditions de la limitation ou de l'arr&#234;t des traitements &#187;, ce qui &lt;i&gt;stricto sensu&lt;/i&gt; implique qu'un sujet qui voudrait au contraire s'assurer qu'aucune limitation de traitement ne sera entreprise ne pourrait pas r&#233;diger des directives anticip&#233;es en ce sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7-3' class='spip_note' rel='appendix' title='Heureusement le libell&#233; du texte n'est pas aussi contraignant.' id='nh7-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses sont pr&#233;cis&#233;es par un d&#233;cret en Conseil d'Etat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7-4' class='spip_note' rel='appendix' title='Voir' id='nh7-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui traite des modalit&#233;s pratiques de recueil, de conservation et de consultation des directives anticip&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DE QUOI S'AGIT-IL ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la conception du l&#233;gislateur les directives anticip&#233;es ne sont pas des textes qu'on &#233;crit sous la pression des &#233;v&#233;nements. On en a un premier indice dans le texte du Code qui dispose que les directives sont valables trois ans. On en a un second dans le fait que la question des directives anticip&#233;es n'est pas mise sur le m&#234;me plan que celle de la personne de confiance : le Code de la Sant&#233; Publique fait ainsi obligation &#224; l'h&#244;pital de sugg&#233;rer au patient de d&#233;signer une personne de confiance, il n'impose rien de tel pour les directives anticip&#233;es, dont il doit seulement rechercher l'existence. Il s'agit donc clairement d'un texte qui s'&#233;tablit &#224; t&#234;te repos&#233;e. Et on peut concevoir trois modalit&#233;s essentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#034;Les directives &#224; froid&#034; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut songer &#224; &#233;tablir des directives en dehors de toute maladie en cours. Il s'agit alors d'un document dans lequel un sujet sain prendrait la pr&#233;caution d'indiquer, n&#233;cessairement alors en termes tr&#232;s g&#233;n&#233;raux, ce qu'il pense de la vie, de la mort, de l'acharnement th&#233;rapeutique, de l'euthanasie, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle d&#233;marche n'est pas fr&#233;quente, elle ne serait pourtant pas inutile : on ne compte plus les situations o&#249;, un sujet tombant brusquement malade et inconscient, l'entourage et l'&#233;quipe soignante en sont r&#233;duits &#224; conjecturer ce qu'il aurait dit, ce qu'il aurait pens&#233; de cette situation.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7-5' class='spip_note' rel='appendix' title='Au demeurant la m&#234;me difficult&#233; se pose assez fr&#233;quemment en ce qui concerne (...)' id='nh7-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement des directives ainsi r&#233;dig&#233;es ne permettraient que de donner quelques vagues indications ; mais pour vagues qu'elles seraient ces indications repr&#233;senteraient un guide pr&#233;cieux pour les personnes conduites &#224; d&#233;cider &#224; la place du malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#034;directives pr&#233;visionnelles&#034; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre situation est repr&#233;sent&#233;e par le cas d'un sujet qui entre dans une maladie, et qui souhaite donner des indications sur ce qu'il conviendrait de faire dans diverses hypoth&#232;ses. C'est ce qui peut se produire par exemple chez les malades atteints de scl&#233;rose lat&#233;rale amyotrophique, ou de maladie d'Alzheimer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans doute est-il bon que des textes de cet ordre comprennent des consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales. Mais on voit bien avec ces deux exemples que les logiques qui pr&#233;sident aux &#034;directives anticip&#233;es pr&#233;visionnelles&#034; peuvent &#234;tre diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de la scl&#233;rose lat&#233;rale amyotrophique, la liste des situations sur lesquelles il est important de dire quelque chose est relativement restreinte et connue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7-6' class='spip_note' rel='appendix' title='Naturellement il faudrait peser les implications de cette affirmation, et (...)' id='nh7-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : il s'agit de se prononcer (provisoirement bien s&#251;r) quant &#224; la trach&#233;otomie, la ventilation artificielle, l'alimentation ent&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de la maladie d'Alzheimer il est beaucoup plus hasardeux de d&#233;crire l'ensemble des situations qui m&#233;riteraient une parole. On peut proposer que le malade d&#233;crive un certain nombre de situations et dise ce qu'il en pense et ce qu'il veut. Il serait utile que ce m&#234;me malade d&#233;crive une proc&#233;dure de d&#233;cision, avec notamment la nomination de personnes r&#233;f&#233;rentes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7-7' class='spip_note' rel='appendix' title='La personne de confiance pourrait faire l'affaire, mais dans l'&#233;tat actuel (...)' id='nh7-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#034;directives en urgence&#034; :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il arrive bien souvent que les directives anticip&#233;es soient &#233;tablies dans de tout autres circonstances. C'est le cas d'un malade entrant dans une phase grave ou terminale et qui souhaite indiquer les choses dont il ne veut &#224; aucun prix. C'est le cas aussi quand un patient pose une demande d'euthanasie. Dans ce cas il est possible de lui r&#233;pondons que cette demande n'est pas recevable, mais qu'on peut s'entendre sur ce qui sera et ce qui ne sera pas fait, de mani&#232;re &#224; lui garantir qu'il gardera toujours la ma&#238;trise de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si, il convient de le r&#233;p&#233;ter, le l&#233;gislateur semble avoir consid&#233;r&#233; que mieux &#233;tait de ne pas r&#233;diger des directives anticip&#233;es en urgence, la situation concr&#232;te est bien diff&#233;rente : en effet le patient n'est que rarement inform&#233; de cette possibilit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7-8' class='spip_note' rel='appendix' title='De la m&#234;me mani&#232;re il a rarement d&#233;sign&#233; une personne de confiance alors que (...)' id='nh7-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, les directives anticip&#233;es ont un triple but :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le premier est de dire pr&#233;cis&#233;ment dans un certain nombre de circonstances identifiables quelles sont les volont&#233;s de la personne. Naturellement, plus l'&#233;chance approche et plus la pr&#233;vision est fiable.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le second est, comme dans les autres cas, de donner un certain nombre d'indications permettant aux professionnels d'interpoler la conduite &#224; tenir dans des situations qui n'auraient pas &#233;t&#233; pr&#233;vues.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le troisi&#232;me, et non le moindre, est de signifier au malade que l'&#233;quipe a la ferme volont&#233; de lui reconna&#238;tre jusqu'au bout la ma&#238;trise de sa vie, et de lui en donner comme gage le fait que les directives anticip&#233;es ne sont pas une simple d&#233;claration de principe r&#233;cusant l'acharnement th&#233;rapeutique mais un document d&#233;taill&#233; envisageant la plupart des situations fr&#233;quentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA VALEUR DES DIRECTIVES ANTICIPEES :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan juridique, les directives anticip&#233;es ont une valeur &#224; la fois immense et limit&#233;e. Cette valeur est pr&#233;cis&#233;e par l'article L 1111-13 du Code de la Sant&#233; Publique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb7-9' class='spip_note' rel='appendix' title='Voir par exemple http://www.legifrance.gouv.fr/affic...' id='nh7-9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lorsqu'une personne, en phase avanc&#233;e ou terminale d'une affection grave et incurable, quelle qu'en soit la cause, est hors d'&#233;tat d'exprimer sa volont&#233;, le m&#233;decin peut d&#233;cider de limiter ou d'arr&#234;ter un traitement inutile, disproportionn&#233; ou n'ayant d'autre objet que la seule prolongation artificielle de la vie de cette personne, apr&#232;s avoir respect&#233; la proc&#233;dure coll&#233;giale d&#233;finie par le code de d&#233;ontologie m&#233;dicale et consult&#233; la personne de confiance vis&#233;e &#224; l'article L. 1111-6, la famille ou, &#224; d&#233;faut, un de ses proches et, le cas &#233;ch&#233;ant, les directives anticip&#233;es de la personne. Sa d&#233;cision, motiv&#233;e, est inscrite dans le dossier m&#233;dical.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande nouveaut&#233; de la loi L&#233;onetti aura &#233;t&#233; d'introduir cette garantie proc&#233;durale : le m&#233;decin ne peut plus d&#233;cider seul, il doit consulter, et s'expose &#224; des sanctions s'il ne le fait pas. Par contre il demeure que c'est lui qui d&#233;cide, et qu'il est libre de sa d&#233;cision. Il lui est impos&#233; de lire les directives anticip&#233;es, mais pas de les suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons-le tout de suite : il n'y a gu&#232;re de moyen de faire autrement. Car quelle que soit le soin avec lequel elles auraient &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;es, on n'imagine pas que les directives anticip&#233;es puissent envisager toutes les situations avec une pr&#233;cision suffisante ; le plus sage est donc que le m&#233;decin puisse au moins jeter un dernier regard sur le malade, ce qui implique que la d&#233;cision lui revienne. Mais il faut en premier lieu faire preuve de r&#233;alisme : les m&#233;decins ne sont pas tous obs&#233;d&#233;s par le pouvoir sur leurs semblables, et ils sont bien souvent trop heureux de trouver le moyen de partager le fardeau de la d&#233;cision ; de la sorte si on les oblige &#224; lire les directives anticip&#233;es il y a toute chance pour qu'ils les prennent en compte. En second lieu, et m&#234;me s'il est clair que les obligations du m&#233;decin se bornent &#224; lire les directives, on commence &#224; voir &#233;merger des r&#233;clamations et des plaintes contre les m&#233;decins qui n'ont pas suivi ces directives. Ces plaintes &#233;choueront, bien s&#251;r ; mais il est int&#233;ressant de voir qu'au moins le m&#233;decin est questionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QUELQUES DIFFICULT&#201;S :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand les r&#233;diger ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit plus haut : dans la pratique les directives anticip&#233;es sont &#233;tablies assez tard. Pourtant l'unit&#233; de soins palliatifs n'est probablement pas le meilleur endroit pour faire ce genre de choses, qui ne rev&#234;t pas la m&#234;me signification selon qu'on s'y livre tranquillement ou qu'on se trouve sous la pression de l'extr&#234;me d&#233;tresse. Et les directives anticip&#233;es &#233;crites dans le premier type de situations n'ont que peu &#224; voir avec celles qu'on &#233;crit dans le second. La diff&#233;rence est similaire &#224; celle qui existe entre une r&#233;flexion philosophique men&#233;e dans le cadre d'un travail universitaire et la m&#234;me r&#233;flexion men&#233;e dans le contexte d'une d&#233;cision politique &#224; prendre en urgence. La charge d'angoisse r&#233;sultant de la situation grave arrive alors au premier plan, c'est elle qui dicte l'essentiel du texte et inversement la r&#233;daction du texte vise largement &#224; l'exorciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment les r&#233;diger ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des directives &#171; en urgence &#187; on peut d&#233;cider de r&#233;diger un texte tr&#232;s d&#233;taill&#233;. Ceci permet au patient de percevoir que les soignants prennent cela au s&#233;rieux, et qu'il ne s'agit pas pour eux de s'engager &#224; &#233;viter on ne sait quel acharnement th&#233;rapeutique alors que tout le probl&#232;me, pr&#233;cis&#233;ment, est de savoir ce qu'on entend par l&#224;. Mais ceci a un inconv&#233;nient dont il est bien difficile de savoir s'il est r&#233;el ou potentiel, ni comment il faudrait l'analyser. C'est que le malade a besoin de cette pr&#233;cision pour &#234;tre rassur&#233; quant &#224; la volont&#233; des professionnels de le laisser ma&#238;tre de sa vie, mais qu'il est rarement en mesure de dire dans le d&#233;tail ce qu'il veut et ne veut pas ; s'il avait eu les moyens de mener une r&#233;flexion sur ce th&#232;me il aurait d&#233;j&#224; &#233;crit ses directives ; en pratique ce sont donc les professionnels qui lui repr&#233;sentent les diverses perspectives &#224; envisager, probl&#232;mes d'alimentation, d'hydratation, de reprise de chimioth&#233;rapie, de transfert... Ceci n'est pas fonci&#232;rement anormal : il s'agit apr&#232;s tout de remplir leur devoir d'information du malade, pr&#233;alable &#224; tout consentement &#233;clair&#233;. Reste que les soignants tiennent plus ou moins la plume au malade, et du coup il est probable que, malgr&#233; toutes leurs pr&#233;cautions et toute leur volont&#233; d'&#234;tre honn&#234;tes, ces directives repr&#233;sentent au moins autant ce que le soignants pensent que ce que le malade pense lui-m&#234;me. Allons plus loin : on a parfois le sentiment qu'alors ces directives repr&#233;sentent plus ce &#224; quoi les professionnels s'engagent que ce dont le malade veut ou ne veut pas. Il n'est pas s&#251;r que les directives anticip&#233;es soient de l'ordre du contrat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peut-on seulement imaginer d'&#233;crire des directives anticip&#233;es qui pr&#233;voient tous les cas ? Assur&#233;ment non : la fin de vie ne se d&#233;roule jamais comme on aurait pu le penser, et il existe toujours une probl&#233;matique qui n'a pas &#233;t&#233; envisag&#233;e. Mais il ne faut pas se m&#233;prendre : le fait de d&#233;tailler les directives a d'abord une valeur symbolique : c'est ce par quoi le patient acquiert la certitude que les professionnels prennent sa d&#233;marche au s&#233;rieux. Il a en second lieu une valeur p&#233;dagogique : car dans les faits les directives ne seront sans doute pas appliqu&#233;es telles quelles, il faudra les adapter &#224; la situation concr&#232;te ; et plus les directives auront envisag&#233; de situations concr&#232;tes plus il sera facile aux professionnels de s'orienter par assimilation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement dans le cas d'une r&#233;daction &#171; en urgence &#187; la dur&#233;e de vie des directives anticip&#233;es ne peut gu&#232;re &#234;tre de trois ans, comme la loin le pr&#233;voit. Car il s'agit d'une situation &#233;volutive, avec d'ailleurs un pronostic en g&#233;n&#233;ral bien plus sombre, et il n'y aurait aucun sens &#224; en faire des indications &#224; long terme. Il est bien plus prudent d'&#233;laborer un document valable quelques semaines et syst&#233;matiquement rediscut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels r&#233;sultats des directives anticip&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est une &#233;vidence : pour le malade la conclusion de directives anticip&#233;es &#171; en urgence &#187; engendre toujours un immense soulagement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que vaut ce soulagement ? Nous parlons ici de directives comprenant des instructions d&#233;taill&#233;es. On a vu pourquoi cela semble n&#233;cessaire. Il ne faut pas se cacher cependant qu'il est hasardeux d'&#233;crire : cela fige des choses qui ne peuvent l'&#234;tre ; cela tend &#224; clore un d&#233;bat qui ne peut l'&#234;tre. Cela donne l'impression que tout est dit, or les instructions ont beau &#234;tre d&#233;taill&#233;es, elles ne couvrent pas tout, elles font seulement mine de le couvrir, peut-&#234;tre m&#234;me disent-elles tout sauf l'essentiel ; et du coup, r&#233;duisant le champ du propos &#224; de la simple technique, elles tendent peut-&#234;tre &#224; interdire la parole qui permettrait de dire ce qui importe vraiment. Contradiction qu'il faudrait analyser : la fin de vie ne peut gu&#232;re se r&#233;duire &#224; un arbre de d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose &#233;galement le probl&#232;me de la mani&#232;re dont ces directives vont &#234;tre mises en &#339;uvre. On sait qu'aux termes de la loi elles n'ont qu'une valeur consultative. Mais d&#232;s lors qu'elles sont &#233;tablies, la tentation est grande de les consid&#233;rer comme une norme, ce qui est sans doute une autre mani&#232;re d'&#233;luder le d&#233;bat. Les directives anticip&#233;es seraient alors doublement st&#233;rilisantes : pour le malade qui peut vivre dans l'illusion qu'il a tout pr&#233;vu, pour le soignant qui peut vivre dans l'illusion qu'il n'a plus rien &#224; pr&#233;voir. Quant &#224; la famille, sa situation est parfois encore plus difficile : d&#232;s lors qu'il y a des directives elle est tr&#232;s tent&#233;e d'en exiger l'application litt&#233;rale, quand elle ne se m&#233;prend pas sur leur signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'un autre c&#244;t&#233;, si on ne les consid&#232;re pas ainsi, qu'en est-il de la libert&#233; du patient ? Il y a l&#224; un probl&#232;me difficilement surmontable : si on dit que le malade est ma&#238;tre de la situation, alors il n'y a pas d'autre solution que de respecter son choix, y compris si on le d&#233;sapprouve. Mais toute autre position conduit au paternalisme ; m&#234;me les militants de l'ADMD sont dans ce pi&#232;ge : ils disent volontiers qu'il faut faire droit aux demandes &#034;lucide, licites et r&#233;it&#233;r&#233;es&#034; ; r&#233;it&#233;r&#233;es, je comprends ; lucides, il faudrait se demander (cela vaut aussi pour la loi L&#233;onetti) qui en juge, comment et de quel droit ; mais licites ? Alors ils nous disent qu'il faut qu'un, ou deux m&#233;decins constatent cette lic&#233;it&#233;. Mais cela revient &#224; donner &#224; ces m&#233;decins une sorte de droit de veto, d'o&#249; il r&#233;sulte que le malade n'a plus la ma&#238;trise de sa demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue psychologique, on l'a vu, il y a de grandes objections contre les directives anticip&#233;es ; &lt;i&gt;scripta manent&lt;/i&gt;, et on pourrait presque dire qu'en fin de vie il n'y a pas de place pour l'&#233;crit, seule la parole peut &#234;tre porteuse de quelque chose. Et si les directives anticip&#233;es expriment quelque chose de ce que le malade veut, elles st&#233;rilisent d'une certaine mani&#232;re tout ce qu'il peut vouloir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut bien consid&#233;rer un autre point de vue, qui est celui de la libert&#233; du patient. Il se trouve que certains malades prennent la d&#233;cision d'&#233;crire des directives. Ce faisant ils exercent une libert&#233; fondamentale, et le fait que cet exercice a des cons&#233;quences ne le rend pas vain pour autant. Psychologiquement on voit bien ce que l'entreprise a de suspect. Mais cela ne saurait annuler la valeur de ce qui est &#233;crit : cela reviendrait &#224; dire que le malade qui a pris ces d&#233;cisions n'&#233;tait pas en &#233;tat de les prendre, et qu'il convient en somme de le prot&#233;ger contre lui-m&#234;me ; on ne serait pas tr&#232;s loin alors d'un paternalisme qu'on pensait avoir fait son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, objectera-t-on, la prudence commanderait que les professionnels s'abstiennent de proposer la r&#233;daction de ces directives car ce faisant ils ne manquent pas d'induire une perturbation &#224; laquelle le malade, lui, n'avait pas song&#233; et &#224; laquelle on aurait ainsi pu le soustraire. Cette objection est solide ; mais on ne pourrait l'accepter telle quelle que si le malade &#233;tait correctement inform&#233; des possibilit&#233;s des directives anticip&#233;es. Or ce n'est nullement le cas, et il faut tout de m&#234;me bien l'informer de ses droits : que serait un droit dont le d&#233;tenteur ignorerait l'existence ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me probl&#232;me se pose avec la s&#233;dation pharmacologique. Car on voit bien que lorsqu'on indique au malade que cette solution existe, on risque de cr&#233;er chez lui (et plus encore chez la famille) la tentation d'y recourir, &#233;ventuellement dans des situations qui tout de m&#234;me le justifient difficilement. Mais peut-on se tirer d'affaire en disant qu'on va cacher au malade que la possibilit&#233; existe ? Et de quel droit venons-nous d'&#233;crire que le malade pourrait &#234;tre tent&#233; d'abuser de la proposition ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, soit on consid&#232;re que les directives anticip&#233;es, expression de la volont&#233; du patient, sont &#224; respecter telles quelles, soit on dit que non, et que malgr&#233; tout leur mise en application doit rester &#224; l'appr&#233;ciation des professionnels. En somme on dit qu'il y a des situations o&#249; l'exercice de la libert&#233; du patient doit &#234;tre suspendu ; on peut le dire par exemple en arg&#252;ant que les directives anticip&#233;es ont vocation &#224; s'appliquer quand le malade n'est plus en &#233;tat de se faire entendre, et que la libert&#233; de quelqu'un qui ne peut plus se faire entendre est n&#233;cessairement suspendue. On peut dire alors que ce qui remplace cette libert&#233; c'est le consensus de ceux qui l'ont en charge (moyennant le respect de r&#232;gles pr&#233;cises quant &#224; la mani&#232;re de rechercher ce consensus). Apr&#232;s tout il y a la m&#234;me difficult&#233; quand le malade demande une s&#233;dation. Soit on consid&#232;re que c'est le malade qui est juge de ce qu'il veut vivre et ne pas vivre ; soit on consid&#232;re qu'il faut que le professionnels acquiesce de quelque mani&#232;re, et alors on en vient &#224; dire que c'est par le consensus qu'on arrive &#224; la solution juste. Les cons&#233;quences spirituelles de ce parcours sur un chemin de cr&#234;te entre l'autonomisme le plus pernicieux et le paternalisme le plus &#233;cul&#233; sont &#224; envisager avec soin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;UN EXEMPLE DE DIRECTIVES ANTICIPEES&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je, soussign&#233;, n&#233; le, atteste ce qui suit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais que je suis atteint d'un cancer pour lequel il n'y a plus de solution curative. J'ai &#233;t&#233; inform&#233; de l'&#233;volution pr&#233;visible ; j'ai compris que je risque d'&#234;tre rendu incapable de faire conna&#238;tre mes volont&#233;s ; j'ai &#233;galement compris que je risque de pr&#233;senter des troubles respiratoires incompatibles avec la vie, et pour lesquels on pourra me proposer des solutions d'assistance ventilatoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce sujet, mes d&#233;cisions sont les suivantes : &lt;br class='autobr' /&gt;
Conform&#233;ment &#224; l'article 11 de la loi du 4 mars 2002 relative aux doits des malades, je d&#233;signe comme personne de confiance , n&#233; le , qui au cas o&#249; je serais devenu incapable de le faire moi-m&#234;me, sera charg&#233; de faire valoir mes d&#233;cisions telle que je les indique ce jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant des actes m&#233;dicaux : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Les examens de laboratoire et les radiographies devont &#234;tre limit&#233;s aux actes simples. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Je n'autorise aucun transfert dans quelque service hospitalier que ce soit. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Aucune chimioth&#233;rapie, aucune radioth&#233;rapie, aucune intervention chirurgicale ne pourront &#234;tre pratiqu&#233;s sans mon accord expr&#232;s. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Je refuse toute alimentation artificielle, qu'elle soit effectu&#233;e par sonde ou par voie veineuse. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; L'hydratation devra &#234;tre limit&#233;e &#224; ce qui sera n&#233;cessaire &#224; mon confort. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Je refuse toute ventilation artificielle ; ce refus inclut l'oxyg&#233;noth&#233;rapie. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Le traitement cardiologique devra &#234;tre maintenu tant que je n'en dispose pas autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je demande la mise en oeuvre, en tant que de besoin, de tous les moyens n&#233;cessaires &#224; la pr&#233;servation de mon confort, y compris s'il doit en r&#233;sulter un danger. Une s&#233;dation pharmacologique devra &#234;tre mise en oeuvre d&#232;s lors que mon confort ne pourrait &#234;tre assur&#233; par les moyens sus-cit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent document a &#233;t&#233; &#233;tabli sous ma dict&#233;e par le Dr , m&#233;decin du service de . Il est &#233;tabli en trois exemplaires : un que je conserve, un qui est inclus dans le dossier m&#233;dical, le dernier qui est remis &#224;, d&#233;sign&#233; comme personne de confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clairement entendu : &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Que ce document n'a qu'une valeur juridique consultative. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Que je reste libre de le modifier &#224; tout moment. &lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Que je limite sa dur&#233;e de validit&#233; &#224; un mois &#224; compter de ce jour ; pass&#233; ce d&#233;lai un autre devra &#234;tre &#233;tabli, sauf si je suis emp&#234;ch&#233; de le signer moi-m&#234;me. Dans ce cas le dernier document sign&#233; fera foi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb7-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7-1' class='spip_note' title='Notes 7-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte ins&#233;r&#233; par la loi L&#233;onetti.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7-2' class='spip_note' title='Notes 7-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple &lt;a href=&#034;http://admi.net/jo/20050423/SANX0407815L.html&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://admi.net/jo/20050423/SANX0407815L.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7-3' class='spip_note' title='Notes 7-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Heureusement le libell&#233; du texte n'est pas aussi contraignant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7-4' class='spip_note' title='Notes 7-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &lt;a href=&#034;http://admi.net/jo/20060207/SANP0620219D.html&#034; class='spip_url spip_out auto' rel='nofollow external'&gt;http://admi.net/jo/20060207/SANP0620219D.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7-5' class='spip_note' title='Notes 7-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au demeurant la m&#234;me difficult&#233; se pose assez fr&#233;quemment en ce qui concerne les &#171; derni&#232;res volont&#233;s &#187; et on &#233;conomiserait parfois bien des affres &#224; ses proches en se pronon&#231;ant d'une mani&#232;re ou d'une autre sur l'opportunit&#233; d'une cr&#233;mation, ou sur un lieu de s&#233;pulture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7-6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7-6' class='spip_note' title='Notes 7-6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Naturellement il faudrait peser les implications de cette affirmation, et se demander s'il n'y a pas l&#224; un processus de st&#233;rilisation de la parole ; mais nous reverrons cela plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7-7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7-7' class='spip_note' title='Notes 7-7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La personne de confiance pourrait faire l'affaire, mais dans l'&#233;tat actuel des textes la d&#233;signation d'une personne de confiance ne produit d'effet qu'en cas d'hospitalisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7-8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7-8' class='spip_note' title='Notes 7-8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;De la m&#234;me mani&#232;re il a rarement d&#233;sign&#233; une personne de confiance alors que les &#233;tablissements hospitaliers sont tenus de lui proposer cette d&#233;signation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb7-9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh7-9' class='spip_note' title='Notes 7-9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple &lt;a href=&#034;http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=6D60E71176DBB2A11AFB804F75A26399.tpdjo13v_1?idSectionTA=LEGISCTA000006185256&amp;cidTexte=LEGITEXT000006072665&amp;dateTexte=20080220&#034; class='spip_url spip_out' rel='external'&gt;http://www.legifrance.gouv.fr/affic...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ethique et dignit&#233; : deux mots difficiles</title>
		<link>http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article62</link>
		<guid isPermaLink="true">http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article62</guid>
		<dc:date>2007-03-24T11:59:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michel</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Voici deux mots qui tout &#224; la fois sont souvent pr&#233;sent&#233;s ensemble et sont le lieu de multiples contresens. Comment les &#233;clairer ?&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?rubrique6" rel="directory"&gt;Ethique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;h3 spip&#034;&gt;ETHIQUET ET DIGNITE :
DEUX MOTS DIFFICILES&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les mots d'&#233;thique, de dignit&#233; et de spiritualit&#233; sont parmi les plus en vogue dans le Mouvement des soins palliatifs. Il n'est que de parcourir une revue sp&#233;cialis&#233;e pour trouver des articles essayant de faire le point sur ces questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est qu'ils le font &#224; grand-peine, et que pour l'essentiel ils en restent &#224; esquisser une d&#233;finition. Situation paradoxale si l'on songe &#224; ce que cela signifie : ainsi les concepts que nous mettons au fondement m&#234;me de notre pratique ne sont m&#234;me pas d&#233;termin&#233;s... La chose est assur&#233;ment difficile, et pr&#233;cis&#233;ment il se pourrait que la raison de cette difficult&#233; soit la m&#234;me dans les trois cas : &#233;thique spiritualit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-1' class='spip_note' rel='appendix' title='La question de la spiritualit&#233; ne sera pas envisag&#233;e ici. On trouvera des (...)' id='nh8-1'&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dignit&#233; sont des cat&#233;gories qui ont &#224; voir avec ce qu'il y a de plus &#233;nigmatique dans le fonctionnement humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;thique :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est usuel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-2' class='spip_note' rel='appendix' title='C'est par exemple la position de P. Verspieren.' id='nh8-2'&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de dire que morale et &#233;thique d&#233;signent la m&#234;me chose : le Littr&#233; d&#233;finit l'&#233;thique comme &#171; la science de la morale &#187; ; l'&#233;tymologie identifie ces deux notions, et c'est vrai, notamment au plan &#233;tymologique : le latin appelle &lt;i&gt;morale&lt;/i&gt; ce que le grec appelle &lt;i&gt;&#233;thique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant cette &#233;tymologie m&#234;me montre l'ambigu&#239;t&#233; du concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car en fran&#231;ais, le mot &#171; m&#339;urs &#187;, qui d&#233;signe la mani&#232;re dont les gens se comportent, a la m&#234;me origine que le mot &#171; morale &#187;, qui d&#233;signe la mani&#232;re dont les gens devraient se comporter. Cette relation provient du latin, ou &lt;i&gt;mores&lt;/i&gt; d&#233;signe les us et &lt;i&gt;moralia&lt;/i&gt; les choses de la morale. En grec les choses sont pires puisque tr&#232;s grossi&#232;rement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-3' class='spip_note' rel='appendix' title='N'&#233;tant absolument pas hell&#233;nisant, c'est sous touts r&#233;serves que je donne ces (...)' id='nh8-3'&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &lt;i&gt;&#234;thos&lt;/i&gt; d&#233;signe la coutume et &lt;i&gt;&#233;thos&lt;/i&gt; d&#233;signe la vertu (d'o&#249; en fran&#231;ais &#171; &#233;thique &#187; et &#171; &#233;thologie &#187;). La belle unit&#233; du concept d'&#233;thique se fendille ainsi dangereusement, et ceci invite &#224; r&#233;fl&#233;chir sur l'usage qui peut &#234;tre fait des mots dont nous disposons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion d'&#233;thique peut &#234;tre comprise &#224; partir d'une r&#233;flexion sur un th&#232;me comme le racisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient d'admettre en effet que nous n'avons &#224; opposer aux th&#232;ses racistes &lt;i&gt;aucun&lt;/i&gt; argument s&#233;rieux. La position officielle (Ruffi&#233;, Jacquard, Monod...) est qu' &#171; il n'y a pas de races dans l'esp&#232;ce humaine &#187;. Or ceci correspond &#224; un triple non-sens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-4' class='spip_note' rel='appendix' title='Non-sens auquel s'ajoute une terrible faute strat&#233;gique : car cela revient &#224; (...)' id='nh8-4'&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non-sens philosophique : &#171; Il n'y a pas de races dans l'esp&#232;ce humaine &#187;. Il n'y a pas de races du tout, et dans aucune esp&#232;ce animale. La notion de race ne correspond pas le moins du monde &#224; un objet concret, c'est une simple cat&#233;gorie fabriqu&#233;e par les hommes en vue de faciliter le classement des animaux. Autant dire que je suis libre de cr&#233;er des races comme il me convient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non-sens scientifique : la d&#233;marche du zoologiste est de classer les animaux en fonction de crit&#232;res de ressemblance le long d'une arborescence qui comporte les ordres, les embranchements, les classes, les groupes, les familles, les genres, les esp&#232;ces, etc. Ainsi le requin-marteau est un requin, donc un s&#233;lacien, donc un poisson, donc un vert&#233;br&#233;, donc un animal. Ce classement est pertinent, ce qui signifie que le fait de classer correctement un animal permet d'en d&#233;duire des caract&#233;ristiques. Ainsi le fait d'observer une colonne vert&#233;brale fait classer l'animal parmi les vert&#233;br&#233;s ; on peut alors affirmer que cet animal a deux yeux, et qu'ils ne sont pas &#224; facettes. De la m&#234;me mani&#232;re dans les animaux il y a les vert&#233;br&#233;s, dans les vert&#233;br&#233;s les mammif&#232;res, dans les mammif&#232;res les primates, dans les primates &lt;i&gt;homo sapiens&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-5' class='spip_note' rel='appendix' title='Rappelons ce qu'est une esp&#232;ce : c'est simplement l'ensemble des animaux qui (...)' id='nh8-5'&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe aucune raison de ne pas continuer : peut-on d&#233;finir dans l'esp&#232;ce homo sapiens des clivages pertinents ? Cela reste &#224; voir. Mais tous les &#233;leveurs savent que parmi les vaches il y a la frisonne, qui est noire et blanche, la charolaise, qui est blanche, et la blonde d'Aquitaine, qui est ocre. De m&#234;me chez l'homme il y a les Blancs, les Noirs et les Jaunes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-6' class='spip_note' rel='appendix' title='Il est savoureux d'entendre d&#233;nier cette &#233;vidence par des hommes qui sont (...)' id='nh8-6'&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce classement est-il pertinent ? Cela reste &#224; voir. Mais tous les &#233;leveurs savent que la frisonne est meilleure laiti&#232;re, la charolaise meilleure pour la viande et la blonde d'Aquitaine polyvalente. De m&#234;me il semble bien que les Noirs courent plus vite que les Blancs, et que les Blancs nagent plus vite que les Noirs. On dit, et il y a pour cela quelques raisons, qu'il s'agit l&#224; un simple facteur culturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-7' class='spip_note' rel='appendix' title='Par exemple on ne voit gu&#232;re pour quelles raisons physiologiques les Blancs (...)' id='nh8-7'&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Peut-&#234;tre, je n'ai pas les moyens de v&#233;rifier ; mais &#224; supposer m&#234;me que cet argument de la culture soit solide, on ne voit gu&#232;re o&#249; serait le scandale si on reconnaissait de telles diff&#233;rences. J'ai bien not&#233; que ce propos s'est d&#233;j&#224; retrouv&#233; dans la bouche d'un leader d'extr&#234;me-droite, ce qui suffit &#224; en montrer les dangers. Mais il ne suffit pas qu'une conception soit dangereuse pour dire qu'elle est fausse. D'ailleurs il y a pire ; car si nous admettons des diff&#233;rences physiques alors il est indispensable d'aller plus loin : car on ne saisit pas davantage au nom de quoi on refuserait d'envisager &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; des diff&#233;rences intellectuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait le racisme, ce n'est pas la notion de race mais le fait d'affirmer que certaines races sont inf&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref nous n'avons aucun argument scientifique &#224; opposer &#224; ces gens-l&#224;. Et ceci conduit au non-sens strat&#233;gique : car il faut accepter d'en arriver au complet d&#233;nuement intellectuel pour pouvoir d&#233;couvrir le seul argument qui vaille face aux racistes. Cet argument est &#233;thique, e&lt;i&gt;t il est &#233;thique parce qu'il n'est pas scientifique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-8' class='spip_note' rel='appendix' title='Si l'argument &#233;tait scientifique alors on serait dans le registre du vrai ou (...)' id='nh8-8'&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : il s'agit d'une libre d&#233;cision de ma volont&#233; : l'homme est un animal qui s'abstient de cr&#233;er des cat&#233;gories au sein de sa propre esp&#232;ce. La seule r&#233;ponse aux th&#232;ses racistes, c'est la fraternit&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire cela, c'est formuler un propos qui a la structure d'une &lt;i&gt;d&#233;finition&lt;/i&gt; : l'homme est un animal qui... Il importe de r&#233;fl&#233;chir sur ce point : car &#224; l'homme appartient le privil&#232;ge de faire venir les objets &#224; l'&#234;tre en les nommant. Rien n'existe autour de moi, qu'une bouillie mol&#233;culaire au sein de laquelle, par une libre d&#233;cision de ma pens&#233;e, j'isole un amas mol&#233;culaire particulier que je nomme &#171; moi &#187;, et que je distingue d'un autre amas mol&#233;culaire que je nomme &#171; la chaise &#187;, lesquels baignent dans un amas mol&#233;culaire que je nomme &#171; l'air &#187;. Alors seulement les choses se mettent &#224; exister. De m&#234;me les chevaux n'existent pas. Ce qui s'est produit c'est que je me suis promen&#233; dans la prairie et que j'ai observ&#233; des animaux qui se ressemblaient ; j'ai donc d&#233;cid&#233; de leur donner un nom en commun, et depuis lorsque je vois un animal qui ressemble &#224; ceux que j'ai ainsi d&#233;nomm&#233;s, je dis : &#171; C'est un cheval &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons &#224; ce sujet :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Que la Bible ne d&#233;clare pas autre chose : Dieu cr&#233;a les animaux, puis il les amena devant l'homme &lt;i&gt;pour voir comment celui-ci les appellerait&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-9' class='spip_note' rel='appendix' title='Gen&#232;se II, 19.' id='nh8-9'&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Que ce qui pr&#233;c&#232;de tranche en quelques phrases &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; d&#233;bat central de la philosophie. On croit savoir que les choses sont un peu plus compliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, l'homme appara&#238;t comme l'animal qui d&#233;finit. Il est ainsi amen&#233; &#224; se d&#233;finir lui-m&#234;me. On peut alors penser l'&#233;thique comme la discipline par laquelle l'homme en devenir au sein du monde se donne &#224; lui-m&#234;me l'&#234;tre en disant ce qu'il est. Toutes les propositions de l'&#233;thique sont de la forme : &#171; L'homme est un animal qui... &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;finition de l'&#233;thique n'annule pas les autres. Elle ne pr&#233;tend pas davantage &#234;tre la seule recevable, ou avoir raison contre d'autres visions du probl&#232;me. Elle indique simplement une autre mani&#232;re d'agencer les propositions. Toute la question est de savoir si cette mani&#232;re de faire est plus performante que les d&#233;finitions usuelles. Et si &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt; elle pose des probl&#232;mes plus difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il ne faut pas se cacher qu'elle en pose : par exemple, que serait une &#233;thique chr&#233;tienne ? Ce qu'en effet la Bible dit, c'est que si l'homme est l'animal &#224; qui &#233;choit de d&#233;finir les autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-10' class='spip_note' rel='appendix' title='Y compris la femme...' id='nh8-10'&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il ne lui appartient pas de se d&#233;finir lui-m&#234;me : l'homme est l'animal qui peut manger de tous les arbres du jardin, sauf de celui de la connaissance du bien et du mal, ce qui sugg&#232;re que le champ de l'&#233;thique, pr&#233;cis&#233;ment, lui est interdit ; la base &#233;thique de la d&#233;finition de l'homme est du domaine divin. Ceci pose incontestablement probl&#232;me au regard de la d&#233;finition de l'&#233;thique ci-dessus propos&#233;e ; il n'est pas s&#251;r que cette difficult&#233; soit insurmontable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constatation d'une similitude &#233;tymologique entre &#233;thique et morale ne saurait nous lier, car l'&#233;tymologie ne suffit pas &#224; tout d&#233;cider dans une langue : les mots ne sont que des outils, et une des conditions de la pens&#233;e droite est que des notions distinctes soient nomm&#233;es par des mots distincts, et qu'inversement des mots distincts nomment toujours des notions distinctes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-11' class='spip_note' rel='appendix' title='C'est notamment l'argumentation de Platon, par exemple dans le (...)' id='nh8-11'&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, s'agissant de la morale et de l'&#233;thique, il demeure qu'en fran&#231;ais nous avons deux mots, et qu'au plan des concepts il y a bel et bien deux choses distinctes. Ne serait-il donc pas possible d'affecter chacun des uns &#224; chacune des autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme reconna&#238;t le plus souvent qu'il n'est pas autoris&#233; &#224; faire tout ce qu'il veut. Il existe un certain nombre de choses qu'il s'interdit ou s'impose. Parmi celles-ci, la plupart sont interdites ou obligatoires en raison d'un dommage qui pourrait en r&#233;sulter pour autrui. Mais il existe un petit groupe d'actions que l'homme s'interdit ou s'impose alors qu'on ne voit gu&#232;re quel tort cela pourrait causer &#224; un autre. Ce que nous proposons, c'est de dire que les premi&#232;res sont dans le champ de la morale, et les secondes dans le champ de l'&#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons par exemple que mon ami me demande de porter ce bijou &#224; cette dame. Je prends le bijou et la garde pour moi. J'ai fait du tort &#224; la dame, qui n'a pas re&#231;u le bijou ; j'ai fait du tort &#224; mon ami, qui saura que la dame n'a pas re&#231;u son cadeau. Il est facile de voir que j'ai mal agi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons maintenant que mon ami me demande de jeter ce bijou &#224; la mer. Je prends le bijou et le garde pour moi. Incontestablement mon action est mauvaise et pourtant mon ami n'a subi aucun dommage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-12' class='spip_note' rel='appendix' title='Une bonne introduction &#224; cette conception de l'&#233;thique se trouve dans les (...)' id='nh8-12'&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait dire (philosophiquement les choses sont moins simplistes, mais cette distinction a une &#233;norme valeur pratique) que la morale concerne ma relation &#224; l'autre, alors que l'&#233;thique concerne ma relation &#224; moi. Naturellement toute position morale repose sur une position &#233;thique : si je ne vole pas (morale), c'est parce que je ne suis pas quelqu'un qui vole (&#233;thique) ; mais l'inverse n'est pas vrai : il existe des positions &#233;thiques qui n'ont aucune cons&#233;quence morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, la peine de mort n'est pas un probl&#232;me moral : rien ne s'oppose en morale &#224; ce que la vie d'un homme soit r&#233;clam&#233;e pour prix de sa faute. La question est purement &#233;thique : L'homme est-il un animal qui peut d&#233;sesp&#233;rer de son semblable au point de lui prendre sa vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est des domaines o&#249; cette distinction entre &#233;thique et morale prend une importance capitale : c'est notamment le cas de la bio&#233;thique. On peut m&#234;me aller plus loin : si la bio&#233;thique appara&#238;t si souvent dans l'impasse, c'est peut-&#234;tre parce qu'elle m&#233;conna&#238;t cette diff&#233;rence fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la question des m&#232;res porteuses ne pose aucun probl&#232;me de morale. Soit une femme qui veut un enfant et ne peut en avoir, et qui rencontre une femme qui peut avoir un enfant et n'en veut pas ; elles se mettent d'accord et, moyennant un d&#233;dommagement, la femme qui peut avoir un enfant le portera pour le remettre &#224; sa naissance &#224; celle qui en veut un. Il s'agit d'un contrat pass&#233; librement entre deux personnes dans un but louable ; la morale n'a rien &#224; redire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-13' class='spip_note' rel='appendix' title='Naturellement le fait d'organiser les choses en faisant plus ou moins fonds (...)' id='nh8-13'&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sur le plan &#233;thique par contre les probl&#232;mes se posent tr&#232;s rapidement : entre autres, que signifie le fait de payer pour un enfant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que la discussion &#233;thique para&#238;t aboutir &#224; des r&#233;sultats pratiques, il faut se montrer particuli&#232;rement prudent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi les manipulations g&#233;n&#233;tiques sur l'humain font l'objet de restrictions s&#233;v&#232;res. Le motif habituellement invoqu&#233; est le risque &#233;cologique. Mais il va de soi que ce qui est utilis&#233; ici s'appelle alors le principe de pr&#233;caution, qui n'a pas tant que cela &#224; voir avec l'&#233;thique. La question r&#233;ellement pos&#233;e est de savoir si l'humain en tant qu'humain est d&#233;fini par son patrimoine g&#233;n&#233;tique d'une mani&#232;re telle qu'il ne puisse y avoir acc&#232;s. Cela pose la question &#233;thique de mani&#232;re radicale et inconfortable, puisqu'on ne voit plus gu&#232;re d&#232;s lors comment justifier les manipulations &#224; but th&#233;rapeutique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me il est interdit d'indemniser le don d'organes. La raison invoqu&#233;e est ici le risque de d&#233;rapage. Ce risque est r&#233;el, et on sait quels abus sont commis dans ce domaine. Mais cette raison rel&#232;ve de la morale, et non de l'&#233;thique. Une bonne mani&#232;re de poser cette question en &#233;thique est de demander si l'homme a le droit de disposer de son corps au point de pouvoir le vendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si la bri&#232;vet&#233; de ce texte interdit d'aller trop loin dans cette voie, on ne prend gu&#232;re de risques en affirmant qu'une des principales caract&#233;ristiques de l'&#233;thique est qu'elle ne sert &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle pourrait &#234;tre alors la vis&#233;e &#233;thique ? On peut essayer de s'en faire une id&#233;e en r&#233;fl&#233;chissant sur des questions qui, peut-&#234;tre, ne sont pas exactement &#233;thiques mais qui posent tout de m&#234;me des probl&#232;mes aga&#231;ants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas de l'&#233;chographie obst&#233;tricale. On ne voit gu&#232;re pourtant ce qu'on pourrait objecter &#224; cette pratique. Ceci cependant : l'&#233;chographie obst&#233;tricale permet de voir l'enfant avant l'accouchement. Depuis qu'on la pratique, il est devenu commun de parler &#224; l'enfant, de le soigner, de l'op&#233;rer. Mais le fait d'&#233;tablir avec cet enfant une relation (concr&#232;te autant que symbolique) aussi forte aboutit &#224; une difficult&#233; : comment peut-on d&#233;sormais d&#233;finir la naissance ? Jusqu'alors l'enfant naissait en sortant du ventre de sa m&#232;re ; peut-on dire de nos jours qu'il n'est pas n&#233;, cet enfant &#224; qui l'on parle ? On sait d'ailleurs qu'il existe des civilisations o&#249; l'enfant n'est r&#233;ellement n&#233; que lorsqu'on lui a donn&#233; son nom ; or nos jeunes couples modernes nomment l'enfant d&#232;s qu'ils en connaissent le sexe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-14' class='spip_note' rel='appendix' title='Remarquons d'ailleurs que c'est dans les m&#234;mes cercles et au nom du m&#234;me (...)' id='nh8-14'&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;... Mais dans la mesure m&#234;me o&#249; on touche &#224; la d&#233;finition de la naissance, on touche, peu gravement peut-&#234;tre mais r&#233;ellement, &#224; la d&#233;finition de l'humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit ainsi ce que peut &#234;tre la vis&#233;e &#233;thique : la question que se pose l'&#233;thique est celle-ci : &#224; quelles conditions puis-je me consid&#233;rer comme un humain au moment o&#249; je me pr&#233;pare &#224; entrer en relation avec l'autre ? Et on voit du m&#234;me coup l'erreur la plus fr&#233;quemment commise quand on pr&#233;tend parler d'&#233;thique : &lt;i&gt;l'&#233;thique ne vise pas ce que je pense de l'autre, mais ce que je pense de moi.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on consent &#224; ce renversement, alors bien des difficult&#233;s s'&#233;vanouissent. La question de l'euthanasie par exemple peut &#234;tre abord&#233;e d'une mani&#232;re totalement diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il arrive souvent au cours des discussions sur l'euthanasie que l'un des intervenants rapporte le cas de tel ou tel patient qui a pos&#233; une demande d'euthanasie en pleine lucidit&#233;, en pleine s&#233;r&#233;nit&#233;. Dans ces conditions le groupe r&#233;pond habituellement de deux mani&#232;res : soit en estimant qu'il ne s'agissait pas r&#233;ellement d'une demande d'euthanasie, soit en faisant observer que le malade &#233;tait certainement bien plus en souffrance qu'il n'y paraissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a &#233;videmment raison de parler ainsi, et devant une demande d'euthanasie le devoir du soignant est de s'acharner &#224; rechercher les signes de souffrance m&#233;connus, et &#224; d&#233;crypter la demande r&#233;elle du malade. Mais il faut remarquer que les r&#233;ponses qui sont ainsi faites &lt;i&gt;sont les r&#233;ponses qui nous arrangent&lt;/i&gt;, celles qui permettent de maintenir &#224; peu de frais le tabou de l'euthanasie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le v&#233;ritable courage est de reconna&#238;tre qu'il existe, m&#234;me si c'est tr&#232;s rare, des demandes d'euthanasie l&#233;gitimes, justifi&#233;es, recevables&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-15' class='spip_note' rel='appendix' title='Avec une r&#233;serve toutefois : l'homme est un animal social, la soci&#233;t&#233; a (...)' id='nh8-15'&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dire autre chose, c'est s'interdire d'entendre le malade, c'est s'&#233;riger en juge de ce qu'il pense r&#233;ellement, ou de ce qu'il a le droit de vouloir. Il faut s'acharner &#224; &#233;couter le malade, &#224; condition toutefois que le projet ne soit pas de l'&#233;couter jusqu'&#224; ce qu'il nous ait dit ce que nous voulions entendre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc des demandes d'euthanasie recevables. Du point de vue de la morale, la chose ne fait aucune difficult&#233;, et rien ne s'oppose &#224; ce qu'on acc&#232;de au d&#233;sir de quelqu'un s'il veut voir ses jours abr&#233;g&#233;s. Le seul probl&#232;me est d'ordre &#233;thique : l'homme est un animal qui ne tue pas son semblable. L'euthanasie est interdite, non pas parce que sa demande est ill&#233;gitime, mais parce que sa r&#233;alisation l'est. Quiconque admet en &#233;thique l'euthanasie admet du m&#234;me coup que l'homme peut d&#233;sesp&#233;rer de son semblable au point de lui prendre sa vie, ce qui l&#233;gitime la peine de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la principale erreur est de croire que l'&#233;thique interroge ma relation &#224; l'autre, alors qu'elle interroge ma relation &#224; moi. Il se pourrait que l'erreur soit inverse en ce qui concerne la dignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LA DIGNIT&#201; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le droit de mourir dans la dignit&#233; appara&#238;t inali&#233;nable. L'un des points les plus tristement comiques dans cette affaire est qu'autour de la notion de dignit&#233; les tenants de l'euthanasie et les militants des soins palliatifs font surench&#232;re de z&#232;le et assaut d'amabilit&#233;s. Alors qu'en fait le malentendu est massif : on a oubli&#233; de dire ce qu'est la dignit&#233;. Il faut dire que la chose n'est pas simple, &#224; en juger par cet article d&#233;j&#224; ancien de l'European Journal of Palliative Care&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href='#nb8-16' class='spip_note' rel='appendix' title='Vol. 5 n&#176; 6, nov.-d&#233;c. 1998.' id='nh8-16'&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; o&#249; un auteur s'essaye &#224; d&#233;finir la dignit&#233; et ne peut parler que de pudeur, de d&#233;cence, de respect, toutes choses qui certes ont &#224; voir avec la dignit&#233; mais n'en sont pas pour autant des synonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la question de la dignit&#233; demande &#224; &#234;tre clarifi&#233;e. Reprenons donc la discussion sur ce point : il est probable en effet que sous ce terme on entend des notions tr&#232;s diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point tout d'abord, qui va renvoyer &#224; la probl&#233;matique pr&#233;c&#233;dente et au combat entre Platon et les sophistes. Il est fr&#233;quent d'entendre dire : &#171; Vous avez votre conception de la dignit&#233;, j'ai la mienne, vous ne pouvez pas m'imposer la v&#244;tre &#187;. Cette mani&#232;re de voir est totalement fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des mots, et il y a des choses. Les mots servent &#224; d&#233;signer des choses. La premi&#232;re n&#233;cessit&#233; pour se parler, c'est de v&#233;rifier que les mots servent &#224; d&#233;signer la m&#234;me chose pour tout le monde. D&#232;s lors il y a deux positions :
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Soit on dit : le mot &#171; dignit&#233; &#187; existe, et chacun a le droit d'y mettre ce qu'il veut : c'est le mot qui cr&#233;e la chose. Il faut donc accepter que les avis sur la dignit&#233; soient divergents : c'est la position des sophistes.
&lt;br /&gt;&lt;img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-32883.gif?1640882328' width='8' height='11' class='puce' alt=&#034;-&#034; /&gt; Soit on dit : la dignit&#233; est une notion qui existe. Avant d'en parler il faut se mettre d'accord sur ce qu'on entend par l&#224;, et s'il s'av&#232;re que sous le nom de dignit&#233; on regroupe des notions diff&#233;rentes, alors il faudra trouver un nom pour chaque notion : le mot est au service de la chose. C'est la position des platoniciens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il est probable que sur ce point c'est Platon qui a raison : si on ne se met pas d'accord sur les mots, on a peu de chance de pouvoir se parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc essayer d'analyser le concept de dignit&#233;. Et on observe que deux opinions s'affrontent : pour l'une la dignit&#233; est une valeur inali&#233;nable de tout &#234;tre humain ; pour l'autre il s'agit d'une notion subjective, dont la personne m&#234;me est seule juge. On retrouve ici, soit dit en passant, notre vieux clivage : les platoniciens diront que la dignit&#233; est une valeur absolue, transcendante, dont l'homme n'a pas la ma&#238;trise, les sophistes penseront au contraire que c'est moi qui juge de ma dignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons tout d'abord que le mot tire son origine du latin. La &lt;i&gt;dignitas&lt;/i&gt; est une notion juridique : il s'agissait d'un titre honorifique qu'on attribuait &#224; certaines personnalit&#233;s. Le fait de recevoir la &lt;i&gt;dignitas&lt;/i&gt; impliquait que les autres modifient leur comportement : on se levait devant le chevalier, on ne parlait pas avant le s&#233;nateur, etc. En d'autres termes l'attribution de la &lt;i&gt;digintas&lt;/i&gt; avait avant tout des effets visibles. C'est cette notion qu'on retrouve dans des formulations comme : &#171; Il a &#233;t&#233; &#233;lev&#233; &#224; la dignit&#233; de commandeur de la L&#233;gion d'Honneur &#187;. C'est &#233;galement cette notion qui permet de dire : il a re&#231;u un cadeau digne de lui ; ou m&#234;me : je n'ai pas de traitement digne de ce nom. A noter que dans ce contexte la notion de dignit&#233; croise celle de bien : un traitement digne de ce nom est un traitement qui correspond &#224; ce qu'il est bon de faire ; le latin d'&#233;glise connaissait la formule &lt;i&gt;dignum et justum est&lt;/i&gt; : cela est bon et juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importe ici c'est le caract&#232;re &lt;i&gt;visible&lt;/i&gt; de la &lt;i&gt;dignitas&lt;/i&gt;. En elle-m&#234;me, la &lt;i&gt;dignitas&lt;/i&gt; ne produit rien ; par contre elle d&#233;clenche une attitude particuli&#232;re de l'entourage, et cette attitude se dit &lt;i&gt;re-spicere&lt;/i&gt; : regarder de mani&#232;re positive et aimante (&lt;i&gt;quia respexit humilitatem ancillae suae&#8230;&lt;/i&gt;) ; &lt;i&gt;re-spicere&lt;/i&gt; donne respect, le respect que m&#233;ritent les personnes respectables ; autrement dit il s'agit de cette consid&#233;ration distingu&#233;e dont on nous assure &#224; la fin des courriers ; ou la consid&#233;ration dont on entoure les personnages consid&#233;rables. La &lt;i&gt;dignitas&lt;/i&gt;, c'est la m&#233;daille : la fonction de la m&#233;daille est de signaler au public que celui qui l'arbore doit &#234;tre trait&#233; avec des &#233;gards particuliers. Bref, la dignit&#233; ne vaut que par la modification qu'elle d&#233;clenche dans le regard de l'autre, et cette modification s'appelle le respect. Ce qui est important dans la dignit&#233;, ce n'est pas la dignit&#233; mais le respect. Il s'ensuit naturellement que ceux qui ne sont pas rev&#234;tus de la &lt;i&gt;dignitas&lt;/i&gt; n'ont pas &#224; &#234;tre respect&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le christianisme qui vient modifier la donne. Et il le fait de mani&#232;re proprement r&#233;volutionnaire : Ce qu'il dit, c'est que la &lt;i&gt;dignitas&lt;/i&gt; n'est pas conf&#233;r&#233;e par un pouvoir terrestre, mais que c'est Dieu qui en est ma&#238;tre. Et que Dieu accorde la &lt;i&gt;dignitas&lt;/i&gt; &#224; tout humain, du fait m&#234;me qu'il est humain. Cela signifie simplement que toute personne humaine a droit au respect, c'est-&#224;-dire &#224; ce regard de consid&#233;ration que r&#233;clame la &lt;i&gt;dignitas&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, comment peut-on entendre les propos diff&#233;rents qui se tiennent au sujet de la dignit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui parlent de la dignit&#233; comme d'un caract&#232;re immanent &#224; l'homme sont dans la position chr&#233;tienne. Ce qui importe c'est le regard de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres, c'est le cas des tenants des soins palliatifs, font valoir au fond que la question de la dignit&#233; n'a pas &#224; &#234;tre pos&#233;e : il n'existe aucune situation o&#249; le sujet n'appelle pas un regard de respect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans qu'ils s'en rendent compte, ceux pour qui la dignit&#233; est laiss&#233;e &#224; l'appr&#233;ciation du sujet disent la m&#234;me chose : que signifie en effet &#171; mourir dans la dignit&#233; &#187; ? Il s'agit tr&#232;s exactement de garder la possibilit&#233; de se conduire de mani&#232;re &#224; susciter dans le regard de l'autre la m&#234;me consid&#233;ration que si on &#233;tait rev&#234;tu de la &lt;i&gt;dignitas&lt;/i&gt; (au demeurant les &#233;pith&#232;tes sont bien ici &#171; noble &#187;, &#171; imp&#233;rial &#187;, &#171; hi&#233;ratique &#187;, etc.). On voit ici que le lieu du jugement est bien ce fameux regard de l'autre : ce que revendiquent les tenants de l'euthanasie, c'est le droit de dire ce qui est digne &#224; leurs yeux. Or la pierre de touche n'est pas la dignit&#233; mais le respect ; comment fera-t-on pour r&#233;genter le regard de l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A leur insu, ce qu'ils disent fonctionne diff&#233;remment : ils disent que s'ils &#233;taient spectateurs de leur situation ce qu'ils verraient ne les conduirait pas &#224; poser sur eux un regard de respect. Ce dont ils parlent c'est de la crainte de la d&#233;ch&#233;ance (et juridiquement on peut bel et bien &#234;tre d&#233;chu d'une &lt;i&gt;dignitas&lt;/i&gt;). Ils disent que certaines situations interdisent de recevoir la &lt;i&gt;dignitas&lt;/i&gt;. Ainsi ils m&#233;connaissent que la question de la dignit&#233; est totalement &#233;trang&#232;re &#224; cette probl&#233;matique : la dignit&#233; n'est que ce qui oriente le regard d'un &lt;i&gt;autre&lt;/i&gt;. Et l'on sait bien d'ailleurs que les situations qui terrorisent les tenants de l'euthanasie renvoient surtout &#224; des fantasmes de d&#233;composition ou de r&#233;gression intellectuelle qui n'ont rien &#224; voir avec la dignit&#233; et qui d'ailleurs ne les emp&#234;cheraient nullement de regarder avec respect l'autre qui en serait victime. Il suffit de demander si &#224; leurs yeux il est possible qu'un homme tombe dans une situation o&#249; il ne m&#233;riterait pas d'&#234;tre regard&#233; avec respect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui suit n'est pas facile &#224; exposer, encore moins &#224; admettre. On peut approcher la question au moyen d'une exp&#233;rience, que chacun a d&#233;j&#224; faite, mais qui a toute chance d'&#234;tre fondatrice pour la conscience humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons que je me mette &#224; parler ; comme je parle l'autre entend ma voix. Moi aussi j'entends ma voix ; et pourtant, &lt;i&gt;je n'entends pas la m&#234;me chose que lui&lt;/i&gt;. Lui, il entend les vibrations qui sont transmises par l'air &#224; partir de mes cordes vocales. Moi j'entends cela aussi, bien s&#251;r ! mais en plus j'entends les vibrations qui sont transmises par mes cordes vocales &#224; travers ma t&#234;te. Cela fait que le timbre de la voix que j'entends n'est pas celui que l'autre entend. C'est ce qui explique que quand j'entends une conversation au magn&#233;tophone je reconnais instantan&#233;ment sa voix, mais que je ne reconnais pas la mienne, et que quand je la reconnais je ne l'aime pas. A lors on dit : c'est le magn&#233;tophone qui marche mal ; mais c'est faux : sa voix &#224; lui n'est pas d&#233;form&#233;e, c'est seulement la mienne ! et ma voix au vrai n'est pas d&#233;form&#233;e : simplement je n'ai pas l'habitude de l'entendre. &lt;i&gt;L'autre entend ma voix alors que moi je ne l'entends pas&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la m&#234;me fa&#231;on, je ne vois jamais mon visage. Le miroir ne me renvoie qu'une image sym&#233;trique, et ce n'est pas la m&#234;me. C'est ce qui fait que sur la photographie je reconnais instantan&#233;ment le visage de l'autre, mais que le mien a toujours &#224; mes propres yeux quelque chose d'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrais multiplier les exemples ; peu importe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci n'est d'ailleurs pas seulement n&#233;gatif : c'est ce qui fait que j'ai une &lt;i&gt;identit&#233;&lt;/i&gt;. Tout l'univers en effet est accessible &#224; mes yeux ; pour les &#233;toiles il y faut le t&#233;lescope, pour les microbes le microscope, mais enfin, au moins symboliquement, je peux tout voir. &lt;i&gt;Tout sauf une petite partie : moi&lt;/i&gt;. Moi, par d&#233;finition, c'est le point aveugle, c'est cette partie de l'univers qui me sera &#224; tout jamais inaccessible parce que, quoi que je fasse, elle sera toujours &lt;i&gt;derri&#232;re mes yeux&lt;/i&gt;. De ce point de vue (de ce seul point de vue, naturellement !) je suis, et je ne suis, que ce qui pour moi ne peut faire l'objet d'aucune connaissance : je ne connais que l'autre, et seul l'autre me conna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit un certain nombre d'&#233;vidences qu'il faut cependant m&#233;diter. Par exemple la mani&#232;re dont je me coiffe n'a pour moi aucun int&#233;r&#234;t : je ne vois pas mes propres cheveux. Si je me coiffe, c'est en raison de l'autre : ce qui m'int&#233;resse c'est le regard de l'autre et ce que je vais lire dedans. Les soins de l'apparence ext&#233;rieure en g&#233;n&#233;ral n'ont de raison d'&#234;tre que dans la mesure o&#249; l'autre les voit. Autrement dit, je ne me coiffe que pour &lt;i&gt;plaire&lt;/i&gt;. Il en est qui pr&#233;tendent se coiffer ou s'habiller simplement parce que cela leur pla&#238;t, et qu'ils n'ont que faire du regard de l'autre. Mais c'est &#233;videmment faux, le &lt;i&gt;look&lt;/i&gt; qu'ils se sont choisi est de toute mani&#232;re fait pour &lt;i&gt;&#234;tre vu&lt;/i&gt;, m&#234;me si ce qui doit &#234;tre vu n'est que le d&#233;sir de braver le regard de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est seulement de cette mani&#232;re qu'on peut aborder la question de la dignit&#233;. La dignit&#233; n'est pas une valeur en soi, c'est au contraire toujours une fonction du regard de l'autre. On n'est pas &lt;i&gt;digne&lt;/i&gt; : on est &lt;i&gt;digne de quelque chose&lt;/i&gt;, ou on est &lt;i&gt;digne dans son comportement devant les autres&lt;/i&gt;. Cela signifie que c'est toujours &lt;i&gt;l'autre&lt;/i&gt; qui est juge de ma propre dignit&#233;. L'&#234;tre se donne au monde par cette partie de lui qui &#233;chappe, pr&#233;cis&#233;ment, &#224; sa propre connaissance, ce qui fait qu'il ne peut savoir et encore moins juger de ce qu'il est pour l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi le mot de dignit&#233; n'a aucun sens en dehors d'une relation. Qu'en serait-il, au demeurant, de la dignit&#233; d'un homme seul, d'un homme que personne ne verrait ? Peut-on penser la dignit&#233; en dehors d'un regard ? Qui est seul n'a par d&#233;finition de comptes &#224; rendre &#224; personne, et s'il se prend &#224; se poser la question de sa dignit&#233; c'est toujours sous la forme : &#171; Et si quelqu'un me voyait ? &#187;. Cela ne veut pas dire que je ne peux absolument pas en juger pour moi-m&#234;me : les humains s'accordent sur une conception de la dignit&#233;, et je sais &#224; quelles conditions l'autre est digne ou ne l'est pas. Mais quand j'extrapole de la dignit&#233; que j'accorde &#224; l'autre &#224; celle que je m'accorde &#224; moi-m&#234;me, je prends un risque : il demeure qu'en son fond la question de &lt;i&gt;ma&lt;/i&gt; dignit&#233; est du ressort de &lt;i&gt;celui qui me regarde&lt;/i&gt;. J'ai donc le droit de mourir dans la dignit&#233;, mais je ne suis pas libre de dire ce qu'est ma dignit&#233;. Il est surprenant de constater que la revendication de l'euthanasie na&#238;t dans des milieux socialisants, qui affirment haut et fort leur attachement &#224; la solidarit&#233;. Or on vient de d&#233;montrer que cette conception aberrante de la dignit&#233; repose sur un d&#233;ni du lien social, seul habilit&#233; &#224; dire ce qui est digne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'euthanasie est tout enti&#232;re prise dans la perspective d'une &lt;i&gt;relation&lt;/i&gt;. C'est ce qui permet de comprendre l'id&#233;e tenace que l'euthanasie serait un geste compliqu&#233;. Les films hollandais en particulier montrent des proc&#233;dures extr&#234;mement complexes, avec recours &#224; des drogues d'acc&#232;s limit&#233; comme les curares, alors qu'il y a infiniment plus simple, et que l'aspirine &#224; dose convenable rend les m&#234;mes services. L'art de mourir n'est pas si difficile &#224; apprendre, et on est en droit de demander &#224; qui veut le pratiquer de se renseigner au moins autant qu'il le fait pour acheter sa voiture. Pourquoi faut-il donc que l'euthanasie soit un geste compliqu&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de r&#233;pondre &#224; cette question. Tout ce qu'on peut affirmer c'est que le r&#233;sultat de cette complication est que le recours &#224; un autre est ainsi rendu indispensable. L'euthanasie est maquill&#233;e en geste technique exigeant une comp&#233;tence et imposant la pr&#233;sence du m&#233;decin. Il faudra r&#233;fl&#233;chir &#224; cette curieuse inversion des donn&#233;es : ainsi donc, je suis le seul ma&#238;tre de ma vie, et je suis le seul ma&#238;tre de ma dignit&#233; ; mais pour ma mort j'aurais besoin de l'autre. Ma vie m'appartient, mais pas ma mort. &#201;trange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette incompr&#233;hension de la question de la dignit&#233; &#233;clate au grand jour dans le refus de la solution du sommeil induit : si l'alt&#233;ration physique ou mentale est telle que le sujet l'estime incompatible avec sa dignit&#233;, on peut le faire dormir. Pourtant cette solution est refus&#233;e par les tenants de l'euthanasie, au motif que la dignit&#233; de la personne n'y trouve pas son compte. Mais que veut dire cela ? Le probl&#232;me du patient est r&#233;gl&#233;, puisqu'il ne se rend plus compte de rien ; il peut bien se d&#233;grader, se couvrir de plaies malodorantes, devenir incontinent, il n'en sait rien. Ce qui g&#234;ne, pr&#233;cis&#233;ment, c'est qu'il reste le regard de &lt;i&gt;l'autre&lt;/i&gt; ; C'est celui qui assiste &#224; cette fin &#233;prouvante qui juge que ce n'est pas digne. Mais en disant cela on avoue, pr&#233;cis&#233;ment, que c'est le regard de l'autre qui est la pierre de touche de la dignit&#233;. Il s'ensuit que l'homme n'est pas juge de sa propre dignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condamnation la plus implacable de l'euthanasie a sans doute &#233;t&#233; prononc&#233;e par le s&#233;nateur Caillavet. Ce dernier racontait la mort de son p&#232;re, qui a fait venir ses enfants pour leur demander : &#171; Pensez-vous que le moment est venu ? &#187;. Et les enfants ont r&#233;pondu : &#171; Oui &#187; ; alors ils l'ont tu&#233;. Une th&#233;orie qui pousse un p&#232;re &#224; demander &#224; ses enfants : &#171; Suis-je bon &#224; tuer ? &#187; et qui pousse ses enfants &#224; r&#233;pondre : &#171; Oui. &#187; est une monstruosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En bref... :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aboutit ainsi &#224; une conclusion inattendue. L'erreur commise quand on parle de l'&#233;thique est de croire qu'elle interroge ma relation &#224; l'autre, alors qu'elle interroge ma relation &#224; moi. L'erreur commise quand on parle de dignit&#233; est de croire qu'elle interroge ma relation &#224; moi, alors qu'elle interroge ma relation &#224; l'autre. Quiconque accepte de renverser cette double perspective verra s'effacer bien des complications...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id='nb8-1'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-1' class='spip_note' title='Notes 8-1' rev='appendix'&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La question de la spiritualit&#233; ne sera pas envisag&#233;e ici. On trouvera des &#233;l&#233;ments particuli&#232;rement d&#233;vastateurs dans M. L&#233;gaut, L'homme &#224; la recherche de son humanit&#233;, Aubier, 1971.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8-2'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-2' class='spip_note' title='Notes 8-2' rev='appendix'&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est par exemple la position de P. Verspieren.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8-3'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-3' class='spip_note' title='Notes 8-3' rev='appendix'&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;N'&#233;tant absolument pas hell&#233;nisant, c'est sous touts r&#233;serves que je donne ces indications de seconde main.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8-4'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-4' class='spip_note' title='Notes 8-4' rev='appendix'&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Non-sens auquel s'ajoute une terrible faute strat&#233;gique : car cela revient &#224; dire que s'il y avait des races dans l'esp&#232;ce humaine, alors le racisme ne serait pas absurde, ce qui est exactement le contraire de ce qu'on voulait affirmer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8-5'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-5' class='spip_note' title='Notes 8-5' rev='appendix'&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rappelons ce qu'est une esp&#232;ce : c'est simplement l'ensemble des animaux qui peuvent donner naissance &#224; des descendants f&#233;conds.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8-6'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-6' class='spip_note' title='Notes 8-6' rev='appendix'&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est savoureux d'entendre d&#233;nier cette &#233;vidence par des hommes qui sont parmi les plus performants pour distinguer d'un seul coup d'&#339;il un Canaque d'un M&#233;rina.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8-7'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-7' class='spip_note' title='Notes 8-7' rev='appendix'&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Par exemple on ne voit gu&#232;re pour quelles raisons physiologiques les Blancs nageraient plus vite que les Noirs ; mais peut-&#234;tre y en a-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8-8'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-8' class='spip_note' title='Notes 8-8' rev='appendix'&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si l'argument &#233;tait scientifique alors on serait dans le registre du vrai ou du faux, ce qui n'a pas de rapport (r&#233;serve faite que la recherche de la v&#233;rit&#233; n'est pas &#233;thiquement neutre) avec le questionnement &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8-9'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-9' class='spip_note' title='Notes 8-9' rev='appendix'&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gen&#232;se II, 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8-10'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-10' class='spip_note' title='Notes 8-10' rev='appendix'&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Y compris la femme...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8-11'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-11' class='spip_note' title='Notes 8-11' rev='appendix'&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est notamment l'argumentation de Platon, par exemple dans le &lt;i&gt;Sophiste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8-12'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-12' class='spip_note' title='Notes 8-12' rev='appendix'&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Une bonne introduction &#224; cette conception de l'&#233;thique se trouve dans les films d'A. Tarkovski, notamment &lt;i&gt;Nostalghia&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Stalker&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Andre&#239; Roublev&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8-13'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-13' class='spip_note' title='Notes 8-13' rev='appendix'&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Naturellement le fait d'organiser les choses en faisant plus ou moins fonds sur la d&#233;tresse des gens poserait rapidement un probl&#232;me de morale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8-14'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-14' class='spip_note' title='Notes 8-14' rev='appendix'&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Remarquons d'ailleurs que c'est dans les m&#234;mes cercles et au nom du m&#234;me raisonnement qu'on revendique le droit &#224; l'avortement et qu'on use et abuse de l'&#233;chographie ; merveilleuse coh&#233;rence de l'esprit occidental.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8-15'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-15' class='spip_note' title='Notes 8-15' rev='appendix'&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Avec une r&#233;serve toutefois : l'homme est un animal social, la soci&#233;t&#233; a investi dans ma vie, je lui dois des comptes, et il n'est pas &#233;vident que l'homme soit ma&#238;tre de sa vie au point de pouvoir y mettre un terme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id='nb8-16'&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href='#nh8-16' class='spip_note' title='Notes 8-16' rev='appendix'&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vol. 5 n&#176; 6, nov.-d&#233;c. 1998.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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