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La confusion mentale

samedi 25 juin 2016 par Michel

La confusion mentale est probablement la situation pathologique la plus mal connue et la plus mal comprise par les professionnels du soin. C’est dommage, parce que c’est aussi l’une des plus fréquentes, surtout chez les vieilles personnes, surtout en fin de vie.

On aura fait sans doute un bon bout du chemin quand on aura acquis deux points essentiels.

QU’EST-CE QUE LA CONFUSION MENTALE ?

Le jeu de mots n’est pas que facile, il est aussi très lourd de sens : ce qui est le plus confus, ce sont les idées sur la question. Or l’enjeu est capital.

En particulier il est habituel de voir parler de confusion dès lors qu’on n’arrive pas à comprendre les propos ou le comportement du malade. Mais ce qui est confus, là, c’est notre perception du malade ; c’est ce qui fait que certains, pour éviter de parler de démence, parlent de « personnes confuses » ce qui fait qu’on n’y comprend plus rien (on fait la même erreur quand on euphémise la démence en parlant de « personnes désorientées » : le problème n’est pas de changer les mots qui désignent la démence, mais de changer le regard que nous portons sur elle. On va plus loin : il est usuel de dire que « la démence est une confusion qui dure », ce qui est sans soute très évocateur mais parfaitement inepte.

La confusion mentale est un dysfonctionnement global du cerveau qui se produit quand on ne place dans de mauvaises conditions de fonctionnement. Deux de ces situations sont connues de tous :
- Quand on chauffe un cerveau, il fonctionne moins bien : la fièvre est une grande cause de confusion mentale ; les œuvres de la comtesse de Ségur fourmillent des descriptions de ces enfants qui « délirent » dans leur fièvre ; ce n’est pas un délire mais une confusion.
- Quand on trempe un cerveau dans l’alcool, il fonctionne moins bien : l’ivresse est une confusion mentale.

C’est sur cette dernière situation, dont j’ai lieu de supposer qu’elle a été vécue par un grand nombre de lecteurs de ce site, qu’il est le plus simple de s’appuyer pour comprendre ce qu’est une confusion mentale. A condition de se rappeler une évidence : si on trempe vraiment beaucoup un cerveau dans l’alcool, il ne fonctionne plus du tout ; nous ne parlons donc ici que d’ivresses légères.

Ce que je peux observer quand je suis légèrement ivre, c’est qu’il se produit un décalage entre ce que je perçois et ce que je ressens ; en d’autres termes les images m’arrivent, les informations sont reçues, mais il se produit un retard entre le moment où je les reçois et celui où je peux les identifier ou les utiliser. Je perds l’automatisme qui fait que l’information est traitée de manière quasi instantanée, il faut que je fasse un effort pour y parvenir. Ainsi je peux marcher, mais, ayant provisoirement perdu toute la machinerie qui fait que dans la vie ordinaire je marche sans y penser et sans aucun effort, il faut que je supplée cette défaillance par un effort de volonté. C’est cela la confusion : ce qui est confus, c’est ma relation au monde. Ajoutons que ma conscience n’est pas abolie : s’il y a une chose que je n’oublie pas quand j’ai bu, c’est que j’ai bu ; et que je dois éviter qu’on s’en aperçoive.

On voit aussi un autre point : cette description est assez voisine de ce qu’on observe dans le rêve, et plus encore de ces instants étranges où, au moment du réveil ou de l’endormissement, les choses et les événements acquièrent une sorte d’étrangeté qui fait que, l’espace d’un instant, on ne sait plus très bien les analyser. C’est que ces moments particuliers sont par nature des périodes où le cerveau s’est de lui-même placé dans des conditions de fonctionnement qui seraient inadéquates dans la vie ordinaire. Cela suffit à expliquer pourquoi les syndromes confusionnels sont défavorablement influencés par la nuit ou l’obscurité.

LA CONFUSION MENTALE EST UN TROUBLE ORGANIQUE :

Redisons-le : le malade fait une confusion mentale quand son cerveau est placé dans de mauvaises conditions de fonctionnement.

Il est certain qu’une détresse psychologique extrême, une anxiété majeure, une dépression intense, ou même simplement (si on ose dire) l’approche de la mort peuvent, notamment par le biais de sécrétions de neuromédiateurs dont on imagine sans peine le mécanisme et l’influence, réaliser ces mauvaises conditions de fonctionnement. Il existe donc, et en grand nombre, des confusions mentales psychogènes, et la confusion fait partie du tableau habituel en toute fin de vie.

Il n’en reste pas moins que la confusion mentale est avant tout une pathologie organique. L’erreur la plus usuellement commise est de méconnaître ce point essentiel. Ceux qui sen rendent coupables sont victimes d’une erreur d’analyse : c’est que les symptômes de la confusion sont pratiquement tous des symptômes psychiques, ce qui pousse à s’imaginer que les causes en sont majoritairement psychogènes. Cette erreur est d’autant plus facile à commettre que :
- Quand on se met à penser n’importe quoi, on ne pense pas n’importe quoi. Comme dans le rêve, les pensées qui viennent dans un cerveau en difficulté ont toujours un rapport p lus ou moins étroit avec le vécu de la personne, et notamment avec ses désirs, ce qui permet de se livrer à peu de frais à une foule d’interprétations pertinentes. Ces interprétations, il faut les faire, bien sûr ; mais condition de ne pas méconnaître que le problème n’est pas là. En d’autres termes quand j’ai bu je dis surtout des choses que je n’avais pas prévu de dire : in vino veritas. C’était tout le problème, dans un domaine différent, de l’antipsychiatrie : le sujet qui délire dit quelque chose, et ce quelque chose doit être écouté ; l’inconvénient était qu’à laisser prospérer le délire on courait le risque de le voir s’approfondir et se pérenniser ; mais l’idée était bonne.
- Les choses sont donc nécessairement mélangées : quand un sujet entre en confusion il y a toujours une situation multifactorielle, où les facteurs psychogènes viennent interférer sur d’autres facteurs qui, eux, ne le sont pas.

C’est ainsi, par exemple, qu’on se trompe lourdement quand, chez le sujet âgé, on confond démence et confusion : le malade qui présente une confusion mentale à la suite d’une anesthésie n’est pas dément pour autant, et le malade qui a déclenché une démence à la suite d’une anesthésie est un mythe. Mais… quand, six mois après l’incident, on réalise un bilan cognitif chez le malade, on s’aperçoit une bonne fois sur deux qu’il y avait une démence préexistante : la confusion n’est pas une démence, mais elle est plus fréquente chez le dément. De la même manière en fin de vie les facteurs psychogènes sont omniprésents ; mais en tirer prétexte pour oublier que les déclencheurs sont majoritairement organiques relève de la faute professionnelle.

Je me souviens de cette malade, jeune, qui se mourait à domicile d’un cancer de l’utérus. Elle présentait un état confusionnel typique au cours duquel elle évoquait une sensation étrange, non pas douloureuse, de tension dans le ventre, et de quelque chose qui voulait sortir. Nous avons vite compris qu’elle évoquait, dans ces derniers jours de sa vie, quelque chose qui était de l’ordre de l’accouchement, de quelque chose qu’elle devait, avant de mourir, mettre au jour. Et nous avions raison. Mais quand on a évacué son fécalome elle s’est trouvée beaucoup mieux.

Il est éthiquement inacceptable de voir, en fin de vie, des malades confus pour lesquels on renonce à toute investigations au motif que c’est sûrement psychogène, et que d’ailleurs c’est mieux comme ça pour lui, qu’il ne se rende pas trop compte. Et voici le malade dûment sédaté, alors qu’en normalisant son taux de calcium on réglait le problème. Quelle importance, si on est à une semaine de son décès ? Une semaine de la vie d’un autre, moi, ça m’importe.

DESCRIPTION CLINIQUE DE LA CONFUSION MENTALE :

Le but n’est pas ici de faire une étude complète, mais simplement de souligner les points essentiels.

Avent d’entrer dans les détails de la sémiologie, il faut pointer l’importance des caractères évolutifs du trouble. La confusion mentale s’installe rapidement, voire brutalement. Et les signes et symptômes ont la particularité déroutante de fluctuer considérablement, notamment en fonction de facteurs environnementaux : c’est le cas surtout de l’obscurité, de la nuit ou tout simplement du soir, qui viennent aggraver le trouble (au point que la première mesure à prendre est de laisser le malade dans la lumière) ; c’est le cas de la présence de personnes autour du patient ; c’est le cas enfin (mais on pourrait continuer longtemps cette énumération) de tout ce qui ressemble à un enfermement, ce pourquoi il faut laisser les portes ouvertes, ce pourquoi aussi les contentions (parfois cependant inévitables), sont la dernière chose à faire.

- Il y a un trouble de la vigilance. Ce trouble est généralement peu important, se limitant à une difficulté de concentration. Mais il peut aussi être plus intense, allant vers l’obnubilation, la stupeur, éventuellement le coma. La première difficulté est là : le trouble de la vigilance fait partie du tableau habituel de la confusion mentale, et il n’y a pas lieu de lui accorder une valeur péjorative ; mais parmi les affections qui vont engendrer un état confusionnel il y en a qui sont susceptibles de déclencher par elles-mêmes un trouble de la vigilance qui, relativement à cette cause, est un signe d’une extrême gravité. Ici encore il faut penser à l’exemple de l’ivresse : le trouble de la concentration en est la première manifestation, et n’a pas de valeur pronostique ; quand on en est au coma éthylique, c’est une autre histoire. Ainsi un trouble de la vigilance est systématique dans la confusion mentale ; mais il devient une urgence si la cause de la confusion est par exemple une encéphalite…
- Il y a un trouble intellectuel qui porte sur la mémoire, le raisonnement, le jugement (rappelons d’un mot la différence : quand je dis que deux et deux font quatre, c’est un raisonnement ; quand je dis que deux et deux font peu de chose, c’est un jugement). Ceci entraîne un trouble du cours de la pensée, avec des propos incohérents ou inadaptés, une fuite des idées.
- Il y a, de manière quasi systématique, une désorientation temporo-spatiale : le sujet ne sait plus où il est, ni quand il est. Ici aussi, rappelons que la désorientation ne concerne que les notions de temps et d’espace ; quand on dit des déments que ce sont « des personnes désorientées », on mélange le fait qu’ils ne savent plus où ils sont (ce qui est vrai) avec le fait qu’ils ne savent plus où ils en sont (ce qui tout de même est un autre problème).
- Il y a souvent un trouble de la perception qui peut entraîner des illusions (le sujet voit un objet qui existe mais ne sait pas interpréter correctement ce qu’il voit), ou plus rarement des hallucinations (le sujet voit un objet qui n’existe pas).
On observe enfin les conséquences de ce qui précède :
- Perte du contrôle de soi, surtout au plan émotionnel : les débordements affectifs de l’ivrogne (ou du hooligan) suffisent à en témoigner.
- Agitation.
- Et surtout, ce signe très fidèle, qu’on trouve toujours si on se donne la peine de le chercher, qu’on nomme la perplexité anxieuse, qui traduit le fait que le sujet reste conscient que quelque chose ne va pas.

Le diagnostic n’est pas toujours simple, notamment :
- Parce que les troubles sont fluctuants, ce qui fait que le sujet peut paraître normal ; c’est dire l’importance de l’interrogatoire de l’entourage.
- Parce que, quand le sujet est vraiment très confus il est difficile à interroger.
- Mais aussi parce que la confusion mentale a une cause, que cette cause a sa propre sémiologie, qui vient interférer avec les signes de la confusion proprement dite ; il suffit de songer au cas de la confusion mentale liée à un accident vasculaire cérébral : ce dernier peut occasionner ses propres troubles de la conscience, il peut avoir créé une aphasie, des troubles sensitifs, voire (même si c’est plus rare) sensoriels, etc. Autant dire que pour parvenir à diagnostiquer une confusion mentale chez le dément évolué, il faut une solide rigueur méthodologique. Ou, ce qui est plus simple et plus sûr, y penser systématiquement.

C’est une urgence parce que :
- La confusion mentale peut être la seule manifestation évidente d’une pathologie aiguë qui présente ses propres dangers.
- Le malade confus peut, dans son agitation, se mettre en danger.
- La confusion, si on la laisse s’installer, risque d’évoluer pour son propre compte et s’auto-entretenir, de sorte que le retour à la normale peut être très long, voire ne jamais se produire.

LES PRINCIPALES CAUSES DE CONFUSION MENTALE :

Il ne s’agit pas davantage ici de dresser une liste exhaustive, mais de proposer une simple check-list.
- Les médicaments : C’est une cause majeure chez le sujet âgé. Quels médicaments ? Tous ; certains plus que les autres, certes ; mais il est obligatoire, face à un malade confus, de commencer par regarder l’ordonnance, et de repérer les médicaments nouvellement introduits ; ou récemment supprimés. Sans oublier l’automédication, et le déremboursement des médicaments a mis en vente libre des produits particulièrement puissants et dangereux.
- Les autres toxiques : l’alcool, bien sûr, mais aussi les diverses drogues, l’oxyde de carbone…
- Tous les grands désordres biologiques, qu’il s’agisse des hypoglycémies, des déshydratations, des troubles du calcium, etc.
- Toutes les pathologies d’organe (poumon, cœur, foie, rein), qu’il s’agisse de défaillances fonctionnelles ou de pathologies aiguës (infarctus, embolie, trouble du rythme…).
- Les troubles endocriniens (thyroïde, surrénale…).
- Toutes les infections (respiratoires, rénales, méningées…).
- La fièvre en elle-même.
- Tous les inconforts d’une manière générale, surtout chez le dément, et notamment la douleur, mais aussi par exemple le fécalome ; le cas d’école est la rétention d’urine.
- Plus rares, en fin de compte, sont les causes neurologiques. On sait qu’un passage en confusion fait partie des critères diagnostiques de l’épilepsie ; on a déjà parlé des méningites ; bien entendu une confusion peut accompagner un accident vasculaire cérébral, un hématome, un traumatisme, une tumeur.

La confusion post-anesthésique s’explique par l’addition de plusieurs facteurs :
- L’effet propre des anesthésiques : n’oublions pas que le principe même de l’anesthésie est de réaliser une intoxication.
- La douleur, l’immobilisation.
- L’incapacité à analyser correctement la situation : comme on l’a vu plus haut, la confusion post-anesthésique n’induit pas la démence mais bien souvent elle la révèle.

Ce n’est que quand on a fait le tour de toutes ces hypothèses qu’on peut envisager une cause psychogène. Redisons-le : les causes psychogènes sont très fréquentes, mais il est inacceptable d’en tirer argument pour éluder la recherche soigneuse des causes organiques. C’est pour insister sur ce point que je n’exposerai pas ici ces causes psychogènes. Ce serait d’ailleurs mission impossible, tant les situations sont variées. Il suffira d’indiquer que si l’anxiété est un des facteurs déclenchants les plus puissants, il ne faut pas oublier la dépression. Et on comprend aisément la fonction de la confusion, qui en cas de souffrance psychologique majeure joue un rôle protecteur particulièrement efficace.

LE TRAITEMENT DE LA CONFUSION MENTALE :

Pour le dire d’un mot, le traitement de la confusion se résume à celui de sa cause. Ce traitement est une urgence, non seulement parce que cette cause peut présenter ses propres dangers, mais aussi parce qu’il ne faut pas laisser la confusion s’installer.

Pour la confusion en elle-même, il y a peu à faire : notamment il est absurde de prescrire des sédatifs ou, pire, des neuroleptiques qui ne feront qu’aggraver la situation. Je n’ignore pas qu’il y a des absurdités qu’on est parfois acculé à commettre. De même, il est absurde d’imposer au malade confus une contention ; mais on n’a pas toujours le choix…


127 Messages

  • Alzeihmer Le 23 mai à 01:22 , par bedet

    Bonjour. Mon papa à 71 ans. Diagnostiqué Alzheimer en 2012. J ai été étonnée au départ que l on me demande si , il n avait.pas fait une dépression. Depuis cette question, je me.suis.rendue.compte, que les.médecins eux-mêmes n étaient pas.sûr de leur diagnostic. L état de.mon papa s est dégradé. Au départ, il buggait sur les mots et a commencé à begaier, ensuite des oublis et à continuer en faisaient des choses bizarres, genre essuyer la vaisselle avec un chiffon au lieu de prendre l essuie à vaisselle, e tcc..Après quelques mois, visite à l hôpital et le diagnostic est tombé. Il a eu des médicaments à prendre pour l alzeihmer , et le suivi était d environ tous les 6 mois. Aucune prise de sang entre temps, ni d autres examens corporels pour investiguer. Juste scanner pour voir ce qui touche le.cerveau. il y a 1,5 an et demi, on a vu qu’ une artère de la jambe était bouchée. Il a été hospitalisé et opéré .on lui a pris une autre veine et fait déviation pour assurer la circulation. Depuis, le diagnostic de l alzeihmer à un peu changé, on parle de démence vasculaire et de.démence aphasique. Suite à l opération, papa est.devenu agressif, il n était plus gérable. Il.faut.savoir.que depuis quelques mois nous avions de plus en plus de mal à le.comprendre dans les.conversations, il melangeait les choses, et je devais remettre les choses au clair avec lui. parler plus doucement et répéter ce que une personne voulait dire etc..donc après l opération cela a été pire, l agressivité en plus. Il a été hospitalisé et assommé de médicaments, il avait.toujours les fils pour maintenir la cicatrice en place. Il ne savait plus marcher. Ni manger seul. C etait un vrai zombie. Je me suis battue seule, pour qu on diminue les dosages. Personne n avait envie de le.faire. il a par la suite , été en maison de repos pendant 5 mois. J ai decider de.reprendre mon papa et suis allée vivre avec et avec l accord du médecin traitant on a diminué les médicaments. En vivant avec papa, H24, je me.suis rendue compte, qu’ il.comprenait encore.beaucoup de.chose, il ne répondait plus que par oui à mes questions. Le reste devenait.incompréhensible. il s en rendait compte et à fini par cesser d essayer de parler. Par contre, dès que quelque chose n allait pas, il elevait d un coup la voix et était très agité. Je me suis rendue compte que papa avait depuis le début de son opération, de fortes douleurs aux jambes. Aucun medecin, n avait.parlé de.gerer d eventuelles douleurs suite a cette operation. J en ai discuté avec une personne qui avait subi la même operation, cette.personne m a avoué avoir eu.des douleurs pendant.plusieurs mois ! J en ai parlé au medecin traitant, papa a.commencé à prendre des dafalgans et du coup son agitation s est.dissipée et recommencait dès que les.douleurs revenaient. Pareil quand il devait aller aux toilettes. J ai.donc appris à décoder seule quand quelque chose n allait pas. Cela a fonctionné pendant 2 mois environs. Ensuite, il a.recommencé à devenir agressif, par moment, je me suis sentie perdue. Je n arrivais plus à déchiffrer ce qui n allait pas. J ai donc redemande des médicaments au médecin traitant. J ai tenu encore 2 mois. Ensuite papa à été de nouveau hospitalisé pour stabiliser son traitement. Les.dosages donnés par le médecin traitant était soit trop fort ou pas assez. D où l hospitalisation. et là de nouveau la descente aux enfers pour mon papa. On l a de nouveau assommé. Il est arrivé en marchant, il en est sorti en chaise.roulante et plus capable de.marcher seul, et ne savait même plus mettre une tartine seul à la bouche. car a - l hôpital pour aller plus vite on lui donnait. Papa pleurait tous les jours.
    Il est resté 1mois et demi à l hôpital et est.en entré ds un nouveau home. La, nouvelle descente aux enfers. Par manque de personnel, papa.est mobilisé à peine 10 min. Le.matin par deux kinés. Ensuite plus rien jusqu au soir. On ne le met pas aux toilettes du tout. C est une couche d office, il est couché à 17h voir 16h30. Car d Après le.personnel, il est tout rouge aux fesses et fatigué. On ne lui prend plus de douche, mais on lui fait un bain au lit. Mon papa me répond toujours par un oui, quand je lui pose une question sur ce qui le.dérange, je précise que quand je lui pose la mauvaise question, il ne.répond pas ! Le personnel et les résidents confirme tous, qu’ il comprend les.choses.
    il continue à pleurer tous les jours . Je sais qu’ actuellement il ne prend plus de calcium, alors qu’ il avait un grand.déficit. un radiologue m avait dit qu’ il.avait un.goitre lors d un examen. J en ai parlé au médecin qui m à.dit à l.époque qu’ il ne.voyait rien ds la.prise de sang. On ne veut pas.déranger mon papa. J ai vu deux ou trois médecins en quelques mois, aucun ne veulent.faire d examens supplémentaires. Pour eux, on ne fait plus rien vu qu’ il a l.azeihmer. et que son état se degrade. Actuellement il a une injection qui fonctionne au mois de d une molécule qui ressemble au risperdal. Je ne sais plus le nom exact. J ai.fait appel à un autre neurologue qui avait.vu une.fois mon papa avant son entrée au home. Celui ci m à dit qu il etait important de rester.avec cette injection que sur une très courte durée, car cela données des sydromes parkinsoniens , surtout des.raideurs et des douleurs.
    Mon papa à.effectivement.de nombreuses raideurs à.l heure actuelle ainsi que des.douleurs dès que l on le manipule.
    Je reste persuadée que papa n a pas la.maladie d alzeihmer. Papa comprend et.se rend compte de son état. J ai également un souvenir de papa qui se.rappelait d un objet qu’ on lui avait pris.deux mois auparavant. Au début du diagnostic quand j accompagnait papa chez la.neurologue, quand il parlait, il lui disait" quand je veux parler, je veux aller tout droit (il faisait les gestes en même temps !)et je pars à droite.
    Je suis persuadée que c est comme ça que ca se passe pour tout. Quand il marchait encore et qu’ il voulait aller dans une.pièce, il allait dans une, alors que.c était.dans l autre qu’ il.voulait aller ! Donc je suis persuadée que papa à un cerveau qui.comprend.tout ce qui se.dit, écoute et voit.tout ce qui se passe autour de lui, mais que dès qu il veut.commander son cerveau, de faire telle ou telle chose, tout va de travers. Papa est prisonnier de son corps. Je pourrais me.brûler une main ! Je sais.que j ai raison ! Je vois mon papa.tous les jours. Je.le.vois.dans.son.regard, ds le clignement de ses yeux. Ne dit on pas que les.enfants connaissent mieux leurs parents que l inverse. Comment le.prouver ? Je suis seule contre.tous. maintenant je sais aussi qu’ à certains moment de la journée le médicament est plus à un pique et la, le regard de papa est vide...il a beaucoup de mal à se concentrer et entendre ce que je dis, mais en insistant un peu, il revient à lui.
    Je.voudrais.de.votre.part des.conseils et un endroit spécialisé ou on accepterait d investiguer plus encore et qui il ait le.traitement qui lui convient vraiment. Je ne veux plus voir mon papa pleurer ! Je vous remercie infiniment d avoir.pris le.temps de me lire.
    Sa fille.


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    • Alzeihmer Le 24 mai à 09:53 , par Michel

      Bonjour, Corine.

      Je comprends ce que vous expliquez. Mais je ne suis pas sûr de pouvoir vous aider autant que je le voudrais.

      Certes, le diagnostic de maladie d’Alzheimer est souvent posé par facilité. Les médecins le posent parce qu’ils ne connaissent pas bien cette pathologie ; ils le posent aussi parce que cette maladie est de loin la cause la plus fréquente de démence. On vous a posé cette question sur la dépression :
      - Parce qu’une dépression peut prendre l’aspect d’une démence.
      - Parce que la démence est une bonne occasion de déprimer.
      - Mais surtout, je pense, parce qu’il y a des éléments pour dire que la dépression est un facteur favorisant.
      Peu importe : cela ne nous donne aucun moyen d’action.

      Depuis cette question, je me suis rendu compte, que les médecins eux-mêmes n’étaient pas sûrs de leur diagnostic.

      En effet : le diagnostic de démence est purement clinique, et on n’a jamais de preuve ; on a simplement des certitudes plus ou moins fortes.

      Ce que vous racontez ensuite est que votre père avait surtout des troubles du langage. On décrit une maladie appelée syndrome de Mesulan, ou aphasie primaire progressive, qui pourrait correspondre (oh, n’oubliez pas que je parle d’un malade que je n’ai pas vu). Il semble que dans cette maladie les troubles cognitifs soient moins importants (avec l’obstacle du trouble du langage, qui ne permet pas de les explorer si bien que ça). Mais voilà : je n’en ai pas vu beaucoup, mais je reste à penser que ce syndrome n’existe pas vraiment, et que ce n’est qu’une forme un peu particulière de démence de type Alzheimer ; on revient donc à la case départ.

      Notons aussi qu’en 2012 votre père avait moins de 65 ans. C’est tôt pour une démence de type Alzheimer ; d’un autre côté si c’en est une elle est d’évolution lente.

      Aucune prise de sang entre temps, ni d autres examens corporels pour investiguer. Juste scanner pour voir ce qui touche le cerveau.

      Je n’aurais rien proposé d’autre.

      Depuis, le diagnostic de l’Alzheimer à un peu changé, on parle de démence vasculaire et de démence aphasique.

      La démence vasculaire est possible, en effet. Mais c’est sans importance : c’est un réflexe médical un peu pavlovien que de l’évoquer quand un dément a des troubles vasculaires ; non seulement cela ne donne aucun moyen d’action mais il faut se souvenir que la démence de type Alzheimer est aussi fréquente chez le sujet vasculaire que chez celui qui ne l’est pas (s’il en allait autrement on serai acculé à dire que les maladies vasculaires protègent conte la démence de type Alzheimer.

      Suite à l’opération, papa est devenu agressif, il n était plus gérable.

      L’agressivité du dément est toujours réactionnelle ; c’est un mode défensif face à une situation qu’il ne comprend pas ; le cas le plus classique est celui des incivilités : dans la vie courante nous ne prenons pas toujours beaucoup de précautions pour nous parler, parce que le contexte de notre conversation permet à notre interlocuteur de ne pas se tromper sur nos intentions ; le dément, lui, perd cette capacité de décryptage, et ne perçoit que l’incivilité, etc.

      Mais… nous verrons plus bas.

      Il a été hospitalisé et assommé de médicaments. Je me suis battue seule, pour qu’on diminue les dosages.

      Je sais cela. Le problème est que les médecins ne sont pas toujours affûtés pour s’occuper de ce type de malade, et que les conditions de vie dans un service standard permettent rarement une prise en charge adaptée ; les sédatifs, ça aide.

      En vivant avec papa, H24, je me suis rendu compte qu’il comprenait encore beaucoup de choses,

      Bien sûr ! La démence n’est pas uniforme, et il persiste longtemps de grandes plaques où la pensée est encore très performante ; d’où la difficulté. Ce qui fait le danger c’est l’incapacité de faire face à l’imprévu.

      Par contre, dès que quelque chose n allait pas, il élevait d un coup la voix et était très agité. Je me suis rendu compte que papa avait depuis le début de son opération, de fortes douleurs aux jambes.

      Ce n’est pas très fréquent en post-opératoire ; mais vous avez parfaitement compris, et chez le dément l’agitation est un signe très fidèle de douleur.

      Ensuite, il a recommencé à devenir agressif, par moment, je me suis sentie perdue. Je n arrivais plus à déchiffrer ce qui n allait pas. J ai donc redemande des médicaments au médecin traitant. J ai tenu encore 2 mois.

      C’est tout le problème : on ne comprend pas toujours. Et vous risquez de vous épuiser.

      La suite de votre récit est malheureusement assez classique, et c’est la raison pour laquelle on n’aime pas hospitaliser ces malades. Ne soyez pas trop dure toutefois : je ne compte plus les situations où j’ai vu des malades arriver sur les deux jambes et repartir en chaise roulante sans que j’y puisse rien. C’est terriblement culpabilisant et désespérant.

      Je sais qu’actuellement il ne prend plus de calcium, alors qu’il avait un grand déficit.

      J’ai toujours pensé que le plus souvent le calcium avait plus d’inconvénients que d’avantages. Je n’en ai pratiquement jamais prescrit.

      Un radiologue m’avait dit qu’il avait un goitre lors d un examen. J’en ai parlé au médecin qui m’a dit à l’époque qu’il ne voyait rien dans la prise de sang.

      C’est donc un goitre qu’il faut laisser tranquille.

      On ne veut pas déranger mon papa. J’ai vu deux ou trois médecins en quelques mois, aucun ne veut faire d’examens supplémentaires.

      Pour eux, on ne fait plus rien vu qu’il a l’Alzheimer et que son état se dégrade.

      Il faut distinguer trois choses :
      - Je n’aurais pour ma part aucun examen à proposer.
      - L’Alzheimer n’est pas en soi une raison de limiter les soins.
      - Mais il rend les choses plus compliquées et plus aléatoires.

      Vous décrivez ensuite un traitement par neuroleptique retard. C’est effectivement très dommage, mais a-t-on un autre choix ? Pas toujours, hélas.

      Je reste persuadée que papa n’a pas la maladie d’Alzheimer. Papa comprend et se rend compte de son état.

      Je voudrais de tout cœur pouvoir vous soutenir dans cette conviction. Malheureusement, et si je m’en tiens à votre propre description, la démence reste la seule hypothèse plausible ; les seules choses en débat sont de savoir si le mécanisme est dégénératif ou vasculaire, si le syndrome de Mesulan existe en soi, s’il y a une dépression surajoutée, et si les traitements peuvent être allégés ou suspendus.

      Ce qui vous trompe c’est l’idée fausse que vous vous faites de la démence ; longtemps les déments savent parfaitement que quelque chose ne va pas ; et longtemps ils conservent d’immenses plages de savoir et de mémoire.

      Donc je suis persuadée que papa à un cerveau qui comprend tout ce qui se dit, écoute et voit tout ce qui se passe autour de lui, mais que dès qu’il veut commander son cerveau, de faire telle ou telle chose, tout va de travers.

      C’est exactement cela (enfin, sur le mot « comprendre », je serais un peu plus réservé ; mais passons). Mais je ne comprends pas le lien avec ce qui suit :

      Papa est prisonnier de son corps.

      S’il est prisonnier de quelque chose, c’est de son cerveau.

      je sais aussi qu’à certains moments de la journée le médicament est plus à un pic et là, le regard de papa est vide... il a beaucoup de mal à se concentrer et entendre ce que je dis, mais en insistant un peu, il revient à lui.

      C’est ce que tous les accompagnants savent bien. J’aurais cependant une petite réserve, mais qui tient au fait que je ne connais pas le détail du traitement. Si votre père est traité par neuroleptique retard, il n’y a par définition pas de pic. Mais peut-être y a-t-il un autre médicament en cause.

      Je ne peux pas vous donner de conseils, car j’ignore trop de choses. En l’état je n’ai pas de raison de penser que la prise en charge de votre père aurait été mauvaise ; je n’aurais pas envisagé d’examens supplémentaires ; j’aurais probablement validé le diagnostic de démence ; et je sais bien que malheureusement je n’aurais peut-être pas su ou pu faire mieux dans la gestion des troubles du comportement. Ce qui vous arrive est sinistre, mais c’est bien souvent à cela que nous sommes condamnés.

      Prenez soin de vous, Corine. Dans ces situations l’épuisement guette toujours.

      Quant à un lieu spécialisé, il n’y en a guère, sauf certains établissements pour personnes dépendantes qui ont consenti un effort particulier pour la prise en charge ; c’est là que les techniques de type « humanitude », même s’il n’y a pas qu’elles, donnent les résultats les plus brillants. Mais je n’en dis pas plus car quelques indices me laissent supposer que peut-être vous n’habitez pas en France.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La confusion mentale Le 18 mai à 15:00 , par Audrey

    Bonjour Docteur, Bonjour Unautre,

    Veuillez excuser mon silence de ces derniers jours.
    Je redémarre un nouveau fil de conversation, le précédent étant devenu quasiment illisible.

    J’ai lu avec beaucoup d’attention vos récents échanges... Docteur pensez-vous réellement que les médecins ne pouvaient rien faire d’autre que de laisser les choses en l’état ?

    La confusion de mon père a été minimisée par les médecins pendant plusieurs semaines (« c’est multi-factoriel, il récupèrera quand il rentrera à la maison »). J’ai l’impression qu’ils n’ont jamais pris conscience de l’ampleur du problème.
    Mais depuis mardi matin, jour où, pris d’une crise de panique (de son propre aveu du fait de sa sortie imminente), il a tenté de jeter une chaise à travers la vitre pour se jeter par la fenêtre, les médecins le regardent d’un tout autre oeil.
    Ils disent qu’ils n’ont jamais vu ça ! Ils parlent de lui à la 3ème personne comme d’un fou (« Il a posé des problèmes aujourd’hui ? »).

    Peut-être n’ont-ils jamais eu à traiter un malade présentant autant de facteurs prédisposant que mon père : chirurgie, infection, fièvre, insomnies, antécédent d’AVC, épilepsie diagnostiquée depuis (d’ailleurs ses hallucinations ne sont pas sans me rappeler le début de ses crises avant qu’il ne soit diagnostiqué ; cela n’a peut-être rien à voir mais le doute subsiste).

    Psychologue et psychiatre ont été appelés en urgence à son chevet afin d’évaluer son état psychique, et les gériatres qui ont été contactés cette semaine se demandent si finalement il ne s’agirait pas d’une démence en train de se déclarer ! Chez une personne de 69 ans..

    J’ai lu un document très bien fait de la HAS qui date de 2009 sur la confusion des personnes en milieu hospitalier. Une comparaison entre démence et confusion y est présentée et on peut y voir les différences entre les deux.
    La démence est un processus qui s’installe dans la durée de façon insidieuse, alors que la confusion démarre en quelques jours voire quelques heures.
    La démence n’implique pas de trouble de l’attention et de la concentration alors que la confusion si.

    La confusion de mon père a commencé lors de son 2ème retour à la maison, durant lequel il n’a pas dormi une seule nuit en 5 jours à cause de la toux incessante causée par son épanchement pleural, avec de la fièvre à 39°C. Un matin il a supplié ma mère de mettre ses sudokus à la poubelle, et le lendemain soir il s’étonnait à 22h30 que le journal TV n’ait pas encore commencé. Après cela c’était terminé, il était devenu incapable de faire sa toilette seul, il confondait tous les produits.
    Je suis persuadée que qqch s’est produit à ce moment-là dans sa tête..
    Et puis il fallait tout lui demander plusieurs fois car il ne retenait pas les questions qu’on lui posait.. On le sentait déboussolé.

    Au début nous avons mis cela sur le compte de l’extrême fatigue, mais lorsqu’il a commencé à l’hôpital à nous parler des chiffres qui l’obsédaient et qui l’empêchaient de trouver le sommeil, nous avons compris que qqch ne tournait pas rond.

    Ce qui nous met en colère c’est que les médecins ont laissé mon père s’enfoncer depuis 5 semaines. A partir du moment où toutes les pistes infectieuses et cérébrales possibles ont été éliminées, aucune prise en charge psychique n’a été faite..
    Un anti-dépresseur (Miansérine) lui a bien été administré pendant 15 jours, mais arrêté ensuite subitement pendant 1 semaine, avant que les psychiatres ne lui prescrivent à nouveau il y a quelques jours, ainsi qu’un anxiolytique léger (Seresta).
    Et comme par hasard les jours précédents sa tentative de se défenestrer, il se plaignait de plus en plus de manquer d’air, d’étouffer, alors que sa saturation était bonne, occasionnant plusieurs crises d’angoisse par jour. Mon père hurlait pour que ma mère aille chercher un médecin, pensant qu’il allait mourir.
    Qu’en est-il du syndrome de sevrage de l’AD qui n’aurait peut-être pas dû être arrêté du jour au lendemain ?

    N’aurait-il pas été possible de le prendre en charge plus rapidement, peut-être par voie médicamenteuse (vous avez décrié les psychotropes, mais des anti-psychotiques n’auraient-ils pas aidé.. je n’y connais pas grand-chose), afin de diminuer son état d’angoisse ?

    Sa confusion s’est aggravée au fil des semaines... il dort mieux depuis quelques temps, mais maintenant tout est facteur de stress. La simple mention du repas à venir l’inquiète, car on va l’oublier. Si on lui parle de quelqu’un, cette personne s’inscrit dans sa tête, ainsi que des chiffres, des lettres.. Si ma maman allume la TV, il s’énerve car il voit ma mère dans la TV et il n’arrive plus à s’en débarrasser. Et toujours cette idée d’être bloqué : dans son lit, dans son fauteuil, impossibilité d’aller marcher dans le couloir, d’aller à la cafétéria car il y a des barrages... Il se sent persécuté !
    Comme si cette énième hospitalisation l’avait à la fois bloqué physiquement et mentalement.
    Comme si en quelques semaines de nombreux verrous s’étaient installés dans sa tête alors qu’on aurait pu peut-être enrayer le phénomène en le prenant en charge plus tôt.

    Pensez-vous que malgré le fait que cet état de confusion dure depuis plusieurs semaines cela soit encore réversible ? Nous avons peur qu’elle se soit installée durablement et que son cerveau ne récupère jamais..

    Sa santé physique, contrairement au reste, s’améliore : plus de fièvre depuis 2 sem, ses prises de sang sont bonnes, sa fuite biliaire est en bonne voie de se tarir, et les 2 antibiotiques (dont le Cefepime qui peut donner des encéphalites avec confusion) qui lui sont administrés depuis plusieurs semaines s’arrêtent dans 3 jours.
    Les médecins planifient donc à nouveau sa sortie mais veulent désormais l’envoyer dans un service de soins et de réadaptation.
    Je comprends leur inquiétude et j’ai peur aussi que ma maman ne puisse pas gérer son retour à la maison dans cet état, mais un SSR reste une hospitalisation.. S’il faut qu’il rentre chez lui pour guérir, le maintenir hospitalisé empêcherait toute guérison, ne le croyez-vous pas ?

    Je vous remercie encore pour votre aide et vos avis éclairés sur ce sujet compliqué.

    Bien à vous,


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    • La confusion mentale Le 19 mai à 22:02 , par Michel

      Bonjour, Audrey.

      Je crois que vous avez eu raison de prendre ce temps de recul. Cela prouve combien vous êtes lucide, réaliste, j’ai envie d’écrire : grande.

      Mais vous savez, je vous mens…

      Dans le difficile travail auquel je me livre, je n’oublie jamais que je n’ai pas vu le cas, et que je n’ai pas davantage vu la personne qui me parle. Je ne suis donc jamais autorisé à contester (tout au plus puis-je l’éclairer) ce qui m’est dit.

      Je n’oublie jamais non plus les innombrables cas où j’ai eu les apparences contre moi. Je n’oublie jamais que ceux qui m’auront le plus haï sont ceux pour qui j’avais plutôt bien travaillé ; ceci étant compensé, et au-delà, par le fait que ceux qui m’auront le plus vénéré sont ceux qui n’ont pas vu mes erreurs.

      Je n’oublie jamais que le pire serait de faire vaciller la cohésion de l’équipe, et la confiance que l’entourage lui fait.

      Je n’oublie jamais que mon rôle se borne impérativement à me demander, si j’étais face à ce malade que vous me décrivez, et si je prenais les décisions que l’équipe soignante semble prendre, quelles auraient pu être les raisons qui me les auraient fait prendre. Autrement dit, essayer de comprendre comment elle a réfléchi à la situation. Pour y parvenir il me faut parfois une bonne dose d’imagination. Mais quand cela se produit je le garde pour moi.

      Dans le cas que vous décrivez, je me suis astreint à cet exercice. Tout ce que je vous ai dit est vrai : j’ai toujours redouté de devoir administrer des psychotropes à un malade confus, car je considère que le risque l’emporte largement sur le bénéfice. Je sais parfaitement qu’on peut dans certaines situations avoir la main forcée, mais dans ce que vous rapportiez il n’y avait aucun élément qui puisse me faire penser que c’était le cas : mon débat avec Unautre portait sur ce point : nous voyions les inconvénients de l’abstention, mais je persiste à penser que le risque du traitement ne doit pas être sous-estimé.

      Maintenant, vous reprenez la parole. Je vais tâcher d’analyser ce que vous apportez.

      Docteur pensez-vous réellement que les médecins ne pouvaient rien faire d’autre que de laisser les choses en l’état ?

      Redisons-le : je dois partir du principe que toutes les explorations nécessaires ont été menées ; je dois partir du principe que l’équipe soignante a les moyens de gérer un malade confus (cela demande du personnel, une surveillance étroite, un environnement qui s’y prête, etc).

      La confusion de mon père a été minimisée par les médecins pendant plusieurs semaines (« c’est multi-factoriel, il récupèrera quand il rentrera à la maison »). J’ai l’impression qu’ils n’ont jamais pris conscience de l’ampleur du problème.

      Cela se peut. Mais l’hypothèse des médecins est probablement la bonne. Tout ce qu’on peut dire :
      - C’est qu’une confusion mentale aiguë ne dure pas si longtemps : au minimum on doit se demander s’il y a des facteurs pérennisants, et si, tout de même, la situation tend à s’améliorer, ou si au contraire elle stagne.
      - Et que la conséquence est qu’il faut absolument faire rentrer le malade le plus rapidement possible (ce qui implique qu’on en ait les moyens, par exemple en hospitalisation à domicile).

      Mais depuis mardi matin, jour où, pris d’une crise de panique (de son propre aveu du fait de sa sortie imminente), il a tenté de jeter une chaise à travers la vitre pour se jeter par la fenêtre, les médecins le regardent d’un tout autre œil.
      Ils disent qu’ils n’ont jamais vu ça ! Ils parlent de lui à la 3ème personne comme d’un fou (« Il a posé des problèmes aujourd’hui ? »).

      Là vous me mettez mal à l’aise. Car ce type de situation n’est tout de même pas une rareté. Il faut donc se demander si l’équipe a l’habitude de prendre en charge une confusion mentale. Il faut se demander comment elle a pris en compte le discours du malade. Votre père n’est pas en fin de vie, mais il est tout de même affronté à une pathologie grave dont, même si nous ne savons pas dans quelle mesure, il serait surprenant qu’elle ne diminue pas son espérance de vie. Il le sait. Cela demande une prise en charge spécifique, par des gens qui ont un minimum de culture palliative. En effet :
      - Nous n’avons pas la preuve qu’il s’agit d’une confusion mentale.
      - L’hypothèse d’une confusion psychogène reste à envisager (sans que ce soit une raison suffisante pour se jeter sur les tranquillisants).
      - Il est indispensable d’écouter ce que dit le malade, et de l’accompagner dans cette confusion.
      Je n’avais, et n’ai toujours pas, de moyen d’évaluer la manière dont votre père a été pris en charge, je suis donc parti du principe que cette prise en charge a été effectuée dans les règles de l’art.

      Peut-être n’ont-ils jamais eu à traiter un malade présentant autant de facteurs prédisposants que mon père : chirurgie, infection, fièvre, insomnies, antécédent d’AVC, épilepsie diagnostiquée depuis (d’ailleurs ses hallucinations ne sont pas sans me rappeler le début de ses crises avant qu’il ne soit diagnostiqué ; cela n’a peut-être rien à voir mais le doute subsiste).

      Ce n’est pas ce qui m’inquiète. Car une confusion est une confusion, et il n’est pas plus compliqué de la prendre en charge selon qu’elle est multifactorielle ou d’origine plus simple. Dans ce que vous dites, je ne saisis pas ce que la situation a d’exceptionnel

      Psychologue et psychiatre ont été appelés en urgence à son chevet afin d’évaluer son état psychique, et les gériatres qui ont été contactés cette semaine se demandent si finalement il ne s’agirait pas d’une démence en train de se déclarer ! Chez une personne de 69 ans.

      On ne peut pas éliminer l’hypothèse que vous faites : que l’équipe ait sous-estimé l’intensité du trouble et qu’elle s’affole. Mais il y en a une autre, qui est le contraire : on a joué loyalement la carte du laisser-faire, qui continue à avoir ma préférence, mais le temps passe, et les choses ne s’arrangent pas comme on le pensait. On n’a pas jusqu’ici recouru aux psys parce que, ayant une bonne pratique de ces questions, on se sentait capable de la gérer. Mais on sait bien que le diagnostic de confusion mentale n’est pas toujours évident, et que si les choses ne tournent pas comme on le pensait il faut savoir passer la main aux psychiatres.

      J’ai lu un document très bien fait de la HAS qui date de 2009 sur la confusion des personnes a,s en milieu hospitalier. Une comparaison entre démence et confusion y est présentée et on peut y voir les différences entre les deux.
      La démence est un processus qui s’installe dans la durée de façon insidieuse, alors que la confusion démarre en quelques jours voire quelques heures.
      La démence n’implique pas de trouble de l’attention et de la concentration alors que la confusion si.
      La confusion de mon père a commencé lors de son 2ème retour à la maison, durant lequel il n’a pas dormi une seule nuit en 5 jours à cause de la toux incessante causée par son épanchement pleural, avec de la fièvre à 39°C. Un matin il a supplié ma mère de mettre ses sudokus à la poubelle, et le lendemain soir il s’étonnait à 22h30 que le journal TV n’ait pas encore commencé. Après cela c’était terminé, il était devenu incapable de faire sa toilette seul, il confondait tous les produits.
      Je suis persuadée que qqch s’est produit à ce moment-là dans sa tête.

      Là par contre je crois que vous faites fausse route. Car ce document de la HAS est effectivement très bien fait, mais il peut induire en erreur, tout simplement parce que démence et confusion ne sont nullement incompatibles. Bien au contraire, comme je vous l’ai dit, la démence est un facteur favorisant majeur des confusions. Dans le cas de votre père :
      - Une démence à 69 ans n’aurait rien de surprenant, mais ce n’est tout de même pas l’âge où on l’évoque le plus souvent.
      - Par contre une démence, même relativement évoluée, passe longtemps inaperçue, de sorte qu’on est tout étonné de voir éclore une confusion parce qu’on n’a pas compris que le malade était dément.

      Et puis il fallait tout lui demander plusieurs fois car il ne retenait pas les questions qu’on lui posait. On le sentait déboussolé.
      Au début nous avons mis cela sur le compte de l’extrême fatigue, mais lorsqu’il a commencé à l’hôpital à nous parler des chiffres qui l’obsédaient et qui l’empêchaient de trouver le sommeil, nous avons compris que qqch ne tournait pas rond.

      Oui, mais cela ne plaide ni dans un sens ni dans l’autre.

      Ce qui nous met en colère c’est que les médecins ont laissé mon père s’enfoncer depuis 5 semaines. A partir du moment où toutes les pistes infectieuses et cérébrales possibles ont été éliminées, aucune prise en charge psychique n’a été faite.

      Il faut être patient avec les confusions, mais cinq semaines, c’est beaucoup. Personnellement je n’ai jamais eu à attendre plus de deux, et c’est heureux car le risque est précisément la chronicisation. Mais cela ne nous dit toujours pas ce qu’il aurait fallu faire. Je suppose que j’aurais pris un avis psychiatrique plus vite ; et il n’est pas du tout certain que cela aurait fait avancer les choses.

      Un antidépresseur (Miansérine) lui a bien été administré pendant 15 jours, mais arrêté ensuite subitement pendant 1 semaine, avant que les psychiatres ne lui prescrivent à nouveau il y a quelques jours, ainsi qu’un anxiolytique léger (Seresta).

      Difficile de vous répondre. La confusion n’a pas de raison d’être traitée par un antidépresseur, par contre il existe des dépressions à forme confusionnelle. Ce qui me surprend ici c’est que si une situation aussi complexe nécessitait un antidépresseur, elle nécessitait aussi un avis psychiatrique. Bref l’utilité d’un antidépresseur est peu probable, mais si ce traitement est nécessaire il n’est pas grave de l’avoir suspendu une semaine.

      Et comme par hasard les jours précédents sa tentative de se défenestrer, il se plaignait de plus en plus de manquer d’air, d’étouffer, alors que sa saturation était bonne, occasionnant plusieurs crises d’angoisse par jour. Mon père hurlait pour que ma mère aille chercher un médecin, pensant qu’il allait mourir.
      Qu’en est-il du syndrome de sevrage de l’AD qui n’aurait peut-être pas dû être arrêté du jour au lendemain ?

      Je n’y crois pas trop : il peut y avoir un syndrome de sevrage, même après un traitement très court. Mais je ne vois pas comment cela aurait pu être autre chose qu’un facteur surajouté.

      N’aurait-il pas été possible de le prendre en charge plus rapidement, peut-être par voie médicamenteuse (vous avez décrié les psychotropes, mais des anti-psychotiques n’auraient-ils pas aidé. je n’y connais pas grand-chose), afin de diminuer son état d’angoisse ?

      Nous revenons à ce point, et je comprends cela. Vous me demandez si la prise en charge a été adéquate, et je n’en sais pas assez pour pouvoir vous aider sur ce point ; je dois me borner à une approche théorique. Tout ce que je sais c’est que chez un malade confus on ne donne de psychotropes que la main forcée. Reste à vous dire que par psychotrope on entend tous es produits susceptibles d’agir sur le psychisme, qu’il s’agisse des neuroleptiques, des tranquillisants, des antidépresseurs, etc. Mais ces questions sont très difficiles. On ne peut les envisager qu’au cas par cas. Outre ce que je pressens, outre ce que je ne vous dis pas, il y a donc l’essentiel : je sais trop combien il est difficile de se faire une idée quand on voit le malade pour oser donner un avis plus précis sur un malade que je n’ai pas vu…

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La confusion mentale Le 20 mai à 11:41 , par Audrey

        Bonjour Docteur,

        Merci pour votre réponse si détaillée et d’avoir pris le temps.

        Il serait difficile de dire si l’équipe médicale est habituée à ce type de problème.
        D’un côté on nous a dit que la confusion en milieu hospitalier est très courante, qu’à distance des infections et après le retour à la maison tout rentrerait dans l’ordre, mais d’un autre côté, les manifestations de cette confusion semblaient les dérouter, comme si elles n’étaient pas "habituelles"..
        Lorsque ma maman décrivait aux médecins les choses qu’il avait pu dire ou faire pendant la journée, ils la considéraient avec de grands yeux ronds...

        La situation est compliquée je le sais. Et je m’inquiète de cette situation qui perdure depuis des semaines.
        Il est difficile de dire si cette confusion aigüe s’aggrave, mais elle évolue. Des choses qui le perturbaient il y a quelques temps (comme les insomnies) semblent avoir disparu, mais de nouvelles choses apparaissent, comme ces crises d’angoisse voire de panique apparues récemment, et des contrariétés très importantes pour le moindre détail.
        Pensez-vous que cette chronicisation, si elle n’est pas liée à de la démence, puisse empêcher toute guérison ?

        Les psychiatres doivent le réévaluer cet après-midi, mais de leur propre aveu ils ne savent pas trop comment l’aider à gérer ses angoisses qui ne font que retarder sa sortie (en effet, s’il est perçu comme suicidaire, ils ne peuvent pas le laisser sortir car il constituerait un danger pour lui-même).
        D’un côté, il dit ne plus supporter toutes ces choses dans sa tête, et avoir envie d’en finir, et d’un autre, il envoie chercher des médecins quand il manque d’air car il dit avoir peur de mourir.
        Tout ça est très contradictoire mais peut-être normal.

        La difficulté pour eux est de savoir quelle est l’origine de sa confusion. Si elle est d’origine dépressive, alors il faut soigner cette dépression pour soigner la confusion. Mais si ce n’est pas le cas, comment l’aider ?

        Est-il en état de rentrer chez lui ? Déjà, comment réussir à l’aider à passer le cap même de la sortie ?
        Rien que le fait de s’approcher des portes de sortie dans le hall de l’hôpital lui déclenche des angoisses et il se met à étouffer.

        Et s’il est réellement suicidaire, il ne faut pas qu’il rentre. Mais s’il ne rentre pas et se retrouve à nouveau hospitalisé en SSR, se peut-il qu’il ne guérisse pas ? Car si j’ai bien compris il est important qu’il rentre chez lui et retrouve ses repères pour espérer guérir. On tourne en rond...!

        Les psychiatres doivent donner aujourd’hui un avis aux médecins de chirurgie sur son état psychique car du côté physique, si ce n’est la perte de poids, tout va bien (depuis 1 semaine il aurait pu quitter l’hôpital car son bilan de santé est bon).

        Mais la décision finale sera du ressort de ma maman, qui est complètement perdue, qui a besoin d’être conseillée.
        Elle a envie qu’il rentre et d’essayer, mais ses crises de panique lui font peur (il peut lui hurler dessus très fort), et si ça se passe mal à la maison elle craint que le retour en arrière ne soit plus possible.
        Et surtout, il faut avoir la certitude qu’il ne soit pas un danger pour lui-même ou pour elle. C’est le plus important à savoir aujourd’hui à mon avis..

        Dans tous les cas, un bilan sera réalisé dans un CMP près de chez eux, mais si sa confusion ne passe pas, comment réaliser un bilan qui soit fiable ?

        Merci encore sincèrement pour votre aide,


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        • La confusion mentale Le 20 mai à 21:00 , par Michel

          Bonsoir, Audrey.

          Difficile, en effet.

          L’équipe vous semble déroutée. Je le serais dans au moins deux hypothèses :
          - La stratégie a échoué. Je vous ai dit, et je le maintiens, que le risque du traitement est supérieur au risque de la confusion. Mais la confusion n’en est pas moins dangereuse, et il arrive que les choses tournent mal. Cela remet-il en cause la stratégie ? Non. Cela autorise-t-il à dire qu’au point où on en est, mieux vaut changer le fusil d’épaule ? Même pas sûr.
          - Ce n’est pas une confusion, ou ce n’est pas qu’une confusion. Le diagnostic n’est pas si facile, et on s’y trompe aisément. La durée, notamment, pose question.

          C’est pourquoi je vous dis des sottises : je ne pourrais parler efficacement que si j’avais vu la situation. Et encore.

          Il me semble que l’attitude des psychiatres conforte celle de l’équipe : il ne leur est pas venu à l’esprit de proposer un traitement sédatif, neuroleptique ou tranquillisant.

          Au fond, ce que je crains le plus (en dehors d’une démence à laquelle de toute manière on ne pourrait rien) c’est que tout s’explique par une confusion psychogène, liée à la conscience que votre père prend d’une évolution problématique. La seule bonne carte serait alors une prise en charge psychologique patiente et massive, dont je ne sais pas si l’équipe a les moyens. La chronicisation pose des problèmes délicats, mais tout de même, en soi, le plus souvent elle finit par s’estomper. Le danger est qu’on a besoin que le patient ait un comportement acceptable pour qu’on puisse gérer sa convalescence.

          Si je comprends bien, l’hypothèse qui tient la corde est celle d’une dépression. La dépression est une maladie dont le diagnostic n’est pas si simple, mais si les médecins s’y trompent souvent (dans un sens ou dans un autre), c’est moins le cas des psychiatres. S’ils ont des éléments pour en parler, alors la seule solution est de traiter, et en jouant la carte à fond. Cela, n’est-ce pas, contredit ce que je vous ai expliqué de la dangerosité des traitements. Mais en termes de rapport bénéfice/risque, on se trouve dans une sous-catégorie particulière : ce qui est dangereux c’est de traiter la confusion pour elle-même : on croit qu’on va améliorer les symptômes, alors qu’en fait on va aggraver la situation. Par contre s’il s’agit de traiter la cause de la confusion, cela peut s’entendre.

          Ce que vous pouvez faire de très important, c’est essayer de décrypter ce qu’il dit.

          La première question est de savoir ce qu’il sait de sa maladie. Que lui a-t-on dit ? Qu’a-t-il compris ? Le déni est un mécanisme particulièrement puissant, et on est souvent surpris de s’apercevoir que tel malade, qui a demandé qu’on lui explique clairement sa situation, et à qui on a loyalement et complètement donné les informations qu’il souhaite, en tire la conclusion qu’il va très bien. Et la règle, face à un malade dans le déni, est de ne pas y toucher : s’il n’est pas prêt à entendre, il ne faut pas forcer le passage. C’est exact, mais à condition de ne pas sous-estimer le danger de ce déni : car il vient toujours un moment où le déni n’est plus tenable, et si on s’est contenté de le respecter sans tâcher de préparer les choses, on peut assister à des effondrements très douloureux. Il faut donc tenir l’équilibre entre la nécessité d’aller au pas du malade et celle de laisser des portes ouvertes.

          Mais je m’égare. Pour en revenir à votre père, il faudrait savoir quelle compréhension il a de son état. Il faudrait savoir si la crise actuelle vient :
          - De sa prise de conscience qu’il est atteint d’un cancer
          - De l’intuition qu’il pourrait être menacé de mort à court terme.
          - Ou du fait qu’il est réellement confronté à ce danger.

          S’il se pense menacé de mort (et la menace, nous le savons bien, est là, même si nous ne savons pas dans quel délai), alors la situation n’est pas très mystérieuse : il montre simplement que tout ce qui peut lui arriver est ambigu, à double polarité ; et que si c’est à double polarité c’est parce que c’est hors de contrôle. Par exemple l’hôpital est un lieu qui le sécurise, parce qu’on peut le soigner en cas de danger, mais c’est un lieu qui l’angoisse, parce qu’i lui rappelle qu’il n’est pas hospitalisé pour rien. C’est l’inverse pour le domicile : s’il rentrait cela signifierait qu’il va mieux, mais cela supposerait qu’il assume le risque. Il n’y a donc pas de bonne solution, et la seule position tenable pour votre père est de dire les deux choses à la fois, tout et son contraire. Un peu comme dans les rêves, un peu comme dans la confusion. Et ce que je vous dis est précisément que la confusion, parce qu’elle lui permet de dire tout et son contraire, fonctionne comme les rêves : c’est un mécanisme protecteur, raison pour laquelle il n’est pas si évident qu’il faille y toucher sans précaution. La difficulté vient de ce que les choses durent, et que le mécanisme protecteur risque de se retourner contre lui.

          Je serais tenté malgré tout de le renvoyer chez lui, mais à la condition expresse que pendant les premières semaines on soit capable d’assurer une prise en charge parfaite. C’est pourquoi il faudrait faire l’inventaire des moyens disponibles.

          Tout de même, j’ai l’impression que l’horizon s’éclaircit un peu…

          Bien à vous,

          M.C.


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      • La confusion mentale Le 20 mai à 11:51 , par Audrey

        Rebonjour,

        En relisant votre message je réalise qu’il y a un point que je n’ai pas précisé, par rapport au suivi psychiatrique.
        Depuis plusieurs semaines, une psychologue venait le voir pour discuter avec lui, mais aucun psychiatre ni gériatre n’est venu le voir.
        La première prescription de l’anti-dépresseur a été faite par un psychiatre après description du tableau clinique par téléphone par un médecin du service. Une infirmière avait également rapporté qu’il lui avait dit avoir envie de mourir.

        C’est seulement après sa crise de panique de la semaine dernière que la psychologue et deux psychiatres sont venus pour parler longuement avec lui.

        Bien à vous,


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        • La confusion mentale Le 20 mai à 21:01 , par Michel

          Alors cela confirme ma première idée : l’équipe a fait ce que j’aurais fait. Enfin, je suppose.

          Bien à vous,

          M.C.


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          • La confusion mentale Le 23 mai à 00:43 , par Audrey

            Bonsoir Docteur,

            L’horizon ne s’éclaircit pas malheureusement.
            Ma maman a enfin réussi à savoir pour quelle raison les psychiatres ne souhaitaient pas le retour à la maison de mon papa. Au téléphone ce matin on lui a dit qu’ils pensent très fortement à de la démence...
            C’est un coup de massue..
            Peut-être était-ce ce à quoi vous pensiez lorsque vous avez écrit "outre ce que je pressens de ce qu’il va se passer.."

            En tout cas j’ai beau réfléchir, retourner la situation dans tous les sens pour voir si nous sommes passés à côté de quelque signe, je ne vois pas..
            Ces derniers mois je n’ai décelé aucun changement de comportement, d’agressivité, de propos incohérents.. certainement de l’anxiété, tout à fait normale vu le contexte, par rapport à sa santé, suite à la découverte de sa métastase au foie, puis l’annonce que ce n’était pas opérable, des faibles taux de réussite des traitements, pour finalement apprendre 6 semaines plus tard que c’était opérable.
            Il y a de quoi faire une dépression !
            Et pourtant tous ces derniers mois je l’ai trouvé courageux, vaillant, affrontant tous ces soucis sans se plaindre..

            Les seuls troubles cognitifs qu’il ait eus remontent à l’hémorragie cérébrale qu’il a faite il y a 4 ans 1/2, à la suite de laquelle il a fallu qu’il réapprenne à lire, à écrire, et à la suite de laquelle il est également devenu épileptique (avec troubles visuels importants lors des crises débutantes).

            Comme vous en avez parlé dans votre message, le psychiatre a expliqué à ma mère que cela peut passer complètement inaperçu même si la démence est là..
            On peut vraiment réussir à cacher cela à son conjoint qui ne verrait aucun signe ? Se pourrait-il que la démence, s’il s’agit bien de cela, ait commencé à la suite de son AVC ?

            Ce qui les oriente vers ce diagnostic c’est la durée de la confusion (cela fait 6 sem maintenant), ainsi que certaines choses qu’il aurait dites lors de ses entretiens récents avec eux.
            Rien n’est sûr.. maintenant il faut lui trouver une place dans un SSR, il devra y faire des examens (EEG, IRM cérébrale) et un bilan afin de valider ou non cette hypothèse.

            Je souhaite garder l’espoir qu’il ne s’agisse que d’une dépression (je ne souhaite pas minimiser l’importance de cette maladie, mais au moins elle se soigne), et que tout finira par rentrer dans l’ordre.
            Mais s’il s’agit bien d’une démence, elle est tout de même associée à de la confusion.. Est-ce qu’une amélioration peut être envisagée si les facteurs ayant déclenché la confusion sont supprimés petit à petit (infection éradiquée, sortie d’hôpital, arrêt des antibiotiques etc.) ?
            Ou bien est-ce que lorsque la démence est "révélée" , alors il n’y a plus de retour en arrière possible, je veux dire à l’état avant confusion ?

            Merci pour votre aide et vos conseils précieux.
            Bien à vous,


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            • La confusion mentale Le 23 mai à 18:32 , par Michel

              Bonjour, Audrey.

              C’est triste, en effet. Ce qui me rassure, c’est que les choses se passent à peu près comme je vous le disais : l’équipe a bien travaillé, et l’hypothèse d’une démence surgit, j’allais dire comme d’habitude.

              Vous vous demandez si vous êtes passée à côté de quelque chose.

              Je vous dirai que c’est monnaie courante. Vous n’imaginez pas. Il y a ce qui ne se voit pas, il y a ce que le malade cache (et il sait cacher). Il y a ce que votre mère n’a pas vu parce qu’elle aime son mari et qu’elle ne veut pas qu’il aille mal ; il y a ce qu’elle ne vous a pas dit, etc. C’est ce qui fait que quand le malade arrive aux Urgences, on est parfois sidéré de l’état dans lequel on les trouve. Mais c’est que quand tout va bien, quand on peut vivre sur la routine, on ne voit rien. C’est quand le malade se trouve pris au dépourvu que tout se révèle.

              Je me suis marié voici une dizaine d’années. Mes parents sont venus en voiture, ils ont fait 200 kilomètres, ils ont su se débrouiller de l’A6, l’A86, l’A4, la francilienne… C’est que mon père avait eu tout le temps de planifier son voyage. Par contre il a trouvé moyen de se perdre sur le kilomètre séparant la mairie de la salle du mariage, alors qu’il suffisait de suivre la voiture de devant ; ça ; il ne l’avait pas préparé.

              Mais je vous dirai aussi autre chose : je crois qu’il y a des démences psychogènes.

              Ce qui frappe depuis longtemps c’est qu’il n’y a aucun rapport entre le nombre des lésions cérébrales et le degré de démence. Il y a des vieilles personnes qui vont très bien avec une passoire à la place du cerveau, et d’autres qui sont des déments profonds alors qu’ils ont trois plaques séniles.

              Mon hypothèse (je ne sais nullement ce qu’elle vaut en termes de neurobiologie) est que vieillir n’est pas une chose facile. Pour vieillir bien il faut un cerveau qui marche. Et il y a trois catégories de vieilles personnes :
              - Celles à qui vieillir poserait assez peu de problèmes, mais dont le cerveau est dans un tel état qu’on se demande avec quoi ils penseraient.
              - Celles qui ont peu de lésions, mais pour qui vieillir est un tel drame qu’ils ne peuvent l’assumer.
              - Et puis il y a vous et moi, qui ne développerons pas de démence parce que nous aurons peu de lésions et que nous allons réussir notre vieillissement.
              Du coup on peut résumer en disant que votre père pourrait bien être en train de se réfugier dans la démence, qui lui permet de ne pas penser à ce qui l’attend. Un pétage de plombs, en somme. Avec trois remarques :
              - Il n’y a pas forcément de billet de retour.
              - Toutefois s’il y a une part confusionnelle, on peut avoir une amélioration ; mais outre que le temps travaille contre nous, il faut considérer que si l’amélioration lui permet de se rendre compte que se jours sont comptés, il n’est pas sûr qu’on y gagne.

              Se pourrait-il que la démence, s’il s’agit bien de cela, ait commencé à la suite de son AVC ?

              Cela se peut, d’autant que les démences vasculaires ont tendance à évoluer par à-coups, au rythme des accidents. Cela, malheureusement, n’a guère d’importance, car cela ne nous donne aucun moyen d’action.

              il devra y faire des examens (EEG, IRM cérébrale) et un bilan afin de valider ou non cette hypothèse.

              Ça ne validera rien du tout, malheureusement. Le diagnostic de démence est clinique, et tout ce que, même chez les médecins, on raconte, n’est que fariboles. Mais peu importe, car cela ne nous dirait rien de ce qu’on peut faire.

              Reste l’espoir d’une dépression. Pour ma part je le conserve, même si la durée de la confusion me fait peur.

              Mais vous m’inquiétez, Audrey. Car vous dites : Je souhaite garder l’espoir que tout finira par rentrer dans l’ordre. La confusion qui submerge votre père est en train de contaminer tout le monde : plus personne ne parle du cancer. C’est lui pourtant qui fait le pronostic.

              Je reste près de vous.

              M.C.


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              • La confusion mentale Le 23 mai à 22:15 , par Audrey

                Bonsoir Docteur,

                Personne ne parle du cancer car il n’y a a priori plus de cancer.. Peut-être n’ai-je pas donné suffisamment de détails sur ce point en effet.

                La métastase qu’on lui a découverte en décembre était heureusement unique.. consécutive à un cancer du poumon découvert il y a 2 ans, pris à un stade suffisamment précoce pour être opérable.
                Aucun ganglion n’étant atteint, l’équipe pluri-disciplinaire n’a pas jugé nécessaire de lui faire faire de la chimio, chimio qu’il n’aurait pas pu faire d’ailleurs, car il a fait une très grave infection 48h après l’intervention, avec détresse respiratoire, décompensation cardiaque.. Il a été placé sous respirateur en coma artificiel pendant une grosse semaine..
                Heureusement tout s’est résolu, il est resté hospitalisé un peu plus d’un mois, et n’a pas montré de signe de confusion durant son hospitalisation.

                Son pneumologue n’a pas jugé nécessaire de lui faire faire des scanners de contrôle, et malheureusement, malgré le fait qu’aucun ganglion n’était atteint, 18 mois plus tard il avait une métastase de 6 cm au foie.
                Cette dernière a donc été réséquée il y a 2 mois 1/2, et quelques semaines après, les résultats de la biopsie ainsi que son dossier ont été analysés lors de la RCP, qui une fois de plus a décidé de ne pas faire faire de chimio préventive (et son état de santé actuel ne le permettrait pas).
                Il aura tout de même un suivi par scanner très régulièrement.

                Donc voilà, en résumé, les seules préoccupations des médecins aujourd’hui sont :
                - sa fistule biliaire qui doit se tarir,
                - bien drainer la collection pour éviter d’autres infections,
                - et sa confusion qui perdure.

                J’espère de tout coeur qu’une autre métastase ne se développera pas, mais pour le moment, il n’a plus de tumeur cancéreuse dans le corps.
                En l’absence de nouvelle tumeur, son pronostic vis-à-vis du cancer n’est pas mauvais aujourd’hui et ses jours ne sont pas "comptés" du fait de ce cancer, alors qu’ils le seraient certainement s’il n’avait pas pu être opéré (radiothérapie et chimiothérapie montrant apparemment peu d’efficacité sur les cancers du poumon métastasés au foie).

                J’espère vous avoir éclairé sur sa situation par rapport à la maladie.

                Bonne soirée,


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                • La confusion mentale Le 24 mai à 11:12 , par Michel

                  Bonjour, Audrey.

                  Je souhaite de tout cœur que votre pronostic soit le bon. Et vous parlez de choses qui en effet se produisent.

                  Il me faut, et croyez bien que j’y répugne, noter cependant que si on n’a proposé ni chimiothérapie ni radiothérapie, ce n’est pas parce qu’on ne les a pas jugées nécessaires mais parce qu’on les a jugées trop peu efficaces compte tenu du risque pris eu égard à l’état de votre père. Je crois que j’aurais pu décider la même chose.

                  Par ailleurs, si j’ai raison de penser que l’état de votre père s’explique au moins en partie par le sentiment qu’il est menacé dans sa vie, alors cela vous contraint, si vous voulez (et vous le voulez) avoir avec lui une relation totalement authentique, à ne pas méconnaître que cette menace n’est pas à écarter. L’important pour l’heure n’est pas ce qui se passe mais ce qu’il croit qu’il se passe.

                  Mais comme d’autre part il n’y a rien d’autre à faire que croiser les doigts, vous avez totalement raison, en effet, de ne pas vous y attarder outre mesure.

                  Je reste près de vous.

                  M.C.


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      • La confusion mentale Le 20 mai à 12:50 , par Dom

        Je me permets d’intervenir dans cet échange, « de l’extérieur », sans aucune « légitimité », et probablement de façon fort incongrue, pour m’étonner de cette contradiction : d’un côté, le patient est manifestement terrifié à l’idée de mourir, de l’autre il en vient à une tentative de suicide par défenestration. D’un point de vue rationnel, c’est incompréhensible, car incohérent, on ne peut donc conclure qu’à la confusion mentale.

        Cette « incohérence » me paraît, moi, complètement et simplement « humaine » : vouloir et refuser en même temps, c’est le propre de l’Homme, spécialement lorsqu’il est poussé dans des circonstances perçues comme extrêmes.

        Dans un registre beaucoup plus bénin, je suis revenue récemment d’un court voyage avec une amie qui « adore voyager », mais qui a passé les quatre jours de notre excursion à « stresser » pour tout, à un point insupportable (pour elle comme pour moi) : les retards à l’aéroport, les correspondances loupées, les courants d’air, la climat’ meurtrière, la bouffe trop grasse, l’« incompétence » généralisée etc. Mon amie était, clairement, au-delà de toute perception « rationnelle » des contrariétés auxquelles elle était confrontée, et incapable de les « relativiser ». Bref, je ne comprends pas pourquoi elle dit « adorer voyager », si bousculer ses habitudes lui est une telle source d’inconfort.

        C’est pourquoi (par extension) je n’en finis pas de m’interroger sur les vertus supposées de ces « directives anticipées sur la fin de vie », et plus généralement sur ce qu’il est admis de nommer « libre-arbitre ».


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        • La confusion mentale Le 20 mai à 21:08 , par Michel

          Bonsoir, Dom.

          Je comprends tout à fait votre commentaire, et le parallèle que vous faites avec votre amie est adapté.

          Mais je vous objecterais deux choses :
          - Ce n’est pas parce que le malade dit simultanément des choses contradictoires qu’il est confus. Votre vacancière d’amie n’était pas confuse. La confusion c’est le mécanisme, qui suppose une perte de pédales, qu’on met en place quand on ne peut pas assumer cette contradiction. Je le redis, nous avons tous, du moins je l’espère, une expérience personnelle de la confusion mentale : c’est l’ivresse.
          - Et les directives anticipées (dont je répète que la seule petite difficulté qu’elles posent est que nous ne savons pas les écrire), sont au contraire un moyen de réduire les incertitudes : quand je ne suis pas sous la pression de la peur de mourir, voici ce que je pense. C’est mieux que rien.

          Bien à vous,

          M.C.


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  • La confusion mentale Le 14 mai à 14:59 , par Audrey

    Bonjour Docteur,

    Après avoir lu votre article que j’ai trouvé très intéressant, je vous contacte pour avoir votre avis extérieur. Mon papa, âgé de 69 ans, a été opéré il y a 2 mois d’une métastase au foie, pour laquelle il a subi une hépatectomie avec une anesthésie de 4-5h. Cette métastase a été découverte 18 mois après une lobectomie qui a permis de lui retirer une tumeur au poumon, détectée à un stade précoce.

    Malheureusement depuis 2 mois il a subi plusieurs complications (fistule biliaire avec pose d’un drain qui est toujours en place le temps que la fuite se tarrisse, épanchement pleural avec pose d’un drain thoracique qui a été retiré depuis).
    Ces complications ont nécessité sa réhospitalisation 2 fois de suite après un retour chez lui et la réalisation de plusieurs anesthésies générales et locales pour la réalisation d’endoscopies, pose de drain etc..

    Lorsqu’il a été hospitalisé pour la 3ème fois pour son épanchement pleural, il avait passé plusieurs nuits sans dormir, à tousser chaque minute. Et là une sorte de confusion a commencé à se présenter sous la forme de perte de la notion du temps (il pensait qu’il était 20h à 22h30), puis n’arrivait plus à faire sa toilette et confondait les produits.

    Quelques jours après, comme il se plaignait de ne toujours pas dormir la nuit, j’ai insisté pour savoir ce qui le perturbait car il prétendait que c’était inexplicable (je pensais que c’était sa toux qui le gênait). Et là il a commencé à parler de chiffres qu’il n’arrivait pas à mettre dans des cases, qui faisaient barrière.
    Et depuis il dit tout le temps qu’il est bloqué : impossible de se lever du lit ou du fauteuil car il est bloqué, les médecins ne passeront pas car ils sont bloqués, un soi-disant barrage l’empêche d’aller jusqu’à la cafétéria, ma maman se fait crier dessus si elle a le malheur de jeter l’eau de son verre car il n’en aura plus et la fontaine est bloquée...

    Quelquefois il a prétendu qu’on nous mentait, que les examens prescrits (scanners, IRM etc.) n’étaient pas faits, que les brancardiers le descendaient et le remontaient aussitôt. Que personne ne voulait l’aider, qu’on le prenait pour un cobaye et qu’il ne voulait pas d’acharnement.

    Depuis quelques jours il se plaint régulièrement d’étouffer, de manquer d’air, dit "qu’il va crever".. il fait des crises d’angoisse et réclame médecin et infirmière de toute urgence. Bien sûr la saturation est bonne à chaque fois.

    En plus il reçoit 2 antibiotiques en perfusion depuis quelques semaines (Linezolide et Cefepime). On lui a aussi donné un anti-dépresseur (miansérine) pendant 2 semaines, qui a été arrêté on ne sait pas trop pourquoi. Un souci logistique senble-t-il..

    Si je vous explique tout ça c’est parce que c’est très dur à vivre car on ne comprend pas ce qui se passe.
    Les médecins de chirurgie ont dit que cet état résulte des infections qu’il a eues, de la fatigue extrême, de l’environnement hospitalier, du ras-le-bol général etc.. Que lorsqu’il rentrera chez lui tout rentrera dans l’ordre. On a l’impression que c’est secondaire pour eux et que traiter ce problème n’est pas une priorité. or c’est important... car lorsqu’il reste au lit pensant qu’il est bloqué, sa masse musculaire continue de fondre, et il se remet à tousser, à être encombré, à mal dormir.. c’est un cercle vicieux.

    Rien qu’hier il a fait 3 crises d’angoisse.. Il a dit avoir "la trouille de mourir".. Un dernier scanner de contrôle de son foie et de son épanchement a été réalisé hier (pendant lequel il a fait une crise de claustrophobie) : tout va mieux, il peut rentrer chez lui... Sauf que ce matin, patatras, nouvelle crise, il dit qu’il veut se balancer par la fenêtre.. Un psychiatre doit donc passer le voir et sa sortie prévue aujourd’hui est donc reportée à une date ultérieure.

    Je dois aussi vous préciser qu’il y a 4 ans, mon père a fait une hémorragie cérébrale à cause d’une malformation artério-veineuse. Aucune séquelle locomotrice, mais il ne savait plus lire, plus écrire.. Des mois de rééducation lui ont permis de recouvrer ses facultés, mais à la suite de cela il est devenu épileptique et prend du Keppra pour le stabiliser.

    Je comprends bien que le tableau est compliqué et que vous ne pourrez pas m’apporter LA réponse à ses troubles... Mais pensez-vous qu’une hospitalisation puisse causer de tels effets ? Ou est-ce que les anesthésies et les infections auraient révélé une démence ? Car en plus de son obsession d’être bloqué, il voit des choses dans sa tête qui ne le quittent pas (des chiffres, des objets..).

    Le personnel hospitalier s’agace après ma maman en lui disant qu’ils sont un service de chirurgie et qu’ils ne sont pas là pour gérer les problèmes psy, mais s’agit-il vraiment d’un problème psy ?
    Cela fait 4 sem que sa confusion a commencé et la crainte qu’il reste dans cet état nous hante et ma maman appréhende ce que sera le retour à la maison (elle se demande même s’il va rentrer vu son état mental).

    Excusez-moi pour ce long message et merci d’avance pour votre point de vue extérieur, vos conseils, tout ce qui pourra nous aider à comprendre ce qui se passe.

    Merci à vous,


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    • La confusion mentale Le 14 mai à 19:36 , par Michel

      Bonjour, Audrey.

      Je ne peux vous proposer que des hypothèses : la situation est complexe, et il ne serait pas sérieux de ma part de vous donner une opinion tranchée sur un malade que je n’ai pas vu.

      Il s’agit d’un malade jeune. Cela ne suffit certes pas à éliminer la possibilité d’une démence, mais je vous propose de l’oublier pour le moment.

      Par contre il présente un cancer du poumon métastasé. Je suppose bien que les médecins y ont pensé, mais la présence de troubles psychiques impose de rechercher au moins :
      - Une métastase cérébrale.
      - Un déséquilibre biologique, dont le modèle (il y en d’autres) est l’élévation du calcium sanguin dans un contexte, par exemple, de métastases osseuses.

      Mais bien entendu il faut aussi tenir compte des perturbations liées aux complications. Non seulement chacune d’entre elles peut, par de multiples mécanismes, être cause de confusion, mais ce type de situation est évidemment fort propice au développement d’une confusion psychogène. Je ne mettrais pas trop en avant la multiplicité des anesthésies : les anesthésies déclenchent très rarement des troubles psychiques, tout ce qu’elles font c’est révéler des troubles sous-jacents passés inaperçus.

      S’agit-il d’une confusion mentale, d’ailleurs ? C’est très possible : il y a une désorientation, une perte des capacités, un trouble du sommeil, un délire avec une composante plus ou moins hallucinatoire… Et surtout une conscience du trouble. Le tout survient chez un patient qui n’a guère d’antécédent psychiatrique.

      Je crois qu’il faut être très prudent avant de conclure à une confusion psychogène. C’est trop souvent un diagnostic de paresseux, qu’on pose en ayant oublié de rechercher des causes physiques. Mais ici je serais très tenté : au sens propre votre père se comporte comme s’il perdait les pédales, disant à la fois qu’on ne le soigne pas et qu’il ne veut pas d’acharnement thérapeutique. Je ne vais pas détailler, vous le ferez, étant sur place, beaucoup mieux que moi. Mais ce qu’il dit, au-delà de ses incohérences apparentes, me semble avoir du sens.

      Il faudrait arriver à l’apaiser, bien sûr. Mais il ne faut pas oublier que dans ces situations la confusion a aussi un effet protecteur : c’est aussi un mécanisme qui permet de plonger la réalité dans un flou qui permet de mettre l’angoisse à distance. Je ne ferais donc pas trop de zèle, même si je comprends bien ce que ce spectacle peut avoir de terrifiant.

      Je ne regretterais pas trop l’antidépresseur : c’est rarement efficace, et le risque est d’aggraver au contraire la confusion.

      Du coup il est fort possible que les médecins du service aient raison, du moins globalement : il n’y a pas d’investigations particulières à ajouter à celles qui ont déjà été menées. Ils ont sans doute raison aussi de penser que les choses iront mieux quand il sera rentré. Mais ont-ils raison de penser que c’est une question secondaire ? Le pensent-ils d’ailleurs ? Je n’en sais rien. Vous avez raison de penser qu’il perd de la masse musculaire, mais l’expérience montre que, surtout chez un sujet jeune encore, les conséquences sont limitées (je n’en dirais pas autant s’il avait dix ans de plus).

      Je ne paniquerais donc pas outre mesure, mais à une double condition :
      - Que la sortie se fasse dès que possible.
      - Que tout ceci ne soit pas l’indice d’une aggravation majeure de la situation cancérologique. Il faut bien que je vous rappelle à la dure réalité. La confusion est ce qui vous trouble le plus, parce qu’elle induit des troubles relationnels volontiers ingérables ; mais l’essentiel est ailleurs. L’essentiel est que le cancer progresse, et que le pronostic risque d’être rapidement péjoratif.

      Cela n’empêche pas qu’il faut essayer d’aménager le temps qui reste, et que la lutte contre la confusion est un objectif important. C’est là la difficulté qui vous attend : mettre entre parenthèses le fait qu’en réalité nous parlons de fin de vie, et quelque part malgré tout ne pas l’oublier.

      Je reste près de vous.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La confusion mentale Le 14 mai à 21:40 , par Audrey

        Bonsoir,

        Je vous remercie pour votre prompte réponse.
        Il y avait tellement à dire et mon message était déjà long, que j’en ai oublié une précision importante.

        Lors des examens réalisés en janvier (PET Scan, IRM cérébrale), il a été mis en évidence que sa métastase était unique heureusement.

        Et devant sa confusion récente, les médecins ont cherché d’autres origines infectieuses à côté desquelles ils seraient passés. Mon père n’avait ni infection urinaire, ni pulmonaire, ni cardiaque, et une scanner cérébral a également été réalisé afin de s’assurer que sa confusion n’était pas d’origine cérébrale.
        Tout est revenu négatif heureusement.

        C’est pour cette raison qu’ils sont persuadés que son état confusionnel est lié aux infections qu’il a eues et au contexte général de son hospitalisation.

        Ma maman pense à un effet secondaire grave d’un des antibiotiques qu’on lui passe depuis 2 ou 3 semaines en perfusion, et qui s’appelle Cefepime.
        Qu’il s’agisse de ça ou pas, les médecins ont dit qu’on ne pouvait pas arrêter l’antibiotique maintenant, il faut le continuer jusqu’au bout, car il fonctionne bien par rapport aux infections qu’il a contractées du fait de son collection biliaire, et ils ont certainement eu du mal à trouver un antibiotique qui marche bien.

        Ce matin, comme je l’expliquais dans mon précédent message, il a fait une autre crise d’angoisse assez grave, aurait dit vouloir se jeter par la fenêtre ou tenté de le faire je n’ai pas trop compris. Sa sortie a donc été reportée, et maintenant, au lieu de le faire rentrer à la maison, les médecins parlent de le mettre en maison de convalescence..
        Je ne sais pas si c’est une sage décision mais il est certain que son état mental actuel serait difficilement gérable par ma maman seule à la maison avec lui.

        Bien à vous,
        Audrey


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        • La confusion mentale Le 14 mai à 22:18 , par Michel

          Bonsoir, Audrey.

          Ne vous inquiétez pas : j’avais compris.

          Je vous ai ressorti l’hypothèse de la métastase cérébrale parce qu’il fallait bien que je le fasse ; mais comme je vous l’ai dit, je supposais bien que les médecins y avaient pensé. C’est la même chose pour les autres causes de confusion ; j’ai tenu à vous en parler parce que je sais d’expérience que bien des médecins les oublient. Mais ce n’est pas votre cas.

          Du coup l’hypothèse d’une confusion psychogène est la plus probable. Et les médecins ont raison de penser que le retour à domicile arrangera les choses. Encore faut-il que ce retour soit possible, ce qui suppose que les traitements nécessaires (antibiotiques) aient été menés à leur terme, et que l’état du malade le rende gérable à la maison.

          Au fond la seule divergence que j’aurais est que pour moi il n’est pas bon de laisser traîner les confusions ; il faudrait donc pouvoir mettre en place des stratégies de prise en charge spécifiques ; le problème est que les équipes chirurgicales en ont rarement les moyens, car la prise en charge des confusions mentales suppose une bonne pratique de la part de toute l’équipe. Vous voyez bien le problème que pose le retour à domicile : oui, il faut qu’il rentre, à ceci près qu’il n’est peut-être pas en état.

          On n’a donc le choix qu’entre de mauvaises solutions. Mais ne soyez pas trop inquiète : même les mauvaises solutions marchent le plus souvent.

          Bien à vous,

          M.C.


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          • La confusion mentale Le 15 mai à 10:38 , par unautre

            Bonjour,
            - est-ce que la fatigue extrême et l’angoisse ne sont pas des causes de confusion assez probables ?
            - ne faudrait-il pas faire dormir le patient, afin de lui permettre de récupérer ?
            Bien à vous,


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            • La confusion mentale Le 15 mai à 10:59 , par Michel

              Bonjour, Unautre.

              La fatigue pourrait être en cause, car tout peut être en cause ; mais je ne privilégierais pas cette option.

              Par contre l"angoisse est un excellent candidat : ce que le malade donne à voir, une fois admis l’hypothèse d’une confusion psychogène, c’est bien son incapacité à affronter la situation qui lui est faite.

              Seulement, voilà : tous les psychotropes sont des confusogènes redoutables. C’est pourquoi l’erreur la plus courante en cas de confusion est d’en prescrire, alors que la première chose à faire serait d’enlever ceux qui sont déjà là. On ne se résigne aux psychotropes que quand la situation est totalement ingérable sans eux ; encore sait-on qu’alors on aggrave le trouble. C’est un pari terriblement risqué.

              Ajoutons que cela ne répondrait pas à la légitime inquiétude d’Audrey : si on fait dormir le malade, alors on va majorer les problèmes liées à la grabatisation de fait qui atteint le malade.

              Bien à vous,

              M.C.


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              • La confusion mentale Le 15 mai à 11:12 , par unautre

                - La grabatisation est-elle le risque majeur ?
                - Ne pas dormir pendant des jours, soit à cause de l’angoisse, soit d’autres douleurs, ne devient-il pas le 1er symptôme à traiter à court terme ? Même si cela doit masquer pendant quelques jours une autre cause potentielle.
                - Existe-il des sédatifs non psychotropes ?


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                • La confusion mentale Le 15 mai à 15:38 , par Michel

                  Bonjour Unautre.

                  Sur les éléments dont je dispose, la meilleure option est de ne rien faire du tout.

                  Évidemment, il y a l’inconfort lié à l’angoisse. Si nous étions en fin de vie, je proposerais sans doute une sédation, mais en sachant qu’elle risquerait fort, pour le coup, de hâter l’évolution terminale. Ici nous ne sommes pas en fin de vie, il est donc difficile de l’envisager. Je préférerais sans doute tabler sur le fait que la confusion, pour spectaculaire qu’elle soit, a un effet protecteur contre l’angoisse. Encore faut-il que la situation soit techniquement gérable dans le service, mais il semble que ce soit le cas. Et que l’inconfort du malade ne me force pas la main, mais il semble là aussi que ce soit le cas.

                  Le risque n’est pas de masquer une cause potentielle, qu’on peut toujours continuer à rechercher, mais de compromettre l’objectif annoncé, qui est de permettre une réautonomisation.

                  Il n’y a pas de sédatif non psychotrope : toute sédation suppose que la molécule utilisée ait un effet sur le psychisme.

                  Bien à vous,

                  M.C.


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                  • La confusion mentale Le 15 mai à 18:33 , par unautre

                    - Soit on ne fait rien, et le malade récupère en rentrant chez lui.
                    - Soit on ne fait rien, mais le malade reste dans un état confus et sans repos possible.
                    - Soit une sédation légère qui risque d’aggraver la situation.
                    - Soit une sédation profonde et réversible pour une durée limitée lève l’inconfort et permet un repos qui pourrait être bénéfique.
                    Est-ce là le choix ?


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                    • La confusion mentale Le 15 mai à 22:23 , par Michel

                      Nous avons la réponse : les médecins semblent considérer que la situation ne justifie pas une intervention. Je suis pour ma part très tenté de les approuver, d’autant que si on intervenait le rapport bénéfice/risque me semblerait très défavorable.

                      Bien à vous,

                      M.C.


                      Répondre à ce message

                      • La confusion mentale Le 15 mai à 22:44 , par unautre

                        Il y a 3 points qui m’ennuient :
                        - Le rapport pourrait être défavorable en effet si la sédation profonde réversible avait des effets négatifs durables. Cependant, on voit mal comment la situation pourrait s’arranger pour quelqu’un qui ne dort plus, pris dans un cercle de confusion et d’angoisse.
                        - Mais sI la sédation présente un mauvaus rapport bénéfice/risque dans le cas de souffrance, d’angoisse et de confusion qui en résulte, comment ambitionner de préserver le confort du malade ?
                        - A fortiori, comment concevoir la sédation comme la solution aux souffrances qui font souhaiter d’en finir ?


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                        • La confusion mentale Le 16 mai à 07:32 , par Michel

                          Bonjour, Unautre.

                          Mais... C’est très simple.

                          Votre erreur vient de ce que vous confondez deux problèmes :
                          - Les médecins ont-ils un raisonnement correct ?
                          - Les médecins ont-ils une évaluation correcte ?

                          Et sur le second point, n’étant pas sur place, nous n’avons rien à dire.

                          Du coup :

                          on voit mal comment la situation pourrait s’arranger pour quelqu’un qui ne dort plus, pris dans un cercle de confusion et d’angoisse.

                          C’est pourtant ce qu’on observe habituellement.

                          Mais sI la sédation présente un mauvais rapport bénéfice/risque dans le cas de souffrance, d’angoisse et de confusion qui en résulte, comment ambitionner de préserver le confort du malade ?

                          Ce serait une question incontournable si nous étions en fin de vie. Mais il est considéré que ce n’est pas le cas. Les moyens légitimes sont donc plus limités : dans la règle du double effet on considère :
                          - Si l’intensité de la souffrance exige absolument une action.
                          - ET si le pronostic désastreux permet de relativiser le risque pris.

                          Pour aller plus loin il faudrait l’accord du malade.

                          Bien à vous,

                          M.C.


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                          • La confusion mentale Le 16 mai à 14:26

                            Pas tout à fait. Mais cela ramène la discussion à un seul point ;

                            Mon erreur est de croire ou d’avoir cru en l’inocuïté de la sédation, réversible et ajustable sans risque létal majeur, ce qui permet de l’envisager en dehors d’une situation de fin de vie. Dans cette optique, il me semblait que la sédation profonde ne présentait pas plus de risque tout en présentant la possibilité d’un bénéfice supérieur, et était donc supérieure aux autres options.

                            S’il n’en est rien, le dernier point ne concerne plus ce cas particulier, mais le cas général : si la sédation profonde ne peut être envisagée que dans les cas de fin de vie, comment envisager de la proposer aux dépressifs suicidaires, aux malade en voie de guérison mais sujets à de fortes douleurs, etc ?


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                            • La confusion mentale Le 16 mai à 14:56 , par Michel

                              rebonjour, Un autre.

                              Ce qui ne va pas dans votre raisonnement, c’est qu’il ne tient pas compte de l’objectif affiché par l’équipe médicale et l’entourage : il s’agit de permettre une sortie de la confusion et une réautonomisation. Nous n’avons aucun moyen de dire si cet objectif est réaliste, nous devons donc le prendre tel quel.

                              Et relativement à cet objectif, l’administration d’un psychotrope à un malade confus est la dernière chose à faire. C’est d’autant plus inapproprié que les états confusionnels ont un effet plutôt protecteur sur l’angoisse. Du coup le risque est plus grand que vous ne pensez, le bénéfice moins grand que vous ne pensez, et le pronostic moins mauvais que vous ne pensez. On raisonnerait autrement si on désespérait d’améliorer la situation du malade.

                              Il n’y a aucune raison de réserver la sédation aux situations de fin de vie, heureusement. Mais nous avons ici affaire à une confusion mentale, ce qui fait toute la réticence. Supposez le même malade, avec la même pathologie de fond, mais non confus, et qui aurait besoin d’une ventilation mécanique en réanimation : c’est sans états d’âme qu’on le sédaterait pour lui faire passer ce mauvais moment.

                              Bien à vous,

                              M.C.


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                              • La confusion mentale Le 16 mai à 16:37

                                Il s’agit de permettre une sortie de la confusion et une réautonomisation.
                                Nous n’avons aucun moyen de dire si cet objectif est réaliste, nous devons donc le prendre tel quel.

                                Oui. J’imagine bien ne pas avoir accès à l’évaluation du risque et du bénéfice. L’administration d’un psychotrope à un malade confus est la dernière chose à faire, je veux bien l’imaginer aussi, mais est-ce tenable très longtemps pour un malade qui n’est pas en fin de vie mais qui souffre d’angoisse et de confusion qui pourraient tout aussi bien augmenter l’angoisse ou tout au moins l’inconfort ?


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                                • La confusion mentale Le 16 mai à 17:25 , par Michel

                                  Et faute de connaître le cas nous sommes démunis pour penser plus loin. Les médecins en charge de ce malade considèrent que la meilleure option est de laisser la confusion suivre son cours, au lieu de prendre le risque d’une intervention intempestive, avec le risque d’aggraver, voire de chroniciser la confusion.

                                  J’ai tendance à leur faire crédit, car le plus souvent les médecins, et ils sont nombreux, qui ignorent ce qu’est une confusion n’ont rien de plus pressé que d’inonder le patient de n’importe quel psychotrope : ce sont des malades remuants, et la paix du service est à ce prix. Eux, au moins, ont compris qu’il vaut mieux patienter. La suite leur donnera-t-elle raison ? C’est une autre affaire. Tout ce que je peux dire est que, placé dans la même situation, j’aurais probablement fait la même chose...

                                  Bien à vous,

                                  M.C.


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  • Bonjour Monsieur,

    J’ai lu avec d’autant plus d’intérêt votre article que mon père (bientôt 87 ans) est depuis le début de l’année une personne confuse. Son état confusionnel s’est installé à la Noël en quelques semaines, voire quelques jours. Au début, il m’a dit : "Je sens que je vais bientôt mourir et je deviens fou."
    Dialysé depuis sept ans, il s’est affaibli au cours de l’hiver et ne remonte pas la pente. Étant en dialyse trois fois par semaine, il est bien sûr suivi de très près médicalement, et il a eu une consultation gériatrique fin février. Son état confusionnel a été clairement diagnostiqué, mais il semble que rien ne puisse être fait.
    Son médecin néphrologue parle de "glissement". Pour elle, la perte des fonctions supérieures, de l’autonomie est le signe d’une fin prochaine. Pourtant, mon père se caractérise par un refus obstiné de la mort. Il semble qu’il ne puisse pas intégrer dans son psychisme la perspective de sa propre fin. Ainsi, il réitère à chaque fois sa volonté de poursuivre la dialyse, alors qu’il est à ce point affaibli qu’il y est amené en brancard. Les dialyses se déroulent bien, sans complications, et il n’a pas d’autre pathologie.
    J’en viens à ma question : quelle conduite tenir face à une personne âgée, en fin de vie, qui résiste de ses toutes forces à à la mort ?
    Car une telle attitude à de graves répercussions sur son entourage, d’autant plus graves dans le cas présent que cet entourage se limite à ma mère (85 ans), personne fragile psychologiquement (angoisse, dépression), à moi et à mon frère, qui est moins impliqué que moi dans ces problèmes.
    Mon père s’accroche à nous, comme s’il cherchait à se ressourcer à notre vitalité. Si je dors chez mes parents, il peut passer une partie de la nuit, assis au bord de son lit, refusant de s’allonger et de se laisser aller au sommeil de peur que ce soit son dernier sommeil. Il m’appelle alors, ou ma mère, se plaint de ne plus pouvoir respirer, demande de l’oxygène, de l’eau, que je le laisse vivre, s’offusque si je lui dis que je n’ai pas le pouvoir de le raccrocher à la vie, m’insulte. A bout de nerf, j’en viens à commettre des gestes regrettables, comme de le gifler.
    Je manque de compassion : malgré son état confusionnel, je retrouve son caractère, que je n’aime pas, comme l’égoïsme. Il estime que nous devons nous mettre à son service, sans égard pour l’épuisement de ma mère. Là, j’ai l’impression que son vœu le plus cher serait que je meure à sa place.
    Son médecin néphrologue m’a confirmé que sa prise en charge avait été très éprouvante pour l’équipe médicale ; il assimile la dialyse à une perte de contrôle de sa propre existence ; il a du coup très mal vécu la dépendance vis-à-vis des médecins, face auxquels il s’est souvent montré suspicieux et parfois odieux. De mon côté aussi, j’ai cru déceler chez lui depuis longtemps des tendances paranoïaques.
    Bref, ce descriptif contredit la vision idéale de la personne en vie, qui accepte courageusement son sort, manifeste de la reconnaissance vis-à-vis de ceux qui l’assistent dans cette circonstance, rassérénée par l’amour sans faille de ses proches.
    Je ne sais pas s’il est possible d’apporter une réponse à la question posée. Ma contribution avait d’abord comme but de clarifier pour moi-même la situation dans tous ses aspects, y compris les plus négatifs. Tant mieux, si cela peut donner lieu à des échanges.


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    • Bonjour, Olivier.

      Vous savez déjà que la question que vous posez est la pire qui soit. D’ailleurs si vous ne le saviez pas vous ne l’auriez pas posée. C’est la pire qui soit pour de multiples raisons, mais la principale est que, quoi que nous en disions, nous allons devoir toucher à rien moins qu’au mystère des êtres.

      Faisons d’abord un peu de médecine.

      Votre père a 87 ans. Il nous faut d’abord examiner quel est son état intellectuel. Je veux dire que la démence touche un bon tiers des personnes de cet âge, et que cette démence passe le plus souvent inaperçue (car il y a des mécanismes de compensation qui permettent de sauver les apparences pendant très longtemps). Du coup quand, à l’occasion de tel ou tel événement, la situation se décompense, elle donne l’impression d’être brutale alors qu’elle couvait depuis des années. Ainsi brûlent les charpentes des églises. C’est important car quand un patient entre en confusion on sait que dans la moitié des cas au moins il y a une démence dessous. Quand un malade confuse il faut :
      - Dans l’immédiat s’acharner à trouver une cause curable à cette confusion.
      - A tête reposée, quand la confusion a guéri, faire un bilan cognitif.
      Le problème est que si on fait ce bilan pendant que l’état confusionnel persiste, on s’expose à dire n’importe quoi.

      L’autre problème est que votre père vous a dit quelque chose : « Je sens que je vais bientôt mourir et je deviens fou. ». Il est donc conscient de son trouble, ce qui est un signe essentiel de confusion mentale. Mais cela ne nous aide pas à interpréter ce qu’il dit : ce peut être une simple manifestation de panique, mais il faut garder en tête que, quand il s’agit des choses essentielles de la vie et de la mort le dément n’est plus du tout dément. Je n’oublierai jamais cette soirée où j’ai été appelé pour faire taire une patiente qui criait. Elle répétait : « Je l’entends ! Je l’entends ! Je l’entends. - Qu’est-ce que vous entendez, Madame ? - Ma mort qui vient ». Elle a cessé de crier immédiatement ; elle ne présentait aucun symptôme, elle est décédée dans la nuit.

      Donc nous ne savons pas :
      - Quel est son état cognitif de base.
      - Quelle est la cause de sa confusion (je suppose que c’en est une), ce qui est banal : dans la moitié des cas on est persuadé qu’il y a une cause et on ne la trouve pas.
      - Dans quelle mesure c’est la perspective de la mort qui cause la confusion. Cela se peut, c’est même assez fréquent : l’angoisse de mort est terrible, et la confusion est un moyen de prendre un peu de champ face à elle. L’erreur fréquente est de sauter inconsidérément sur cette interprétation, passant à côté d’une cause organique curable, qu’il faut au contraire s’astreindre à rechercher.

      Le syndrome de glissement est une entité spécifiquement française ; il y en a (comme les insuffisances de la vésicule biliaire), autant dire qu’il faut être très réservé sur son existence ; le plus probable est qu’il s’agit en réalité d’une forme particulière de dépression. Toujours est-il que sa définition est très précise : il s’agit d’un patient qui a présenté une pathologie aiguë, souvent grave, qui en a guéri, et qui dans les suites se met à se replier sur lui, à refuser de manger, qui présente un arrêt du transit et qui meurt en quelques semaines dans à peu près 100% des cas. Les seuls succès sont obtenus avec les électrochocs. Autant dire que ce terme de « glissement » doit être réservé à des situations très particulières, et qu’il est le plus souvent employé imprudemment pour désigner des situations qui échappent parce qu’on ne les a pas comprises (et Dieu sait si en gériatrie il n’est pas si fréquent qu’on puisse se flatter de comprendre réellement ce qui se passe).

      Toujours est-il que ça va mal, et que, même si elle se trompe probablement de diagnostic, la néphrologue se ne trompe probablement pas de pronostic.

      Pourtant, mon père se caractérise par un refus obstiné de la mort. Il semble qu’il ne puisse pas intégrer dans son psychisme la perspective de sa propre fin. Ainsi, il réitère à chaque fois sa volonté de poursuivre la dialyse, alors qu’il est à ce point affaibli qu’il y est amené en brancard. Les dialyses se déroulent bien, sans complications, et il n’a pas d’autre pathologie.

      Il serait intéressant d’en parler avec un psychologue habitué aux malades sous dialyse. Mais vu de ma fenêtre je suppose bien que le fait d’être dépendant pour sa vie d’un traitement lourd et répétitif change quelque chose à la perception qu’on a de sa propre finitude. Pour ma part je ne sais pas si j’accepterais d’être dialysé à 80 ans ; mais si je l’avais acceptée je crois qu’il me serait très difficile de décider d’y mettre un terme.

      J’en viens à ma question : quelle conduite tenir face à une personne âgée, en fin de vie, qui résiste de ses toutes forces à la mort ?

      C’est bien là que nous en venons au mystère des êtres : c’est sa vie, c’est sa mort, nous ne savons rien de son cheminement de ces dernières années, et sauf à montrer que l’intervention d’un psychologue permettrait de l’aider dans ce cheminement, il n’y a rien à en dire.

      Car une telle attitude a de graves répercussions sur son entourage, d’autant plus graves dans le cas présent que cet entourage se limite à ma mère (85 ans), personne fragile psychologiquement (angoisse, dépression), à moi et à mon frère, qui est moins impliqué que moi dans ces problèmes.

      Et vous en payez le prix.

      La mauvaise nouvelle, c’est qu’il existe une règle éthique majeure : le malade est le malade, et c’est lui qu’on soigne. Je dois tenir le plus grand compte de ce que la famille vit, la prise en charge de la famille fait partie de mes obligations. Mais en aucun cas je ne suis autorisé à donner au malade un traitement dont il n’a pas besoin, ou dont il ne veut pas, au motif que son entourage aurait besoin qu’il le prenne. Au moment où je décide des soins que je prodigue au malade je ne dois considérer que sa souffrance. Bien entendu, si le plan de soins imposait à la famille une charge démesurée, il faudrait bien que j’en tienne compte. Mais c’est là une question de tactique ; et aucune considération tactique ne pourrait justifier que je pousse le malade vers la sortie. C’est notre cas ici.

      Mais en fait nous parlons d’autre chose. Et cet autre chose est à considérer. C’est que vous n’en pouvez plus. Et là je dois prendre le contre-pied de ce que je viens de vous dire.

      Car si je ne peux en aucun cas décider de mes soins au malade en fonction de vos besoins, je ne peux pas davantage vous impliquer dans ces soins à votre détriment. Si la vieille dame refuse d’entrer en institution alors que vous voulez qu’elle y entre, je dois m’opposer à ce qu’elle y soit mise de force. Mais si la condition pour qu’elle reste chez elle est que vous soyez son esclave, je dois vous recommander de cesser votre aide. Ou bien la vieille dame est capable de décider pour elle-même, et alors il m’appartient de la raisonner ; ou bien elle n’en est pas capable et je dois alerter les autorités.

      Et là vous n’en pouvez plus.

      Je me souviens que l’un de mes maîtres, à qui je demandais : « Quand faut-il décider d’hospitaliser un malade qui délire ? » m’avait répondu : « Quand vous commencez à vous demander si son délire ne comporterait pas une part de vérité ». Il me disait par là que les troubles psychiatriques ont quelque chose de contagieux.

      Quand vous lui dites que vous n’avez pas le pouvoir de le raccrocher à la vie, vous entrez dans son délire, car la question ne se pose même pas. Quand vous ne pouvez plus répondre à sa violence que par la vôtre, vous entrez aussi dans son mécanisme. Quand vous vous accusez de manquer de compassion, vous ne faites que reproduire ce qu’il vous dit. Quand vous dites : j’ai l’impression que son vœu le plus cher serait que je meure à sa place, vous vous faites aspirer par sa fin de vie. Quand vous parlez de ces tendances paranoïaques (et je parierais volontiers que vous voyez juste), vous ressentez une sorte de fascination.

      Cet obscurcissement de votre jugement n’a qu’une cause : vous arrivez à un point de rupture personnel. Et il est impératif de vous mettre en sécurité.

      Facile à dire, n’est-ce pas ? D’autant que si vous décidez, comme je vous y engage, de limiter votre implication, il ne faudrait pas que cela retombe sur votre mère. Mais il vous faut y penser. Avez-vous un soutien psychologique personnel ?

      Bien à vous,

      M.C.


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      • Bonjour,

        Il est confus, ses dialyses se passent bien, il ne veut pas mourir... Quel est le problème hormis ses relations avec les soignants et sa famille ?
        - Qu’il ne soit pas la personne qui va mourir en acceptant courageusement son sort ? Cette vision n’est pas très réaliste.
        - Qu’il ne soit pas dément et pris en charge pour cela ? C’est peut-être une solution.

        Mais limiter votre implication, oui, cela fera augmenter son angoisse, car il a besoin de vous... démesurément besoin de vous, c’est ce qu’il dit par son délire. Pourquoi ne pas tenter une négociation : qu’il puisse compter sur vous à condition qu’il le rende possible, en lui montrant que vous pouvez aussi limiter votre implication, et donc en la limitant quantitativement et de façon stricte. Ce n’est pas très généreux vis-à-vis de quelqu’un qui n’a pas le choix, mais est-ce que cela fonctionnerait ?


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        • Bonjour, Un Autre.

          Je crois malheureusement qu’il faut être plus circonspect. Trois détails pour expliquer cet appel à la prudence.

          Mais limiter votre implication, oui, cela fera augmenter son angoisse
          . Nous n’en savons absolument rien. C’est possible, vraisemblable, probable, mais nous ne le savons pas, et cela pourrait tout aussi bien être le contraire. Cette situation me fait penser (et Dieu sait si, surtout en psychologie, comparaison n’est pas raison), à la situation de l’enfant-roi, dont la tyrannie dit surtout l’angoisse, et qu’on calme en le cadrant.

          car il a besoin de vous... démesurément besoin de vous, c’est ce qu’il dit par son délire. C’est ce que je pense aussi. Mais je ne le dirais certainement pas sans avoir assisté à la situation. Il est toujours dangereux d’interpréter la parole d’un malade ; quand il s’agit d’une parole ou d’un comportement qu’on nous rapporte, l’imprudence devient témérité.

          Pourquoi ne pas tenter une négociation ? Là, par contre, la réponse est simple : l’état de confusion mentale rend illusoire toute tentative de négociation, car celle-ci supposerait que le sujet confus puisse inscrire sa stratégie dans le temps, ce que, presque par définition, il ne sait plus faire.

          Bien à vous,

          M.C.


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          • Bonjour Michel,
            Bien sûr il faut être plus circonspect. Ce que je veux dire est que l’entourage familial ou médical ne peut reprocher à un malade de refuser de mourir, mais seulement lui reprocher ce qu’il exige de son entourage. Ce qui sous-entend que le malade soit encore suffisamment lucide pour que le reproche soit légitime. Y a-t-il des prises en charge médicamenteuses du malade dans un tel état, dans l’attente ou à défaut d’en connaître la cause ?


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            • Bonjour, Un autre.

              Je crois que les choses sont plus simples que cela.

              Notre correspondant n’est certainement pas dupe de ses propres mots, et personne ne reproche au malade de « refuser de mourir » ; il s’agit davantage de se demander comment on peut l’amener à accepter sa propre finitude (mais je dirais que nous sommes ici dans la phase de colère décrite par Kübler-Ross, et j’ai eu l’occasion d’écrire que la condition pour que le malade vous reproche d’être coupable de sa mort est, précisément, qu’il ait compris qu’il est devant sa mort).

              Mais il ne reproche pas davantage à son père ses exigences démesurées : il sait parfaitement qu’il n’y aurait pas de sens à reprocher quoi que ce soit à un malade confus.

              Ce dont il nous parle, c’est de son épuisement. Et là nous avons d’autres questions à nous poser…

              Il n’y a pas de prise en charge médicamenteuse, du moins tant qu’on n’a pas élucidé le mécanisme de la confusion. En particulier tous les psychotropes auront pour effet d’aggraver la confusion ; autant dire que ce seraient des pis-aller dont l’utilisation supposerait que la situation soit devenue incontrôlable.

              Bien à vous,

              M.C.


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              • Justement, se demander comment on peut l’amener à accepter sa propre finitude me semble faire l’hypothèse d’une lucidité non moins forte que celle nécessaire à une négociation. De plus, l’existence d’une phase de colère n’est qu’une hypothèse assez évidente, mais rien ne garantit le passage à d’autres phases, ni l’ordre de passage. Le refus n’est-il pas un élément constitutif et permanent du caractère de certaines personnes devant la mort, même lucides.


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                • Et c’est pourquoi nous sommes démunis : il n’y a rien d’envisageable tant que le malade est confus. La seule issue serait de parier sur une confusion purement psychogène (ce que rien ne prouve), et de faire intervenir un psychologue suffisamment ferré pour aider le malade à reprendre pied. Pour ma part je n’y suis jamais arrivé.

                  Bien à vous,

                  M.C.


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      • Bonjour,

        Je vous suis reconnaissant de m’avoir répondu et de votre réponse. Il est rare, je trouve, d’échanger avec un médecin qui ne se situe pas uniquement sur un plan médical mais intègre dans son approche « le mystère des êtres ».
        Je retiens votre conseil de limiter mon implication, et je reconnais aisément être au bord de la rupture et l’obscurcissement de mon jugement. Aussi ai-je pris contact avec un psy et recueilli l’avis de professionnels pour renforcer les aides à domicile chez mes parents.
        Sur l’aspect médical, ce qu’il y aurait lieu de faire, comme de chercher une cause organique à l’état confusionnel de mon père, je ne peux bien sûr pas suggérer à son médecin de faire ceci ou cela. Je dois cependant reconnaître qu’elle avait évoqué la possibilité d’hospitaliser mon père temporairement pour faire des examens complémentaires. J’avais refusé car mes parents sont l’un et l’autre des personnes très fragiles psychologiquement ; selon moi, ils ont tenu dans la vie, car ils ont pu tant bien que mal apaiser l’un l’autre leurs angoisses respectives. Une séparation aurait eu des conséquences néfastes.
        J’en ai eu la preuve il y a trois ans ; mon père avait été hospitalisé pour un banal fécalome ; cela avait eu pour effet de plonger ma mère dans un état d’angoisse extrême au point de paraître folle. Pendant cette période, elle s’était en effet rendue à une consultation mémoire ; le médecin gériatre qui l’avait évaluée m’avait convoqué en urgence ; selon elle, ma mère souffrait d’une maladie neurodégénérative, « très bien compensée, qui évoluait depuis un certain temps », et suffisamment avancée pour déconseiller formellement de laisser ma mère seule à son domicile. Hospitalisée le jour même dans un service de médecine aiguë, les deux médecins qui s’étaient relayés à son chevet m’appelaient le soir afin de comprendre l’enchaînement des faits qui avait conduit ma mère dans leur service, où elle n’avait rien à faire, bien qu’ils aient constaté des troubles cognitifs mineurs. Des investigations ultérieures n’ont pas abouti à un diagnostic certain, le médecin m’ayant seulement parlé d’une angoisse très forte et de « problèmes de mémoire qui ne peuvent s’expliquer seulement par l’âge », mais qui, selon moi, peuvent peut-être s’expliquer par l’anxiété. Et, au bout de trois ans, je n’ai pas constaté de notables dégradations de son état cognitif. De son côté, mon père avait beaucoup souffert moralement de son hospitalisation.
        Bref, la séparation avait bousculé leur fragile équilibre psychique. Et c’est ce qui se passe aujourd’hui : la perte des fonctions supérieures de mon père prive ma mère de son principal appui psychique, provoquant une montée de l’angoisse : cela frappe toute personne la côtoyant, professionnel ou non.
        Sans être des malades psychiatriques, mes parents sont tout de même un peu « fous » : j’ai parlé dans mon précédent message des tendances paranoïaques de mon père (à distinguer d’une authentique psychose paranoïaque) ; quant à ma mère, elle a été suivie pendant trente ans par un psychiatre pour son angoisse et sa dépression chronique.
        Ce tableau me laisse assez pessimiste sur les chances de succès de mes démarches, car ma mère ne m’aide pas ; elle a une attitude tout à fait négative : quand je lui dis que mon père l’entraîne dans sa chute, elle me répond que c’est tant mieux car elle ne souhaite pas lui survivre ; quand je lui dis que l’aide que nous essayons de leur apporter, mon frère et moi, nous met en danger nous même, elle me répond qu’elle ne nous a rien demandé. Quand un professionnel de la mairie se rend à son domicile pour faire le point sur la situation, demande d’augmenter les aides, car, sans cela, tout le monde se retrouvera à l’hôpital : elle, mon père et moi-même, elle acquiesce, mais, dès que la personne est partie, dit que les aides supplémentaires demandées sont inutiles. Elle a pourtant pu constater que l’intervention de l’auxiliaire de vie qui fait la toilette de mon père le matin lui est bénéfique à elle aussi en permettant de diluer un peu son angoisse par sa présence rassurante. Manifestement, ma mère présente un jugement encore plus obscurci que le mien, du fait de l’épuisement, mais aussi de sa problématique personnelle.
        Dans votre réponse, vous écrivez : « Ou bien la vieille dame est capable de décider pour elle-même, et alors il m’appartient de la raisonner ; ou bien elle n’en est pas capable et je dois alerter les autorités. » Ici, la vieille dame est capable d’interagir normalement avec ses interlocuteurs, comme les médecins ou la personne de la mairie ; tout le monde le constate, mais est-elle capable de décider pour elle-même ? Les aides classiquement proposées pour permettre le maintien à domicile d’une personne âgée en perte d’autonomie (mon père) sont pertinentes lorsque cette dernière et/ou son aidant principal (ma mère) est un minimum sensé. Ce n’est pas le cas de mes parents. Quand et comment doit-on alerter les autorités ?
        Je pose ces questions et je ne sais pas si elles sont justes ou le fruit de l’obscurcissement de mon jugement.


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        • Bonjour Olivier.

          Je suis à la fois heureux et embarrassé : heureux car je crois que vous m’avez compris. Embarrassé parce que, précisément, la conséquence est que, si du moins nous nous en tenons à cette vision très précise et exigeante de la nécessaire réflexion, je ne vais pas pouvoir vous dire grand-chose.

          Oui, vous êtes au bord de la rupture ; pour une fois je parlerais de burn out (je déteste cette expression).

          Comme vous le soulignez vous ne pouvez guère donner des leçons aux médecins. C’est d’autant plus regrettable que nous parlons de confusion mentale. Or il faut savoir que la confusion mentale est très mal connue de nombreux médecins, surtout des jeunes. C’est l’une des conséquences de la tyrannie intellectuelle exercée depuis une trentaine d’années par la psychiatrie américaine, et qui a détruit le bagage intellectuel (déjà pas si épais, s’agissant de la psychiatrie) des médecins français. On ne sait plus faire le diagnostic, pourtant précis, de confusion mentale, on en parle à tort et à travers, et on ne sait plus rechercher les causes organiques. Rassurez-vous : j’exagère ; mais pas tant que cela.

          Par ailleurs, vous avez raison : rechercher les causes de confusion, c’est quitte ou double. Car cela suppose une hospitalisation, et cette hospitalisation est elle-même un terrible facteur de risque, pour votre père mais aussi pour votre mère ; et ce risque est à comparer à la faible probabilité, si on explore, de trouver une cause, et à la probabilité encore plus faible de trouver une cause sur laquelle on pourrait agir utilement. De sorte que votre refus de le faire était probablement très réaliste. C’est dire combien ces choses sont difficiles.

          Très difficile aussi est de se faire une idée de l’état de votre mère. Et je m’en garderai bien, ne l’ayant pas vue :

          le médecin gériatre qui l’avait évaluée m’avait convoqué en urgence ; selon elle, ma mère souffrait d’une maladie neurodégénérative, « très bien compensée, qui évoluait depuis un certain temps », et suffisamment avancée pour déconseiller formellement de laisser ma mère seule à son domicile.

          Bref, une démence. C’est hautement probable.

          Des investigations ultérieures n’ont pas abouti à un diagnostic certain, le médecin m’ayant seulement parlé d’une angoisse très forte et de « problèmes de mémoire qui ne peuvent s’expliquer seulement par l’âge »,

          Vous avez zappé une information importante. Certes l’angoisse suffit à expliquer ce que vous avez observé. Mais le médecin vous a bien dit que les problèmes de mémoire ne peuvent s’expliquer seulement par l’âge. Cette litote signifie que le médecin pense lui aussi à une démence.

          mais qui, selon moi, peuvent peut-être s’expliquer par l’anxiété. Et, au bout de trois ans, je n’ai pas constaté de notables dégradations de son état cognitif.

          Et je ne peux rien dire. Il est fréquent que l’entourage soit très mauvais juge. Il est fréquent qu’il ait raison.

          De son côté, mon père avait beaucoup souffert moralement de son hospitalisation.
          Bref, la séparation avait bousculé leur fragile équilibre psychique. Et c’est ce qui se passe aujourd’hui : la perte des fonctions supérieures de mon père prive ma mère de son principal appui psychique, provoquant une montée de l’angoisse : cela frappe toute personne la côtoyant, professionnel ou non.

          C’est parfaitement juste. Quelle que soit l’explication qu’on donne de cet état de choses, l’équilibre est précaire et délicat, et il faut être très prudent avant d’y toucher. L’immense difficulté est que c’est la vie qui est en train d’y toucher.

          Ce tableau me laisse assez pessimiste sur les chances de succès de mes démarches, car ma mère ne m’aide pas ; elle a une attitude tout à fait négative : quand je lui dis que mon père l’entraîne dans sa chute, elle me répond que c’est tant mieux car elle ne souhaite pas lui survivre ; quand je lui dis que l’aide que nous essayons de leur apporter, mon frère et moi, nous met en danger nous même, elle me répond qu’elle ne nous a rien demandé. Quand un professionnel de la mairie se rend à son domicile pour faire le point sur la situation, demande d’augmenter les aides, car, sans cela, tout le monde se retrouvera à l’hôpital : elle, mon père et moi-même, elle acquiesce, mais, dès que la personne est partie, dit que les aides supplémentaires demandées sont inutiles. Elle a pourtant pu constater que l’intervention de l’auxiliaire de vie qui fait la toilette de mon père le matin lui est bénéfique à elle aussi en permettant de diluer un peu son angoisse par sa présence rassurante. Manifestement, ma mère présente un jugement encore plus obscurci que le mien, du fait de l’épuisement, mais aussi de sa problématique personnelle.

          Comme c’est juste !

          Votre mère est libre de décider qu’elle veut suivre votre père. À condition d’être sûr qu’il ne s’agit pas d’une rodomontade. Ce qui m’importe c’est que, mine de rien, vous lui démontrez que les aides à domicile sont efficaces, et vous ne dites pas qu’elle les met à la porte. Tout de même, c’est bien agréable de bénéficier des aides à domicile, surtout si pour le même prix on peut vous reprocher de les avoir mises en place.

          Quand et comment doit-on alerter les autorités ?

          Mon pauvre !

          Quand il a fallu décider que nous laisserions mes parents dans leur maison, nous avons jugé que je pouvais intervenir en deux heures, et que s’ils faisaient sauter la maison il n’y avait pas de voisins. La suite a été que rien ne s’est produit, et que mes parents ont pu vivre chez eux. Mais cela ne me donne-t-il raison ? En aucun cas. Prétendre cela reviendrait à dire qu’on a raison de jouer au loto parce que parfois on gagne.

          Bien à vous,

          M.C.


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  • La confusion mentale Le 2 avril à 00:13 , par ledieu catherine

    bonsoir ,j’ai une maman âgée de 90 ans qui réside a 700 kms de chez moi , hors depuis 8 jours quand je la contacte au téléphone ,elle semble perdue j’ai beaucoup de mal a comprendre tellement elle a la voix pâteuse de plus ,elle dit des choses (vraies ou fausses ) son petit-fils lui aurait volé son argent et elle en aurait peur ,elle dit qu’elle a beaucoup de malaises et qu’en tombant son visage est traumatisé , cette situation a empiré très vite ,je ne sais pas quoi faire ,la distance met un frein a mes agissements je suis âgée de 68 ans et de santé très précaire ,a qui m’adresser ,que faire j’ai peur pour ma mère elle parle de suicide ,pouvez-vous me donner quelques renseignements pour décanter cette situation surtout existe t-il des professionnels que je puisse contacter . Votre réponse sera vraiment un bonheur pour moi ,démunie face à la maladie merci beaucoup . Cordialement Catherine


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    • La confusion mentale Le 2 avril à 12:40 , par Michel

      Bonjour, Catherine.

      Je ne vais pas me risquer à vous dire ce qui se passe. Mais sur ce qu’il faut faire je n’ai pas une hésitation.

      Car vous rapportez l’histoire d’une dégradation somme toute récente et rapide, avec des troubles intellectuels et une amorce de trouble de la conscience.

      Il est très possible que cette dégradation ne soit récente qu’en apparence : ce qui est brutal ce n’est pas sa dégradation, c’est votre prise de conscience. Mais si c’est le cas, alors il est sans doute grand temps d’intervenir.

      Mais il y a une autre hypothèse, bien sûr : c’est que depuis une semaine il est effectivement en train de se passer quelque chose. Le choix est terriblement vaste :
      - Traitement introduit depuis peu et mal toléré.
      - Erreur de prise médicamenteuse.
      - Autres intoxications.
      - Dépression.
      - Fièvre.
      - Infection respiratoire avec trouble d’oxygénation.
      - Déshydratation.
      Et j’en passe.

      Mais quelle que soit l’hypothèse elle demande une vérification en urgence. Le plus simple est de contacter le médecin traitant.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La confusion mentale Le 27 février à 13:14 , par Catherine M.

    Bonjour docteur,
    Mon père (84 ans cette année) a subi en mars 2018 une intervention visant à lui poser un Sten (il souffre d’artérite des membres inférieurs aggravée d’un ulcère diabétique). L’opération a échoué au prétexte qu’il ne supportait pas l’opération (le chirurgien n’avait pas consulté son dossier stipulant qu’il souffre d’extrasystole). Puis il a été hospitalisé en avril 15 jours pour un érysipèle. L’hôpital l’a pour autant fait sortir en état de dénutrition sévère. Se nourrir est devenu compliqué, d’autant qu’il vomissait. Progressivement, il est devenu déprimé, désorienté par rapport au jour, l’heure... En septembre, il a souffert d’une infection urinaire. Ses symptômes de dénutrition se sont aggravés avec une déshydratation. J’ai fait venir un gériatre en novembre qui m’a dit que l’état des personnes âgées s’envenimait pas pallier, qu’il était confus et désorienté dû à un démence vasculaire et qu’en dessous de 200 ml, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Et là, malgré mes alertes auprès de son médecin traitant et dudit gériatre, il ne fallait pas s’inquiétait. C’était dans l’ordre des choses et qu’il fallait insister pour qu’il se nourrisse et surtout, boive. Résultat, il a été hospitalisé début février car son ulcère diabétique se nécrosait. avec une clairance des reins à 18 qui est remonté à 60, 4 jours après. Les médecins n’ont pas voulu l’opérer alors que sa jambe n’est quasi plus vascularisée au prétexte d’un facteur risque trop élevé. Les aides-soignantes ne l’alimentaient plus non plus au prétexte qu’il refusait et que c’était sa volonté. Ils ont tenté la sonde gastrique qu’il a retirée (il est en même temps sous morphine et Ipnovel). Depuis lundi 25 février, il est en soin à domicile. Ainsi, mon père est entré à l’hôpital quasi sur ses jambes et en ressort condamné. Son cerveau serait atrophié (il aurait fait par le passé des ICV). Mais lorsque je lui ai dit qu’il rentrait à la maison, il m’a dit que c’était une bonne nouvelle. Est-ce la réponse d’un homme dont le cerveau ne fonctionne plus ? Il dort quasi tout le temps mais n’y a-t-il pas une tentative de la dernière chance ? Merci d’avance


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    • La confusion mentale Le 4 mars à 12:29 , par Michel

      Bonjour, Catherine.

      Vous deviez bien penser qu’une situation aussi complexe ne peut se traiter par Internet. Il faut voir le patient, reconstituer toute l’histoire et se taire tant que ce n’est pas fait.

      Mais ce qui est certain c’est que les choses évoluent depuis un an.

      On partait d’une situation grave : une artériopathie diabétique avec un ulcère. Même parfaitement prise en charge il n’est pas fréquent que cela évolue correctement. Cela s’est aggravé, c’est malheureusement habituel.

      Je veux d’abord commenter quelques points :

      Mon père (84 ans cette année) a subi en mars 2018 une intervention visant à lui poser un Sten (il souffre d’artérite des membres inférieurs aggravée d’un ulcère diabétique). L’opération a échoué au prétexte qu’il ne supportait pas l’opération (le chirurgien n’avait pas consulté son dossier stipulant qu’il souffre d’extrasystoles).

      J’ai du mal à y croire. D’abord parce que la pose d’un stent artériel est un geste facile, et que je ne saisis pas pourquoi on aurait dû y renoncer ; surtout pour des extrasystoles, ce qui est tout de même une pathologie assez banale. Je passe sur le fait que le chirurgien vasculaire est en général un peu cardiologue, et qu’un cardiologue qui ne regarderait pas le dossier cardiologique serait un étrange cardiologue. Ce que je veux vous dire c’est que j’ai l’intuition qu’il s’est passé autre chose : il y a eu un incident qu’on vous a peut-être, pour faire simple, décrit comme des extrasystoles, mais qu’il s’est agi d’autre chose, et que l’état cardiaque de votre père est plus dégradé que vous ne pensez.

      Puis il a été hospitalisé en avril 15 jours pour une érysipèle.

      Et c’est grave : les ulcères chez le diabétique sont graves ; quand ce sont des ulcères artériels, c’est pire ; et quand ils s’infectent, il faut beaucoup de chance pour s’en sortir.

      L’hôpital l’a pour autant fait sortir en état de dénutrition sévère.

      Je peux le comprendre : soit parce que, dès ce moment, les médecins ont pensé que la situation devenait palliative ; soit parce que l’important était de faire le diagnostic de dénutrition. Les chiffres sont accablants : 50% des malades âgés hospitalisés sont dénutris quand ils arrivent, et cette dénutrition tend à s’aggraver au cours du séjour, quoi qu’on fasse. Je suis prêt à suivre un médecin qui aurait dit que le meilleur endroit pour traiter la dénutrition d’un malade est son domicile.

      Le temps passe, et les choses ne s’arrangent pas ; le gériatre intervient en novembre. C’est très tard (mais qu’y pouviez-vous ?). Et il dit :

      que l’état des personnes âgées s’envenimait pas pallier, qu’il était confus et désorienté dû à un démence vasculaire et qu’en dessous de 200 ml, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Et là, malgré mes alertes auprès de son médecin traitant et dudit gériatre, il ne fallait pas s’inquiétait. C’était dans l’ordre des choses et qu’il fallait insister pour qu’il se nourrisse et surtout, boive.

      Et ce sont des choses que j’aurais pu dire. Je l’aurais fait si j’étais arrivé à la conviction qu’il n’y avait plus grand-chose à faire, et que nous étions dans une situation où le mieux était d’accompagner le malade vers une fin inéluctable, au moins à moyen terme. Je vous aurais dit qu’il le fallait pas s’inquiéter de la déshydratation si j’avais estimé que l’alternative était de l’hospitaliser à chaque épisode, et que tout compte fait il valait mieux qu’il reste chez lui ; par ne pas s’inquiéter, j’aurais voulu dire, non pas que la situation n’était pas grave, mais qu’elle n’était pas désespérée à court terme.

      Mais que vous a dit le gériatre ?

      Il en va des gériatres comme de tous les médecins :
      - Il y a des gériatres incompétents.
      - Il y en a qui sont négligents.
      - Il y en a beaucoup plus qui ne savent pas, ou n’osent pas, ou ne veulent pas, parler clairement.
      - Mais le plus fréquent (pardonnez-moi) est qu’ils sont compétents, attentifs, communicants, mais que ce qu’ils ont à dire est si dur qu’on ne les entend pas. Ici vous me faites penser avant tout à un mal-entendu : le gériatre a cru parler clairement, sans voir que vous ne mettiez pas les mêmes mots sur les mêmes choses.

      Résultat, il a été hospitalisé début février car son ulcère diabétique se nécrosait, avec une clairance des reins à 18 qui est remonté à 60, 4 jours après. Les médecins n’ont pas voulu l’opérer alors que sa jambe n’est quasi plus vascularisée au prétexte d’un facteur risque trop élevé.

      Le problème est caractéristique : pour éviter cela il aurait fallu le maintenir en hospitalisation, faire l’impossible pour le remettre un peu en forme, et l’opérer à froid. Vu l’évolution, notamment intellectuelle, je comprends qu’on ait jugé que c’était là mission impossible, et que c’était infliger en pure perte au malade des souffrances et des inconforts inacceptables ; ce que je crois c’est que depuis un an les médecins se préoccupent surtout d’éviter l’acharnement thérapeutique ; je ne sais pas s’ils ont eu raison, mais je les comprends. Le seul problème est qu’on ne s’est pas assuré que vous l’aviez compris.

      Alors on n’a pas voulu l’opérer. C’est encore plus difficile. Personnellement j’aurais pu évoquer l’idée d’une opération, car certes, le risque opératoire était majeur, mais pas tellement plus majeur que le risque de l’abstention. Ce sont des combats que j’ai souvent menés, je crois que je les ai presque tous perdus, et dans le seul cas dont je me souvienne la suite m’a donné tort.

      Les aides-soignantes ne l’alimentaient plus non plus au prétexte qu’il refusait et que c’était sa volonté.

      Et il se pourrait bien qu’elles aient eu raison. Mais je n’en peux rien savoir.

      Ainsi, mon père est entré à l’hôpital quasi sur ses jambes et en ressort condamné.

      Je comprends que vous ayez cette impression. Mais… ce n’est qu’une impression : le vrai est que les choses sont compromises depuis très longtemps. Mon idée est que si le stent n’a pas pu être posé, c’est parce que dès ce moment on a jugé que la situation était trop grave ; le miracle est qu’elle ait duré un an.

      Son cerveau serait atrophié (il aurait fait par le passé des ICV). Mais lorsque je lui ai dit qu’il rentrait à la maison, il m’a dit que c’était une bonne nouvelle. Est-ce la réponse d’un homme dont le cerveau ne fonctionne plus ?

      Oui. Cela ne suffit nullement.

      Il dort quasi tout le temps mais n’y a-t-il pas une tentative de la dernière chance ?

      J’aimerais vous dire que oui, Catherine. Mais je n’y crois pas.

      Vous savez, la question de l’acharnement thérapeutique se pose exactement dans ces termes. Refuser l’acharnement thérapeutique, ce n’est pas refuser des soins qui n’ont aucune chance d’aboutir (ça, c’est du simple bon sens, et les médecins n’en manquent pas) ; c’est refuser des soins qui ont une chance d’aboutir, mais une chance si faible que, comparée aux tourments qu’on va infliger au malade, on pense qu’il vaut mieux ne pas la tenter.

      Et ce qui me rendrait le plus pessimiste, c’est la durée de l’évolution, cette lente évolution d’une pathologie qui, déjà, en elle-même, tend inéluctablement vers l’aggravation.

      Encore une fois, je n’ai rien vu. Mais si vous me demandez de porter un jugement (et vous avez tort de me demander cela), je suis prêt à dire que j’aurais fait, à peu près, la même chose.

      Bien à vous,

      M.C.


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    • La confusion mentale Le 18 mars à 14:35 , par Catherine M.

      Bonjour Docteur,
      Merci beaucoup pour votre réponse et le temps que vous m’avez accordé. Mon père s’est éteint le 1er mars. Nous avons encore le sentiment de ne pas avoir pris les bonnes décisions, notamment s’agissant du choix de l’encadrement médical et de l’hôpital. Ce sentiment de culpabilité que mon frère et moi-même partageons est insupportable. Mais votre message est d’une certaine manière réconfortant, nous ne sommes pas tout à fait responsables du décès de notre père. Pour autant, si on nous avez dit clairement que l’issue était inéluctable sur le long terme, nous aurions agi différemment et surtout, nous aurions profité encore plus de notre père, pour partager de bons moments au lieu de nous focaliser de manière obsessionnelle sur sa maladie. Nous n’avons pas voulu voir à quel point son état se détériorait, nous en avons pris conscience en constituant un album pour les obsèques, et les photos prises les derniers mois de sa vie ont été pour nous un électrochoc. Il nous faut maintenant faire notre deuil, dompter notre révolte et avancer, avec cette douleur immense et ce vide absolu que rien ne pourra jamais combler.
      En vous renouvelant mes remerciements.
      Sincères salutations


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      • La confusion mentale Le 18 mars à 23:02 , par Michel

        Bonsoir, Catherine.

        Je voudrais vous entourer d’un nuage d’affectueuse ironie.

        Vous éprouvez une épouvantable culpabilité. C’est un sentiment très pénible. Mais il faut vous souvenir que cette culpabilité est un élément du deuil normal, voyez http://www.michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article107. Le sentiment de culpabilité est une aide, non un ennemi ; et il passe en quelques semaines. Il faut seulement l’apprivoiser, composer avec lui ; et ne pas vous en laisser conter par lui.

        Alors, avec votre permission, je vais commencer.

        Nous avons encore le sentiment de ne pas avoir pris les bonnes décisions, notamment s’agissant du choix de l’encadrement médical et de l’hôpital.

        Et… vous vouliez prendre quoi, comme décisions ? Vous avez suivi les préconisations des médecins, vous ne pouviez pas faire autre chose. Aurait-il fallu le réhospitaliser ? Cela n’aurait servi à rien, et cela ne dépendait pas de vous. Aurait-il fallu au contraire le faire sortir plus tôt ? Comment auriez-vous fait ? Et comment auriez-vous organisé la prise en charge à domicile ?

        nous ne sommes pas tout à fait responsables du décès de notre père.

        Voyons Catherine… quelle aurait bien pu être votre responsabilité ? Êtes-vous donc coupable de ne pas avoir fait les diagnostics, de ne pas avoir mis au point les traitements ? Avez-vous refusé les soins proposés ? Aviez-vous les moyens d’en préconiser de meilleurs ? À quoi pensez-vous quand vous vous trouvez une responsabilité ?

        Pour autant, si on nous avait dit clairement que l’issue était inéluctable sur le long terme,

        Voilà qui n’a pas de sens, et vous le savez.

        J’ai 70 ans. J’entre dans une phase de la vie où l’issue est inéluctable sur le long terme. Je ne suis pas inquiet, d’ailleurs je m’en moque, mais quand j’éprouve une fatigue, une défaillance quelconque (j’en ai fort peu) je suis bien contraint de me demander si ce n’est pas une saleté qui rôde. Votre père avait 84 ans, il était atteint de pathologies importantes et multiples ; cela n’impliquait pas qu’il fût condamné à bref délai, mais vous saviez bien que sur le long terme (précisément) il risquait de se passer quelque chose. L’anomalie est que vous vous soyez fait des illusions. Mais… n’était-ce pas votre rôle de fille aimante que d’esquiver cette perspective terrifiante ? N’était-ce pas votre rôle que de vous faire des illusions ? Le déni est un mécanisme essentiel.

        Alors on ne vous a rien dit.

        Je vais prendre un pari.

        On ne vous a rien dit parce que c’était si évident qu’on n’a même pas imaginé que vous pouviez vous méprendre sur la gravité de la situation. C’est un malentendu d’une incroyable fréquence. D’ailleurs on ne vous a pas rien dit : il y a eu des paroles, des paroles de médecin. Mais vous étiez dans un tel état que vous ne les avez pas entendues. Vous n’imaginez pas à quel point c’est classique. Le médecin a eu la certitude qu’il vous avait parlé clairement ; mais il n’a pas vu que vous ne l’aviez pas compris.

        Mais… vous devriez vous sentir coupable de ne pas avoir compris, pas entendu ?

        Vous devriez être un peu plus indulgente à votre égard. Vous n’étiez pas en état de faire mieux.

        nous aurions agi différemment

        Je veux bien que vous m’expliquiez ce que vous auriez fait.

        et surtout, nous aurions profité encore plus de notre père,

        Je comprends cela. Mais c’est votre deuil qui commence ; ce regret, légitime, viendra bientôt prendre la place de la culpabilité.

        pour partager de bons moments au lieu de nous focaliser de manière obsessionnelle sur sa maladie. Nous n’avons pas voulu voir à quel point son état se détériorait, nous en avons pris conscience en constituant un album pour les obsèques, et les photos prises les derniers mois de sa vie ont été pour nous un électrochoc.

        Oui, Catherine. Mais c’est votre amour pour votre père qui vous a aveuglée. On fait comme on peut ; on partage ce qu’on peut. Et je ne doute pas que vous avez, en réalité, accompagné votre père avec tout ce que vous pouviez lui donner. Il ne pouvait pas espérer une aide plus précieuse.

        Il nous faut maintenant faire notre deuil, dompter notre révolte et avancer, avec cette douleur immense et ce vide absolu que rien ne pourra jamais combler.

        Je sais cela, et je sais combien c’est dur. Mais je sais aussi que vous êtes sur le bon chemin.

        Bien à vous,

        M.C.


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  • La confusion mentale Le 6 janvier à 10:54 , par Sarah Agami

    Bonjour
    je me permets de vous écrire car je suis tombée sur votre article en essayant de comprendre ce qu’il arrive à mon père. Il a 93 ans. Il souffre de quelques pathologies depuis des années et notamment une artérite. Il est assez diminué physiquement mais pas complètement dépendant. Depuis quelques temps, il semblait très déprimé. Il exprime à ma mère sa volonté de mourir. C’est ainsi que son généraliste l’a mis sous antidépresseur. Dans un premier temps, je trouvais que c’était une bonne idée. Mais depuis quelques jours, il est de plus en plus « confus » (il l’etait déjà un peu parfois). D’abord, il dort beaucoup plus, refuse parfois de se lever le matin. Ma mère me raconte que cette nuit, il s’est levé à 4h, s’est habillé mais ne savait pas trop où il était. De plus, il lui parlait la langue de son enfance. Je commence donc à me demander si ce n’est pas un effet des antidépresseurs. J’ai conseillé à ma mère de le lui donner le soir au lieu du matin en attendant de revoir le médecin. Ma mère pense qu’il vit ses derniers jours. De mon côté, je ne sais pas quoi penser. Et vous, qu’en pensez-vous ?
    merci.


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    • La confusion mentale Le 6 janvier à 15:50 , par Michel

      Bonjour, Sarah.

      Vous devez bien penser qu’il serait imprudent de ma part d’avoir un avis sur une telle situation. Je ne peux y réfléchir que dans l’absolu, et avec beaucoup de précautions. Mais au fil de votre message, voici ce que je peux me risquer à dire :

      Mon père a 93 ans. Il souffre de quelques pathologies depuis des années et notamment une artérite. Il est assez diminué physiquement mais pas complètement dépendant. Depuis quelques temps, il semblait très déprimé. Il exprime à ma mère sa volonté de mourir.

      C’est une situation assez classique. Et toute la difficulté est de savoir s’il s’agit d’une dépression. Les médecins sont form(at)és pour dire que tout désir de mort est toujours l’indice d’une dépression. Je comprends cela, mais je crois que c’est faux, et qu’il existe des gens qui ne sont pas plus déprimés que vous ou moi et qui pourtant souhaitent mourir ; et pour ma part je ne vois rien de surprenant à ce qu’un homme de 93 ans considère qu’il a suffisamment vécu, qu’il est, selon la belle expression de la Bible, « chargé d’ans et rassasié de jours ». C’est un problème de définition, dira-t-on ; mais pas seulement. Poser un diagnostic de dépression, cela sert surtout à prédire l’efficacité des antidépresseurs ; au point qu’on a pu à bon droit, comme il n’est pas facile de définir le concept de dépression, dire que c’est « la maladie qui est améliorée par les antidépresseurs. Ici je dirais que le diagnostic de dépression n’a rien d’une évidence.

      C’est ainsi que son généraliste l’a mis sous antidépresseur.

      Et il a bien fait, car le test aux antidépresseurs est le seul moyen de se tirer d’affaire.

      Dans un premier temps, je trouvais que c’était une bonne idée. Mais depuis quelques jours, il est de plus en plus « confus » (il l’était déjà un peu parfois). D’abord, il dort beaucoup plus, refuse parfois de se lever le matin. Ma mère me raconte que cette nuit, il s’est levé à 4h, s’est habillé mais ne savait pas trop où il était. De plus, il lui parlait la langue de son enfance. Je commence donc à me demander si ce n’est pas un effet des antidépresseurs.

      Et votre hypothèse est excellente. Mais toute la question est de comprendre la cause de cette confusion :
      - Effet indésirable de l’antidépresseur. C’est tout de même le plus probable.
      - Aggravation d’une confusion sous-jacente, par exemple à cause d’une démence passée inaperçue (c’est monnaie courante).
      - Confusion d’une autre nature survenant par hasard (déshydratation, infection, constipation… la liste est longue).
      - Etc.

      J’ai conseillé à ma mère de le lui donner le soir au lieu du matin en attendant de revoir le médecin.

      Certainement pas. C’est une urgence, non seulement parce que parmi les causes de confusion il y en a qui peuvent être dangereuses (imaginez par exemple une confusion satellite d’une infection urinaire), mais encore parce que de toute manière une confusion installée est beaucoup plus difficile à réduire qu’une confusion récente. Il faut consulter sans attendre.

      Ma mère pense qu’il vit ses derniers jours.

      Cela se peut. Soit parce que la confusion signe la gravité d’une pathologie sous-jacente qui ne s’est pas encore révélée ; soit parce que le fin mot de cette histoire est que votre père sent que quelque chose se passe, et que la confusion est le moyen qu’il a trouvé pour ne pas trop y penser. Mais je ne peux guère approfondir cette hypothèse, je sais seulement que cela existe.

      Je serais heureux d’avoir de vos nouvelles.

      Bien à vous,

      M.C


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      • La confusion mentale Le 8 janvier à 15:51

        Bonjour et merci Michel d’avoir pris le temps de me répondre.

        Je suis passée voir mon père aujourd’hui. Son état n’est pas si mauvais. Hier, n’arrivant pas à joindre le médecin, ma mère a cessé de lui donner son antidépresseur. Elle a probablement pris un risque et tente sans cesse de rappeler le médecin pour prendre un rdv.

        J’ai effectivement trouvé mon père confus. Au sens où il a un discours relativement logique mais il s’exprime dans 3 langues différentes et essentiellement en anglais alors que ce n’est pas une langue qui lui est spécialement familière...

        J’ai été interpellée par ce que vous avez dit au sujet des infections qui pourraient induire une confusion si j’ai bien compris. Et vous avez cité l’infection urinaire en particulier. En effet, concomitamment aux antidépresseurs, le médecin lui a prescrit des antibiotiques pour soigner une infection urinaire qui venait d’être révélée par des analyses et qui semblait durer depuis quelques temps.

        Alors je me demande (j’espère) que cet état n’est dès lors que transitoire et que nous profiterons encore quelques temps de notre vieux papa...

        Merci de m’avoir accordé de votre temps.

        Bien à vous,
        Sarah


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        • La confusion mentale Le 9 janvier à 07:52 , par Michel

          Bonjour, Sarah, et merci de ces nouvelles.

          Votre mère a fait ce qu’il fallait : les antidépresseurs n’ont d’effet positif qu’au bout de plusieurs semaines, alors que leurs effets indésirables sont très rapides. Dans le doute il valait mieux arrêter.

          Sur l’infection urinaire, il ne faut pas rêver : je vous l’ai citée, mais c’est seulement une hypothèse parmi d’autres. Ce que je veux dire absolument c’est qu’une confusion mentale ne doit pas être négligée : dans une bonne moitié des cas il y a une cause, ou une composante, organique, dont le traitement améliore ou guérit la confusion. On se trompe du tout au tout quand on en fait un symptôme psychiatrique. Et il est capital d’agir vite, parce que si on laisse la confusion s’installer on risque de ne plus savoir comment on va s’en sortir.

          Bien à vous,

          M.C.


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  • La confusion mentale Le 24 novembre 2018 à 13:47 , par ob

    Bonjour docteur,
    C’est en dernier recours que je vous contacte à nouveau. Je suis désespérée. L’état de mon père ne s’améliore pas et les infirmières de la maison de convalescence où il est me disent qu’il n’est absolument pas en état de rentrer chez lui. Ca je m’en doutais ! Mais là où la situation devient perverse c’est que le médecin qui le suit là bas ( il fait des visites une fois par semaine dans cet établissement) refuse d’entrer en contact avec l’hopital gérontologique où mon père doit avoir son bilan mémoire. J’ai contacté la neuropsychiatre qui l’a djà eu une fois en entretien : elle serait prête à la récupérer après sa convalescence ou même dès maintenant pour effectuer des tests plus poussés mais c’est au médecin de la convalescence de la contacter ce qu’il refuse de faire. Il dit que c’est à moi d’organiser le transfert de mon père vers cet hopital et de traiter avec la neuropsychiatre directement. Cette dernière me répond que non, c’est au médecin de la convalescence de la contacter car elle a besoin d’informations médicales pour évaluer le problème et décider de le prendre, ce qui est tout à fait logique !
    La généraliste de mon père me dit qu’elle ne peut rien faire non plus et le médecin de la maison de convalescence refuse même de l’avoir au téléphone ! Pour elle on va devoir attendre un nouvel incident à domicile, le faire retourner à l’hopital et on recommence le parcours...
    Bref voici les demandes du médecin de la maison de convalescence : Mon père sort dans 10 jours, je dois :
    - lui retirer sa voiture (il habite une maison totalement isolée)car il est dangereux.
    - changer le système de chauffage (il est chauffé par une cheminée et un pôele à fuel) car il pourrait provoquer un incendie.
    - faire venir une infirmière 3 fois par jours pour les médicaments ( une fois par jour serait le maximum vu la disponibilité des infirmières là -bas, c’est ce que m’ont dit les 2 infirmières libérales qui sont sur son secteur)
    - faire venir une aide à domicile tous les jours et à l’heure du repas pour vérifier qu’il mange (l’association de services à la personne qui gère ça me dit que 3 fois par semaine voir 4 serait leur maximum vu la pénurie de personnel)
    - le portage des repas
    - une mise sous protection judiciaire
    Et tout ça sans me poser la question du cout...sachant que ce médecin n’a toujours pas rempli le dossier APA que je voudrais vite retourner car il y a deux mois de carences !
    bref, comment faire ? j’habite à 200 km de chez lui et ce que demande le médecin me semble aberrant sachant qu’il serait possible de le transférer dans l’hopital où il est suivi pour un bilan mémoire afin de vraiment identifier les troubles et voir la suite.
    Merci d’avance pour votre réponse.


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    • La confusion mentale Le 24 novembre 2018 à 22:39 , par Michel

      Bonsoir, et merci de votre message.

      J’ai moi aussi un peu de mal à comprendre cette situation. Il est vrai que je ne me souviens plus de notre échange précédent. Si vous me disiez à quelle date il a eu lieu, je pourrais retrouver les messages.

      J’aurais envie de dire que les deux médecins auxquels vous avez affaire ont un comportement qui n’est pas très réaliste : quelle que soit l’idée qu’ils se font de la situation, la bonne solution serait qu’ils se parlent directement, ce qui dépend de l’un et de l’autre. Il s’agit de vous aider, il serait bon que chacun y mette du sien.

      Maintenant, quelle idée peut-on se faire de ce qui se passe ?

      Le médecin de la maison de convalescence ne veut pas discuter avec la neurologue. Je laisse de côté l’idée qu’il pourrait avoir un compte à régler avec elle. Il peut considérer qu’elle n’a rien à apporter, et il n’a pas forcément tort : un bilan cognitif, cela se fait à tête reposée, le bon intervenant ici n’est pas le neurologue mais le gériatre, il s’agit d’organiser le quotidien, pas de s’occuper du long terme. Ce qui me surprend davantage c’est qu’il ne veuille pas parler à la généraliste. Car s’il a raison (je ne peux pas le savoir) de penser que votre père peut revenir à domicile, alors c’est avec elle qu’il doit l’organiser.

      Le plan d’aide proposé est cohérent. Mais il ne tient pas compte du fait qu’il est irréalisable dans le délai imparti.

      Le mieux est donc de faire comme la généraliste le prévoit : faire rentrer votre père chez lui et le réhospitaliser dès que possible. Si je comprends bien il existe un service de gériatrie près de chez lui. Il me semble qu’une bonne carte à jouer serait que la généraliste anticipe en prenant contact avec les gériatres pour programmer une hospitalisation dès que possible. Il ne resterait alors à gérer que l’entretemps.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La confusion mentale Le 11 novembre 2018 à 17:09 , par ob

    Bonjour docteur,
    Je suis actuellement très inquiète pour mon père. Il est âgé de 67 ans, il est divorcé depuis 25 ans, je suis sa seule enfant. Il y a 10 ans, il a pris ma grand mère (sa mère) avec lui. Ils ont vécu ensemble jusqu’à son décès il y a 2 ans maintenant. depuis, il a souffert d’une sorte de dépression qu’il a noyé dans l’alcool. Il est également diabétique et souffre d’hyper tension. Il a progressivement perdu la mémoire à court terme, n’a plus géré ses "affaires" , s’est retruové en difficultés financières pour des factures impayées, des amendes majorées etc. Exple, il se faisait flashé pour des excès de vitesse de qques km/h plusiers fois par jour au même endroit car il sait qu’il y a un radar mais il oublie d’y faire attention !
    Je mettais ses perte de la mémoire immédiate sur le compte de cet état dépressif et de son "m’en foutisme" habituel.
    En aout, il a commencé à faire des malaises la nuit avec perte de connaissance. Il refusait absolument de consulter son médecin. Il y a 3 semaines je l’ai obligé à venir avec moi consulter son médecin car je trouvais que son état se dégradait sérieusement et je le sentais trop différent. Son médecin a demandé une hospitalisation pour un bilan général. Je l’ai à nouveau "obligé" à accepter cette hospitalisation.
    Pendant ce séjour, on a découvert qu’il a subi 3 infarctus avec lésions cérébrales, son diabète était très déséquilibré également. Le médecin du service m’a également appris que mon père pouvait être quaifié "d’alcoolique".
    Lors de la coronorographie, il a été mis à jour d’importantes lésions des artères coronaires et du tronc du coeur. Il a donc été opéré d’un triple pontage il y a 2 semaines maintenant.
    Or depuis, son état "mental" ne cesse de se détériorer. Les pertes de mémoires immédiates continuent et même empirent, il mélange les souvenirs lointains, souffre de délires pendant la nuit et m’appelle paniqué en pleine nuit. Je pensais que cet état passerait dans les jours suivants l’opération mais apparement non, c’est même pire : il ne sait pas où il est, perd la notion du temps. Je vois bien que l’équipe médicale s’agace car il n’imprime pas les consignes... Il ne sait pas allumer la télé si je ne lui explique pas tous les matins comment faire au téléphone par exemple. Il ne retient pas que son manteau est dans l’armoire. Il ne retient pas ce qu’il mange. Il prend le matin pour le soir, dort beaucoup dans la journée. Il ne se rappelle pas le code PIN pour dévérouiller son telephone alors que c’est le même depuis 20 ans !
    Les infirmières me disent que cet état va passer....mais je ne vois pas d’amélioration à part une angoisse de plus en plus forte de sa part. Il me dit que ça ne va pas, qu’il n’est pas bien. J’essaie de le rassurer en lui disant que c’est sûrement l’anésthésie et que cet état va s’améliorer mais je commence à douter. Personne à l’hopital ne semble s’inquiéter de la situation. Ils soignent les pb physiques.
    Il part 3 semaines en convalescence et j’espère que là bas, on va enfin essayer de prendre en charge cette confusion. Est-ce un début de démence que l’anésthésie met à jour ?
    Cela peut-il s’améliorer ? Car en l’état actuel, je ne le pense pas capable de s’occuper de lui seul chez lui.
    Je suis très inquiète. Je ne peux plus avoir de discussions avec lui, il répète la même chose tout le temps, me pose la même question toutes les 10 mn. C’était déjà la cas avant son hospitalisation mais là il faut y ajouter un état angoissé et la perte des repères temporels.
    merci pour votre avis.
    O.B


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    • La confusion mentale Le 11 novembre 2018 à 22:57 , par Michel

      Bonjour, Lilie.

      Je n’ai pas de piste pour vous répondre vraiment, car il y a trop d’hypothèses, trop de questions à poser, trop de points obscurs.

      Votre père est jeune. Cela n’exclut pas qu’il puisse présenter une démence, mais ce n’est tout de même pas la situation la plus fréquente.

      Il a noyé son deuil dans l’alcool. Soit. Il existe des troubles intellectuels, voire des démences, causés par l’alcool. Mais il est tout de même surprenant que cela se produise au bout de deux ans. Ou alors il faut envisager que son alcoolisme, moins spectaculaire peut-être, est plus ancien.

      Il est par contre tout à fait possible que les dégâts circulatoires que vous rapportez aient causé des lésions cérébrales importantes, engendrant là aussi un trouble intellectuel.

      Rien n’empêche ces diverses pathologies de se cumuler.

      Mais il ne faut pas méconnaître qu’une dépression majeure peut aussi donner un tel tableau.

      Mais s’il fait des malaises avec perte de connaissance, il faut me prouver qu’il ne s’agit pas d’une épilepsie (par exemple dans un contexte d’alcoolisme), avec des épisodes confusionnels.

      Bref je fais moi aussi le tour de vos hypothèses, je tombe sur les mêmes et je e sais pas vous en dire davantage.

      Maintenant il présente, dans les suites d’une anesthésie, un tableau qui peut correspondre à un état confusionnel (je dis ça parce que je ne peux pas avoir de certitude alors que je ne l’a pas vu). Les anesthésies ne déclenchent pas de troubles intellectuels durables. Les confusions sont toujours réversibles. Quand ce n’est pas le cas, c’est simplement parce qu’en réalité il y avait par exemple, une démence préexistante, que l’anesthésie n’a fait que révéler.

      Mais deux semaines cela commence à me faire long.

      Je suppose qu’on a vérifié qu’il n’y a pas un médicament qui pourrait expliquer cet état de choses.

      Ce qui vient compliquer encore le problème, c’est qu’il faudrait pouvoir faire un bilan intellectuel un peu approfondi, seul moyen d’aboutir à un diagnostic. Et que pour faire ce bilan il vaudrait mieux attendre que la confusion ait disparu…

      Bref on tourne en rond.

      Mais, au fait, quels sont nos moyens d’action ?

      Nous pouvons agir sur une dépression, s’il y en a une. Nous pouvons agir sur l’ordonnance s’il y a des médicaments toxiques. Nous pouvons aussi trouver des troubles biologiques qui, une fois traités, vont améliorer la situation. Mais cela les médecins l’ont fait, ils y ont pensé. Et sur le reste, qu’il s’agisse d’un trouble vasculaire cérébral, d’une démence alcoolique ou d’une démence d’autre nature, nous n’avons rien à opposer.

      J’aurais aimé vous tenir des propos rassurants ; mais je crois qu’en fait je partage hélas votre inquiétude.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La confusion mentale Le 14 novembre 2018 à 15:12 , par OB

        Je vous remercie pour votre réponse. Je comprends parfaitement vos hypothèses mais ce que je constate c’est qu’à aucun moment, le personnel hospitalier n’a cherché à expliquer ces troubles. En apparence il semble "normal". C’est lorsque l’on discute avec lui que l’on se rend compte qu’il n’a pas un raisonnement suivi. Il déconnecte, passe à autre chose, repose la même question à laquelle on lui a déjà répondu et ainsi de suite. J’ai l’impression qu’il n’y a que moi qui perçoive qu’il n’est pas "comme avant". Même son caractère me semble avoir changé.
        J’ai de ma propre initiative pris un rdv pour un bilan mémoire avant son hospitalisation. Il n’a eu qu’un seul rdv, le 1er car ensuite, il a été hospitalisé. Le second rdv (2h) était hier, je l’ai déplacé au mois prochain.
        Si je comprends bien votre analyse, il faudrait peut-être que je décale ce futur rdv aussi pour que les tests réalisés soient fiables ?
        Lors de ce 1er rdv d’une heure, la neuropsychiatre m’a tout de suite proposé de mettre en place une aide à domicile pour l’aider aux activités quotidiennes et de faire un dossier APA. Qu’a-t-elle perçu à l’issue de ce 1er entretien, je ne sais pas...
        Enfin, je me suis renseignée sur les médicaments qu’il a et on m’a répondue qu’il n’avait plus d’anti-douleur depuis 5 jours. Il n’a que son traitement pour le diabète.
        J’ai été perturbée par une réponse qu’il a faite à la nutritionniste du centre de rééducation : quand elle lui a dit "vous savez que vous avez des pb cardiaques", il a répondu "ah bon ? vous êtes sûre ? je ne crois pas, j’nai aucun souci de ce côté". Cela veut-il dire qu’il n’a pas imprimé son triple pontage ? ou qu’il est dans le déni ?
        Bref, j’espère vivement que sa convalescence m’éclairera sur son état et surtout qu’il sera capable de rentrer chez lui avec les aides mises en place.
        Sinon, quelle est la suite si les médecins ne le jugent pas en état de vivre chez lui ? J’ai très peur de cette option.


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        • La confusion mentale Le 15 novembre 2018 à 06:24 , par Michel

          Bonjour, Lilie.

          Voilà que vous compliquez sérieusement le schéma. Car nous partions sur une confusion mentale post-opératoire, dont il s’agissait seulement (!) d’évaluer le pronostic. Et on constate qu’en fait vous aviez la puce à l’oreille dès avant la séquence actuelle, et que la psychiatre que vous aviez fait intervenir a été suffisamment inquiète pour préconiser des mesures d’assistance.

          Dans ces conditions la question me semble malheureusement réglée : ce qui compte n’est pas ce qui est en train de se passer mais ce qui se passe depuis quelques mois. Il se peut qu’il y ait un élément confusionnel dont on peut espérer qu’il s’améliorera un peu, mais fondamentalement cela ne va pas changer le problème. Mais je n’en suis pas sûr parce que vous indiquez « qu’à aucun moment, le personnel hospitalier n’a cherché à expliquer ces troubles ». Or, une confusion mentale, cela se voit ; on peut se tromper sur l’interprétation de ce qu’on voit, mais on ne peut guère passer à côté. Je me demande si ce que vous observez n’est pas un trouble de mémoire relativement spécifique de la détérioration intellectuelle des alcooliques ; ce qui ne gêne c’est que, comme je vous l’ai dit, ces troubles intellectuels supposent une intoxication de longue date.

          Si cette seconde hypothèse est la bonne, alors il faut effectivement envisager la possibilité que le malade ne s’améliore pas. Les choses peuvent s’arranger, par exemple s’il y a malgré tout une note confusionnelle, ou si la détérioration est liée à une carence vitaminique qu’on peut compenser ; mais malheureusement je n’y compterais pas trop.

          En tout cas il faut effectivement décaler le rendez-vous : il faut que son état se stabilise.

          Bien à vous,

          M.C.


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  • La confusion mentale Le 29 août 2018 à 11:21 , par Roseline

    Bonjour Docteur Cavey

    Après la découverte de votre article, suite à mes recherches pour mieux aider ma maman, qui a 85 ans et un lourd passif clinique , je voulais vous remercier pour votre article et votre blog , extrêmement accessible et clair. ce qui pardonnez ma franchise (et mon ressenti ) est rarement le cas dans la relation médecin - famille d’un patient âgé . J’en suis a cinq avis contradictoires tout de même !

    Cependant votre article m’encourage à prendre contact avec un médecin spécialisé en gériatrie rapidement, pour trouver une solution aux problèmes qu’elle rencontre, depuis plusieurs mois maintenant, sans aucune solution apportée par son entourage médical (troubles de la perception surtout en début de nuit et perplexité anxieuse - consciente de son problème sans pouvoir réussir à le contrôler)

    Il serait bon que vos confrères , médecins généralistes ou hospitaliers, orientent plus facilement patients et familles vers votre spécialité plutôt que d’administrer force médication à des personnes âgées forcément déjà fragilisées cliniquement, physiquement et donc émotionnellement.

    Merci pour votre blog que je compte découvrir plus avant , d’autres articles m’ayant fortement interpellée, et me retrouvant depuis très peu de temps avec mon père de 87 ans chez moi et de toute évidence, une problématique encore plus importante qui me semble évoluer très rapidement.

    Bien à vous,
    Roseline


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    • La confusion mentale Le 29 août 2018 à 15:20 , par Michel

      Bonjour, Roseline, et merci de ce commentaire ; je suis heureux si j’ai pu vous aider.

      Il me faut cependant nuancer : certes la confusion mentale est un problème très méconnu par beaucoup de médecins, tant dans sa définition que dans son mécanisme. C’est ainsi qu’on a beaucoup de mal à expliquer que c’est avant tout un trouble, non point psychique, mais organique. Mais dans le cas de votre mère nous n’avons pas assez d’éléments pour affirmer qu’il s’agit d’une confusion : si les médecins ne vous en ont pas parlé c’est peut-être tout simplement parce que ce n’en est pas une. Quant aux explications différentes, cela provient probablement de l’extrême difficulté de se retrouver dans ces situations.

      Alors bien sûr il faudrait passer la main plus vite. Mais c’est ce qu’il y a de plus difficile en médecine : comprendre qu’on ne comprend pas.

      En tout cas il importe effectivement d’avoir un avis gériatrique : la confusion mentale doit être considérée comme une urgence ; non seulement parce que parmi les causes des confusions il y en a qu’il vaut mieux ne pas faire attendre, mais encore parce que si on laisse la confusion s’installer il devient beaucoup plus difficile de l’éteindre.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La confusion mentale Le 20 juin 2018 à 20:12 , par Nicole trl

    Bonsoir,
    Après avoir soigné durant 3 ans mon compagnon d’un cancer du poumon, il a décidé de rompre et de retourner vivre dans sa famille en belgique, sans explication ! 14 jours après il est décédé. At’il pris cette décision dans un état pas cohérent ? est ce que ça relève de la confusion mentale ? merci de votre réponse


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    • La confusion mentale Le 20 juin 2018 à 23:44 , par Michel

      Bonsoir, Nicole, et merci de votre message.

      Mais que vous répondre ?

      Je pourrais vous dire tout simplement que je n’en sais rien : pour avoir un avis il faudrait avoir été là, présent, observant la situation. Il serait irresponsable de parler d’un cas qu’on n’a pas vu.

      Je pourrais, vous ayant rappelé cette évidence, essayer de vous donner un point de vue théorique.
      - Par exemple je pourrais vous dire qu’un état confusionnel peut tout à fait entraîner ce type de décision plus ou moins intempestive. Mais j’ajouterais aussitôt que ce même état confusionnel n’est guère compatible avec la réalisation d’un projet aussi élaboré qu’un voyage en Belgique.
      - Je pourrais vous dire aussi que ce n’est pas là quelque chose d’exceptionnel : il arrive souvent en fin de vie que les patients aient le besoin irrépressible de régler de mystérieux problèmes, de se rapprocher de certaines personnes, de s’éloigner d’autres.
      - Je pourrais vous dire aussi que souvent les malades en fin de vie mettent en place des stratégies destinées à protéger leurs proches.
      - Je pourrais, mais je sais que vous y avez pensé, vous rappeler que la législation sur la fin de vie n’est pas la même en Belgique et en France.

      Bref je vous dirais que le comportement des patients qui voient la mort s’approcher obéit souvent à une rationalité qui nous échappe.

      Mais vous me répondriez : "Tout ça je le sais ; mais la manière dont il a procédé, partant sans rien me dire, sans me laisser le temps de me préparer, cela est d’une violence que je ne comprends pas, que je ne supporte pas". J’ai bien compris, Nicole.

      Alors je vous dirai plutôt que la mort est une violence. C’est une violence qui fait éclater de nombreuses structures. Sous cet impact il y a des malades qui réagissent de manière irrationnelle, comme s’ils voulaient entraîner ceux qu’ils aiment dans cette violence. En somme ils préfèrent tuer la relation avant qu’elle leur échappe. Mais il arrive aussi qu’ils ne puissent supporter cette violence qu’en devenant violents à leur tour, par exemple en réglant de comptes qui n’existent pas. En étant injustes : une manière de maîtriser la mort est de tuer.

      Je vous dirai aussi que la mort est une séparation. Dans la mort il y a deux choses : il y a moi qui perds la vie, et il y a vous qui me perdez. La mort de moi ne ressemble en rien à ce qui vous arrive quand vous me perdez, à telle enseigne qu’en me voyant mourir vous n’apprenez rien sur ce que cela vous fera quand vous mourrez ; ces deux événements n’ont pas de rapport c’est autant dire par hasard qu’ils se produisent en même temps. Ma mort n’est pas ma mort, c’est notre séparation. Voir mourir l’autre, c’est avant tout accepter qu’il s’en aille et ne pas savoir où il va. Je suis prêt à la mort de l’autre quand je suis arrivé à me dire que je ne sais plus rien, que je ne comprends plus rien, qu’il va son chemin, qu’il est seul et que je l’accepte.

      C’est cela qui vous est arrivé, et cela vous est arrivé d’une manière terrible. Je ne sais pas pourquoi il a fait ce qu’il a fait, je sais seulement que vous le vivez très durement. Vous vous étiez préparée à respecter la liberté, il se trouve qu’il l’a exercée, cette liberté, avec une brutalité inattendue et incompréhensible. Mais c’était sa liberté.

      Avez-vous des relations avec sa famille ?

      Bref, quand vous demandez : A-t-il pris cette décision dans un état pas cohérent ?, j’ai envie de vous répondre que la mort n’est pas un événement cohérent ; c’est au contraire un événement qui fait éclater toutes les cohérences, c’est un événement que nous ne savons pas penser. La cohérence de la mort, c’est quelle n’en a pas. Vous lui avez donné le meilleur de vous-même, il vous reste à parfaire ce don de vous en acceptant l’idée que, justement, vous avez créé les conditions pour qu’il aille son chemin. Il a décidé que la fin de ce chemin se passait sans vous, la dernière chose à chercher est une justice.

      Mais je sais combien c’est dur. permettez-moi de penser à vous.

      Bien à vous,

      M.C.


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    • La confusion mentale Le 19 juillet 2018 à 18:11 , par Nicole trl

      merci de votre réponse ! je n’ai pas de relation avec sa famille qui a débarqué chez moi sans prévenir (6 personnes à descendre de belgique), sa fille a demandé à lui parler, quand je suis revenue il m’a dit je retourne finir ma vie auprès de mes enfants !


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      • La confusion mentale Le 19 juillet 2018 à 20:45 , par Michel

        Bonsoir, Nicole.

        Vous me racontez là quelque chose de différent, du moins si j’ai bien compris. Au départ votre récit évoquait une décision prise, plus ou moins en secret, par votre compagnon, et qu’il vous avait brutalement imposée. Maintenant vous me donnez l’impression que c’est sa famille qui est venue le chercher ; une sorte de kidnapping.

        Cela ne va pas changer votre souffrance. Mais du coup nous avons encore plus de mal à discerner ce qui a pu se passer. Les hypothèses vont du banal abus de faiblesse (avec un soubassement d’intérêt matériel ?) au désir, après tout compréhensible, de se rapprocher d’une famille plus ou moins négligée (c’est fréquent à l’article de la mort) en passant par un règlement de comptes à votre endroit de la part d’une famille qui au fond ne vous aurait jamais acceptée.

        Mais je vous le redis : votre deuil est ailleurs, il est d’avoir perdu votre compagnon. Je craindrais que vous ne vous attardiez sur une question dont vous n’aurez pas la réponse et dont, si vous l’aviez, vous ne sauriez que faire.

        Bien à vous,

        M.C.


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        • La confusion mentale Le 19 juillet 2018 à 22:11 , par Nicole trl

          merci de votre réponse, oui sa famille ne m’a jamais acceptée et s’est bien jouée de moi, je ne saurais jamais le fin mot de cette histoire, toutes ces questions sans réponse... j’ai pensé au matériel aussi, sachant que durant sa maladie personne ne s’est soucié de lui !


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        • La confusion mentale Le 19 juillet 2018 à 23:49 , par Nicole trl

          j’ai omis de vous dire qu’il prenait 2 doses d’oxycondrin par jour à 60mg


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          • La confusion mentale Le 20 juillet 2018 à 09:29 , par Michel

            Bonjour, Nicole.

            Non, vous ne saurez jamais. Et il est tout à fait possible que vous ayez été le jouet de cette famille.

            Mais je dois attirer votre attention sur deux points.

            Le premier est qu’il faut toujours garder une certaine indulgence. Ce sont des gens en deuil, et il n’y a pas de raison de douter de leur chagrin : c’est le secret des êtres. Quand on voit des familles se déchirer pour de sordides questions d’argent autour d’un cadavre qui pourtant bouge encore, on se dit que c’est peut-être là un effort désespéré pour ne pas sombrer dans la douleur ; l’argent est aussi un langage, et pendant qu’on parle de ça on ne parle pas de ce qui ferait bien autrement souffrir. Je connais un vieux film qui s’appelle « L’homme au chapeau rond », d’après L’éternel mari, de Dostoïevski. Il n’est pas très bon, mais c’est le dernier rôle de Raimu au cinéma. Il se clôt sur son ultime réplique : On peut faire des choses terribles quand on est terriblement malheureux.

            Le second est que nous parlons de mort. Nous parlons de quelqu’un que vous aimiez et qui vous a quittée. Votre boussole, c’est qu’en matière de mort rien n’est logique, rien n’est juste ; et on ne comprend jamais rien.

            Bien à vous,

            M.C.


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  • La confusion mentale Le 2 juin 2018 à 10:29 , par Julie

    Bonjour Dr.
    Patient denutri, gros deambulateur, bpco, fumeur, opère de la carotide, dépression grave, troubles cognitifs et de la mémoire.

    Est il vraisemblablement qu il singe des attaques cardiaques ? A répétition.
    Je pense qu il refait le film des angors de son épouse. car elle refusait de voir un medecin. Les secours sont arrivés a temps mais trop tard pour la sauver.

    Il exige l hôpital et mobilise bcp d urgentistes. Dois je expliquer a l EHPAD mon hypothès
    e ?

    Il peut aussi singer une déshydratation : s affaler au sol et dire que son coeur bat trop vite. Mais tension et pouls se vérifient facilement.


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    • La confusion mentale Le 2 juin 2018 à 19:34 , par Michel

      Bonsoir, Julie.

      Vous posez là un problème difficile. D’ailleurs vous savez bien qu’il existe un trouble appelé hypocondrie, qui survient chez des sujets qui ne sont ni nécessairement âgés ni nécessairement déments, et qui leur fait s’imaginer qu’ils ont telle ou telle maladie.

      Mais vous demandez s’il est vraisemblable qu’il imite des attaques cardiaques. La réponse est oui : tout peut se voir, et les déments sont tout à fait capables de cela.

      Le problème, évidemment, c’est qu’on ne voit pas très bien, compte tenu de la gravité potentielle des troubles, comment on pourrait prendre le risque de négliger ces manifestations.

      Donc la seule solution, et je sais combien ce n’est pas facile, serait d’essayer de comprendre pourquoi il a ce comportement. L’angoisse est évidemment un réponse, mais elle est peut-être un peu simpliste. En tout cas il dit quelque chose, et quelque chose de son malaise...

      Bien à vous,

      M.C.


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    • La confusion mentale Le 3 juin 2018 à 02:25 , par Julie

      Merci Docteur, pour votre réponse. Les enfants ne savent expliquer ou ils ont mal...
      Mon fils de 4 ans me désignait les jambes, c etait une otite carabinee.
      Dans le cas de la demence (suspectée), ce serait donc le meme probleme ?

      Il a aussi des troubles psychiatriques (depression avérée). Mon interprétation c est une repetition post traumatique. Apparu suite a un décès brutal (bien avant la suspicion de demence).
      Ceci dit il ne pèse pas lourd. Il grignote ca et la .Donc forcément pas en forme. Et douleurs reelles probables mais exagérées.
      Il faut donc valider ses douleurs et tout vérifier ?

      Si on l entend jusqu’au bout, on le renvoit a l hôpital tous les jours. On appelle aussi la police ou un taxi...

      Pour finir en sejour psychiatrique. (Allées venues multiples dans le passe entre séjours psychiatriques et EHPAD).
      Est ce bien son intérêt ?

      Son nouvel EHPAD est charmant.
      Qu est ce qu il a de mieux en psychiatrie ?
      ( immeuble sordide). Plus de personnel a l écoute ? De la psychothérapie ? Une enieme surveillance de ses psychotropes ? (Qui ne fonctionnent toujours pas).Un sevrage en douceur des benzo ?... Sur plusieurs mois donc ?
      Si on l écoutait on l enverrait la bas. C est un hôpital 100% psychiatrique (sordide)qui lui pend au nez ! Il ne s en doute pas une seconde.

      Bref. L ecouter c est possible, mais difficile a encaisser. C est peut être pour son bien, mais je n arrive pas a comprendre en quoi.
      ,)


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      • La confusion mentale Le 3 juin 2018 à 12:27 , par Michel

        Bonjour, Julie.

        Je comprends très bien vos arguments. Le problème est que le malade, lui, ne les entend pas. C’est pourquoi il serait indispensable de comprendre ce qui ne va pas. Ce qu’il dit c’est qu’il veut être ailleurs que là où il est.

        Ceci pose donc une première question : s’il se sent mieux en psychiatrie, vous auriez tort de ne pas considérer cette hypothèse : ce qui vous apparaît sordide peut lui sembler préférable, et c’est après tout cela qui compte. Mais bien sûr je n’irais pas trop vite, et je préférerais comme vous comprendre pourquoi il ne se sent pas en sécurité en EHPAD, et ce qu’on pourrait faire pour qu’il s’y adapte. Je sais que c’est souvent mission impossible.

        Bien à vous,

        M.C.


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        • La confusion mentale Le 3 juin 2018 à 15:13 , par Julie

          Alors merci pour votre réponse qui peut aider a trouver ce qu il manquerait dans l ehpad.
          Oui il manque quelque chose que le medecin coordinateur a refuse : prendre sa tension et ses constantes tous les jours pour controle. Il est sujet aux malaises sans gravite. Si le medecin refuse, il se met dans une colère noire. Ou bien il se plaint du coeur, ce qui oblige a l envoi du samu.
          Peut être qu avec une infirmière en plus (étudiante qui vient d arriver), ce probleme serait règle. ,(A l ehpad de voir. )
          La prise de ses constantes le rassure.

          Bon dimanche et bravo Docteur pour votre site
          ( plein d infos utiles)


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          • La confusion mentale Le 3 juin 2018 à 18:35 , par Michel

            En effet, c’est une piste à envisager : si une prise de tension quotidienne suffit à le rassurer, il me semble même que c’est le moins lourd pour l’équipe.

            Reste à le vérifier, et à se demander si, l’angoisse étant en réalité ailleurs, la demande ne va pas se reporter sur autre chose. Mais il faut certainement le tenter.

            Je vous recommanderais toutefois d’ouvrir grand vos yeux et vos oreilles : si la solution est si simple, cela pose la question de savoir pourquoi les soignants ne l’ont pas trouvée. Il se peut fort bien par exemple que le comportement ingérable du malade ait induit dans l’équipe une lassitude (pardon pour l’euphémisme) qui aura pu nuire à sa lucidité. Je sais ce qu’il en est, et il ne faut pas leur en vouloir.

            Bien à vous,

            M.C.


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          • La confusion mentale Le 3 juin 2018 à 20:55 , par Dom

            Ma foi, je ne suis ni médecin, ni psy-chose, mais j’ai vu comment ma mère, lorsqu’elle a entamé sa descente vers la démence, "négociait" avec l’horreur du sort qui l’attendait (comme l’explique notre hôte, quelque part sur ce site, le "marchandage" fait partie du processus de deuil - dans ce cas, le deuil de sa propre vie...).

            Parfois, j’ai pensé qu’il y avait quelque chose comme une sorte de pacte passé avec le Diable ou avec Dieu (ou avec n’importe quelle puissance capable d’influer sur notre destin), quelque chose comme : "si je m’inflige assez de souffrance, alors peut-être m’épargnerez-Vous le pire". C’est le temps où ma mère s’est "victimisée" à outrance, où elle a cédé aux trémolos les plus faciles (et que je jugeais complaisants), où elle s’est imposé des diètes absurdes à base d’ "une petite soupe et d’un yogourt" par jour (600kcal max, avec décollage de poids immédiat : je me souviens d’une fois où elle avait voulu me montrer à quel point elle avait maigri. Montée sur la balance dans sa salle de bains, elle s’appuyait subrepticement sur le lavabo pour alléger le poids qui s’affichait, en me prenant à témoin "tu vois, j’ai perdu 10 kilos..."). C’est ce que j’appelais, alors, le "syndrôme de Cosette" - et je l’ai, finalement, souvent observé chez de vieilles personnes.

            Autant dire que L’EHPAD où se trouve votre père est peut-être charmant, mais justement, il se pourrait qu’il préfère "payer son dû" dans un hôpital psychiatrique sordide. Ou qu’il préfère qu’on le traite en malade gravement malade, pour tromper l’ennemi, en quelque sorte.


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            • La confusion mentale Le 3 juin 2018 à 21:13 , par Michel

              Bonsoir, Dom.

              Ces hypothèses méritent examen, en effet. Même s’il ne faut pas aller trop vite.

              Mais si cela permet d’éclairer certains aspects du problème, cela ne le résout pas. Non seulement parce qu’il faudrait y regarder à deux fois avant de céder à la tentation de le renvoyer en psychiatrie (à supposer que les psychiatres en veuillent), mais surtout parce que le problème fait partie de la solution. Je veux dire que quand vous parlez de "prix à payer dans le cadre du marchandage", il se pourrait bien que le prix, précisément, soit dans l’insatisfaction. A la limite on pourrait penser que si on apportait une réponse totalement adaptée à la demande du malade il risquerait de se retrouver sans problème à résoudre. Ce qui importe dans le marchandage, ce n’est pas d’obtenir un résultat, c’est de marchander. C’est d’ailleurs ce qu’on observe dans les pays où le marchandage est un acte social majeur, qui sert non à arnaquer le client mais à jauger sa valeur humaine. Moi qui déteste marchander je me suis toujours trouvé particulièrement piètre dans cet exercice.

              Bien à vous,

              M.C.


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              • La confusion mentale Le 3 juin 2018 à 21:41 , par Dom

                Je veux dire que quand vous parlez de "prix à payer dans le cadre du marchandage", il se pourrait bien que le prix, précisément, soit dans l’insatisfaction.

                Absolument, c’est parfaitement bien vu. C’est tout le problème des personnalités "victimaires", que ce soit parce qu’elles ont toujours été comme ça, ou parce qu’elles découvrent, au moment de "perdre" ce qu’elles ont été, qu’elles pourraient peut-être monnayer leur état de victimes.


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              • La confusion mentale Le 4 juin 2018 à 13:52 , par Julie

                Bonjour, je comprend tout a fait. Vous etes peut être dans le juste. Mais que faire : laisser faire ?
                C est ce qu a fait l équipe soignante.

                Reste que l état empire. Ou la demande s accroit de plus belle.

                Arfff. C est donc a nous de changer. Pas a lui ,)

                Les personnes qui se survictimisent sont des personnes qui ont mal été prises en charge au début de leur détresse. Ou de leur traumatisme.

                Je pense qu on peut trouver quelque chose dans la créativité. Ce que je fais ( musique, huiles essentielles, promenades, invitations a dejeuner).
                Il y trouve du plaisir. ( Quelques minutes suffisent pour que ce soit mission accomplie).
                Je ne prétend pas tout resoudre. J espère qu on trouvera parfois le sentiment, avec l equipe soignante d avoir bien accompli l’ accompagnement. Même si on ne comblera jamais tout.
                Un " merci beaucoup" ou un sourire me suffit. ;)
                Je pense aussi qu il est traumatise par autre chose que par la démence. C est un deuil pathologique.
                Auquel s ajoute une bonne suspicion de démence.
                ( en cours de réexamens)
                Merci Docteur et merci aux internautes pour vos réponses. Bonne continuation a tous. Cordialement.


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                • La confusion mentale Le 4 juin 2018 à 17:56 , par Michel

                  Bonjour, Julie.

                  Je me rends bien compte de la pauvreté de ce que nous vous disons. Nous ne faisons qu’émettre des hypothèses, et il n’est pas du tout sûr qu’elles débouchent sur des conclusions pratiques.

                  Mais surtout il n’est pas du tout sûr qu’elles soient exactes. Méfiez-vous donc de ce que nous vous disons. Les hypothèses sont des objets comme les autres, et il faut les considérer avec précaution. Votre coup d’œil personnel est sans doute bien plus clairvoyant.

                  Bien à vous,

                  M.C.
                  M.C.


                  Répondre à ce message

                  • La confusion mentale Le 5 juin 2018 à 15:52 , par Julie

                    Merci c est gentil. Rien n est " pauvre". Tout prête a réflexion. Ou remise en question. A commencer par la famille.
                    J ai discute avec un expert psychiatre qui va venir. Il semble tres interesse par le deuil ( aspects repetitifs, mimetiques, voires traumatiques d un deuil violent).
                    Pour ce qui concerne le reste (démence), j imagine que ce sera collégial entre médecins, experts, spécialistes...
                    On peut être dément (ou pas ?) avec pathologie psychiatrique sous jacente. A ne pas négliger pour la prise en charge. ( hôpital psychiatrique ou EHPAD)
                    L essentiel c est que le patient soit entendu et compris dans ses dimensions intimes, subjectives et très personnelles.
                    La suite de la qualité de la prise en charge en découle. Ou qu elle soit.

                    Bien a vous tous.


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            • La confusion mentale Le 3 juin 2018 à 21:33 , par Dom

              Je voudrais ajouter que nous cédons tous, un jour ou l’autre, à la tentation d’un marchandage du type "ma souffrance contre mon salut". Je me souviens, par exemple, il y a plusieurs dizaines d’années de cela, d’un chagrin d’amour qui m’avait littéralement dévastée. A l’époque cependant, j’étais tombée, par le plus grand des hasards, sur une citation de Marcel Achard : Quelles que soient les larmes qu’on pleure, on finit toujours se moucher... Je pense que cette phrase m’a causé l’une des pires colères de ma vie : Ah vraiment ! Mais qu’en savait-il, ce vieux croûton ? On allait voir ce qu’on allait voir, moi je ne me moucherai pas ! Et véritablement, j’ai pleuré pendant vingt minutes sans me moucher (et croyez-moi, c’est un exploit), puis je me suis mouchée.

              Cette phrase, en vérité, me "volait" la seule chose que je pouvais "monnayer" pour retrouver mon amour perdu - ma souffrance inextinguible, des larmes qui résistent à la nécessité triviale du mouchoir...

              La colère de votre père n’est peut-être pas différente : il a BESOIN de "monnayer" ses divers troubles, réels ou imaginaires, pour échapper à ce qui le terrifie, et le charme et les bons soins de l’EHPAD dont vous essayez de le convaincre, ça lui fait peut-être le même effet que celui que la citation de Marcel Achard a eu sur moi... jusqu’à ce que je me résigne à l’évidence.


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        • La confusion mentale Le 3 juin 2018 à 16:32 , par unautre

          Bonjour,
          Je dis n’importe quoi peut-être : sait-on s’il se sent vraiment mieux lorsqu’il est hospitalisé ? Une simple blouse blanche suffirait-elle à le rassurer ?
          Bien à vous,
          B.


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          • La confusion mentale Le 3 juin 2018 à 18:37 , par Michel

            Bonjour, B.

            Ce n’est pas n’importe quoi. C’est au contraire avec de tels détails d’apparence futile qu’on résout bien des problèmes.

            Dans ce cas particulier, je pense que ça ne marcherait pas parce que les soignants sont probablement déjà en blouse. Mais s’ils ne le sont pas...

            Bien à vous,

            M.C.


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            • La confusion mentale Le 3 juin 2018 à 22:11 , par Julie

              Le medecin n’ a pas la blouse !
              La psychologue non plus !
              Je comprend mieux pourquoi le dialogue ne passe pas avec eux.

              Seules les infirmieres ont des super pouvoirs.
              ( les élèves fraîchement moulues aussi)

              ,)


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  • La confusion mentale Le 6 mai 2018 à 18:58 , par LaraC

    Bonjour Docteur,

    Je suis étudiante en médecine.
    Je trouve vos conseils médicaux et vos réflexions très intéressantes.

    Dans le cas d’une personne âgée atteinte d’une démence de type Alzheimer à un stade très avancé lui empêchant de comprendre l’intérêt des soins et de donner un consentement et donc qui est opposante aux soins d’une manière générale : est-il éthique de réaliser un toucher rectal sans son consentement pour savoir si un fécalome doit être éliminé ?

    Notamment dans les situations suivantes :
    - Constipation résistante aux traitements laxatifs oraux avec fausses diarrhées ?
    - Épisode de confusion mentale

    Merci d’avance pour votre réponse,


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    • La confusion mentale Le 6 mai 2018 à 21:15 , par Michel

      Bonsoir, Lara.

      Je comprends ce qui vous gêne.

      Mais il est très intéressant que vous parliez d’éthique, car c’est une excellente manière de poser le problème.

      On engage une démarche éthique quand on se trouve face à un problème qui n’a pas de solution. Car s’il en a une, alors ce n’est plus une question éthique mais une question technique. La première chose à garder à l’esprit est celle-là : le problème n’a pas de solution, ce qui implique que la solution qu’on trouvera sera mauvaise ; il s’agit de savoir si elle est la moins mauvaise possible.

      Dans les exemples que vous prenez, il s’agit d’une personne :
      - Qui est en souffrance.
      - Dont la souffrance pourrait être apaisée à peu de frais.
      - Qui n’a pas les moyens de prendre des décisions adaptées à la situation.

      Démente ou pas, elle a droit au respect de son corps et de sa liberté. Mais vous avez de solides raisons de penser qu’elle va faire un mauvais usage de sa liberté. Vous pensez aussi que pour être libre il faut avoir les moyens d’exercer sa liberté ; il en faut notamment des moyens intellectuels. Et vous faites bien de conclure qu’il est éthiquement acceptable de passer en force, parce que vous n’avez en vue que le bien de la personne et que vous pouvez aisément prédire que vous arriverez aisément à lui procurer ce bien.

      Maintenant se pose le problème bénéfice/risque. Car on peut prédire que votre toucher rectal sera vécu comme très agressif, et comme un traumatisme intolérable. Il faut peser le pour et le contre.

      J’aurais tendance à penser qu’il ne faut pas surestimer les conséquences négatives du geste ; le dément est sensible à beaucoup de choses, et notamment à votre bienveillance.

      Mais le toucher rectal est-il nécessaire ? Je me souviens qu’au fil des années j’en ai pratiqué de moins en moins. Il y a tout de même peu de situations où on ne peut pas s’en passer.
      - J’accorde une grande importance à la radiographie d’abdomen sans préparation, qui permet de détecter la quasi totalité des fécalomes.
      - Je ne serais pas choqué qu’on pratique le toucher rectal sous couverture d’une sédation, qu’il s’agisse d’une petite dose de midazolam ou d’une inhalation de protoxyde d’azote. Ce sera agressif mais on évitera la connotation sexuelle
      - Après, il faut savoir ce qu’on va faire. S’il y a un fécalome rectal le plus probable est qu’on aura besoin d’un lavement, ce qui repose le problème de l’agression sexuelle. A moins qu’on ne s’en tire par des médicaments, j’ai eu de très beaux succès en utilisant certaines drogues utilisées en préparation de coloscopies (mais plutôt pour des fécalomes haut situés). Si vous devez recourir à un lavement, la question de la sédation sera posée de la même manière.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La confusion mentale Le 29 janvier 2018 à 08:15 , par Maryse

    Bonjour Docteur

    J’essaye de comprendre ce qui a bien pu arriver à mon beau père du jour au lendemain. Il a fait un infarctus et il a des difficultés respiratoires. Il est hospitalisé depuis mercredi dernier et les médecins sont pessimistes. Jeudi nous avons pu lui parler au téléphone ; il était bien, normal comme d’habitude et cohérent. Il va sur ces 90 ans mais est en bonne condition physique, il conduit toujours, bref très en forme pour son âge. Et dans la nuit de jeudi à vendredi il a été très agité, il a arraché son oxygène et ses perfusions ; le personnel soignant a été obligé de l’attacher. Depuis il "délire" et il n’a même pas reconnu son petit-fils, il l’a confondu avec son propre fils. Quand nous lui avons dit que ce n’était pas son petit-fils il s’est énervé. Autrement dans l’ensemble il reconnait ses proches mais ses propos ne sont pas cohérents. Le médecin lui a fait faire en urgence un scanner de la tête qui s’avère normal.
    On nous dit qu’il est sénile !! On ne comprend pas, est-il possible de "perdre" la tête comme ça du jour au lendemain ?
    je vous remercie de m’avoir lu. Cordialement


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    • La confusion mentale Le 29 janvier 2018 à 22:36 , par Michel

      Bonsoir, Maryse.

      Comme à l’accoutumée, je dois vous mettre en garde : je n’ai pas vu votre beau-père, et la médecine ne se fait pas sur le net. Mais si vous acceptez les risques d’erreur que votre demande comporte, je vais tâcher de vous répondre.

      Le tableau que vous décrivez est tout à fait compatible avec une confusion mentale. Dans ces conditions il faut s’attendre qu’elle s’estompe et que le malade en guérisse. Le problème n’est pas là.

      Il est dans les causes.

      Je ne vais pas les énumérer, il y en a trop ; mais je vais vous les classer :
      - L’infarctus. C’est une cause de confusion en soi ; c’est aussi une cause de confusion par la douleur qu’il provoque (j’y crois assez peu ici) mais aussi de troubles, par exemple d’oxygénation.
      - Les traitements : tout médicament nouveau peut toujours être confusogène.
      - N’importe quel trouble surajouté (infectieux, biologique, fécalome, etc.
      - Le fait d’être hospitalisé, le contrecoup de la peur, la crainte des conséquences de l’infarctus.
      - Chez le malade qui va très mal, un mécanisme de protection devant la perspective de la mort.

      Bref en ce qui concerne la confusion je ne m’inquiéterais pas outre mesure : le pronostic sera bon si est celui de l’infarctus est bon. Mais il reste une inquiétude bien plus sérieuse : les confusions mentales sont très fréquentes chez le dément, de sorte que quand, à tête reposée, on teste un malade qui a développé une confusion dont il a guéri, on trouve une démence dans à peu près 50% des cas. Ce n’est pas la confusion qui l’a rendu dément, c’est la démence qui s’est révélée à l’occasion de cette confusion. Ceci, bien sûr, chez des malades dont le comportement apparent était parfaitement normal. Grand classique. j’espère de tout cœur que ce n’est pas ce qui vous attend.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La confusion mentale Le 5 janvier 2018 à 22:26 , par Marion

     !il y a cinq heures ma mère âgée( 92ans) me parlait de choses et d’autres de manière sensée. Je suis partie au supermarché, lorsque je suis revenue, elle était assoupie. Vers 19 heures, j’ai entendu qu’elle s’était réveillée et je suis allée la voir. Elle m’a expliqué alors que ma soeur l’inquiétait, qu’il fallait l’aider...Or, je n’ai pas de sœur :’elle parlait, en fait, de mon frère . J’ai attendu pensant qu’elle allait reprendre pied mais non.
    Par contre, elle s’est plainte d’avoir mal aux yeux. Il y a 2 ans et demi, elle a eu un glaucome à l’oeil. Selon les médecins d’alors, ce problème cachait une tumeur. Il a été décidé de ne pas y toucher. L’anesthésie qui avait été pratiquée et les médicaments prescrits l’ont laissée confuse , près de 3 mois. Son état s’est amélioré, après son retour à son domicile et à son traitement habituel, en moins d’ un mois.
    Ce soir, j’ai appelé son infirmier. Selon lui, en ce début de week-end, il valait mieux, interrompre la prise de Seresta ( 1 matin, 1/2 l ’après-midi, 1 pour la nuit) qu’il trouve excessive : Il craint une surdose.A t-il raison ? Faut-il attendre ?
    Ce qui m’inquiète, c’est qu’elle est mal aux yeux..
    Oui, elle est âgée mais je m’en moque !


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    • La confusion mentale Le 7 janvier 2018 à 19:20 , par Michel

      Bonsoir, Marion.

      Vous posez trois problèmes distincts.

      Le premier est celui d’un éventuel état confusionnel. Je dis éventuel parce que ce que vous rapportez ne suffit pas à en décider. Comme dans toutes ces situations il n’y a rien d’autre à faire qu’examiner la malade :
      - Qu’est-il en train de se passer ? Confusion ? Délire d’autre nature ? Simple décrochage attentionnel ?
      - Quelle est la cause sous-jacente ? La liste est longue, mais tous les gériatres la connaissent ; encore faut-il se donner la peine de chercher.
      - Quel est l’état de base ? Il est extrêmement fréquent que les troubles cognitifs passent inaperçus pendant très longtemps, voyez http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article10

      Il y a ensuite la question de la douleur. Vous avez raison de la juger importante. Mais là aussi il faut évaluer. Car si on a raison de penser que cette douleur est liée à une pathologie sur laquelle il vaut mieux ne pas intervenir, alors il reste à traiter la douleur pour elle-même ; il faudra alors le faire prudemment car si nous disposons de traitements tout à fait efficaces leur tolérance peut poser problème, et le prix à payer pour obtenir que la douleur se calme peut être décourageant ; c’est donc à une analyse du rapport bénéfice/risque qu’il faut se livrer ; pour ma part si la douleur l’exige je serais favorable à ce qu’on prenne des risques, mais c’est très délicat. Tout ce que je sais c’est qu’il faut s’en occuper.

      Il y a enfin la question du Séresta. Il y a plusieurs dosages, mais à supposer que votre mère prenne le dosage le plus faible, les quantités sont de toute manière conséquentes. Allons plus loin : je n’ai jamais aimé donner des tranquillisants aux vieilles personnes, et quand cela m’est arrivé j’ai essayé de choisir les médicaments à la durée de vie la plus faible possible, et à la dose la plus faible possible. Je ne sais pas ce qu’il en est pour votre mère, il y a des situations où on n’a pas le choix. Ce qui par contre me semble formellement contre-indiqué, c’est de l’arrêter brutalement, ce qui ferait courir le risque d’un syndrome de sevrage pouvant être grave.

      Mais je veux bien que vous me teniez au courant.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La confusion mentale Le 1er janvier 2018 à 09:28 , par ramzy

    C après presque 6 mois que j ai lu votre réponse a ma question...ma mère après la meningo ancephalite qu elle a rencontre en mois d avril 2 mois ttt levet et 4mois ttt risperidone et tegritol elle est aujourdhui sans medicaments sans risperidone depuis 2 mois et sans tegretol depuis 2 semaines puisque y a pas d epilepsie dans son weg maus le medecin a dit au elle a le cerveu affaiblit ce qui engendre la perte de mémoire...en tout cas je suis heureux de la débarrasser de ses médicaments toxiques mais depuis 5 jours elle a des confusions...elle dit que sa mère lui a parlé alors au elle est morte...elle raisons bien elle fait bien le calcul mental il ya amélioration de sa concentration mais elle a des sauts d humeur elle a oublié beaucoup de souvenir...elle est sous ttt homéopathique maintenan et phyto ...est ce au elle peut s améliorer..et quels conseils...desole on n’a pas de centres pour rééducation et rehabilitation comme en europe


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    • La confusion mentale Le 2 janvier 2018 à 18:02 , par Michel

      Bonsoir, Ramzy.

      Je ne peux rien vous dire de sérieux : il faudrait pour cela avoir examiné votre mère. Faute de cet examen personne ne peut faire la part de ce qui revient aux séquelles de l’encéphalite, aux troubles liés aux traitements, à une autre pathologie, voire à une démence précoce passée inaperçue, ou encore...

      Et je veux à nouveau attirer votre attention sur le fait que les éléments que vous apportez me permettent même pas de dire si nous avons affaire à une confusion mentale.

      La seule chose à faire est donc de la réexaminer. Je comprends que cela peut ne pas être facile là où vous êtes, mais c’est une condition incontournable.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La confusion mentale Le 27 août 2017 à 15:09 , par bouacha rachida

    Bonjour jje vous ecrit pour essaye de comprendre la maladie qu a ma mere suite a mon investigation sur internet je pense que son probleme d ypotyroidie et sa confision mentale sont liee car sa maladie a ete detecte que recemmment et jusqua present ont pensait que c etais de la folie elle ne prend pas soin d elle refuse tout traitement parole incoerente insomnie phare incompeensive enfin c est difficile et j aimerais avoir des temoignage de personnes ayants le meme probleme merci a tous


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    • La confusion mentale Le 27 août 2017 à 20:48 , par Michel

      Bonsoir, Rachida.

      On ne peut pas comprendre ce que vous essayez d’expliquer : il y a trop d’incertitudes.

      D’abord nous n’avons pas assez d’éléments pour affirmer que votre mère présente une confusion mentale. C’est tout à fait possible, mais il peut aussi s’agir d’un épisode purement psychiatrique, ou d’une symptomatologie de type démentiel. On n’en sait pas assez.

      Vous avez le bon réflexe en vous demandant s’il pourrait y avoir un lien entre le trouble que vous observez et une pathologie physique, par exemple une hypothyroïdie ; mais il faut garder à l’esprit que les troubles thyroïdiens ne se révèlent que très rarement sous une forme psychiatrique.

      Bref nous n’avons pas d’argument pour vous aider. Il faut attendre et recueillir davantage de précisions.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • confusion mentale Le 18 juin 2017 à 19:34 , par ramzy

    ma maman 63ans a fait un méningo ancéphalite herpetique, elle a pris l’aciclovir pendant 14 jours avec un antiepileptique 2 fois par jour (LEVET), les deux premiers jour au réa suite à un crise epileptique. elle commence apres les 14 jours à connaitre les noms des choses petit à petit ; on a senti qu’elle s’ameliore jour apres jour ; une semaine plus tard elle a des maux d’estomac et ne veut plus manger ; elle a pris domper et inexium pendant 10 jours sans resultat puis une plutard suite à un fibro, ..elle a un Helicobacter pylori : le docteur lui a donné un traitement de zeclar et flagile clamoxile avec spasmomen et pepsane et 2 comprimés inexium ..apres 4 jours du traitement son comportement change ; elle a des confusions ; elle veut aller chez sa mere alors que sa mere est morte depuis 10 ans ; elle insiste elle devient agitée ; on a arreter le traitement apres 10 jours ; on est allé voir un psy qui lui a donner meprobamate et risperodone sans resultat apres 6 jours ; on a visité un autre psy qui lui donne risperdal 2mg 2 fois pj avec clonazepam 2mg 1/2 coprimé 2 fois par jour, elle dort bien mais quand elle est eveillee elle nous dit de l’emmener chez sa mere qui est morte sinon chez sa soeur qui habite dans un autre pays et commence à pleurer, on lui dit tu est dans ta propre maison elle repond qu’elle veut sortir alors qu’avant de prendre le traitement du gastro elle dit qu’elle aime sa maison et elle se sent bien....et elle etait consciente que sa mere et morte...moi je doute que la cause de la confusion c’est le zeclar et le flagyl ...mes tous les medecins nous disent que ceux sont des sequelles de la meningo encefalite...priere de me repondre...est ce que la confusion va disparaitre ou pas, qu’elle est la cause et qu’elle est la solution sachant qu’elle a arrete le traitement gastro depuis 2 semaine mais la confusion persiste et est ce que risperdal et clonazepam peuvent aggraver la situation...


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    • confusion mentale Le 19 juin 2017 à 18:14 , par Michel

      Bonjour, Ramzy.

      Votre question montre bien la difficulté de ce type de situation. Autant dire que je ne vais pas vous en dire grand-chose : je n’ai pas vu votre mère et on se demande ce que je pourrais bien dire de plus que les médecins qui l’ont en charge.

      Il y a d’abord l’encéphalite. On n’en guérit pas si facilement, et il ne serait pas surprenant qu’on découvre, dans les suites, des troubles du comportement qui passaient inaperçus quand elle n’avait pas assez d’énergie pour qu’ils se manifestent.

      Il y a la coïncidence de ces troubles qui surviennent après l’introduction d’un nouveau traitement. C’est toujours à considérer, mais :
      - Nous ne savons pas s’il s’agit d’une confusion mentale.
      - Les antibiotiques qui ont été prescrits ne sont pas connus pour être confusogènes.
      - L’arrêt du traitement n’a pas entraîné d’amélioration.
      - Les confusions mentales liées à des traitements surviennent plutôt chez des sujets âgés, ce qui n’est pas le cas de votre mère.
      Cependant rien de tout cela ne permet d’exclure l’hypothèse.

      Il faudrait enfin être sûr qu’on a éliminé toutes les autres causes de troubles du comportement.

      On ne peut donc pas fixer de pronostic sur ces éléments. Tout de même j’aurais tendance à penser que l’encéphalite est encore un peu récente, et qu’il n’y a pas lieu de penser que les choses ne pourraient pas aller en s’améliorant.

      Effectivement il est toujours fâcheux d’avoir à prescrire des neuroleptiques ou des tranquillisants chez ce genre de malades. Encore faut-il pouvoir s’en passer, ce qui n’est pas forcément le cas.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • confusion mentale Le 3 juillet 2017 à 23:26 , par LAETITIA

        bonsoir, je suis tombée sur votre site qui m’a bien réconforté et surtout bien expliqué la confusion mentale. mon père est actuellement hospitalisé pour confusion. cela a commencé hier midi, il aller pour sortir le chien et m’a appelé d’un seul coup car il n’arrivait pas à mettre sa pantoufle dans sa chaussure en me disant le nombre 21 ; il a été admis aux urgences qui ont pratiqué un scanner qui n’a rien montré d’anormal. mais le soir il a fais une crise de convulsion donc il l’ont gardé. il passe un électroencéphalogramme demain pour en connaitre la cause. il a un traitement pour le coeur depuis 2 ans car il a subit une opération à coeur ouvert et aussi il n’a plus de thyroide.
        donc il est sous previscan, atenolol, cotriatec, furosémide, levothyrox, kaleorid
        je suis très inquiète et est-ce que quelqu’un a déjà eu un membre de son entourage qui ait eu cela ?
        est-ce réversible si on en trouve la cause ?
        Merci pour votre aide
        cordialement


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        • confusion mentale Le 4 juillet 2017 à 09:06 , par Michel

          Bonjour, Laetitia.

          Comme vous pouvez le lire dans l’article, il est beaucoup trop tôt pour répondre à votre question. Le syndrome confusionnel vient de se déclarer, il faut en trouver la cause, et cette cause une fois traitée il est habituel de voir la confusion disparaître. Le seul point noir, mais il est de taille, c’est que les confusions sont nettement plus fréquentes quand il existe un démence sous-jacente. Mais cela ne doit pas faire oublier que dans plus de 50% des cas le sujet a des fonctions intellectuelles normales.

          Il n’y a donc rien d’autre à faire qu’attendre et faire confiance.

          Bien à vous,

          M.C.


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  • La confusion mentale Le 2 décembre 2016 à 12:32 , par Hélène

    Bonjour
    Tout d’abord merci pour votre site qui est une mine d’informations et de réconfort...on se sent moins seul et on sait que l’on a une possibilité d’être écouté.( dont je vais user pour la première fois)
    Ma mère, âgée de 76 ans a perdu son mari il y a deux ans. Pendant des années, elle a porté au sens propre comme au sens figuré mon père( de 12 ans plus âgé qu’elle) , jusqu’à ses derniers jours lors desquels elle l’a assisté avec plus de volonté et de dynamisme que ma soeur et moi réunies ( pourtant présentes et dévouées... et elle, malgré ses difficultés à marcher).A son décès, j’imaginais une perte de ses repères ( elle fait, comme vous l’avez compris ,partie de cette génération d’épouses entièrement dévouées à leurs maris )mais aussi une capacité à enfin vivre pour elle et à profiter de ses enfants et petits-enfants( qu’elle adore et qui le lui rendent bien).Or, depuis, nous allons de Charybde en Scylla, son état physique s’est détérioré, elle souffre de violentes douleurs chroniques des jambes,elle a des problèmes d’incontinence et a déclenché plusieurs crises d’érysipèle et surtout elle a des crises de confusion ( j’ai cru comprendre à la lecture de vos articles qu’il fallait chercher la cause, par exemple la fièvre de l’érysipèle) qui débutent toujours par un froid intérieur intense et incalmable et qui conduisent à des confusions dans les paroles et un oubli de la crise lorsqu’elle est finie.( elle peut durer quelques heures ou une journée par exemple) Ne trouvant aucun soutien, ni aucune explication auprès du médecin de famille ( qui estime qu’elle vieillit et c’est comme ça...)je me demande si il y a un moyen d’anticiper ses crises ( qui nous inquiètent énormément du fait qu’elle vit seule chez elle ) ou si il y a des examens à faire . Elle est consciente d’être mal en point , pleure souvent, mais se sent capable de rester chez elle ( ce que je pense mieux pour elle moi-aussi, j’ai peur qu’elle ne lâche tout en maison médicalisée).
    Merci d’avance de votre précieux conseil.
    Hélène


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    • La confusion mentale Le 5 décembre 2016 à 06:09 , par Michel

      Bonsoir, Hélène.

      Vous décrivez là une situation assez banale, et néanmoins difficile à analyser. Et il me faut une solide dose d’inconscience pour oser en dire quelque chose sans même avoir vu la personne dont nous parlons. En fait je ferais mieux d’en venir tout de suite à la seule conclusion qui vaille : oui, il faut que votre mère soit examinée et ceci par un gériatre qui soit un peu frotté de psychiatrie.

      Le reste de ce que je vais vous dire n’est que vagabondage intellectuel.
      - On peut parfaitement penser à une dépression. Un deuil difficile est tout à fait capable de produire ce type de troubles, et notamment des états confusionnels. Mais il faut en faire le diagnostic et le traitement.
      - Il ne faut jamais oublier la possibilité d’une démence. Une démence peut très bien passer inaperçue pendant longtemps, parce que les déments sont capables de performances intellectuelles étonnantes, mais aussi parce que l’entourage, à juste titre obnubilé par le mari malade, oublie de regarder l’épouse, qui peut ainsi sauver les apparences. Mais il peut aussi arriver, ce qui est en somme une variante plus grave de l’effondrement dépressif, que certaines personnes en somme décident d’arrêter de penser plutôt que d’avoir à penser ce qui les attend. La confusion mentale est classique dans les démences.
      - Il se peut que, sans qu’on puisse réellement parler de démence ou de dépression, on ait affaire à une sorte de lâcher prise : la personne acquiert la conviction qu’elle a rempli sa mission, que la suite n’a pas d’intérêt, et qu’elle peut abandonner le combat pour la vie.
      - Sans oublier que les coïncidences existent.

      Il faut donc faire le point. Le diagnostic de confusion mentale n’est pas toujours simple, il faut l’établir. Si on l’établit, alors il faut par principe faire le tour des causes physiques qui pourraient permettre de l’expliquer : l’un des buts essentiels de l’article que vous avez lu est de rappeler que la moitié des confusions mentales ont une cause curable qu’il faut s’acharner à trouver. En somme, tout comme l’escarre n’est pas une maladie de peau, ainsi la confusion n’est pas une maladie mentale.

      Ce n’est que quand on aura fait cela qu’on pourra accepter l’idée, malheureusement assez probable, qu’il n’y a rien à faire et que nous sommes affrontés à un problème de vieillissement.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La confusion mentale Le 26 octobre 2016 à 07:25 , par martin

    Bonjour

    J’ai un membre de ma famille agé de 81 ans qui depuis quelques temps à un comportement troublant devant la television Elle est persuadée que les gens s’adressent à elle son visage est rayonnant quand le presentateur fait des sourir elle lui fait des coucous elle pense qu’on s’adresse à elle Son visage se transforme dès qu’elle est devant le poste de tv Elle écoute tout publicités ect est réagit à tout les commentaires L’autre jour au telephone elle nous a demandé de raccrrcrocher car quelqu’un l’attendait pour répondre à des question dans une émission elle nous dit que tout le monde la connait à la tv Est-ce normal ?
    Doit-on s’inquiété et en parler aux enfants ??? C’est très délicat Merci pour votre aide
    V


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    • La confusion mentale Le 26 octobre 2016 à 22:25 , par Michel

      Bonjour, Véronique.

      Si je me borne à la question que vous posez, c’est assez simple : bien sûr ce n’est pas normal ; bien sûr il faut s’inquiéter. Ce que vous décrivez est un trouble psychiatrique caractéristique, qu’il faut explorer.

      Là où les choses se compliquent infiniment plus, c’est quand on veut essayer de faire un diagnostic. Il s’agit d’un délire, mais la question est de savoir si ce délire correspond (j’avoue qu’à vous lire je le trouve assez caractéristique) de certains délires du sujet âgé, qui n’ont d’autre conséquence qu’eux-mêmes ; je veux dire pas là que si elle n’en souffre pas, si elle n’adopte pas des comportements qui la mettraient en danger, alors on peut se demander si le traitement ne serait pas plus nuisible que le trouble qu’on veut traiter. Mais il faut bien reconnaître que ce type de délire est particulièrement fréquent en cas de démence de type Alzheimer. C’est toujours la même question quand un sujet âgé présente un trouble psychiatrique :
      - Y a-t-il une cause physique (ici, je ne crois pas, mais il faut toujours se poser la question) ?
      - Y a-t-il une démence dessous ?
      - Ou bien s’agit-il d’un trouble psychiatrique isolé ?

      Un détail : vous postez sur le forum d’un article consacré à la confusion mentale ; en fait il vaudrait mieux que vous lisiez Les troubles psychiatriques du sujet âgé

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La confusion mentale Le 6 octobre 2016 à 18:00 , par alexandra

    cher, Michel bonjour, nous avons déjà échangé sur aloïs,

    et j’admire toujours vos mots là vous dites :
    Il est éthiquement inacceptable de voir, en fin de vie, des malades confus pour lesquels on renonce à toute investigations

    comment ne pas etre d’accord avec vous, bien sur
    ma tante alzheimer en ehpad a dépassé le stade de la confusion elle est mutique, les yeux fermés recroquevillée sur elle m^me et dit l’ehpad où elle est "en soins palliatifs"
    mes deux questions sont :
    les soins dits palliatifs peuvent ils durer plus de trois ans comme c’est le cas ?
    n’y a t il pas moyen de chercher (par électro encéphalogramme par exemple ) quelle est son activité cérébrale ?
    je ne dis pas cela pour aboutir à une programmation de fin de vie non pour moi c’est un mystère qui , me semble n’a pas été exploré on peut donner soncerveau post_mortem dans le cadre de la recherche sur les maladies neuros mais pourquoi ne va t on pas chercher l’activité de la promenade de la conscience d’une personne alzheimer
    bref m^me si une personne n’a plus d’activité cérébrale visible, patente, dans l’échange , dans l’interaction, se peut il çà l’instar des locked in syndromes qu’elle ait une activité cérébrale m^me délirante m^ma plongé dans l’univers onirique ou bien faut -il se résoudre à ne voir en elle qu’un "légume" ? merci à vous, Alexandra


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    • La confusion mentale Le 7 octobre 2016 à 09:23 , par Michel

      Bonjour, Alexandra. C’est un bonheur que de vous lire.

      Je crois qu’il faut s’entendre sur les termes. Les soins palliatifs sont des techniques qui sont employées quand on ne peut plus espérer d’amélioration significative de l’évolution de la maladie. Bien sûr le plus souvent ces cas correspondent à des malades en fin de vie, et le modèle est le cancer incurable. Mais la perspective d’une évolution fatale à court terme n’est pas du tout nécessaire à la mise en place de soins palliatifs ; après tout le traitement de la grippe est palliatif.

      C’est pourquoi, dans mes directives anticipées, j’ai écrit que, si mon état intellectuel devait faire qu’on me mette en maison de retraite, je voulais qu’on considère la situation comme palliative. J’entends par là que je ne veux pas qu’on mette en œuvre des examens ou des traitements qui auraient pour effet de prolonger ma vie inconsidérément.

      Vous avez raison : on n’explore pas beaucoup le fonctionnement cérébral des déments profonds. C’est une anomalie. La même qui fait que, dans les débats sur l’avortement, on ne se demande pas s’il n’y aurait pas un moyen, par l’étude de l’activité cérébrale du fœtus, de démontrer que jusqu’à un stade de grossesse relativement avancé cette activité est insuffisante pour qu’on puisse parler d’être humain ; ce serait pourtant utile.

      Mais il faut se demander deux choses.

      La première est de savoir comment on ferait. Il n’est pas acceptable de prendre un malade comme objet de laboratoire, et se livrer à de telles recherches supposerait qu’on a un espoir raisonnable de lui en faire tirer bénéfice.

      La seconde est de savoir si on en a besoin. Et ce n’est pas le cas. Il suffit d’observer avec attention le malade qu’on prend, comme vous dites, pour un légume pour s’apercevoir que ce malade est là, bien là, bien présent. Je ne crois pas que les machines, et tout cas ce n’est pas demain, puissent nous éclairer mieux que la clinique. Et cela ne me tarde pas, car si on était capable de lire, en quelque sorte, par des moyens mécaniques, les pensées d’une personne, cela poserait de terribles problèmes éthiques.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La confusion mentale Le 13 octobre 2016 à 18:57 , par alexandra

        Cher Michel,

        Pardon de vous répondre une semaine après et merci de votre réponse.

        Je reste sur mes interrogations, malgré la pertinence de votre réponse.

        En soins "palliatifs" depuis trois ans

        Il y a dans la situation de ma tante plusieurs composantes et réactions de l’entourage
        - elle sert à "engraisser" l’ehpad à >4000 par mois
        - elle est un légume pourquoi continuer
        - elle a une résistance incroyable mais qu’est ce qu’elle nous coûte

        Moi , je pense à sa solitude, à cet enfermement en elle-même, à cette cruauté des jours sans fin, à cette réduction aux soins, à l’entretien, manger , batons hydriques, toilette.
        En même temps, je me dis que c’est une aventure surréaliste, qu’elle fait la nique à tous ceux qui pensent qu’elle est inutile (et donc reléguée au sens géographique comme symbolique) qu’elle a cette force de vie muette.

        Comme vous dites l’éthique et la responsabilité et savoir à quoi cela nous mènerait il ? Voyez vous je pense qu’il est du devoir de la médecine à l’heure de l’allongement de la vie d’affiner la recherche sur la vie mentale. Enfin sans dois je me résoudre à cette mort des neurones à la vie désapprise en l’absecence d’interaction, de commerce du discours et des regards qui fait notre tissu mental, spirituel. En toute amitié.


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        • La confusion mentale Le 15 octobre 2016 à 20:49 , par Michel

          Bonsoir, Alexandra.

          Je vais essayer de préciser certains points, sans aucune certitude d’y parvenir.

          Oui, elle est en soins palliatifs depuis trois ans. Tout dépend de ce qu’on entend par soins palliatifs : si c’est, comme je vous le disais, qu’on a décidé de limiter les soins, je comprends la formulation, et je l’approuve. Si on veut dire par là qu’on s’attend depuis trois ans à un décès imminent, il suffit de l’exprimer pour en voir le ridicule.

          Les réactions de votre famille sont classiques et compréhensibles, même s’il faut les critiquer.
          - Elle ne sert pas à engraisser l’EHPAD : les listes d’attente sont telles que l’EHPAD n’a aucun intérêt à conserver une patiente aussi lourde.
          - Je ne crois pas une seconde qu’elle soit un légume. Quiconque l’observe avec une infinie patience et une attention exercée va voir qu’elle est là, et bien là, même si c’est probablement à un niveau de conscience modifié. Quant à la question : pourquoi continuer ?, la réponse dépend de la situation : que fait-on pour que ça continue ? Si la notion de soins palliatifs est utilisée à bon escient, elle implique qu’on ne fait rien, précisément, dans ce sens. Dans ce cas les choses continuent parce qu’elles continuent. Et qu’on ne voit pas ce qu’on pourrait faire pour y remédier, puisqu’on ne fait rien. Bien entendu, ce qui est sous-jacent c’est la discussion sur l’euthanasie ; le problème est que l’euthanasie ne pourrait s’imaginer qu’en cas de souffrance insupportable et impossible à calmer, et que dans le cas que vous rapportez, si on voit bien la souffrance de l’entourage on manque d’éléments pour évaluer celle de la patiente.
          - Elle a une résistance incroyable mais qu’est ce qu’elle nous coûte. Oui ; et c’est une difficulté. L’hypocrisie serait de faire comme si cela n’existait pas. Mais comment aller plus loin ? L’euthanasie pour motif économique viendra bien assez tôt. Ce qui en revanche est nécessaire c’est d’aider les proches à faire la paix avec leurs sentiments : oui, il est normal de trouver le temps long, oui il est normal de souhaiter que cela se termine, oui il est normal de souhaiter la mort de celui qu’on aime.

          Quant à ce qu’elle vit, nous n’en savons rien. Et nous n’en pouvons rien savoir ; toutes nos conceptions sont fondées sur une illusion : nous nous imaginons ce que nous ressentirions si nous étions dans cette situation ; mais nous n’y sommes pas, et nous ne savons rien de cette situation. En particulier nous méconnaissons que l’écoulement du temps ne s’y produit certainement pas de la même manière. Mais le plus sage est de se souvenir que nous ne savons pas ce qui se passe, ce qui conduit à ne pas se rassurer à bon compte, mais à se souvenir aussi que nous imaginons la souffrance de l’autre à partir de la nôtre, ce qui est aventureux. Mais vous avez raison d’insister sur le fait que notre devoir est de la maintenir dans le lien social. Et que sur ce point il y a fort à faire.
          Sur la recherche sur la vie mentale, je partage votre point de vue, mais avec deux réserves :
          - La première est que pour l’essentiel cette recherche fait appel à des moyens très simples dont les techniques proposées par Yves Gineste sont un exemple passionnant.
          - La seconde est que des recherches plus élaborées posent des problèmes éthiques monstrueux.

          Bien à vous,

          M.C.


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  • La confusion mentale Le 13 septembre 2016 à 16:54 , par julie

    Bonjour
    Franchement malgré le fait que je vous crois j ai plus d espoir ma mère a parkinson extrapyramidal et je suis convaincu que c est le delire de capgras et que c est irreversible et la patience c était une façon de me rassurer


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    • La confusion mentale Le 13 septembre 2016 à 21:33 , par Michel

      Bonsoir, Julie.

      Votre propos me semble prématuré ; car j’insiste : vous ne pouvez rien dire tant que votre mère n’a pas été examinée.

      Bien à vous,

      M.C.


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      • La confusion mentale Le 15 septembre 2016 à 17:49 , par allia

        Bonjour Docteur
        J ai bien compris qu un examen est primordial pour connaitre le diagnostic
        Mais juste une question qui me trotte dans la tete à votre connaissance y a t il des delires similaires a Capgras ou pas


        Répondre à ce message

        • La confusion mentale Le 16 septembre 2016 à 07:03 , par Michel

          Bonjour, Julie.

          Je ne comprends pas pourquoi vous vos attachez à cette question.

          Il existe de multiples formes de délire. Le délire de Sérieux et Capgras en est une, mais cela n’a aucune importance quand il s’agit de traiter. N’oublions pas que cette classification a été établie à une époque où, ne disposant pas de traitements, la seule chose qu’on pouvait faire était de décrire ce qu’on voyait. Mais dans la pratique cela n’aboutit à aucune conclusion, ni aucune stratégie. C’est pourquoi il est vain de s’y attacher.

          Si donc je reprends votre question : y a t il des délires similaires a Capgras ou pas ?, la réponse est oui. Et... ensuite ?

          Bien à vous,

          M.C.


          Répondre à ce message

  • La confusion mentale Le 12 septembre 2016 à 08:13 , par julie

    Bonjour
    Vous avez raison je vais patienter je suis pas expert comme ma mère croit que ma soeur et partie et qu’ elle qu’ elle dit qu’ elle a était changé et qu’ elle croit que c est une étrangère que c est son sosie j ai supposée sur que c etait capgras mais elle a des hallucinations souvent donc patience patience
    Bonne journée et merci pour votre aide


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  • La confusion mentale Le 8 septembre 2016 à 22:39 , par julie

    Bonsoir
    Impossible de faire avancer le rdv avt octobre chez le neurologue et ma mère prends ma soeur pour une autre personne et croit qu elle est partie comment appelle t on ça ça me fait dijoncter après elle tout à fait normale


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    • La confusion mentale Le 9 septembre 2016 à 08:29 , par Michel

      Bonjour, Julie.

      Je ne peux rien vous dire de plus. Comme je vous l’expliquais il faut absolument que votre mère soit examinée. Je comprends bien que l’attente vous soit intolérable, et j’ajoute que le temps qui passe n’arrange pas la situation. Mais il faut bien faire avec, et patienter jusqu’à la consultation.

      Ne vous découragez pas.

      Bien à vous,

      M.C.


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  • La confusion mentale Le 28 août 2016 à 22:52 , par julie

    Merci pour votre réponse
    Bonne soirée


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  • La confusion mentale Le 28 août 2016 à 10:33 , par julie

    Bonjour ma mère a parkison et depuis quelques jours ma mère a oublié le prénom de ma soeur et lui a même demandé où elle était elle a des hallucinations je voulais savoir si c était Alzheimer il faut dire aussi que ma soeur a apprit qu’elle avait un cancer du sein et à dit à ma mère qu’ elle lui avait jamais promis de la garder ma mère lui a donc dit qu’ elle allait prendre une aide à domicile
    Elle prend du modopar 250 2 fois par jr et 125 le soir son état pensez vous va t il se dégrader ?
    Est ce épisodique j ai pas envie qu’ elle me reconnaisse plus elle n a n on plus reconnu la voisine


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    • La confusion mentale Le 28 août 2016 à 19:02 , par Michel

      Bonjour, Julie.

      On ne peut pas répondre à votre question, car il y a trop d’hypothèses envisageables. Je vous en donnerai quatre, il y en a d’autres.
      - La maladie d’Alzheimer : il ne faut jamais l’oublier, et il ne faut surtout pas oublier que, quelle que soit la situation, c’est la démence la plus fréquente ; la principale cause de démence chez le parkinsonien n’est pas la maladie de Parkinson. Mais j’en doute ici car vous me parlez d’un début brutal ; cela peut se voir, et il se voit encore plus souvent des démences de type Alzheimer qui sont passées totalement inaperçues et qui se révèlent à l’occasion d’un stress ou d’une maladie, mais ce n’est pas ici la première idée qui me vient.
      - Une autre démence, notamment de type parkinsonien ; on y pense toujours quand il y a des hallucinations, à cause notamment de ce qu’on appelle la démence à corps de Lewy. La pratique montre qu’on se trompe neuf fois sur dix, parce qu’on méconnaît à quel point ces démences sont rares.
      - Un effet indésirable du traitement antiparkinsonien. C’est assez fréquent, et cela se produit même quand on n’a pas modifié ce traitement ; le problème est qu’on ne peut pas toujours le diminuer ou le changer.
      - Toutes les causes de confusion mentale, et l’article que vous venez de lire vous montre que la liste est longue. Parmi ces causes il y a les facteurs psychologiques, et ceux que vous rapportez pourraient suffire ; mais on ne peut pas se passer d’une exploration plus précise, qui pourrait se faire en milieu gériatrique.

      J’insiste sur ce dernier point parce que dans la grande majorité des cas la confusion mentale est de bon pronostic ; à condition de s’en occuper et de ne pas traîner.

      Bien à vous,

      M.C.


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    • La confusion mentale Le 11 septembre 2016 à 16:12 , par allia

      Bonjour
      sur le net j ai vu le delire serieux de capgras c est ce qu a ma mere je pense juste pour savoir si il y a des solutions est ce du aux médicaments ou a la maladie de parkinson je comprends rien
      Bien a vous


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      • La confusion mentale Le 11 septembre 2016 à 21:12 , par Michel

        Bonsoir, Julie.

        Je vous l’ai dit : on ne peut pas savoir ce qu’a votre mère si on ne passe pas par un examen médical complet, qui doit impliquer gériatres et psychiatres. Il y a trop ’hypothèses pour qu’on puisse en privilégier une.

        Vous me parlez du délire de Sérieux et Capgras, plus connu sous le terme de "folie raisonnante" ; tout est possible, mais sur ce que vous décrivez, ce n’est pas un diagnostic que je retiendrais, notamment parce que les hallucinations sont chez votre mère au premier plan, alors qu’elles ne font pas partie du tableau classique de la folie raisonnante, qui se caractérise au contraire par un délire extrêmement pur et logique. Mais bien plus encore, la médecine ne peut pas se faire sur Internet, et ce n’est certainement pas là que vous trouverez des outils adéquats.

        La question de savoir d’où viennent les symptômes que vous observez reste donc entière, et le restera tant que votre mère n’aura pas été examinée. Tout est là.

        Bien à vous,

        M.C.


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  • La confusion mentale Le 17 juillet 2016 à 17:05 , par Caroline

    Bonjour ,
    Je trouve cet article très, très intéressant . Un membre de ma famille éprouve présentement une démence qui des médecins disent que c’est l’Alzheimer , mais j’ai fait beaucoup de lecture et recherche sur l’Alzheimer et oui il y a quelques petites choses qui se compare a des comportements de l’Alzheimer mais la démence en général comporte toutes des similitudes dans la perte de la mémoire. En lisant votre article j’ai constaté que les symptômes mentionner se rapproche d’avantages aux symptômes du membre de ma famille.
    La dégradation ses fait tres tres rapidement , quasi du jour a la nuit ... elle avais des période ou elle allais repeter souvent la meme choses car elle est de nature tres tres anxieuse et lorsque il y avais beaucoup de gens autours d’elle , elle était beaucoup plus agité et c’est a ce moment la qu’elle se répétait beaucoup ... par contre depuis les 5 dernier mois , du jours au lendemain , elle entend de la musique , elle entend des voix , elle dit qu il y a des gens qu elle ne connais pas , elle ne sais plus ou elle est , dans sa propre maison , ou avec qui elle est assise a la table au soupé , elle ne reconnais pas son petit ami , elle a une bonne appétit , elle s’habille seule , elle n’a pas de difficulté a marcher , elle semble (normal) comme on pourrais dire , par contre elle as des sault d’humeur , elle a eu dans le passé deux ou trois opérations pour le cœur , elle a une valve au cœur , elle a eu le cancer de la glande thyroide , cancer du seins , donc plusieurs opérations , elle prend bcp de médicament depuis plusieurs , plusieurs année ... elle dois aussi prendre des antidépresseur / anxiete .... pour beaucoup de gens qui la connaissent pas beaucoup , lorsqu’elle discute avec eux ils pensent que tout ce qu elle dit es vrai , ils ne voient pas qu’elle a une démence car sérieusement elle semble tellement logique.
    Mais lorsque je lis cet article , je suis convaincu que ce n’est pas de l’Alzheimer qu’elle souffre mais bien de la confusion mental .
    Merci d’avoir publier cet article


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    • La confusion mentale Le 19 juillet 2016 à 21:36 , par Michel

      Bonsoir, Caroline.

      Vous avez raison de vous poser toutes ces questions.

      Mais il y a un mais.

      Car vous parlez « des médecins ». J’en déduis que votre proche a subi des examens plus ou moins approfondis. Je n’ai pas lieu de ne pas avoir confiance dans leur opinion.

      Or sur ce que vous décrivez, je ne peux rien déduire de solide : si la médecine pouvait se faire comme ça, c’est qu’on aurait décidément affaire à des choses très simples. Ce n’est pas le cas. Et du coup :
      - S’il arrive qu’on prenne pour des déments des malades qui sont simplement confus, c’est bien parce que les deux se ressemblent beaucoup.
      - La confusion mentale est bien plus fréquente chez le dément que chez le sujet indemne.

      Je ne peux donc pas du tout vous rassurer. Tout ce que je sais c’est que s’il s’agit vraiment de confusion il importe de le savoir très vite, car il faut en trouver la cause. Je crains simplement que ce ne soit pas le cas.

      Bien à vous,

      M.C.


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Gériatrie, soins palliatifs - Michel Cavey (Michel Cavey)
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