PLAIDOYER POUR LES EHPAD - commentairesEHPAD ET "CONSENTEMENT"2021-10-08T06:50:15Zhttp://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article135#comment171162021-10-08T06:50:15Z<p>Bonsoir, Claire.</p>
<p>Vous postez ce message à la suite de l'article : « Plaidoyer pour les EHPAD ». J'ai l'impression que vous trouvez que les choses, en somme, ne vont pas si mal que ça. Et c'est bien mon sentiment à moi aussi.</p>
<p>Ce qu'il y a de bien avec la prise en charge du grand âge, c'est qu'on n'en fera jamais assez pour, j'allais dire : nos aînés, oubliant un peu vite que mon tour arrive. On peut donc se plaindre à l'infini, on aura toujours raison.</p>
<p>Mais ceux qui, comme moi, ont vécu la situation de la fin du XXe siècle (et je ne parle pas de ces « asiles de vieillards » que j'ai connus au cours de mes jobs d'été dans les années 1965-70), ceux-là mesurent le chemin parcouru.</p>
<p>Il y a des progrès à faire ? Sans doute. Mais peut-être pas comme on le pense. J'ai bien lu ce qu'on écrit : créer des postes, créer des emplois, c'est créer de la richesse, car c'est créer des salaires, de la consommation, des économies sur le chômage, de nouvelles cotisations sociales, etc. Je sais cela. Mais je sais aussi que c'est d'abord créer de la dépense, c'est créer de la richesse en monnaie de singe, que c'est pas avec ça qu'on va rééquilibrer notre balance commerciale avec la Chine et que l'argent qu'on met là on ne le met pas ailleurs, notamment pas sur les jeunes. Les progrès sont à faire sur la quantité, il y en a aussi à faire sur la qualité.</p>
<p>Et il y a des progrès à faire sur la conception même de la prise en charge des vieilles personnes.</p>
<p>Je n'oublie pas que la génération de résidents qui arrive n'est plus celle que j'ai connue. Moi j'ai pris en charge de vieux paysans nés dans la première moitié du XXe siècle, ce n'étaient pas les mêmes. Mais je garde en mémoire deux histoires :
<br /><img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/squelettes-dist/puce.gif' width="8" height="11" class="puce" alt="-" /> Voici vingt ans à peu près je discutais avec une copine qui dirigeait une maison de retraite publique près de chez moi. Je lui faisais remarquer que tout de même elle n'avait pas grand-chose pour mettre un peu de vie dans ses services. Elle m'a répondu : « Parce que tu crois que si elles étaient toutes seule chez elles devant leur télé elles en auraient davantage ? ».
<br /><img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/squelettes-dist/puce.gif' width="8" height="11" class="puce" alt="-" /> Un peu plus tard, discutant avec le grand Lucien Mias, qui après avoir illuminé le rugby français dans les années 1950, nous a tout appris sur la prise en charge des vieilles personnes, je l'entendais pester contre la manie de convoquer ce qu'il appelait « la cohorte des peutes et des logues », et plaider contre une certaine rusticité de cette prise en charge.<br class="autobr" />
Je ne sais pas où est le vrai dans tout cela. Mais je me demande si nous prenons le bon chemin. Les maisons de retraite dont nous rêvons, ce sont des maisons idéales, faites pour des vieux fantasmés. Il faudrait expliquer cela, mais ce serait terriblement long. Je me bornerai ici à illustrer mon propos en remarquant ce point sur lequel tout le monde est d'accord : il faut que le résident ait sa chambre à lui, personnelle ; oubliant un peu vite que quand on prend la peine de les interroger les vieilles personnes son plus nombreuses qu'on ne pense à préférer une chambre à deux. Où à rappeler les batailles qu'il m'avait fallu mener contre le prestataire repas de ma boîte, qui tenait à me concocter des repas diététiquement parfaites alors que mon problème à moi c'était la dénutrition et que mes vieux ne voulaient pas du maïs et du soja mais du cochon et des patates. Et du pinard. L'animation des maisons de retraite, ça peut être aussi l'affaire de la communauté humaine.</p>
<p>Bref, et sans pour autant verser dans le misérabilisme, je crois qu'il faut réfléchir à ce que nous devons apporter d'essentiel. D'autant qu'il y a de la marge, et vous notez que dans cette maison de retraite pas très bien équipée le service est nettement meilleur que dans d'autres. Un poste d'aide soignante, c'est 2,5 agents, un agent (mal payé) c'est € 30 000 avec les charges, cet qui fait qu'un poste c'est € 75 000. Le reste c'est du baratin. Alors je sais : il suffit de sabrer dans les dividendes boursiers. Comme si l'essentiel de ces dividendes n'allait pas, non point dans la poche des milliardaires, mais dans les caisses qui me paient ma retraite.</p>
<p>Voilà. J'ai déversé ma bile. J'en reviens à la suite de votre propos, l'adaptation de votre mère ne se passe pas très bien.</p>
<p>Difficile de vous répondre :
<br /><img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/squelettes-dist/puce.gif' width="8" height="11" class="puce" alt="-" /> Il faudrait savoir dans quelle mesure elle accepte réellement sa situation. <br /><img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/squelettes-dist/puce.gif' width="8" height="11" class="puce" alt="-" /> Il n'y a sans doute guère de rapport entre cette décompensation psychiatrique et la qualité de la prise en charge.
<br /><img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/squelettes-dist/puce.gif' width="8" height="11" class="puce" alt="-" /> Il faudrait connaître son histoire précise. <br /><img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/squelettes-dist/puce.gif' width="8" height="11" class="puce" alt="-" /> Mais surtout il faut prendre en compte ce paradoxe : le délire est pour le malade mental un moyen d'adapter la réalité. La réalité du monde, il n'est pas en état de l'assumer ; quand cela se produit il s'en fabrique une autre, dans laquelle il est moins mal. Pour cette raison il ne faut pas toujours se presser de lutter contre le délire, qui est un moyen d'adaptation : on pourrait arriver à une situation pire.<br class="autobr" />
C'est pourquoi je ne me presserais pas de dire ce qui au fil du temps va se passer. C'est tout de même plus confortable pour une patiente de se dire que si elle est en maison de retraite c'est par votre faute que d'admettre que c'est parce qu'elle ne peut plus vivre chez elle…</p>
<p>Pour vous, bien sûr, c'est un autre problème. Mais nous pouvons continuer d'en parler.</p>
<p>Bien à vous,</p>
<p>M.C.</p>EHPAD ET "CONSENTEMENT"2021-10-05T10:30:08Zhttp://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article135#comment171102021-10-05T10:30:08Z<p>Je viens de vivre une situation similaire, bien qu'il se soit agi de faire passer ma mère d'une prise ne charge 24h/24 à domicile, à un EPHAD. Je lui en ai fait visiter plusieurs, qui nous ont semblé à toutes deux rebutants. Puis un qui présentait très bien (même si le taux d'encadrement n'était pas meilleur, voire pire que dans les précédents). Et là, un peu aidée par les circonstances -retard de réponse de l'établissement-, je le lui ai fait convoiter, en lui expliquant qu'il n'était pas sûr qu'il veuille d'elle. Pour finir elle y est allée presque contente. Ce qui n'a pas empêché quelques jours après son entrée l'aggravation de ses idées délirantes, sur un mode paranoïaque...</p>EHPAD ET "CONSENTEMENT"2021-09-14T15:02:47Zhttp://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article135#comment170812021-09-14T15:02:47Z<p>Courage !</p>
<p>Bien à vous,</p>
<p>M.C.</p>EHPAD ET "CONSENTEMENT"2021-09-13T14:46:02Zhttp://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article135#comment170792021-09-13T14:46:02Z<p>Bonjour Michel,</p>
<p>Merci beaucoup de votre message qui, comme toujours, dit l'essentiel. La difficulté pour moi n'est pas tant de faire entrer ma mère en Ehpad que de la faire passer d'un premier établissement, où elle est déjà, à un second. Mais comme vous le dites, je n'ai pas d'autre choix que la fermeté : si ce n'est pas ce second Ehpad, ce sera le retour au premier…</p>
<p>Bien cordialement,</p>
<p>Aurélie</p>EHPAD ET "CONSENTEMENT"2021-09-08T20:09:10Zhttp://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article135#comment170672021-09-08T20:09:10Z<p>Bonjour, Aurélie.</p>
<p>Cette situation, hélas, est très classique, et vous vous trouvez dans une impasse réglementaire dont vous savez combien elle m'agace.</p>
<p>Relevons les points essentiels.</p>
<p>Votre mère présente une altération de ses fonctions cognitives. Dans ces conditions elle n'est plus en état de concevoir un projet de vie réaliste. Le problème est que si cela vous permettrait (nécessiterait, même) une mise sous tutelle, la loi dispose que même dans ce cas c'est la personne protégée qui choisit son lieu de vie. Alors que si elle en était capable elle n'aurait aucun besoin de tutelle. La bonne conscience ne coûte décidément pas cher.</p>
<p>Cependant c'est ainsi, et même si je plaide pour une disposition de bon sens qui voudrait qu'on puisse demander à un juge de décider du lieu de résidence d'une vieille personne, vous disposez de trois moyens : <br /><img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/squelettes-dist/puce.gif' width="8" height="11" class="puce" alt="-" /> La première est la curatelle : car le <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006428039/" class="spip_out" rel='nofollow external'>Code Civil 459-2</a> dit tout de même que <i>La personne protégée choisit le lieu de sa résidence. Elle entretient librement des relations personnelles avec tout tiers, parent ou non. Elle a le droit d'être visitée et, le cas échéant, hébergée par ceux-ci. En cas de difficulté, le juge ou le conseil de famille s'il a été constitué statue.</i> La personne est libre sauf quand elle ne l'est pas. Hypocrisie, mais qui vous permet de demander au Juge (le fera-t-il ?) de trancher.
<br /><img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/squelettes-dist/puce.gif' width="8" height="11" class="puce" alt="-" /> La seconde, qui va avec la première, est de faire remarquer que si votre mère est libre de ses choix c'est vous qui gérez les comptes, et que vous n'avez plus les moyens de financer le domicile.
<br /><img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/squelettes-dist/puce.gif' width="8" height="11" class="puce" alt="-" /> La troisième est de faire comme d'habitude, de s'asseoir sur la loi et de décider vous-même.</p>
<p><i>Elle semble à la fois se laisser aller aux soins comme un enfant et les refuser, disant que les soignants la battent, qu'on la persécute et qu'elle veut rentrer chez elle</i>.</p>
<p>Il y a deux erreurs à ne pas commettre : <br /><img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/squelettes-dist/puce.gif' width="8" height="11" class="puce" alt="-" /> Attacher de l'importance à ce type de propos.
<br /><img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/squelettes-dist/puce.gif' width="8" height="11" class="puce" alt="-" /> Ne pas attacher d'importance à ce type de propos.</p>
<p>Ce qui semble évident, c'est que les conditions d'un maintien à domicile ne sont plus réunies. Et je sais bien que tout le monde vante les mérites des alternatives à la maison de retraite, mais, et c'est bien cela que vous touchez du doigt, je ne comprends toujours pas comment on les finance.</p>
<p>En outre vous ne voulez plus assumer cette prise en charge <i>et vous avez bien raison</i>. Car si vous avez un devoir d'assistance envers votre mère ce devoir en percute d'autres, qui sont tout aussi incontournables : devoirs envers votre mari, devoirs envers votre enfant, devoirs envers vous-même. Il n'est jamais permis de se sacrifier, votre obligation n'est pas de prendre votre mère en charge, elle est de créer les conditions pour qu'elle le soit.</p>
<p>Dans ces conditions, le problème est résolu : votre mère va en maison de retraite ; tout simplement parce qu'il n'y a pas d'autre choix.</p>
<p>Mais alors, que va-t-il se passer ?</p>
<p>Le fait que votre mère soit démente ne l'empêche pas d'avoir une vision des choses. Non seulement parce que devenir dément n'est pas devenir idiot, mais ici parce que la démence vasculaire permet souvent de conserver un certain sens des réalités.</p>
<p>Mais… vous ne voudriez tout de même pas qu'elle renonce à toucher les cordes sensibles, n'est-ce pas ? Vous ne voudriez tout de même pas qu'elle accepte de gaieté de cœur de quitter son appartement ? Pourquoi pas, tant que vous y êtes, vouloir qu'elle renonce au petit plaisir de vous reprocher une décision qu'elle sait inéluctable ?</p>
<p>Car les choses se passent ainsi : la vieille personne se bat contre l'évidence. Vient le jour où elle entre en institution, parce que c'est devenu indispensable. Et comme les choses sont bien faites, elle se trouve très bien en institution. Elle s'y trouve d'autant mieux qu'elle peut continuer à clamer que si elle est là ce n'est pas parce qu'elle vieillit mais parce qu'elle a des enfants indignes.</p>
<p>Je ne peux pas vous dire précisément comment il vous faut vous y prendre, car il faudrait pour cela que je connaisse votre mère. Mais il me semble que le mieux est de vous comporter normalement. Vous n'avez pas lieu de lui ressasser qu'elle ne rentrera plus chez elle, mais vous avez tout à perdre à lui mentir sur ce point. Quoi qu'il arrive, quel que soit son état, la seule chose que vous devez préserver c'est la confiance dans votre parole. Elle en dira ce qu'elle en dira, et vous pensez bien qu'elle va jouer avec. Mais il est impératif qu'elle sache que vous ne lui mentez jamais.</p>
<p>Devez-vous lui dire que vous louez l'appartement ? La question se pose, après tout. Je ne suis pas si certain que ce soit nécessaire ; mais je ne suis pas davantage certain qu'il soit utile de lui cacher. Ce qui me semble indispensable c'est que vous vous fassiez confiance, et que vous commenciez à faire montre de fermeté. Votre décision est la bonne, et votre devoir est de l'appliquer.</p>
<p>Et si votre mère ne supporte pas l'institutionnalisation ?</p>
<p>N'oublions pas que dans l'immense majorité des cas tout se passe bien ; soit que la personne finisse plus ou moins vite par convenir qu'en effet c'était la bonne solution, soit qu'elle montre tous les signes d'une parfaite adaptation tout en continuant, on a sa fierté, à prétendre qu'il n'en est rien.</p>
<p>Mais il se produit parfois que la personne ne s'adapte pas. Je le comprends. Dans mes directives anticipées j'ai pris soin d'écrire que si mon état de santé devait faire que mon maintien à domicile impose une charge déraisonnable à mon entourage il faudrait m'institutionnaliser. Mais comme je prévois que la suite ne va pas m'intéresser beaucoup j'ai ajouté que si cela devait arriver il faudrait me considérer comme en soins palliatifs et s'abstenir de tout ce qui pourrait prolonger ma vie.</p>
<p>Je vais donc être très dur : oui, il y a des gens qui ne s'adaptent pas, et chez qui la maison de retraite est une catastrophe. Mais cela ne change rien aux faits : il n'y a pas d'autre solution. Il faut donc considérer ce refus de l'institution pour ce qu'il est : un refus de vivre la suite. Je ne le souhaite pas, et j'ai toujours fait tout ce que je pouvais (sans grand succès) pour persuader les personnes de changer leur regard. Cependant il ne faut pas conclure trop vite à une dépression, ou à un comportement suicidaire : si je dois arriver à un âge où je considérerai que ma vie n'a plus d'intérêt, j'espère bien qu'on saura m'écouter et me laisser libre de mon choix de ne pas m'attarder sur cette planète.</p>
<p>Mais je vous le redis : dans l'immense majorité des cas les choses sont infiniment plus simples, et je persiste à croire que la bonne solution pour vous est de ne pas voua en laisser conter. Le pire qui puisse vous arriver est que votre mère vous en veuille. Ou plutôt qu'elle le dise, car on n'est jamais dupe très longtemps. Si c'est le service que vous devez lui rendre…</p>
<p>Mais nous pouvons en reparler, bien sûr.</p>
<p>Bien à vous,</p>
<p>M.C.</p>EHPAD ET "CONSENTEMENT"2021-09-07T11:39:54Zhttp://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article135#comment170642021-09-07T11:39:54Z<p>Bonjour,</p>
<p>Nous avions échangé en 2018 sur le cas de ma mère dont la démence<br class="autobr" />
vasculaire commençait, sur mon désarroi de l'époque et sur la curatelle<br class="autobr" />
que j'avais obtenue au bout d'un an. Vos conseils et votre expérience<br class="autobr" />
m'avaient beaucoup soutenue, et je reviens vers votre site par le biais de<br class="autobr" />
cette rubrique pour vous demander, ainsi qu'aux autres visiteurs, un avis<br class="autobr" />
sur la situation présente.</p>
<p>Ma mère est restée chez elle depuis 2018 avec des infirmières le matin.<br class="autobr" />
Elle a fait plusieurs chutes lors de l'hiver 2019, dont une<br class="autobr" />
particulièrement grave en février 2020 (fracture de vertèbres). Après<br class="autobr" />
un mois d'hôpital en plein COVID et une cimentoplastie, j'ai suivi les<br class="autobr" />
conseils d'une assistante sociale de la clinique où elle était et essayé de la<br class="autobr" />
faire entrer en soins de suite, mais elle a été refusée partout. Par contre, elle a bénéficié d'un dispositif de l'ARS pour une<br class="autobr" />
place temporaire d'un mois en Ehpad. Comme rien d'autre ne<br class="autobr" />
se présentait, elle y est restée depuis mars. Ce n'est pas merveilleux,<br class="autobr" />
mais c'est au moins un lieu de sécurité. Depuis, elle ne se remet pas<br class="autobr" />
bien de sa chute, marche très peu, est très dépressive. Elle semble à<br class="autobr" />
la fois se laisser aller aux soins comme un enfant et les refuser, disant<br class="autobr" />
que les soignants la battent, qu'on la persécute et qu'elle veut rentrer<br class="autobr" />
chez elle.</p>
<p>Avec l'aide d'une autre assistante sociale de son arrondissement, j'ai<br class="autobr" />
finalement obtenu la promesse d'une place, qui devrait se libérer<br class="autobr" />
bientôt. Nous l'avons visité,<br class="autobr" />
il me semble mieux que l'autre Ehpad, avec un personnel plus à l'écoute.</p>
<p>J'ai réfléchi tout l'été : je ne peux ni ne veux ramener ma mère chez<br class="autobr" />
elle, au 2e étage sans ascenseur. La surveillance constante que cela<br class="autobr" />
demanderait est financièrement impossible et elle déteste<br class="autobr" />
particulièrement toute intrusion. J'ai entrevu dans cette solution qu'elle<br class="autobr" />
demande un esclavage pour moi, qui suis fille unique et vais avoir un<br class="autobr" />
enfant dans quelques mois. Je me prépare donc à vider et louer son<br class="autobr" />
appartement pour financer le séjour en Ehpad à venir. Mais je crains<br class="autobr" />
beaucoup, au moment où on nous appellera pour son transfert, un refus de<br class="autobr" />
sa part (la responsable des admissions m'a demandé de "travailler sur le<br class="autobr" />
consentement" et je ne sais pas comment faire). Qu'en pensez-vous ? Nous<br class="autobr" />
risquons une situation bloquée avec son retour au premier Ehpad, plus<br class="autobr" />
éloigné et très cher, si elle ne veut pas entrer plus définitivement dans le second.</p>
<p>D'autre part, je ne sais pas si je dois lui dire que je m'apprête à louer<br class="autobr" />
son appartement. Cela risque d'aggraver les choses. Merci beaucoup de votre<br class="autobr" />
avis.</p>
<p>Bien cordialement,</p>
<p>Aurélie</p>PLAIDOYER POUR LES EHPAD - ACTUALITES CORONAVIRUS2020-03-18T19:11:58Zhttp://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article135#comment165432020-03-18T19:11:58Z<p>Bonjour, Marina.</p>
<p>Votre message comporte deux parties.</p>
<p>Je ne dirai rien sur le premier. Ce comportement des familles, je le connais, j'en ai souffert, je l'ai haï… jusqu'à ce que, l'âge venant sans doute, je me rende compte que les choses n'étaient pas forcément si simples, que la souffrance et la culpabilité conduisent parfois à des comportements très choquants, que je trouvais un certain plaisir à me dire que je travaillais mieux que les familles… enfin, vous trouverez tout cela dans les forums du site. Aprèsn, les gens odieux, cela existe.</p>
<p>Venons-en aux précautions coronavirus.</p>
<p>Je crois que c'est ingérable.</p>
<p>Bien sûr, si on considère le rapport bénéfice/risque, il est bien plus nuisible qu'utile de compromettre aussi gravement la qualité de vie des vieilles personnes. Ca ne se discute même pas.</p>
<p>Mais… vous imaginez le risque juridique que prendrait une institution qui badinerait avec ces soi-disant règles de sécurité ?</p>
<p>On n'en serait pas là si on avait su établir avec les familles une relation de confiance et de coopération qui permettrait de prendre ce type de décision en commun. Nous avons du chemin à faire, voyez l'incontournable <a href="https://www.amazon.fr/Pour-libert%C3%A9-d%C3%AAtre-Marguerite-M%C3%A9rette/dp/2893819192" class="spip_out" rel='nofollow external'>https://www.amazon.fr/Pour-libert%C3%A9-d%C3%AAtre-Marguerite-M%C3%A9rette/dp/2893819192</a>.</p>
<p>Bien à vous,</p>
<p>M.C.</p>PLAIDOYER POUR LES EHPAD - ACTUALITES CORONAVIRUS2020-03-18T14:29:59Zhttp://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article135#comment165352020-03-18T14:29:59Z<p>Bonjour,</p>
<p>Je cherchais sur votre blog des réflexions sur l'interdiction des visites durant le confinement en EHPAD.<br class="autobr" />
J'étais Auxiliaire de Vie d'une femme, Vivienne*, 94ans, fortunée, qui, étant bien suivie médicalement sur le plan cardiaque, pouvait, moyennant un accompagnement adapté et une adaptation raisonnable du domicile, rester chez elle.<br class="autobr" />
Nous étions 3 à nous succéder à partir du mois de juillet lorsque les premières incontinences ont rendu obligatoire une toilette et un change matin et soir. Les trois fils de Vivienne étaient loin de Paris. Une dégradation des capacités cognitives évoluaient doucement depuis deux ans. Elle avait été signalée à la famille qui n'avait pas souhaité déranger la vieille dame et, encore moins, peut-être, se déranger eux-même à aire des examens. A partir de septembre 2019, la mise en place de l'APA avec un classement GIR 2 a poussé le médecin traitant à faire une ordonnance de toilette, ce qu'il refusait de faire jusques là. J'ignore pourquoi. La famille a appris alors qu'une structure type SSIAD maintenant SPASSAD ferait des toilettes grauites. Nous avons été virées du jour au lendemain. Mais, la structure n'étant pas disponible pour les soirs, et m'étant renseigné sur le code du travail, je me suis réintégrée dans mes horaires de 2018. Vivienne était donc aidée 4 matin sur 7 et 7 soirs sur 7. Ce Spassad mis en place travaille avec énormément de CDD qui se renouvelle à un rythme d'enfer. Ils ne savent jamais quelles Aides soignantes vont se présenter au travail. Il y a donc un turn over impressionnant d'environ une quinzaine de personnes différentes qui, interviennent. Depuis l'automne, les adaptations régulières du domicile ont cessé et Vivienne, qui n'était pas tombée durant l'été, a commencé à chuter. Elle est tombée en s'efforçant de s'habiller seule tôt le matin puisque les AS arrivaient entre 11h et 11h30 pour le change et la toilette. Peu à peu, je l'ai vue s'épuiser. Mes inquiétudes n'ont jamais été entendues.</p>
<p>Une dégradation non identifiée dont elle se relevait quelques jours puis rechutait, les appels fréquents et affolants des AS de l'APSSAD à la famille, ont décidé cette dernière à demander une entrée en EHPAD en urgence. Le mardi 10 mars, la vieille dame assommée qui avait appris la veille le départ de son appartement, était placée. Le lendemain, mercredi 11 mars, le plan bleu annoncé depuis des jours entrait en action et les visites étaient interdites. Il y a toutes les chances que, devant une situation de perte de repères si brutale, devant la souffrance imposée, Vivienne n'ait la sagesse de passer d'une démence débutante et légère à une vraie déconnexion de cette réalité si dure à supporter.</p>
<p>Ma question est la suivante : je comprends la protection nécessaire des personnes vulnérables en EHPAD. Mais, les soignants sortent, leurs enfants vont être pris en charge collectivement ce qui augmentent les risques de contagion. Leurs protections se résument à blouse plus gants plus masques. <br class="autobr" />
C'est certainement plus simple d'interdire toutes les visites pour un directeur d'EHPAD. Mais, qu'en pensent les résidents et les aides soignantes ? Lorsque j'apporte à Vivienne des pâtisseries et des petits mots sur des cartes postales qui lui sont lues (ou pas) lorsque le temps le permet, les AS que je croise à la porte me disent que les résidents s'agitent et leur demandent plus de travail. Ce serait un soulagement que les visites reviennent.</p>
<p>Les familles qui visitent, moi-même, sommes prêts à investir dans un équipement de protection. Les téléphones et conversation via le numérique ne peuvent remplacer un contact pour les personnes qui ont des troubles cognitifs.</p>
<p>Qu'en pensez-vous ?</p>PLAIDOYER POUR LES EHPAD2020-01-05T13:37:08Zhttp://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article135#comment164842020-01-05T13:37:08Z<p>Bonjour, Michel, et merci de ce témoignage.</p>
<p>Oui, les choses ne se passent pas si mal en EHPAD, et rien ne m'horripile comme cet usage immodéré du terme de maltraitance. Non, on n'en fera jamais assez. Ce n'est pas une raison. En son temps, le militantisme d'ALMA, brouillant les repères, a fait du mal, et je tiens qu'il faut réserver le terme de maltraitance aux actes qui relèvent du pénal, ce n'est déjà pas ce qui manque. Sans compter les erreurs de pensée : quand je suis arrivé dans mon premier établissement, les résidents étaient enfermés dans leurs chambres. C'était insupportable, et j'ai imposé qu'ils soient systématiquement conduits en salle. Il m'a fallu quelques années avant de réaliser, un peu tard, que la solution, peut-être, aurait été de leur demander leur avis. On fait de ce genre de sottises.</p>
<p>La surexploitation éhontée des professionnels est un autre problème (et une autre maltraitance, dont on se demande par quel miracle elle n'aurait pas de conséquences sur leur relation aux vieilles personnes. Il a été clairement établi que le meilleur moyen de former de bons tortionnaires est de les torturer.</p>
<p>Mais vous ajoutez autre chose, qui est essentiel :</p>
<p><i>Je ne pense pas que les robots dont certains établissements veulent se doter puissent remplacer un vrai contact humain</i>.</p>
<p>Non, certes : et vous indiquez cette chose simple, qui est que les relations humaines passent par l'humain, et l'humain qui est là ; tout visiteur est un bénévole, il a son rôle à jouer, c'est cela faire société ; ne manque que d'en prendre conscience.</p>
<p><i>Ce que je peux témoigner pour ma part, c'est que ces brèves rencontres ont été les plus beaux cadeaux que j'ai reçus ces jours-ci</i>.</p>
<p>D'où mon aphorisme n° 128 : <i>Qui trop embrasse a tout de même quelques petites compensations</i>. Mais la tendresse est de nos jours un sentiment incongru ; vive l'asepsie.</p>
<p>Bien à vous,</p>
<p>M.C.</p>PLAIDOYER POUR LES EHPAD2020-01-04T18:24:25Zhttp://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article135#comment164792020-01-04T18:24:25Z<p>Merci Michel pour ce lieu d'échanges<br class="autobr" />
Je n'ai guère de commentaire à ajouter, sinon un témoignage.</p>
<p>Comme à mon habitude, je suis allé voir ce 3 janvier un ami qui m'attendait avec impatience à l'ehpad voisin.</p>
<p>J'y ai rencontré à cette occasion une femme venue voir son mari revenu de l'hôpital le 30 décembre où il avait été admis d'urgence pour un second infarctus. Il était suivi depuis 32 ans après un premier infarctus. Âgé de 94 ans, il est à l'ehpad depuis 5 mois. Sa femme, 90 ans, était épuisée malgré les aides à domicile. Elle m'a dit avoir eu des remords d'avoir demandé l'hospitalisation de son mari, d'autant qu'il avait encore toute sa tête... Elle n'a été apaisée que lorsqu'elle l'a entendu dire ces jours-ci à l'aide-soignante "C'est moi qui aie demandé à venir ici". Elle n'a plus l'impression de l'avoir abandonné et elle vient depuis le voir avec le coeur léger.</p>
<p>Par contre, ce même jour, deux autres femmes nonagénaires m'ont étreint avec insistance lorsque je les ai embrassées en leur souhaitant une bonne année. Pour cause : elles n'avaient eu aucune visite en cette période de vacances et de fêtes...</p>
<p>Je ne pense pas que les robots dont certains établissements veulent se doter puissent remplacer un vrai contact humain. Ce que je peux témoigner pour ma part, c'est que ces brèves rencontres ont été les plus beaux cadeaux que j'ai reçus ces jours-ci. Merci Annaé ! Merci Odette !</p>PLAIDOYER POUR LES EHPAD2019-12-23T22:06:26Zhttp://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article135#comment164482019-12-23T22:06:26Z<p>Ah, Foucault, votre message est mon plus beau cadeau de Noël !</p>
<p>Je ne le commenterai pas, parce que vous dites bien mieux que moi « l'important » : ces innombrables, minuscules, immenses « petites choses irrationnelles » qui se produisent gratuitement (et qui ne demandent ni n'attendent aucune « monétisation »). Quoi qu'on en pense et quoi qu'on en dise, ce n'est pas seulement une histoire de riches et de pauvres.</p>
<p>Dans l'EHPAD de ma mère en banlieue parisienne, il y avait une sorte de friche étique de quelques dizaines de m2 appelée « jardin ». Deux aides soignantes et l'homme-à-tout-faire ont décidé d'en faire un vrai jardin. La direction leur a consenti un petit budget, et ils ont bossé comme des dingues, en prenant sur leurs temps de récup et même les jours où ils n'étaient pas de service, pour en faire une petite merveille de verdure précieuse au milieu des immeubles. La direction a suivi sur le modeste dépassement de budget. Je n'affirmerais pas que ça fasse une différence pour les résidents. Mais pour le staff, c'est énorme, et pour les familles, c'est un vrai plus. Ça n'a pas de prix. Pour ma part, je suis heureuse d'y voir la preuve que l'« Homme » résiste encore et toujours.</p>
<p>Encore merci de votre réaction.</p>PLAIDOYER POUR LES EHPAD2019-12-23T16:37:50Zhttp://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article135#comment164462019-12-23T16:37:50Z<p>Bonsoir, et merci de ce message, que je partage entièrement.</p>
<p>On ne se souvient pas de ce qu'était la situation il n'y a même pas quinze ans. Un effort colossal a été produit. Insuffisant ? Sans doute : les besoins sont infinis.</p>
<p>Mais comme dit l'autre, les chiffres sont de droite. Quand on veut créer un poste de soignant il faut recruter 2,5 agents. Le coût annuel de ces embauches, charges comprises, est de € 75 000, et encore, pour un salaire qui ne leur rend pas justice.</p>
<p>Alors je ne dirai que trois choses, car c'est à Dominique de répondre :</p>
<p>1°) : La situation dans les EHPAD laisse à désirer. Pour autant ce n'est pas si mal, je ne supporte pas qu'on parle de « conditions indignes » ; ou si je veux le dire autrement, j'ai reçu plus d'une fois, comme on reçoit une brûlure, l'invective aussi ignoble que péremptoire (oh, ces gens ne se rendent pas compte) selon laquelle l'établissement dans lequel je travaillais était « un mouroir » ; il se trouve que c'était un mouroir dont j'étais fier, un mouroir où je serais volontiers allé mourir. Oui, dans les EHPAD on meurt ; je me suis laissé dire que c'était fait pour ça.</p>
<p>2°) : La notion de productivité n'est pas un gros mot. Dans les EHPAD il n'y a pas énormément de gains de productivité à attendre ; dans les hôpitaux, si. Parler de productivité c'est simplement rappeler que nous travaillons avec un argent qui n'est pas le nôtre, ce qui nous impose l'obligation éthique d'en justifier le moindre centime.</p>
<p>3°) : Nous ferions bien, et je dis cela arrivant à un âge ou je suis plus près que d'autres d'avoir besoin d'une place en EHPAD, de nous poser la question de la rusticité. <br /><img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/squelettes-dist/puce.gif' width="8" height="11" class="puce" alt="-" /> Je n'ai jamais oublié cette amie, gérontopsychiatre dans le Centre, qui m'avait fait visiter son unité de vie ; comme je lui faisais remarquer que ses moyens d'animation étaient largement aussi indigents que ceux dont je disposais, elle m'a répliqué : « Parce que tu crois qu'à part la télé en permanence, s'ils étaient restés chez eux ils en auraient, de l'animation ? ».
<br /><img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/squelettes-dist/puce.gif' width="8" height="11" class="puce" alt="-" /> L'un des pères de la gériatrie institutionnelle, le grand Lucien Mias (à part ça ex-capitaine de l'équipe de France de rugby) m'a souvent répété que la vieille personne n'a pas à être submergée de peutes et de logues (oh, allez faire un tour sur <a href="http://papidoc.chic-cm.fr/" class="spip_out" rel='nofollow external'>http://papidoc.chic-cm.fr/</a> ; ce n'est plus entretenu, mais c'est splendide).
<br /><img src='http://www.michel.cavey-lemoine.net/squelettes-dist/puce.gif' width="8" height="11" class="puce" alt="-" /> Je consens qu'on pense autrement. Mais il ne va pas de soi que les suppléments d'âme soient fournis aux frais de la collectivité. C'est toute notre relation à nos anciens qui est à repenser, et il y a, me semble-t-il, une petite place pour le bénévolat.</p>
<p>Bien à vous,</p>
<p>M.C.</p>PLAIDOYER POUR LES EHPAD2019-12-23T15:17:22Zhttp://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article135#comment164452019-12-23T15:17:22Z<p>Merci Michel d'aborder des sujets difficiles sur votre blog.<br class="autobr" />
Je voudrais remercier aussi Dominique pour son plaidoyer fondé sur son expérience personnelle.<br class="autobr" />
De mon côté, ma mère a vécu 3 ans dans une maison de retraite devenue un Ehpad, un établissement qu'avait trouvé ma soeur à une distance lui permettant d'aller la voir chaque semaine alors que je n'allais la voir qu'une fois par an. Par ailleurs, je vais voir chaque semaine un ami qui vit près de chez moi.</p>
<p>Dans les deux cas (le premier établissement est le fruit d'une initiative associative, le second succède à un hôpital rural intercommunal), la plupart des chambres sont individuelles, équipées de douche privative, d'un lit médicalisé, d'un système d'appel malade, d'un téléphone, d'une prise télévision avec la possibilité d'apporter des petits meubles et objets de décoration. Les plats sont élaborés sur place. Je reste jusqu'au début du dîner et salue la vingtaine de personnes de l'unité de vie. La quasi-totalité des résidents que j'y rencontre trouvent généralement bons les plats servis, même s'ils sont présentés en purée et si on ne peut pas espérer avoir pour deux cents convives la qualité des plats mitonnés à la maison ou dans un bon restaurant.</p>
<p>Les aides-soignants -essentiellement des femmes- sont pour la plupart très respectueux des malades, même lorsqu'ils doivent quelquefois faire preuve d'autorité avec certains malades dont le comportement pourrait perturber les relations avec leurs voisins.</p>
<p>Merci Dominique d'avoir rappelé quelques chiffres. C'est en effet trop facile de tenir des propos "y qu'à, faut qu'on"...). A l'Ehpad près de chez moi dans les Yvelines, le coût du seul hébergement est de 66 €/jour en chambre simple.</p>
<p>Parmi les personnes que je vois, plusieurs n'ont jamais d'autres visites, en particulier parce nonagénaires, elles n'ont plus ni d'amis ni de famille. L'une d'entre elles, ancienne femme de ménage, était célibataire avec un revenu très modeste. Elle vit dans cet établissement avec d'autres depuis son inauguration en 2007... Le système français de protection sociale montre là son efficacité.</p>
<p>Il est compréhensible et humain de réagir à partir de situations particulières. Les diversité des débats organisés après les manifestations des gilets jaunes a été éclairante à ce sujet. Mais comment arbitrer entre tous les besoins collectifs en respectant la dignité due à chaque personne, fusse-t-elle très diminuée ? J'ai connu un jeune homme qui a été hospitalisé, tétraplégique avec des douleurs neurologiques permanentes pendant 21 ans après uns sortie de route. On imagine le coût pour la société...</p>
<p>J'ai l'impression que nous voulons toujours plus de services, mais que ceux-ci sont financés par un déficit budgétaire, c'est-à-dire par une dette croissante que nous allons laisser à nos enfants... On entend une réponse "facile" : "il faut prendre aux riches". Mais c'est une réponse de court terme qui confond la richesse épargnée -qui ne peut être prise qu'une fois- et les flux mensuels de richesse créée à répartir.</p>
<p>Est-on prêts à écouter, sans animosité, les questions de fond ? A rechercher des réponses par le consensus plutôt que par la confrontation violente ? A dépasser nos perceptions immédiates et nos égoïsmes ? A comparer les solutions mises en œuvre dans d'autres pays avec tout ce que cela implique dans le comportement de chacun ? A réfléchir sur ce que nous appelons les droits acquis, c'est-à-dire les nôtres ? Sur la production de ce que nous appelons les richesses -produites et accumulées- et sur leur juste répartition ?</p>
<p>Est-on prêts à dépasser l'analyse rationnelle des économistes qui ne comptabilise que ce qui est monétisé pour évaluer les échanges, considérant de ce fait que le bénévolat ou les actes faits par amour et par pure amitié, gratuitement, n'ont aucune valeur ?</p>
<p>Est-on prêts à promouvoir un autre système social qui intègre rationnel et irrationnel, qui mette la personne au cœur de nos relations ?</p>
<p>Sommes-nous prêts à privilégier l'avenir de nos enfants ; à leur apprendre le respect dû à chaque personne, en particulier à celle qui ne peut pas encore s'exprimer ou à celle qui ne le peut plus ? Pourtant, c'est la seule voie pour qu'ils nous respectent également dans quelques années…</p>